Polémique

Quand Benoît XVI écrivait dans une revue facho

Un député autrichien a déterré un vieux texte de 1998 signé du cardinal Ratzinger dans une publication pangermaniste.

Le pape au Vatican le 11 février 2009 (Giampiero Sposito/Reuters).

Janvier 2009. Karl Öllinger, un député écologiste autrichien qui s'est spécialisé dans le combat contre l'extrême droite florissante dans son pays, tombe sur un hors-série de la revue Die Aula, paru à l'occasion du 150e anniversaire de la révolution allemande de 1848.

Au milieu des affabulations de négationnistes de députés d'extrême droite et de membres du parti néonazi allemand NDP, il tombe - éberlué - sur un texte signé du cardinal Ratzinger et intitulé « Freiheit und Wahrheit » (« Liberté et Vérité »).

En fait, une charge virulente contre les libertés individuelles et le système démocratique, qui aujourd'hui encore, peut être consultée à Vienne, au Centre de documentation et d'archives sur la résistance (DÖW), un organisme chargé de surveiller les mouvements extrémistes.

Embarras de l'Eglise

Dans un premier temps, le diocèse de Vienne a affirmé que le cardinal Ratzinger n'a jamais donné son feu vert pour une publication dans Die Aula : « Liberté et Vérité » était en fait un vieux texte datant de 1995, publié pour la première fois dans une revue chrétienne conservatrice.

Pas de bol, celui qui avait à l'époque négocié la publication avec le secrétaire du cardinal a gardé tous les échanges de leurs lettres : le cardinal a bel et bien, à l'époque, donné son accord par écrit pour une reproduction.

Aujourd'hui encore, les milieux extrémistes germaniques considèrent Benoît XVI comme l'un des leurs et se flattent que le souverain ait publié dans leur revue. Le hors-série est d'ailleurs en vente sur Internet !

Die Aula défend les négationnistes

Cette information éclaire d'un jour nouveau le tournant idéologique du Vatican depuis que Benoît XVI a été nommé pape. L'homme, bavarois de naissance, peut en effet difficilement expliquer aujourd'hui n'avoir pas su ce qu'était Die Aula en 1998, la revue étant publiée en langue allemande. Elle soutenait alors clairement l'ascension de Jörg Haider et sa triste notoriété dépassait les frontières de la petite Autriche.

Die Aula défend les négationnistes et ceux qu'elle nomme les « victimes de la liberté d'expression », à savoir les hommes politiques d'extrême droite qui sont condamnés pour offense à l'islam. Elle critique les lois qui répriment les propos révisionnistes, flirte très souvent avec l'antisémitisme et tente de réécrire l'histoire récente de l'Autriche. Lors de la nomination de Benoît XVI, elle avait bruyamment fait part de sa joie.

Photo : Le pape au Vatican le 11 février 2009 (Giampiero Sposito/Reuters).

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Portrait de Pascal Riché

à Sustainable_Gupta Portrait de Sustainable_Gupta De Pascal Riché

Rue89 | 16H20 | 08/04/2009 | Permalien

Ah Jean-Marie Lustiger n'était pas conservateur ? Première nouvelle.

Portrait de Sustainable_Gupta

à Pascal Riché Portrait de Pascal Riché De Sustainable_Gupta

Reparti | 09H06 | 09/04/2009 | Permalien

Non le cardinal Lustiger n'avait rien d'un conservateur dans les débats qui agitent l'Eglise en permanence. Regardez notamment l'architecture des églises parisiennes dont il a supervisé la construction, vous verrez dans la « plan synagogue » une tentative de faire participer l'assemblée dont les principes ne sont pas sans rappeler ceux du théâtre brechtien. Entrez dans Ste Jeanne de Chantal (Pte de St Cloud), église dont il a été curé des années. Pas un seul christ en croix. Exit le message dolorosiste de l'Eglise montrée par exemple dans l'atroce « Passion » de Mel Gibson.

Cela dit, je soupçonne que votre terme de conservateur ne recouvre en fait que les principes moraux promus par l'Eglise. Dans ce cas, évidemment, le cardinal Lustiger n'était pas Mgr Gaillot et était conservateur. Mais c'est une question de jugement personnel, vous ne m'empêcherez pas de dire que dans le climat contemporain de relativisme engendré par la désillusion post-moderne, ces principes sont révolutionnaires, ambitieux et porteurs d'espérance dans la nature humaine plutôt que simplement (entendez bêtement) conservateurs.

