Decryptage 15/04/2009 à 10h18

« OSS 117 » et les pirates : défense de filmer dans la salle

François Krug | Journaliste Rue89


Jean Dujardin dans ’Rio ne répond plus’ (Emilie de la Hosseraye)

Le second épisode d’« OSS 117 » est le film français le plus attendu de l’année. Son distributeur, Gaumont, et les exploitants des cinémas ont multiplié les précautions pour empêcher qu’il soit piraté directement dans les salles, au caméscope. Cryptages informatiques, jumelles infrarouges, amendement spécial dans le projet de loi Hadopi : tout est bon pour lutter contre le « camcording ». Exagéré ?

L’an dernier, « Bienvenue chez les Ch’tis » était disponible en ligne cinq jours après sa sortie. Fureur des professionnels. Cette copie illégale qui circulait sur le web n’a pourtant pas empêché le film de connaître le succès en salles comme en DVD.

Quelques mois plus tard, quatre Montpelliérains étaient mis en examen pour avoir filmé « Les Ch’tis » et, surtout, pour en avoir tiré un DVD pirate vendu sous le manteau.

« Le moteur, c’est l’argent »

Une preuve que le « camcording » n’est pas qu’un jeu entre internautes, estime Frédéric Delacroix, délégué général de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa), organisation chargée de défendre les intérêts de l’industrie du cinéma :

« Il y a l’amateur occasionnel qui fait ça pour le fun. Et ceux qui font ça pour le fric. Aujourd’hui, le moteur c’est l’argent. »

Le « camcording » n’est pourtant pas une pratique courante dans les salles. « Pas courante, mais fréquente pour les films à forte notoriété », assure Frédéric Delacroix. Selon lui, le piratage dans les salles sert surtout à alimenter les sites illégaux :

« Il y a des connexions entre cette délinquance et les sites. Pour générer du trafic, il faut apporter des nouveautés. »

Des bobines livrées au dernier moment

La nouveauté la plus recherchée dans les semaines qui viennent, ce sera justement « OSS 117 : Rio ne répond plus ». Et le danger ne vient pas forcément de simples spectateurs.

Le « camcording » peut aussi être pratiqué lors des avants-premières, des projections de presse ou lors des tests effectués par les projectionnistes. Ceux-ci n’ont eu accès à l’intégralité du film qu’au dernier moment, raconte François Clerc, directeur de la distribution de Gaumont :

« Pour les copies traditionnelles, en 35 mm, nous en avons livrées 70% la veille, et 30% le lendemain. »

Les copies numériques, elles, n’ont pas de support physique. Le code permettant d’accéder au serveur du distributeur est envoyé par e-mail aux exploitants. Mais ceux-ci doivent aussi disposer d’une « clé », un code de cryptage fourni séparément.

Et une consigne a été donnée aux patrons des salles : « vérifier qu’il n’y avait personne dans la salle » lors des projections-tests.

Des jumelles infrarouges pour James Bond

Les exploitants, eux, ne sont pas bavards. La Fédération nationale des cinémas français, leur syndicat professionnel, n’a pas donné suite à nos sollicitations. Le réseau UGC non plus.


Dans une salle de cinéma, un employé traque les camcorders avec des jumelles infrarouges (DR)

C’est pourtant dans une salle UGC qu’un lecteur d’Eco89, travaillant dans le cinéma, a constaté que le « camcording » était décidément pris très au sérieux (photo ci-contre) :

« Je suis allé voir le dernier James Bond le lendemain de sa sortie. Pendant la projection, un employé surveillait la salle avec des jumelles infrarouges. Il m’a expliqué qu’il allait le faire pendant les deux premières semaines d’exploitation du film. »

Bizarre ? C’est pourtant le meilleur moyen de repérer les caméras dans le noir, explique Frédéric Delacroix, de l’Alpa :

« Les jumelles sont souvent utilisée par les distributeurs lors d’une avant-première, même si ça peut paraître un peu saugrenu. »

Le nouveau combat de Frédéric Lefebvre

Le « camcording » est peut-être une pratique marginale, mais le député UMP Frédéric Lefebvre l’a jugé suffisamment dangereux pour y consacrer un amendement au projet de loi Hadopi :

« Est également un délit de contrefaçon toute captation totale ou partielle d’une oeuvre cinématographique ou audiovisuelle en salle de spectacle cinématographique. »

Le projet de loi ne devait pourtant concerner qu’Internet. Et les textes existants permettaient déjà de sanctionner le « camcording ». Interrogé par Eco89, Frédéric Lefebvre avait défendu cet amendement en assurant que le piratage au caméscope condamnait de nombreuses salles à la fermeture.

