TRIBUNE 19/04/2009 à 11h01

Sanction française contre un artiste comorien : un déni de démocratie


L'artiste peintre comorien Seda, de son vrai nom Saïd Abdallah Ibrahim, a été suspendu de sa fonction d'enseignant des Arts Plastiques à l'École française Henri Matisse de la capitale des Comores, Moroni, pour avoir participé à une manifestation contre la départementalisation de l'île de Mayotte administrée par la France.

L'artiste estime avoir exercé son « devoir de citoyen libre » et « avoir agi en accord avec » sa « conscience ».

Nous publions ci-dessous une lettre ouverte à l'ambassadeur de France à Moroni, écrite par l'auteur mahorais Nassuf Djailani.

« Nous souhaiterions tout d'abord dire que la suspension de l'artiste peintre Séda de son poste d'enseignant à l'école Henri Matisse de Moroni est un immense scandale. Voilà un homme, un artiste qui se retrouve sanctionné à cause de ces opinions. C'est tout simplement intolérable.

Nous ajoutons, pour ne pas le paraphraser, que nous ne sommes pas forcément d'accord avec tout ce que dit notre ami Séda, mais que nous nous battrons jusqu'au bout pour qu'il ou d'autres puissent exprimer leur point de vue. Une maxime que nous empruntons à Voltaire pour dire non à la censure d'Etat.

Cette mission d'enseignant au lycée français Henri Matisse était sans doute sa manière à lui -Séda- de manifester son esprit d'ouverture à l'autre. Lui signifier de la sorte la fin de son contrat, quelques semaines, quelques jours après sa participation à une manifestation populaire contre la départementalisation probable de l'île de Mayotte, est curieuse, voire suspecte, du moins laisse songeur.

Pire ! On apprend que ce seraient ses propres compatriotes qui auraient inspirés la sanction. C'est affligeant et pathétique !

Séda, fait partie de la race de ceux qui pensent le monde, l'interrogent et tentent de le comprendre. Justement, nous ne souhaitons pas ici, expliquer, mais comprendre. Justement, comment comprendre, pour nous autres, Mahorais, qui avions fait le choix de la France, de tenter l'aventure française, démocratique, face au surplace comorien, comment pouvons-nous comprendre que d'autres Comoriens qui ne sont pas de notre avis puissent être inquiétés dans l'expression de leur point de vue ?

Une censure intolérable

Nous souhaiterions tout simplement dire que ce licenciement qui ne dit pas son nom n'honore pas les valeurs que nous défendons. Nous sommes pour cela très mal à l'aise face à une décision qui s'apparente à une censure. Et nous ne pouvons la tolérer.

Oui, excellence, dites nous ? Devons nous trembler ? Devons-nous trembler, Excellence, nous, jeunes artistes de cet archipel des lunes éteintes, parce que nous ne partageons pas une forme de pensée unique ? Devons-nous tirer un trait sur les possibilités qui s'offrent à nous et à d'autres de voir nos œuvres circuler dans la région, dans les bibliothèques, médiathèques, sur les planches, dans les librairies, dans les écoles, parce que nous refusons l'eau claire de la propagande ? Dois-je trembler, Excellence ?

Il y a des cadavres qui empestent lourdement nos armoires dans ce sud-ouest de l'Océan indien, des cadavres qu'il nous faut tôt ou tard ressortir. Parce qu'il n'est plus possible de continuer à nous pincer le nez aussi longtemps. Mais toute parole objective, claire et précise peut manifestement être retenue contre nous. Devons-nous trembler, Excellence ?

Vrai que le surplace exercé par les autorités de l'Union des Comores est par des aspects complètement affligeant, et pathétique. On a le sentiment que ce pouvoir ne regarde pas ce qui se fait alentour. Il suffit pourtant de promener le regard pour se rendre compte que des petites Républiques, comme Maurice ou les Seychelles, parviennent à proposer à leurs citoyens un projet de vie, des perspectives.

Dans les passions de la bataille diplomatique

Certains expliquent que pour que la République comorienne lève la tête et fasse face à la faim de ses 700.000 habitants, il faut que Moroni recouvre sa pleine souveraineté sur l'île de Mayotte. Impossible ! disent les 200.000 habitants de l'île de Mayotte qui défient la communauté internationale, en réaffirmant leur volonté de voir la France continuer à exercer sa souveraineté sur eux.

