Stagiaires, fuyez le luxe, l'édition et la culture
Formation contre main-d’œuvre, le deal d’un stage se transforme parfois en exploitation en bonne et due forme. Tour d’horizon des secteurs qui abusent.
Quelques semaines dans le mystérieux monde de l’entreprise pour compléter sa formation et se préparer à avoir, un jour, un vrai boulot. Jusqu’ici tout va bien. Mais doit-on encore parler de stage quand les semaines deviennent des mois et que la charge de travail s’alourdit ?
Génération Précaire montre l’exemple d’une annonce passée par le service recrutement de la marque de luxe Céline, propriété du groupe LVMH. Un poste qualifié, à pourvoir pendant un an, sauf que la rémunération n’est qu’une indemnisation de stage : 30 % du smic, soit un peu moins de 400 euros par mois.
Julien Bayou, un des représentants de Génération précaire, collectif qui entend défendre le « sous-salariat » stagiaire, explique :
« Il n’y a pas de secteurs exemplaires concernant les stages, mais il y en a de très mauvais. Celui du luxe en fait partie. »
Génération précaire a pris d’assaut ce weekend le magasin Céline de la rue de Rennes et celui de Darty à Odéon, à Paris. Une dizaine de manifestants masqués de loups blancs a déboulé dans les rayons pour interpeller clients et direction sur les abus de recours aux stagiaires. Julien Bayou poursuit :
« Les branches de la culture, de l’édition, de la communication et de la vente font un usage particulièrement scandaleux de stagiaires. Dans le magasin Darty par exemple, il y avait six personnes en stage sur seize employés. Et l’enseigne affiche des objectifs chiffrés pour ses vendeurs stagiaires, alors qu’ils sont normalement en formation. »
En France, le nombre de stages a doublé ces trois dernières années, pour atteindre 1,2 million en 2008. La réglementation précise qu’un stage conventionné est limité à six mois, sauf s’il s’inscrit dans un cursus pédagogique. Et qu’il ouvre droit à rémunération dès lors qu’il excède trois mois.
Pour le collectif Génération précaire, l’emploi d’étudiants en stage alors qu’ils ont terminé leur cursus scolaire constitue du dumping social. Julien Bayou justifie :
« Un diplômé en stage concurrence malgré lui un diplômé qui cherche du travail. En terme de coût pour l’entreprise, le rapport entre un stage et un CDD est de 1 à 4.
“Certaines sociétés, comme la Société Générale, se vantent de bien payer leurs stagiaires, c’est-à-dire environ 800 euros par mois. Mais ils en embauchent 5000 par an ! Sur une entreprise de 35 000 salariés, c’est énorme. Plus il y a de stages, moins il y a d’emplois.”
Dans l’idéal, un stage peut déboucher sur une embauche. Mais c’est loin d’être toujours le cas et, bien souvent, les stagiaires se succèdent sans création de poste. Cette pratique s’illustre notamment dans des secteurs comme l’édition et la communication.
Le collectif Génération précaire a d’ailleurs les maisons d’édition en ligne de mire. Une action flashmob, mobilisation rapide à l’aide d’Internet, s’organise pour la fin de la semaine.
Note d’Eco89 : Rue89 et Eco89 prennent régulièrement des stagiaires non rémunérés pour des stages n’excédant pas un mois, dont l’auteure de cet article.
Photo : Génération précaire a squatté le magasin Darty d’Odéon, à Paris, samedi 18 avril (Audrey Minart)
- Sur Rue89Génération précaire appelle les stagiaires à la vigilance
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- Sur generation-precaire.orgLe site de Génération précaire
- Sur asso.frLe guide des stages des étudiants en entreprises
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Pour connaître un tout petit peu certaines industries culturelles (cinéma, spectacle vivant et cinéma), il me semble que la première forme de dénonciation que devraient adopter les étudiants et jeunes travailleurs, c’est déjà de refuser de travailler dans ces domaines d’activité sous certaines conditions.
Les jeunes qui acceptent un emploi me semblent choisir un secteur d’activité (ex : la culture), et non un type d’activité (cadre, gestionnaire, communicant...). Ils acceptent donc n’importe quel type d’activité (même les plus infamantes) pourvu que cette activité soit dans un secteur narcissiquement rétributeur.
Sans doute espèrent-ils gravir les échelons en interne. Mais, très souvent, j’ai vu les postes intéressants aller, non à des jeunes travailleurs partis du bas - mais à des travailleurs qui, venus d’autres secteurs, sont parvenus à s’installer dans des fonctions.
Il me semble plus aisé de changer de secteur que de changer de fonction...
Plus généralement, il me semble intéressant de souligner que les jeunes travailleurs raisonnent excessivement en fonction du secteur et trop peu en fonction du type de travail. Il ne faut pas se laisser berner par la séduction qu’exerce certaines industries !
- Cela dit, cela n’excuse en rien les pratiques humiliantes de l’industrie culturelle...




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