En 2008, le député PS demande une faveur au responsable local d'une filiale de Véolia. Ce dernier refuse. Et se retrouve muté.

A Rouen, mieux vaut ne pas contrarier Laurent Fabius. Baron de la région depuis 1977, l'actuel député de Seine-Maritime et président de la communauté d'agglomération rouennaise n'aime pas s'entendre dire « non ».
Au point de provoquer la mutation d'un salarié qui a eu le tort de répondre défavorablement, et un peu trop sèchement à son goût, à l'une de ses requêtes. Rue89 s'est procuré les courriers qui attestent cette intervention de l'ancien Premier ministre.
Le 7 janvier 2008, Aline K., salariée d'une filiale de Véolia Transport en Seine-Maritime, adresse un courrier à Laurent Fabius, en sa qualité de maire-adjoint et de député du Grand-Quevilly, où elle réside aussi. Courrier dans lequel elle sollicite l'appui de l'élu pour sa demande de mutation au sein de la société de transports en commun de l'agglomération rouennaise, TCAR, filiale du groupe Véolia, « leader mondial des services à l'environnement ». (Télécharger le document)
Trois semaines plus tard, le 28 janvier 2008, Laurent Fabius écrit à Philippe Bonnat, le directeur de la TCAR, pour attirer son attention sur le cas d'Aline K. :
« Je vous remercie de bien vouloir étudier sa candidature et de me tenir informé de la suite qui pourra être réservée à ma démarche. » (Télécharger le document)
La réponse de Philippe Bonnat, datée du 7 février 2008, est claire. La TCAR ne recrute pas sur recommandations :
« Nous sommes étonnés que Mme K. ait entrepris une démarche auprès de vos services puisqu'une passerelle existe entre les différents sociétés du groupe Véolia pour promouvoir la mobilité (…)
“Seuls les compétences et l'adéquation d'un profil par rapport aux postes à pourvoir est pris en considération afin de respecter l'équité nécessaire à la crédibilité du processus.” (Télécharger le document)
Ce courrier, ferme mais courtois, aurait dû clore cette petite affaire de piston plutôt courante.
Mais Laurent Fabius a décidé d'en avertir Henri Proglio, le patron du groupe international Véolia. Alors qu'il s'en était défendu auprès des syndicats de la TCAR, l'ancien Premier ministre est bien intervenu auprès du PDG de Véolia, comme l'atteste ce courrier que s'est procuré Rue89.
Dans une lettre concise datée du 18 mars 2008, le député se plaint en effet de l'effronté et de son courrier à la “tonalité particulière”. Le mot “tonalité” est encadré de guillemets et la fin du courrier appelle une réponse :
“Je serai heureux de connaître la suite effective qui sera donnée à cet échange.” (Télécharger le courrier)
La suite ne tarde pas. Deux mois plus tard, un vendredi du mois de mai 2008, les employés de la TCAR apprennent que leur directeur quitte l'entreprise pour rejoindre le réseau de transport bordelais, alors également géré par Véolia, non plus en tant que directeur mais en tant que responsable technique.
Officiellement, on explique que ce départ s'inscrit dans la vie normale d'un directeur. Mais au sein de l'entreprise, on fait le lien entre le fameux courrier de Philippe Bonnat adressé à Fabius et son départ. Jean-Claude Blot, délégué CGT à la TCAR, déplore cet épisode :
“C'est la première affaire de ce type ici et nous n'aimons pas ces méthodes. Nous sommes intervenus auprès de Laurent Fabius pour dire que ce turn-over de directeurs ne bénéficiait pas à l'entreprise. Il a démenti y être pour quelque chose mais nous restons très dubitatifs…
‘Le courrier de Philippe Bonnat était peut-être maladroit. Il a été perçu comme un refus catégorique et on ne refuse rien à Laurent Fabius ici.’
Contactés à plusieurs reprises mardi, ni Laurent Fabius ni Henri Proglio n'ont souhaité nous répondre. Aline K., elle, a bien obtenu un poste à la TCAR.

























