Combien ça coute 20/04/2009 à 18h00

Sur iTunes, pour 0,69 euro, t'as plus rien...

François Krug | Journaliste Rue89


Homer Simpson dans une parodie de publicité pour l’iPod d’Apple (Dan Diemer/Flickr)

C’est un tournant majeur pour la vente de musique en ligne. Sur sa plate-forme iTunes, Apple a renoncé au tarif de 0,99 euro par morceau. Le prix pourra augmenter pour les tubes du moment, mais baisser pour les autres titres. Les concurrents d’Apple vont suivre son exemple. La fin du prix unique devrait coûter cher aux internautes.

Promise depuis janvier, la nouvelle tarification est entrée en vigueur le 7 avril. C’est le résultat d’un compromis entre l’industrie du disque et Apple. La première a accepté la disparition des DRM, les « verrous » censés empêcher le piratage des fichiers.

Le second a consenti à proposer trois tarifs différents :

  • 0,99 euro : le « prix de référence », inchangé
  • 1,29 euro : une majoration réclamée par les maisons de disques pour les tubes, récents ou anciens
  • 0,69 euro : un tarif « promo » pour relancer les ventes du « fond de catalogue »

Apple, leader mondial du téléchargement, oblige ses concurrents à suivre. « Nous le ferons d’ici un mois », explique à Eco89 François Gerber, directeur des activités numériques de la Fnac. Aux Etats-Unis, le site Amazon et le groupe de grande distribution Wal-Mart (qui vend aussi de la musique en ligne) ont déjà adopté cette nouvelle politique tarifaire.

Les titres bon marché bien cachés

Apple n’a pas souhaité répondre à nos questions ou nous fournir de statistiques. Eco89 est donc allé faire son marché sur iTunes. Bilan : les morceaux à 0,69 euro sont rares et bien cachés. Pour les tubes et les nouveautés, l’inflation a déjà commencé, mais elle ne concerne encore qu’une poignée de morceaux.

Parmi les 100 morceaux les plus téléchargés sur iTunes, aucun titre à 0,69 euro, et neuf seulement à 1,29 euro. C’est le cas, par exemple, du dernier single de Green Day. En revanche, les nouveaux Eminem, Depeche Mode et Superbus sont toujours vendus 0,99 euro. Tout comme le numéro un du classement, « Ça m’énerve » d’Helmut Fritz.

Même tendance dans les classements des meilleures ventes par genre musical. Y compris aux rayons susceptibles de proposer les titres les plus anciens : aucun titre à 0,69 euro pour le blues, un seul pour le jazz (un remix de Nina Simone) et pour le folk (une chanson de Joan Baez), et deux pour la country (des chansons de Johnny Cash).

Le rayon rock illustre bien les ambiguïtés de la nouvelle tarification. Dans le « top 100 », « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana ou « I Was For Loving You » de Kiss coûtent plus cher que des nouveautés.

Pour dénicher des morceaux à 0,69 euro, il faut sortir du top 100. Et faire preuve de curiosité : ce tarif « promo » s’applique aux titres les moins connus. D’un morceau à l’autre, la discographie du Velvet Underground oscille ainsi entre 0,69 et 0,99 euro.

Capitaliser sur les succès

Pour les maisons de disques, la logique est simple : capitaliser sur les titres à succès en majorant leur prix, et relancer les ventes des autres en minorant le tarif. Résumé de David El Sayegh, directeur juridique et des nouvelles technologies du Snep (Syndicat national de l’édition phonographique) :

« Le tarif monolithique ne prenait pas en considération à la fois le fond de catalogue et les nouveautés. Il avait été imposé à l’époque par iTunes. Désormais, avec le prix de 1,29 euro, nous disposons d’une prime à la nouveauté. »

Le fond de catalogue est, lui, déjà « amorti ». En diminuant les prix, les maisons de disques espèrent donc donner une seconde vie à des vieilleries qui ne leur rapportent plus grand-chose. A terme, la même logique pourrait s’appliquer aux albums, dont le prix reste fixé de manière uniforme à 9,99 euros.

La réalité n’est pas aussi simple. La « prime à la nouveauté » s’applique aussi à des morceaux... anciens. Et elle pourra renforcer la motivation des adeptes du téléchargement illégal. Selon Reuters, pour rendre l’offre plus alléchante, les maisons de disques envisagent de proposer des « packages » à 1,29 euro, incluant la sonnerie de téléphone ou le clip vidéo.

Le rêve de la « longue traîne »

Le tarif « promo » du fond de catalogue ne devrait pas davantage atténuer le téléchargement illégal. David El Sayegh l’admet :

« 69 centimes, ce n’est pas trop cher par rapport au catalogue proposé, mais par rapport au gratuit obtenu illégalement, c’est toujours très cher. »

L’industrie musicale espère en fait bénéficier de l’effet de la « longue traîne », théorisé par Chris Anderson, patron du magazine Wired. Sur Internet, l’accumulation des ventes en petite quantité de morceaux « pointus » ou méconnus pourrait générer un chiffre d’affaires supérieur à celui des titres les plus populaires.

