A LA UNE 17/04/2009 à 10h57

Une doctorante licenciée pour port du voile islamique


Après deux ans sans problème, la fac de Toulouse la considère comme un agent public, soumis au devoir de réserve.



Manifestation contre l'interdiction du voile à l'école, à Paris le 17 janvier 2004 (Thierry Ardouin/TF)

Le débat sur le port du voile islamique ressurgit à Toulouse. Sabrina Trojet, doctorante à l'université Paul-Sabatier, a perdu en février son allocation de recherche après avoir refusé d'abandonner le voile, qu'elle portait pourtant depuis deux ans. La présidence de l'université lui reproche de ne pas se conformer au principe de neutralité exigé des agents publics.

Fin février, Sabrina Trojet reçoit une lettre du président de l'université Paul-Sabatier qui lui notifie son licenciement de son poste d'allocataire de recherche pour avoir « persisté à porter un voile couvrant entièrement sa chevelure, destiné à marquer manifestement son appartenance à une religion ».

Aujourd'hui sans ressources, la jeune doctorante a engagé une procédure devant le tribunal administratif de Toulouse.

Elle troque son hijab pour un voile sicilien

Sabrina a commencé à porter le voile en première année de master. Depuis 2006, elle bénéficiait d'une allocation de recherche pour sa thèse en microbiologie. Chaque mois, elle percevait un salaire qui lui permettait de se consacrer à temps plein à ses travaux de recherche.

C'est seulement deux ans plus tard, en juillet 2008, que le nouveau président de l'université la convoque. Il lui somme de se conformer aux exigences de la fonction publique et d'enlever son voile.

Sabrina refuse de se plier au exigences hiérarchiques, mais troque cependant son voile islamique pour un voile sicilien, moins couvrant. Six mois plus tard, elle reçoit une lettre de licenciement. Ni préavis, ni indemnité :

« Mme Trojet a enfreint délibérément et de façon constante le devoir de stricte neutralité qui s'impose à tout agent public dans l'exercice de ses fonctions quel que soit son service et qu'il soit ou non en contact avec les usagers de ces services. »

Si la loi française interdit le port de signe religieux ostentatoire au collège et au lycée, elle autorise les étudiants a manifester librement leur appartenance à une religion.

Cependant, pour maitre Jacques Levy, l'avocat de l'université, en signant son contrat d'engagement en qualité de bénéficiaire d'une allocation de recherche, Sabrina a perdu le statut d'étudiant pour celui d'agent public :

« Les agents publics sont tenus de se soumettre à certaines restrictions. Ils ne doivent pas afficher leurs opinions politiques et religieuses. (...) L'université a été patiente et a laissé tout le temps à Sabrina de se conformer à ces exigences. »

Pour l'avocat de Sabrina, maitre Devers, la neutralité des agents publics ne doit pas s'appliquer à une doctorante. Il invoque les principes de proportion et de justification dans le cadre des entreprises privées récemment rappelés par la Halde, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité :

« Sabrina n'a pas consacré une heure de son temps à donner des cours. Son travail se limitait à des recherches pour sa thèse. Dès lors, même si elle bénéficiait d'une allocation de recherche, elle n'exerçait pas à proprement dit une mission de service publique qui pourrait justifier une interdiction de porter le voile.

“On parle d'une atteinte ‘gravissime’ au principe de laïcité alors qu'elle portait son voile depuis plus de deux ans sans que ça ne pose aucun problème à personne.”

Référé devant le tribunal de Toulouse

Enceinte et à seulement sept mois de la soutenance de sa thèse, Sabrina est aujourd'hui sans ressources. Elle a déposé un référé devant le tribunal administratif de Toulouse pour suspendre la décision de l'université avant un jugement au fond dans quelques mois. Le tribunal doit rendre sa décision ce vendredi. En attendant, Sabrina refuse de s'exprimer dans les médias.

Un comité de soutien s'est formé. Il invite les internautes à signer la pétition en ligne et à soutenir financièrement Sabrina pour lui permettre de payer ses frais d'avocat et de continuer ses travaux de recherche.