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De k_reno
Voyageur | 23H30 | 14/04/2009 |
L'enjeu n'est peut-être pas énorme, et la pratique est peut-être courante, mais en signant des courriers officiels, en s'adressant au PDG directement, le politicien montre qu'il est incapable de faire de distinction entre le bien et le mal, ce qui pourrait être le plus gros problème de l'histoire.
Avec un tel manque de discernement, comment détecter les magouilles d'un Julien Dray ou comprendre les aspirations de l'électorat ?
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 23H52 | 14/04/2009 |
Voici ce qui étai publié il y a onze mois dans Paris-Normandie :
http://www.paris-normandie.fr/index.php/cms/13/article/12416/
Le lendemain, la TCAR diffusait ce communiqué :
http://www.drakkaronline.com/Elie-Franc-directeur-general-de-la
roule ma poule
PS : il n'est président de l'Agglo que depuis avril 2008.
De yekel
01H53 | 15/04/2009 |
Qu'ils soient de gauche ou de droite, les hommes politiques français ont toujours usé de ce genre de procédé à savoir pistonner les leurs….
Quoi de plus étonnant quand le piston est pratiqué ex cathedra…
Le principe du fonctionnement du piston est comme suit :
F=PS où F est la norme de la force, P la pression et S la surface du piston*.
*(source wikipédia)
ça c'est une coincidence ! !
De Redab
06H21 | 15/04/2009 |
je suis vraiment étonné que la réponse de Philippe Bonnat n'ait pas le « ton » adéquat. Elle est claire, technique, professionnelle.
Comment faut-il leur écrire à ces politiques en 2008-2009 ?
Comme dans l'Ancien Régime ?
De egide
Littéral | 08H58 | 15/04/2009 |
Si on admet que l'ensemble des documents qui servent de source à l'article soit authentique, on peut néanmoins contester l'interprétation de l'auteur.
Il est très courant que les élus, sollicité par n'importe lequel des citoyens de sa circonscription, fasse effectivement la démarche de recommandation que celui-ci a expressément demandé.
Est-ce de la cooptation (piston), du clientélisme ?
Non, je ne le crois pas.
La cooptation, la vrai, celle qui suppose qu'on octroie un passe-droit pour favoriser l'octroi à une personne d'une place ou d'une position en levant les procédures habituelles de recrutement ne se fait jamais par des échanges de courrier.
Est-ce un exemple de clientélisme ? Là, cela supposerait que le fait de d'assumer une clientèle corresponde au moins à un échange de bons procédés, un client reçoit des avantages parce qu'il a lui-même rendu des services.
Ou bien le cas est assez courant, il s'agit alors de la part de l'élu d'une pratique systématique qui concerne de nombreux électeurs de sa circonscription.
En général, ce clientélisme massif passe par l'intermédiaire d'institutions professionnelles, syndicales, partidaires ou associatives.
Or là, rien de tout ça. Nous avons un élu qui a la responsabilité de délégation de service public à des personnes morales, des entreprises spécialisées dans les services aux collectivités.
Ces délégations qui font l'objet d'une convention ou d'une concession portent sur des durées assez longues et génèrent pas mal d'emplois en local.
Le rapport des administrés qui sont aussi des employés de ces entreprises est plutôt complexes dans la mesure où ils ont participé à l'élection de l'élu qui a organisé la délégation.
Aussi, la tentation est forte pour chaque administré de demander une intervention auprès de son élu pour le soutenir lors de démarches pour son intérêt.
C'est un jeu de communication bien rodé. Habituel. M. Fabius a fait ce que normalement, tout élu de n'importe quel bord politique fait en cette occurrence, il soutient, comme l'administré le lui demande, par un échange de courrier, la démarche de ce dernier.