Au milieu de cette bataille diplomatique, côté Comorien indépendant comme côté mahorais, les regards se figent, les passions s'animent et s'enveniment. Jusqu'à quand ? En tous cas, nous avons l'ambition d'inverser la tendance et d'explorer les possibles qui s'offrent à nous. L'Histoire nous plonge dans ces tourments géopolitiques, mais nous ne voulons pas que la territorialité des conflits nous enferme et nous abrutisse.

Séda a clairement exprimé son point de vue sur ce contentieux franco-comorien, c'est sa liberté. Lui interdire de pouvoir le dire ne respecte pas le jeu démocratique, que nous chérissons.

Ce respect mutuel des points de vue est fondamental pour l'équilibre régional, nous ne voulons pas qu'en notre nom, nos voisins soient inquiétés, parce qu'ils nous critiquent. Une famille doit tolérer l'expression libre pour que la chape de plomb ne nous explose pas à la figure. Nous demandons donc la réintégration de Séda dans ses fonctions.

Car si vous permettez sa suspension, sachez, Excellence que vous envoyez un avertissement à nous autres qui sommes dans une démarche de dialogue. Car si vous tolérez cela, Excellence, vous nous condamnez aussi. Comment voulez-vous que nous nous comportions dans vingt ou trente ans avec nos voisins d'en face ? Sommes-nous condamnés à nous regarder en chien de faïence pour le restant de nos vies ? La réintégration de Seda serait la preuve de votre grande tolérance ».

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  • Propergol
    • Posté à 17h48 le 19/04/2009

    Typiquement Français, de casser la gueule du type qui n'est pas d'accord avec vous. Et les mayottais souhaitent être un département Français.... ?

  • mao-tse-toung-
    • Posté à 17h59 le 19/04/2009

    A partir du moment où il ne souhaite pas la départementalisation, il serait donc favorable à l'indépendance de Mayotte, contre la volonté de la majorité des mahorais, qui ne sont pas fous .

    Ce monsieur doit assumer les conséquences de ses positions, et donc sa suspension de l'école française de Moroni est justifiée .

    Ce qui est surprenant, c'est que compte tenu de ses positions, il n'ait pas démissionné avant, de lui-même ! ! !

    C'est vrai que la France on aime bien cracher dessus, mais pas sur l'argent qu'elle distribue .
    Que ce monsieur aille se faire embaucher par une école comorienne, où il pourra à loisir vomir sa bile sur le pays colonisateur, que les mahorais ne veulent pas quitter et que les africains de la françafrique auraient bien aimé ne pas quitter .

    • pascal kanibal
      • Posté à 18h07 le 19/04/2009

      Très juste Mao........le grand drame des anciennes colonies, c'est de ne plus être des colonies.....mais qui ose le dire ?

      • mao-tse-toung-
        • Posté à 18h13 le 19/04/2009

        Et quand on ose le dire, on se fait traiter de fachos, esclavagistes, et autres gracieusetés, tant la vérité dérangent les politiquement corrects ! ! !

        Quand à ceux qui n'assument pas leurs actes et paroles, et surtout pas leurs conséquences ....

         
        • Adéménagé le 3 janvier 2011
          • Posté à 20h45 le 19/04/2009

          En voilà une belle paire !

          • Numerosix
            Numerosix répond à Adéménagé le 3 janvier 2011
            Prisonnier dans le village (...)
            • Posté à 21h16 le 19/04/2009
            • Internaute
              Prisonnier dans le village (...)

            Le méchant gros gouverneur n'aime pas le petit pirate, c'est normal ..

            Je me demande ce que lisait cette belle paire de nazes enfants pour prendre systématiquement le coté de l'autorité, mon vieux Déluge ..
            C'est bien la preuve culturelle qu'ils ne sont pas des vrais français ..

          • pascal kanibal
            • Posté à 01h13 le 20/04/2009

            Déluge, a priori vous versez dans le politiquement correct sans aucune idée personnelle. Le fait d'être dans le courant dominant vous donne l'arrogance de ceux qui se sentent rassurés d'être membre du troupeau bêlant dominant. Ne vous inquiétez pas, car soumis aux gourous médiatiques, vous ne risquez rien, vous êtes dans les normes. Continuez, de toutes les façons vous ne faitent pas de vagues, juste des clapotis juste bons a effrayer les canards...

