SUR LE TERRAIN

Soulèvement en Moldavie : silence, on réprime en coulisse

Manifestation à Chisinau, capitale de la Moldavie, le 10 avril (Antonin Sabot)

(De Chisinau) A l'Est, rien de nouveau. La jeunesse moldave a cru un moment pouvoir faire vaciller un des derniers régimes communistes -tendance affairiste- d'Europe avant de devoir remiser à plus tard ses envies de liberté.

Après des manifestations particulièrement violentes qui ont fait un mort, Chisinau, la capitale, est revenue à son calme de petite ville provinciale. Dix mille manifestants s'y sont bien rassemblés ce dimanche, mais le gouvernement a réussi son pari : faire taire les opposants de manière assez discrète pour ne pas alarmer l'Occident.

Le pompier pyromane ?

Mardi 7 avril, quelques heures après l'annonce des résultats des législatives, une partie de la jeunesse étudiante moldave explose de colère. Avec près de 50% des voix, les communistes emportent suffisamment de sièges de députés pour élire le prochain président sans passer d'alliances. Près de 15 000 jeunes descendent l'avenue principale de Chisinau, caillassent et envahissent la Présidence, puis mettent le feu au Parlement. (Voir la vidéo)


Le choc est réel. Il va rapidement discréditer les opposants aux yeux de l'Occident, Europe en tête. Mais les circonstances de cette poussée de violence restent floues. Les médias proches de l'opposition et de nombreux sites Internet parlent d'incidents déclenchés volontairement par le pouvoir pour ensuite justifier la répression.

Dans un pays où la police en civil est omniprésente et où les opposants sont nettement plus sujets aux agressions que le citoyen moyen, le scénario n'est pas inconcevable. Aucune preuve irréfutable n'est pourtant avancée et la spontanéité des événements de mardi tendrait à prouver le contraire.

Reste que le peu de forces de l'ordre présentes le jour des heurts pourrait laisser rêveurs certains manifestants anti-Otan. A peine quelques centaines de policiers mal-entraînés : « Ils ont envoyé les stagiaires », remarquera plus tard un étudiant.

Certains, bien peu équipés, portaient des chaussures de ville quand la foule leur jetait des pavés. La police moldave compte pourtant dans ses rangs des unités spécialement entraînées pour ce genre d'occasion, mais ils n'étaient pas là. Comme si on envoyait la police municipale défendre l'Elysée à la place des CRS.

L'ennemi extérieur

Carte de Moldavie (Spiridon Manoliu/Wikipedia)La réaction du pouvoir n'a pas tardé. Classique et attendue. La Moldavie accuse la Roumanie voisine de fomenter « un coup d'Etat » pour récupérer ce bout de territoire qui lui appartenait autrefois.

En effet, les jeunes qui montent sur le toit de la Présidence accrochent des drapeaux européens et roumains. Et scandent leur envie de réunification. Chisinau y trouve matière à éjecter l'ambassadeur de Roumanie.

Même chose pour les journalistes roumains. Plusieurs sont molestés avant de se faire renvoyer. La frontière avec la Roumanie est un temps fermée, une nouvelle politique de visas est appliquée en urgence. L'ennemi extérieur ne pourra pas entrer.

L'ennemi intérieur

Victimes collatérales du blocage des frontières, les étudiants moldaves, nombreux en Roumanie, devront attendre que les choses se calment pour rentrer au pays. Certains parviennent à passer par les petits postes frontières du Sud après des interrogatoires les désignant systématiquement comme des fauteurs de troubles en puissance.

Lycéens, étudiants et jeunes actifs tenaient le premier rôle le 7 avril : toute la jeunesse sera donc visée par le pouvoir. L'incompréhension entre le régime et ses jeunes n'est pas nouvelle.

La jeunesse moldave se sent à l'étroit dans ce pays qui ne sait s'il doit se tourner vers l'Europe ou la Russie. Une grande partie d'entre-eux ne supporte plus les privations de liberté ni la précarité. C'est aussi ce ras-le-bol qui a parlé le 7 avril. C'est un peu cette rébellion qu'a sanctionné le régime de Chisinau.