Portrait de Unstern

à Sustainable_Gupta Portrait de Sustainable_Gupta De Unstern

23H19 | 09/04/2009 | Permalien

Dans votre (courageuse) tentative visant à donner de Lustiger une image « progressiste », vous ne rien de plus convaincant que l'architecture d'une église ?

C'est plutôt mauvais signe, non ? D'autant que l'église en question est vraiment très moche.

Je dirais plutôt que Lustiger était un homme très cultivé et extrêmement intelligent, mais aussi extrêmement ambitieux et autoritaire et tirant systématiquement la couverture à lui. Ses collègues évêques en savaient quelque chose, eux qui évitaient autant que possible de travailler avec lui et ne voulurent jamais l'élire à la tête du synode des évêques de France.

Benoît XVI est d'ailleurs, lui aussi, un homme très cultivé et extrêmement intelligent. Quant à l'usage qu'il fait de ses talents, c'est une autre histoire…

Portrait de biou_biou

à Pascal Riché Portrait de Pascal Riché De biou_biou

Informaticien | 09H50 | 09/04/2009 | Permalien

Par exemple dès 1988 Mgr Lustiger rappelait que personne ne devait se mettre en danger ni donner la mort, et donc s'il n'était pas en mesure d'être abstinent ou d'être fidèle, ou si l'un des 2 conjoints était séropositifs, ils « devaient » utiliser le préservatif.
Ce n'est pas non plus ce que j'appelle être conservateur.

Portrait de Blaise Gauquelin

à Sustainable_Gupta Portrait de Sustainable_Gupta De Blaise Gauquelin (auteur)

Journaliste | 18H08 | 08/04/2009 | Permalien

Communio est une revue chrétienne conservatrice, où est le problème ?

Portrait de Sustainable_Gupta

à Blaise Gauquelin Portrait de Blaise Gauquelin De Sustainable_Gupta

Reparti | 09H03 | 09/04/2009 | Permalien

Communio est une revue fondée pour promouvoir les idées du concile en terme de doctrine sociale et pour permettre aux théologiens de la « nouvelle vague » (entendez qui appliquaient les méthodes de la phénoménologie à la théologie) de s'exprimer.

Sur les questions philosophiques, regardez le comité de rédaction. Vous verrez de noms comme Jean Luc Marion, Emmanuel Falque (travaux sur la réconciliation de Nietzsche et de St Paul quand même ! )

Sur les questions sociales, ouvrez les numéros passés, vous verrez des réflexions sur l'oecuménisme, sur la place des croyants dans la Cité, sur la subsidiarité, sur la destination universelle des biens. A ma connaissance, seuls les Jésuites, la frange la plus « à gauche » (notion réductrice et presque sans signification dans l'Eglise, mais que j'utilise pour aller vite) des catholiques avaient avant un tel intérêt pour les questions sociales.

Portrait de biou_biou

à Blaise Gauquelin Portrait de Blaise Gauquelin De biou_biou

Informaticien | 14H03 | 09/04/2009 | Permalien

Le problème réside dans l'amalgame qui est souvent fait entre :
conservateur --> conservatiste --> intégriste --> extrême-droite --> néonazi.
Le preuve dans les commentaires.

Portrait de Pascal Riché

De Pascal Riché

Rue89 | 16H03 | 08/04/2009 | Permalien

Bonjour Authueil

Le titre dit : « Quand Benoît XVI écrivait dans une revue facho ».
Le fait est qu'il a accepté, au terme d'un échange de lettres, qu'un de ses textes soit publié dans une revue « facho », Aula. Ses écrits ont été publiés avec son accord dans une telle revue : vous pouvez retourner le truc dans tous les sens, les faits sont là.

Rejeter la responsabilité de cette décision sur le staff est un peu facile. D'autant plus que Mgr Clemens, en donnant son feu vert à l'édition du texte, a précisé dans sa correspondance que le Cardinal approuvait…

« Le secrétaire de Ratzinger a sans doute considéré… » :
Sans doute ? Vous faites des hypothèses pour répondre à des faits.

Qui est de mauvaise foi ?