  • 59737 visites
  • 724 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • mindless
    • Posté à 11h21 le 17/04/2009

    Je suis très attaché au principe de laïcité et je trouve totalement normal que les signes ostentatoires d'appartenance a une religion soient interdits au lycée et encore plus au collège.
    Toutefois, si la loi française n'interdit pas aux étudiants du supérieur de montrer leur appartenance a une religion, je trouve que la décision de licenciement est exagérée dans la mesure ou, bien que contractuellement agent publique, elle n'était qu'une étudiante.

    Il me semble normal que les agents publiques soient soumis au principe de laïcité, mais alors, peut-être faudrait-il revoir le statut des doctorants ? Car un agent publique n'étant pas en rapport avec le public, ne devrait pas être sanctionné de cette façon AMHA.

    Je suis d'accord avec les lois qui prônent ce devoir de réserve et qui défendent le principe de laïcité mais peut-être devrait-elles être appliquées avec un minimum d'intelligence...

  • kasherhallal
    • Posté à 11h24 le 17/04/2009

    Apparemment, Sabrina ne reçoit pas une bourse d'étude, mais un salaire. Elle est donc bien « salariée de la Fonction Publique ».
    Il est dommage que cette histoire de voile arrive 2 ans après le début de sa thèse et à quelques mois de sa soutenance. Cette histoire aurait dû être réglée avant.
    Je ne signerai pas la pétition, le port du voile n'est pas obligatoire dans la religion musulmane et en faire une histoire de principe va à l'encontre de la laïcité.
    Je connais pas mal de musulmanes qui portent un voile dehors, mais l'enlèvent en arrivant dans les bâtiments où elles travaillent.
    Je ne vois pas où est le problème, sauf, une nouvelle fois, à vouloir privilégier une religion.

  • Les louisettes
    Les louisettes répond à mindless
    en stand-bye sur la plage
    • Posté à 11h47 le 17/04/2009
    • Internaute
      en stand-bye sur la plage

    C'est criminel que de mettre à la porte une doctorante à 7 mois de la soutenance de sa thèse, c'est tout un cursus qui est mis à la poubelle. Une femme enceinte en plus !
    Si elle ne donne pas de cours, le port du voile n'est alors qu'un prétexte pour ce nouveau président d'Université. S'il avait voulu considérer ce cas sou un angle un humain et non pas dogmatique, il n'aurait pas rendu une telle décision.

  • Iv
    Iv
    Roboticien utopiste
    • Posté à 11h49 le 17/04/2009
    • Internaute
      Roboticien utopiste

    Je ne sais pas... J'arrive à comprendre l'interdiction du voile pour les enseignants, pour les élèves qui se pressurisent mutuellement pour imposer le voile aux récalcitrants et pour les chargés d'une mission au public. J'aimerais pas voir un t-shirt avec Staline, le Christ ou Sarkozy arboré par un représentant du service public.

    Mais pour une chercheuse ? On parle là d'adultes vaccinés et bien portants qui se rencontrent dans un cadre professionnel. On sait très bien au sein d'une équipe lequel est anar, lequel est catho bien-pensant, lequel est maghrébin athée, lequel vote Besancenot, lequel est musulman-mais-je-peux-bien-prendre-un-petit-verre-au-pot-de-départ-de-Manu... En portant son voile, ça m'étonnerait qu'elle choque ou qu'elle « prosélytise » qui que ce soit dans son environnement professionnel.

    J'aime pas particulièrement le principe du voile mais de là à virer quelqu'un pour ce seul motif, dans le contexte présenté, ça a des relents désagréables.

  • Ribella
    • Posté à 12h02 le 17/04/2009

    Je suis issue d'une famille catholique. Je suis baptisée mais je ne pratique guère.
    Cependant, même si j'ai une croix autour de mon cou, que ce soit à l'école ou sur le lieu de travail, je ne l'ai jamais exhibée.
    je suis d'accord avec ceux qui disent que l'appartenance religieuse est du domaine de la vie privée.
    J'ai des amis juifs, catholiques et musulmans et nous n'abordons pas le sujet de la religion sauf pour commenter des faits d'actualité.
    A chacun sa liberté de croire mais je pense que la religion, ce n'est pas ce que les hommes en font.
    Il y a des integristes partout qui font une mauvaise interprétation des textes. Porter le voile ou aller à l'église tous les jours ne fait de nous de bons croyants pour autant.
    La France est un pays laique et je crois que la loi s'applique à tous ceux qui habitent en France. Qu'ils soient collégiens, lycéens, étudiants ou simples citoyens.i