Après les manifestations, au moins 300 étudiants et lycéens ont été arrêtés. Certains d'entre-eux sont toujours portés disparus et l'on déplore un mort. Ses parents disent avoir récupéré son corps roué de coups, mais pour la police sa mort est due au gaz utilisé pour disperser les foules.

Quoi qu'il en soit, deux jours après les émeutes, les forces de police se sont invitées dans les lycées pour expliquer aux élèves qu'ils n'hésiteraient pas à faire usage de la force en cas de nouvelles manifestations.

Les commissariats ont relevé les noms des lycéens absents le mardi des émeutes. Certains ont été interrogés. D'autres jugés. Le même jour, une vieille camionnette arpentait les rues de Chisinau en diffusant un message à l'attention des parents :

« Dites à vos enfants de ne pas écouter les provocateurs qui veulent déstabiliser la Répubique de Moldavie. La police prendra des mesures pour les en empêcher. »

Manifestation anti-communiste devant le siege du gouvernement moldave a Chisinau, le 9 avril (Antonin Sabot)

Les bonnes vieilles pressions

Le vendredi 10 avril devait avoir lieu une grande manifestation. La journée de jeudi a donc été l'objet de nombreuses pressions pour étouffer le mouvement et empêcher qu'il ne prenne de l'ampleur. La Premier ministre est apparue à la télévision et a annoncé que les forces de l'ordre n'hésiteraient pas à faire usage de la force.

Même message de la part du président Vladimir Voronine, qui a expliqué que, contrairement au premier jour, il ne retiendrait pas les policiers en cas de débordements. Le gouvernement a aussi entrepris un véritable blocus de la capitale.

De très nombreux contrôles de police ont été installés sur les routes menant à Chisinau. « Ils demandent simplement aux gens de faire demi-tour », explique un jeune homme venant du sud de la capitale. La manifestation ne rassemblera au final que quelque 200 personnes.

Des pressions bien intégrées

Mis à part quelques étudiants et journalistes moldaves passés à tabac, relativement peu de violences ont eu lieu à Chisinau, après le premier jour des émeutes. La plupart des habitants ont repris leur train-train quotidien. C'est là le coup de force du pouvoir moldave : il n'a pas eu besoin d'user du bâton. Le montrer aura été suffisant.

En temps normal, il ne fait déjà pas bon afficher ses opinions d'opposition en Moldavie, comme l'explique Nicolae Dabija, journaliste et écrivain résolument pro-roumain :

« Sept procès ont été intentés contre moi et j'ai été agressé à plusieurs reprises l'an dernier au seuil même de ma maison. »

En temps de crise, s'arrêter pour discuter devant le siège du gouvernement, lieu où se réunissaient les manifestants, relève donc de la déclaration de guerre. Reste à savoir si l'Europe continuera à négocier son « partenariat oriental » avec la Moldavie alors que le pays semble enclin à revenir aux bonnes vieilles méthodes qui ont fait le succès du grand-frère russe.

Antonin Sabot et Mehdi Chebana

5 commentaires sélectionnés

Portrait de jpouille

De jpouille

expatrie en Angleterre | 11H10 | 13/04/2009 | Permalien

les cocos moldaves comptent plus de russes qu'autres choses. Les meme russes ou coco de l'epoque qui ont annexe la bessarabie et ampute ainsi la Roumanie de la Moldavie (1940), les meme cocos qui ont envoyer des populations russophones en Moldavie pour contebalancer les populations ROUMAINES qui etaient deja sur place depuis des SIECLES. Sur le drapeau roumain, sur la bande jaune figurent les armoiries avec la plupart des regions roumaines et donc la tete de boeuf, embleme de la Moldavie. Mais c'est trop facile pour les autorites de Chisinau d'accuser Bucarest de toutes ingerances. La preuve, si une puissance europeenne se cachait derriere ces manifs, elles auraient tenues toute la semaine, un peu comme en Ukraine, ce qui n'est pas le cas. C'est dommage pour les jeunes moldaves qui revent d'etre integrer a l'Europe et de ne plus avoir a subir des gouvernements de primates mal leches d'ex cocos affairistes, des taches, de minables alcoolos enfermes dans les souvenirs de la guerre froide.