Portrait de Joli grain de sable

à Pascal Riché Portrait de Pascal Riché De Joli grain de sable

ni loup ni mouton | 16H57 | 08/04/2009 | Permalien

« Le titre dit : Quand Benoît XVI écrivait dans une revue facho.
Le fait est qu'il a accepté, au terme d'un échange de lettres, qu'un de ses textes soit publié dans une revue facho, Aula. »

Dommage que ce soit après deux cents commentaires qu'on trouve le vrai titre de l'article. Il aurait en effet fallu écrire :

« Quand Benoit XVI acceptait qu'un de ses textes soit publié dans une revue facho ».

Moins vendeur ? Ne vous en faites pas, avec des titres comme ça, vous allez bientôt pouvoir travailler à « Voici » et « Gala ».

Portrait de Pascal Riché

à Joli grain de sable Portrait de Joli grain de sable De Pascal Riché

Rue89 | 09H18 | 09/04/2009 | Permalien

Trop long. Trouvez plus court. ça doit tenir sur deux lignes.

Portrait de biou_biou

à Pascal Riché Portrait de Pascal Riché De biou_biou

Informaticien | 14H08 | 09/04/2009 | Permalien

Argument peu digne de la rigueur journalistique que j'aime trouver d'habitude chez Rue89.

Portrait de authueil

à Pascal Riché Portrait de Pascal Riché De authueil

blogueur | 19H28 | 08/04/2009 | Permalien

Cher Pascal

Je maintiens ma position. Ratzinger a écrit son texte pour la revue communio. Il a accepté une reprise (ni vous ni moi ne savons dans quelles conditions exactes, mais par mon métier, je sais sans doute un tout petit plus que vous comment ça se passe). Mais il n'a pas sollicité cette reprise.

Votre titre exact aurait du être « quand Benoit XVI était repris dans une revue facho »

C'était factuellement beaucoup plus exact. Mais sans doute moins percutant et moins conforme au message que vous vouliez faire passer.

Vous êtes un site militant, assumez le !

Portrait de Pascal Riché

à authueil Portrait de authueil De Pascal Riché

Rue89 | 09H22 | 09/04/2009 | Permalien

« était repris » est une formule passive. Cela ne reflète pas la réalité. Trouvez moi donc un verbe pour dire « donnait son autorisation expresse pour la publication d'un de ses articles » et je change le titre !

« écrivait » me semble le plus proche de l'idée, désolé.

Portrait de authueil

à Pascal Riché Portrait de Pascal Riché De authueil

blogueur | 10H09 | 09/04/2009 | Permalien

Chacun sa vision. Mettre « écrivait » dans votre titre est sans doute plus forme à ce que vous voulez voir.

Pour moi, « écrivait » s'applique quand le texte est effectivement écrit en vue d'être publié dans une revue bien déterminée.

Mon billet sous lequel vous m'avez répondu a été écrit pour mon blog. Il a été repris par Marianne 2.

Allez vous dire « quand Authueil écrivait pour Marianne 2 », faisant de moi un collaborateur d'un site avec lequel j'ai bien peu d'affinités politique ou éditoriale (même si j'apprécie humainement ceux qui le tiennent)

Nous sommes exactement dans le même cas avec Ratzinger et la revue Aula…

Portrait de Valéry

à authueil Portrait de authueil De Valéry

16H14 | 08/04/2009 | Permalien

Le Pape, comme n'importe qui, est responsable de ce qu'il écrit. Et si son sécrétariat, qui est censé le connaître un peu, considère qu'il peut donner son imprimatur à la publication d'un texte, on se doit d'en prendre acte. Par ailleurs, ça commence à faire beaucoup ! Votre émouvant plaidoyer pour la bonne foi papale aurait un peu plus de poids s'il ne s'agissait du même Benoit XVI qui vient de réintégrer un évêque négationniste, qui a toujours soutenu les franges les plus conservatrices de l'église… etc. A l'époque, on avait minimisé l'épisode des jeunesses hitlériennes au motif de son jeune âge. Mais à force, les dérapages, les circonstances fâcheuses et les fautes de jugement commencent à s'accumuler au delà du raisonnable. Non ?