Moins catégorique, Frédéric Delacroix estime que l’amendement du député UMP permettait de « clarifier les choses au niveau des forces de l’ordre lorsqu’elles sont sollicitées par les exploitants ».

L’argument artistique

Une paire de jumelles et un amendement de Frédéric Lefebvre ne suffiront sans doute pas à mettre fin au « camcording ». Et pour le nouvel épisode d’« OSS 117 », il sera difficile de surveiller toutes les salles en permanence, admet François Clerc :

« C’est une grosse sortie, 586 copies, cinq séances par jour. Ça fait quand même près de 3 000 séances par jour en France. »

A défaut de débusquer les adeptes du « camcording » dans le noir, le directeur de la distribution de Gaumont mise sur l’argument artistique pour dissuader les internautes de visionner une version piratée :

« Ce sont des copies de mauvaise qualité. Il n’y a pas la totalité de l’image, surtout pour un film en “scope” et avec des “screen splits” comme “OSS 117”. »

Les paris sont ouverts : combien de jours faudra-t-il pour qu’une copie « camcordée » soit disponible en ligne ?

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  • Coldo
    Coldo
    pas là
    • Posté à 10h51 le 15/04/2009
    • Internaute 40715
      pas là

    « - la plupart des gens qui téléchargent un film ne seraient pas allé le voir de toutes façons »

    J’ai toujours trouvé cet argument grotesque.
    La plupart des braqueurs de bijouterie n’auraient pas acheté le bijou de toutes façons...

    Cela dit, sur le fond je suis assez d’accord. Un screener c’est tellement pourri que je ne crois pas une seconde que ça concurrence vraiment l’expérience cinéma.

  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 10h53 le 15/04/2009
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    Quelle perte de temps et de fric. Un film piraté de cette manière est d’une qualité tellement mauvaise que l’on devrait payer ceux qui le visionnent ainsi. Et puis y’a pas l’feu....il n’y a qu’à attendre la sortie DVD, et ensuite le pirater. Meilleure qualité, meilleur son, et on n’entends pas le voisin qui mange son popcorn, et le film n’est pas coupé par le spectateur qui se lève au milieu de la representation pour aller aux chiottes, ou celui qui arrive dix minutes en retard.

    L’industrie de la repression est en plein essor.

  • Iv
    Iv
    Roboticien utopiste
    • Posté à 11h25 le 15/04/2009
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    Le DVD devrait sortir en même temps que le film en salle. Le manque de choix artificiel crée un marché illégal.

    Si je veux voir OSS117 chez moi parce que mes 1m90 et les horaires de la salle locale de cinéma rendent l’expérience désagréable, je ne peux que le pirater ou attendre un an. Même en mettant un prix élevé, je n’ai aucun moyen d’obtenir ce que les pirates fournissent gratuitement...

  • Fabrice Epelboin
    Fabrice Epelboin
    Reflets.info / ATLN.info / (...)
    • Posté à 20h28 le 15/04/2009
    • Internaute 64836
      Reflets.info / ATLN.info / (...)

    « Il y a des connexions entre cette délinquance et les sites. Pour générer du trafic, il faut apporter des nouveautés. »

    C’est mal connaitre le fonctionnement d’un tracker bittorent... Une fois qu’une ’release’ (une nouveauté) en ’screener’ (camcordée dans une salle) est disponible quelque part, elle apparait en quelques heures sur la plupart des trackers...

    A moins qu’il ne nous parle de réseaux P2P comme eMule... ha.. mais, là, il n’y a aucune pub car de de site web... le traffic n’est en aucun cas monétisable...

    C’est pénible, tout de même, ces absurdités alignées les unes après les autres par les défenseurs de la répréssion. Camcorder un film, c’est mal, ok, mais la qualité qui en résulte donne quelque chose qui n’est en rien une concurrence avec un DVD, encore moins une salle de ciné...