Portrait de Marcelin

De Marcelin

Retraité - Résident en Moldavie | 11H30 | 13/04/2009 | Permalien

1. On peut difficilement reprocher tout et son contraire a un regime : en cas de faible presence policiere ecrire que c'etait pour faciliter les troubles et dans le cas contraire ecrire que la rpression est antidemocratique.
2. Personne meme pas l'opposition ne conteste srieusement la victoire du parti communiste (50%) quand le parti suivant n'atteint pas les 13 et que les observateurs internationaux declarent qu'il n'y a pas fraude.
3. Ce qui gene les « bobos » moldaves car c'est d'eux qu'il s'agit c'est que le PC ameliore ses scores d'election en election. La mairie de la capitale dernier bastion de l'opposition devrait tomber et certains (comme les deux anciens maires) sont asse inquiets a l'idee de l'examen ds comptes
4. Nicolae Dabija. On ne peut que reprouver les agressions si elles ont eu lieu. Quant au fait qu'il y ait des proces intentes c'est un minimum a moins que vous d'etre partisan de la liberte totele de la presse (negationnisme, diffamation ….)

Portrait de Marcelin

De Marcelin

Retraité - Résident en Moldavie | 11H38 | 13/04/2009 | Permalien

Si on veut de l'histoire :
C'est la roumanie fasciste d'Antonescu qui a ampute la moldavie de la russie, puissance occupante depuis 1812, avant c'etait les turs et jamais la roumanie qui est une creation du XIXeme siecle.
Les populations slaves sont presentes depuis 2 siecles (Pouchkine a ete banni en moldavie par le tsar)
Enfin et surtout il est notoire que la roumanie en 25 ans d'occupation n'a cree aucun lycee, aucune universite, aucune industrie, aucun theatre et salle de concert. Seuls ceux qui ignorent cela (des tres jeunes) veulent le rattachement

Portrait de kasherhallal

De kasherhallal

pour le métissage | 11H46 | 13/04/2009 | Permalien

vous semblez oublier qu'en 41 la Roumanie s'allie à Hitler pour attaquer la Russie, que des milliers de juifs sont déportés et que ceux qui ont réussi à passer en URSS y sont massacrés lors de l'avancement des armées nazis.
La Roumanie des « cocos » comme vous dites ou celle des roumains moldaves pur jus n'a jamais été claire sur la liberté dont pourraient jouir les populations qui tentent d'y vivre. La pauvreté y est très grande. Il ne faut pas compter sur les affairistes russes ou roumains pour la réduire.
Les moldaves veulent être rattachés à la Roumanie ? Grand bien leur fasse, ce sera une nouvelle possibilité de délocalisation des entreprises européennes… et les policiers pourraient être briffés par MAM
D'un côté ou de l'autre, les Moldaves ont du souci à se faire.

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 15H22 | 13/04/2009 | Permalien

Il aurait quand même fallu parler de la Transnistrie, dont les ressortissants sont russophones. Il ne fait pas de doute que, si la Moldavie (75% de roumanophones) devait déclarer ouvertement son souhait d'un rattachement à la Roumanie, cela serait considéré comme un casus belli par Moscou. Voronine joue sur la crainte d'un conflit ouvert avec la Russie pour se maintenir au pouvoir. D'ailleurs, sauf erreur, des forces terrestres russes sont toujours établies en Transnistrie, au cas où…

La carte présentée en accompagnement de l'article n'indique même pas la « frontière » séparant la Transistrie pro-russe du territoire moldave stricto sensu.

La Moldavie est grosso modo dans la même situation que les pays baltes, l'Ukraine, et, à la limite, la Géorgie, il y a peu. Le pouvoir russe de Medvedev-Poutine n'a pas l'intention de voir les anciennes marches de l'empire soviétique tomber aux mains des occidentaux sans réagir. La répression des jeunes Moldaves doit être considérée sous cet angle.

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