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 13H13 | 08/04/2009 | Permalien

Il y a ici une forme d'amalgame. Le texte de Ratzinger est sans doute critiquable en soi, mais il n'y a aucune raison d'incriminer le pape pour cause de reproduction de son article dans une revue extrémiste, puisque ce texte était initialement destiné à la publication dans une revue catholique par ailleurs banale et que sa libre reproduction était autorisée. (Il est « normal » -- pour un chrétien militant -- que Ratzinger ait voulu faire du prosélytisme, et qu'il n'ait pas jugé bon de faire état d'un quelconque droit d'auteur exclusif ! )

Il faut juger l'article sur pièce, et non pas l'assimiler à une approbation, tacite ou non, du négationnisme.

Cela dit, on sait depuis longtemps que Benoît XVI souhaite faire revenir l'église à son état antérieur au concile Vatican II. C'est un réactionnaire. Ca n'en fait pas pour autant un fasciste, et encore moins un néo-nazi. Si un tel amalgame était valable, il faudrait également s'en prendre dans les mêmes termes aux autres dirigeants de cultes, islamiques ou juifs par exemple, qui veulent peu ou prou instaurer la théocratie, ou au moins s'affranchir de plusieurs aspects notables de la liberté de croyance ou d'expression.caractéristique de la démocratie.

Portrait de eudemon

à Jaycib Portrait de Jaycib De eudemon

intello-précaire | 13H22 | 08/04/2009 | Permalien

Vous avez raison il est un réactionnaire et pas un néo-nazis (puisqu'eux-mêmes sont néo-païens). Toutefois il s'inscrit dans une logique qui me pousse à me demander : mais que font encore les catholiques dans une Eglise remplie de réactionnaires depuis JPII au moins ?
Les catholiques sont pour ainsi dire coupables de collaboration active avec un régime dangereux qui prône la remise en cause des valeurs issues de 1789, de 1905, de 1917, de 1968.
La position du Vatican va contre l'histoire comme dirait Hegel ou Marx, contre l'humanisme qu'ils étaient censés défendre.
Je répète donc que font les catholiques dans une Eglise à ce point déconnectée des réalités de notre monde moderne. A Quand un nouveau schisme protestant en France ?

Portrait de Jaycib

à eudemon Portrait de eudemon De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 13H34 | 08/04/2009 | Permalien

Je ne sais pas ce qu'il en est de Hegel, mais Marx a condamné toutes les religions, catholique ou non. Il n'a pas été plus tendre pour les protestants ou les juifs.

Portrait de Au sud de nul part

à Jaycib Portrait de Jaycib De Au sud de nul part

Situation | 15H31 | 08/04/2009 | Permalien

Bonjour. Je me permets de vous répondre : Hegel ne condamne pas les religions et encore moins la religion catholique ; bien au contraire. Une excellente introduction à cet auteur sont ses écrits dit de jeunesse ; puis la lecture des « principes de la philosophie du droit ». Chez Hegel la philosophie du droit entretient un lien extrêmement étroit avec les contenus traditonnellement exprimés par la religion chrétienne/catholique. J'ajoute enfin que je doute que la philosophie Hégelienne, telle qu'elle se présente dans les textes eux-mêmes, puisse être qualifiée de philosophie « humaniste » : le texte « La raison dans l'histoire », composé par les notes de ses élèves, permet au contraire, dans un langage plus accessible, de douter de l'intérêt de hegel quant à la valeur de la liberté de l'individu en tant que particulier. C'est une pensée de l'Etat qui s'y exprime, d'une sorte d'Etat en dehors duquel aucune liberté ne semble seulement concevable.

Voilà. J'espère que mon intervention n'est pas trop lourde.

Factotum

Portrait de eudemon

à Au sud de nul part Portrait de Au sud de nul part De eudemon

intello-précaire | 16H58 | 08/04/2009 | Permalien

Réponse enfin intéressante,
Toutefois, l'existence d'un Etat même fort implique fondamentalement un Humanisme capable de transcender la volonté divine. L'humanisme ne signifie pas forcément individualisme.
Toutefois mon propos (je n'ai sans doute pas été assez clair) ne visait pas explicitement hegel mais plutôt l'Eglise qui, elle, est censée incarner l'Humanisme.

Portrait de Jaycib

à Au sud de nul part Portrait de Au sud de nul part De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 17H17 | 08/04/2009 | Permalien

Non, non, ce n'est pas trop lourd !