        • lolaryna
          lolaryna répond à mao-tse-toung-
          cnro
          • Posté à 05h38 le 20/04/2009
          • Internaute
            cnro

          en meme temps tu parait kan meme etre un bon nostalgique des ancienne colonie
          et puis clairement assume tes idées
          le fait que tu tienne un discours de facho pour reprendre tes termes ne veut pas dire que tu dérange ou que tu sois politiquement incorrect , accepte simplement le fait que bcoup de monde pense le contraire et que ton delire sur les colonie est d'un autre tps
          apres tu peux t'inscrire en marthyr rebelle, mais vous etes 2 ... à la penser

        10 autres commentaires
    • lolaryna
      lolaryna répond à mao-tse-toung-
      cnro
      • Posté à 05h28 le 20/04/2009
      • Internaute
        cnro

      ah bon parce que c'est fini la francafrique ? ? ? ? ? ? ? ?
      un ramassis de connerie ce que tu dis sincèrement
      c'est un peu kom si tu disait qu'il faille virer un professeur corse ou breton parce qu'il a manifesté pour l'independance de sa région
      ca par contre ca n'existe pas alors que...
      et la surement que ca t offusquerait eventuellement
      c « est meme pas le fait que tu es un discours politiquement incorrect
      mais que c “est pas objectif du tout , et surtout debile
      quand on te lis , tu parle de pays colonisateur ? ? ? (la france l'a colonisé ? ? ? ? ? ) dernier o courant alors
      et puis quand a ta petite phrase de la fin c'est la cerise sur le gateau...tu nous explique en gros que la francafrique est finie à la grande déception des africains
      bon deja il me semble qu'on en ai loin de la disparition de ta fameuse francafrique et d'autre part tu dois etre le seul à t'imaginer (peut etre avec ton pote ‘politiquement incorrect mais surtout bien nostalgique de cette periode’), que les africain regrette qu'on vienne y faire notre bizness sur leur dos (le peuple, evidement).*
      ton anlyse me parait bien courte ou bien partisane

    • SuperAlAmAs-
      • Posté à 22h17 le 20/04/2009

      « mais pas sur l'argent qu'elle distribue . », dire : qu'elle rend, est peut êtr eplus proche de la réalité : )

  • Danielle29
    • Posté à 21h12 le 19/04/2009

    « La réintégration de Seda serait la preuve de votre grande tolérance ».
    Et serait la preuve que la France est une démocratie.
    Depuis quelle date la liberté d'opinion est-elle abolie en France et dans les territoires que celle-ci administre ? J'ai dû mal suivre l'actualité et passer à côté de cette information pourtant prévisible depuis plusieurs mois....
    La démocratie se nourrit au quotidien des désaccords et débats des citoyens. Attaquer quelqu'un du fait de ses désaccords avec la pensée gouvernementale c'est attaquer la démocratie.

  • mick69
    • Posté à 22h13 le 19/04/2009
    • Internaute

    Curieusement, Michèle Alliot-Marie a participé à la rédaction de la constitution de la République islamique des Comores

  • Sacha25
    • Posté à 01h11 le 20/04/2009
    • Internaute

    « Séda, fait partie de la race de ceux qui pensent le monde »
    L'appartenance à une « race » donne donc des droits particuliers ? Jusqu'où nous mèneront ces gens-là ?

    C'est vrai que dans notre période où certains instituent les tribunaux religieux où un pseudo-juge auto-désigné peut se permettre n'importe quoi, sans autre contrôle que de prétendre être celui qui sait, voir des gens préférer être jugé par des pairs contrôlés par des pairs (tout ça entre guillemets, bien sûr) fait grincer quelques dents

    (en fait, je pense qu'on n'en sait pas assez sur cette histoire pour se prononcer réellement)

  • franc parleur
    • Posté à 01h18 le 20/04/2009

    Je trouve cette lettre très bien, très juste dans sa perspective :
    « nous avons l'ambition d'inverser la tendance et d'explorer les possibles qui s'offrent à nous. L'Histoire nous plonge dans ces tourments géopolitiques, mais nous ne voulons pas que la territorialité des conflits nous enferme et nous abrutisse. »
    Esprit de tolérance contre abus de et du pouvoir.