Pour l’instant, la réalité ne confirme pas cette théorie. Selon une étude anglaise, sur le marché des morceaux vendus à l’unité, 80% du chiffre d’affaires est réalisé par 52 000 références, alors que 13 millions de titres sont disponibles en ligne. Pour les albums, c’est pire : 85% d’entre eux n’auraient pas vendu un seul exemplaire en un an.

Baisse des ventes, mais hausse du chiffre d’affaires

La disparition du prix unique profitera-t-elle vraiment aux maisons de disques ? Aux Etats-Unis, le magazine Billboard a dressé un bilan de la première semaine, en se penchant sur le « top 100 » d’iTunes :

  • Les ventes des 33 titres passés à 1,29 dollars ont reculé de 12,5%, alors que celles des morceaux restés à 0,99 dollars ont progressé de 9,9%.
  • Les titres vendus plus cher ont reculé dans le classement des meilleures ventes (c’est aussi le cas en France, où le morceau le plus vendu à ce prix, « I’m Yours » de Jason Mraz n’est que 19e).
  • Mais la hausse du prix aurait compensé la baisse des ventes. Selon les estimations de Billboard, le chiffre d’affaires total des 100 plus grosses ventes aux Etats-Unis aurait progressé de 9,5%.

Pour Apple et les maisons de disques, la tendance provisoire est donc plutôt positive. Pour les internautes, en revanche, la fin du prix unique n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Cette nouvelle tarification va à l’encontre de la loi de l’offre et de la demande, et pénalisera ceux qui préfèrent les tubes du moment et les grands classiques aux perles oubliées de la country ou du jazz.

Seul espoir d’éviter l’inflation : une guerre des prix entre les différentes plates-formes de téléchargement. Au Royaume-Uni, Amazon a décidé de défier Apple en proposant une centaine de titres récents à 32 centimes.

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  • Guillome
    Guillome
    Jeune
    • Posté à 18h33 le 20/04/2009
    • Internaute 9914
      Jeune

    En gros le prix moyen augmente (plus de 1,29e, pas tellement de 0,69, et le 0,99 reste la norme). Quant au prix plancher qui se veut attractif (0,69e) il ne l’est pas vraiment. Ce système de tarification au morceau est complètement nul.

    J’ajoute que le fait que cet article martèle de façon sous-jacente que la concurrence entre les plateformes mènera à une réelle baisse des prix fait doucement rire. Comme si il y avait deux marchés totalement différenciés : d’un côté le légal au tarif élevé et de l’autre l’illégal mais gratuit. Il s’agit pourtant bel et bien du même produit (un mp3) consommé par les même personnes (les amateurs téléchargeant de la musique). Si le credo de la concurrence fonctionnait réellement aucune guerre des prix ne serait possible puisqu’il y a toujours possibilité de l’avoir sans rien débourser.

    Bref entre 0,69 et 1,29, c’est le prix moyen de la bonne conscience, la seule chose que les plateformes de téléchargement légal vendent c’est de la bonne conscience morale (la « légalité »), le fichier numérique « légalement » acquis n’ayant aucune plus-value en soi par rapport à l’illégal.

  • bobby_sixkiller
    • Posté à 19h42 le 20/04/2009
    • Internaute 15655

    Si la majoration se faisait seulement sur la soupe commerciale, je serais d’accord !

  • guiom1207
    guiom1207
    externe
    • Posté à 20h17 le 20/04/2009
    • Internaute 65261
      externe

    C’est intéressante de voir comment sur un même site : itunes store cohabitent un marche totalement archaïque : la musique et les films (vendre du vent (un mp3) aussi cher qu’un objet réel (un cd avec une pochette sa boite vendu dans un magasin avec des personnels)) et un marché qui vient d’apparaitre et qui explose en moins d’un an, constituant une part des revenu d’apple en pleine expansion : l’appstore !
    Le fait est que je n’ai jamais acheté un morceau sur itunes, mais que je met 10 euros par mois pour des applications et des jeux (dont le besoin réel reste a prouver...)
    Et semble t’il les deux modèles sont peut être en train de se rencontrer avec des musiciens qui créent des applications gratuites où sont mis à disposition des vidéos et des musiques...

  • Pictulo
    • Posté à 22h05 le 20/04/2009
    • Internaute 23785

    Depuis quelques semaines, iTunes m’empêche d’acheter de nouveaux titres. Motif : j’ai autorisé 5 ordinateurs à lire mes fichiers achetés légalement. Pire : je ne peux même plus lire mes titres téléchargés et payés il y plusieurs années.
    Sous prétexte de défendre la création et les artistes (que par ailleurs ils licencient dès que les ventes baissent), les industriels se gavent. Ca suffit. Les artistes n’ont plus besoin des majors, ils se démerdent très bien pour enregistrer et tourner sans eux.
    Dorénavant, j’irai télécharger ailleurs, et gratos.