Je ne connais pas les Principes de la philosophie du droit, mais dans la Phénoménologie de l'esprit (l'introduction, qui fait130 pages ! ), Hegel parle du rapport du maître à l'esclave et du fait que l'esclave n'est esclave que parce qu'il a intériorisé l'image (celle de la bassesse) que le maître a de lui… jusqu'à ce « qu'il se fasse sa propre idée des choses », et donc se libère, puisque c'est ainsi que naît son moi autonome. Sauf erreur, c'est bien d'un processus de libération individuelle qu'il s'agit, car il n'a rien d'automatique.

En fonction de mes lectures très partielles de Hegel et de ce que Marx dira plus tard de lui, il me semble que le cheminement de Hegel à la recherche de ce qui incarne le mieux la raison universelle se conclut sur la notion (vraiment bouffonne ! ) que le haut fonctionnaire prussien est le sommet perceptible de cette raison. L'Etat est ainsi l'expression inégalée de la médiation entre les multiples libertés individuelles et de leur éventuelle répression.

Portrait de Au sud de nul part

à Jaycib Portrait de Jaycib De Au sud de nul part

Situation | 18H48 | 08/04/2009 | Permalien

Bonjour Jaycib. Tant mieux si cela n'est pas trop lourd…Je fais faire pire alors ( : ))…

Je vous réponds.

L'introduction à la phénoménologie n'est en effet pas une mince affaire. Je n'aurai pas la sotte prétention de parler en spécialiste de la pensée Hégelienne, car je n'en ai pas fait le tour, à supposer que cela soit seulement possible : Hegel est un auteur auquel tous les philosophes français se sont confrontés ; d'une manière ou d'une autre. Je le lis encore après l'avoir étudié.

En ce qui touche spécifiquement à la dialectique du maître et de l'esclave, il est vrai qu'il existe une lecture répandue de celle-ci et qui relève de l'humanisme, au sens d'une libération de l'homme et de l'accès de tous à la liberté en son sens moderne. Hegel pensait la liberté comme réellement présente dans le seul monde moderne, car chacun y avait en quelque sorte accès, au prix d'une sorte de conquête dialectique d'un genre bien précis ; dialectique qui reste encore la nôtre à bien des égards.

A ce sujet peut-être connaisez vous la célèbre lecture que fit Kojève de Hegel à une assemblée de penseurs et de philosophes (Merleau ponty, Sartre, Bataille, Queneau, etc…). Cette introduction en France à la pensée Hegelienne est un exemple d'une lecture, si ce n'est humaniste, du moins fortement anthropologique et qui contient notre conception de la modernité.

J'en viens à cette fameuse dialectique maître/esclave : l'esclave est aussi celui qui se libère par le travail : son rapport au maître est aussi celui d'une soumission qui, paradoxalement, permet une libération de celui qui ne jouit pas immédiatement de lui-même ; l'esclave apprend malgré lui, pourrait-on dire, à différer son désir immédiat (à réfréner ses pulsions, sa « nature immédiate », si l'on veut) et à se découvrir en tant que conscience de soi à travers la négation (le travail) du donné naturel immédiat. En gros, l'esclave se forme en donnant une forme au monde ; en niant la nature donné, il apprend à devenir un autre, et à nier ce qu'il était au départ.

Le maître, lui, se contente de jouir, et s'épuise dans cette posture, car il est dans une « impasse existentielle ».
Il a gagné la guerre, en imposant sa force à l'esclave qui reconnait la puissance du maître qui n'établit ainsi son rapport à la nature qu'en usant d'autrui comme d'un outil et comme d'une conscience inférieure, laquelle lui est pourtant nécessaire afin qu'il soit reconnu comme maître. C'est la puissance où la (fausse liberté) ne se joue que dans une lutte à mort, de « pur prestige ».

En cela, vous avez entièrement raison de souligner que la libération n'a rien d'automatique : elle ne peut s'effectuer pour l'esclave (ou l'opprimé) qu'au cours d'un long processus historique - et aussi bien logique- qui commence par l'apprentissage du négatif, soit de la capacité de nier ce qui est là, immédiatement ; mais ce moment du négatif pour l'esclave ne mène ni au solipsisme ni à une sorte de conscience solitaire, mais à un moment plus élevé -la conscience de soi accessible par la maîtrise que permet le travail :

« En devenant par le travail maître de la nature, l'esclave se libère donc de sa propre nature, de son propre instinct qui le liait à la Nature et qui faissait de lui l'eclave du maître. En libérant, l'esclave de la nature, le travail le libère donc aussi de lui-même, de sa nature d'esclave : le travail le libère du Maître. Dans le monde naturel, donné, brut, L“esclave est l'esclave du maître. Dans le monde techniqu, transformé par son travail, l'esclave règne, ou du moins, règnera un jour - en maître absolu. Et cette Maîtrise qui naît du travail, de la transformation progressive du Monde donné et de l'homme donné dans ce monde, sera tout autre chose que la ‘Maîtrise immédiate’ du Maître”

(p.28, Kojève, Introduction à la lecture de Hegel).