Ce qui est inhabituel, c'est que le directeur ait répondu, certes en y mettant des formes courtoises, en insinuant sans ambigüité qu'on lui avait demandé de ne pas appliquer les procédures de recrutement de son organisation.
Ce qui est de sa part une pure allégation. Rien, en effet, dans la correspondance de M. Fabius ne vient conforter une telle affirmation qui, il faut bien le dire est tendancieuse.
On peut même considérer que la réponse du directeur tient de la faute professionnelle caractérisée. En tout cas, en rompant avec la communication de routine qui est absolument courante en l'espèce, en écrivant clairement qu'un élu sollicite une entorse en s'entremettant dans les procédures de l'entreprise, il a pris le risque d'une confrontation qui aurait pu lui couter beaucoup plus.
Au lieu de répondre de la manière anodine qui sied dans ce genre d'échange en prenant réception de la demande et qu'il aurait une attention à rendre compte de la suite qui sera donnée effectivement à cette affaire, il a rompu le pacte tacite qui oblige l'administré, l'élu et le concessionnaire à jouer leur partition de bonne communication.
Et rien n'oblige le concessionnaire a céder piteusement à toute demande. Très loin de là. Je crois que ce type a un peu déraillé en appréciant très mal la situation. Certes, sa mutation ressemble à une sanction mais comme directeur d'une entreprise délégué de service public, il s'est montré assez léger.
De Agapar
Ingenieur | 09H02 | 15/04/2009 |
Je pense qu'on veut absolument créer un débat qui n'a pas lieu d'être.
Primo : Tous les députés organisent des permanences afin de recevoir les doléances des électeurs.
Secondo : Quand un élu vous envoie une demande, le minimum est de répondre de manière un peu plus courtoise, surtout a un ancien premier ministre.
Tertio : Je connais assez bien Veolia, pour vous assurer que même sans l'intervention de Fabius, le management n'apprécie pas qu'on crée des problèmes avec les politiques. Ce sont leurs principaux partenaires.
De plus la gestion des carrières n'est pas un modèle du genre et c'est paut être popur cela que cette employée s'est adressé a Mr Fabius
De yalienx
un passant | 09H17 | 15/04/2009 |
Le plus étonnant dans cette affaire, c'est que la lettre de Mr Bonnat est très correcte. Clair, très professionnelle, et respectueuse des normes de recrutement mises en place par l'entreprise. En plus, il n'oppose pas un refus à la demande de Fabius, mais il indique simplement que la candidature de Mme K sera traitée comme n'importe quelle autre candidature, ce qui ne signifie nullement qu'elle ne sera pas embauchée in fine !
Mais Fabius, comme sans doute beaucoup d'autres politiques de tous bords, se croit au-dessus des règles et pense pouvoir imposer ses désirs. Il pensait sans doute que Mr Bonnat allait mettre de côté les procédures de recrutement de sa société pour faire passer Mme K avant d'autres personnes peut-être plus méritantes uniquement parce que Fabius le lui avait demandé. Il a refusé, et Fabius s'est énervé.
Finalement, on retrouve un peu ici le principe des lettres de cachet, avec Fabius dans le rôle du puissant seigneur local…
De yalienx
un passant | 09H21 | 15/04/2009 |
Primo : c'est vrai, mais ce type de demandes ne devrait pas être retenu par les députés.
Secundo : la réponse de Mr Bonnat me semble très claire, professionnelle et courtoise. Je ne vois pas vraiment où est le problème ici.
Tertio : c'est vrai que Veolia travaille beaucoup avec des partenaires publics, mais cela ne justifie pas ce type de pressions. Concernant la gestion des carrières, c'est un faux problème : il y a peut-être des salariés du groupe qui méritaient plus que Mme K le poste en question, et si tous avaient sollicité Fabius, elle serait peut-être passée après les autres. En fait, c'est d'ailleurs ça l'idée : il faudrait que des dizaines de milliers de salariés sollicitent leurs députés pour obtenir des promotions… ce serait une belle pagaille !