Bon : évidemment, de nos jours, le mythe du progrès et de la libération par le travail via une maitrise technique de la nature a du plomb dans l'aile, et tout un pan de la pensée critique s'est engouffré dans cette voie. De même, et je m'en tiendrai là pour le moment, l'idée que l'Etat est le seul lieu où peut s'accomplir la liberté -soit devenir objective ou encore effective- ne se porte guère mieux, car l'apparition du totalitarisme et de la bureaucratie(qui sont propres au seul XX ème siècle) ont présenté un visage pour le moins terrifiant de l'Etat. L'image du fonctionnaire Prussien n'est pas fausse : c'est bien l'impression qui ressort d'une lecture de certains passages d'un texte comme la Raison dans l'histoire, texte où ce qui est tant combattu est le moi, lequel est entendu comme une sorte d'illusion narcissique, une vanité. Ainsi pour être soi -le devenir- il faut accéder à l'universel et le représenter par son travail au sein d'un Etat. De nos jours encore, les critiques souvent trop rapides des mythologies personnelles (en art), ou du repli individualiste, ou encore de la dimension privé de l'existence, masquent un refus de considérer la liberté comme étant une création de soi qui ne néglige ni ne réfrènnent le désir personnel. Du moins est-ce que certains penseurs de 68 ont tentés de construire, se référant il est vrai bien plus à Nieztsche qu'au professeur Hegel.

A vous lire, Factotum

Portrait de Jaycib

à Au sud de nul part Portrait de Au sud de nul part De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 17H09 | 09/04/2009 | Permalien

Votre analyse me paraît juste… pour aussi loin qu'elle aille. Depuis Marx et ses réflexions sur les jeunes hégéliens (Manuscrits de 1844, L'idéologie allemande, principalement), on sait que le travail ne libère pas tant que le produit du travail est « aliéné » (accaparé) au profit d'autrui. Le problème de Hegel, me semble-t-il, c'est celui de la construction logique parfaite, de la « négation de négation » dont vous parlez. La solution n'est pas la conscience-de-soi individuelle, mais la conscience-de-soi collective, dirait Marx (le « pour soi » contrairement à l'en-soi que vous citez, du moins selon l'acception marxienne). Là s'arrêtent mes blafardes lumières, j'ai bien peur !

Entre nous soit dit, ce qui faisait peur à Hegel, c'est sans doute la vision de la piétaille révolutionnaire (française), qui le rebutait. Il aimait trop l'ordre pour l'ordre.

Portrait de eudemon

De eudemon

intello-précaire | 13H16 | 08/04/2009 | Permalien

Il paraît clair à la lecture de ce texte que Ratzinger fait une critique de la modernité et de ses manifestations les plus graves (il condamne les crimes du XX7me siècle). Il paraît seulement se résoudre à la corriger : Le problème c'est que l'on est ici dans la pure manipulation si l'on comprend les sous-entendus.

1. « Freedom, if it is not to lead to deceit and self-destruction, must orient itself by the truth, that is, by what we really are, and must correspond to our being. »

Il en vient à refonder le rôle de l'Eglise en lui donnant le rôle de définir la vérité indispensable au bon fonctionnement de la liberté humaine. Le problème c'est que la vérité c'est un dogme, une idéologie et qu'il fait volontairement l'impasse sur cet aspect (comme tout bon réactionnaire). Or cette vérité va directement à l'encontre de la liberté humaine et remet en cause fondamentalement la modernité.
Il ne s'agit donc pas de libérer l'Homme mais en réalité de l'emprisonner dans une idéologie religieuse. C'est d'ailleurs sans doute pour cela qu'il cite constamment K.Marx pour que l'on ne lui fasse pas une remarque sur la domination dogmatique de l'Eglise.

2. « The opinion that the essential task in the struggle for freedom is to change the world is—I repeat—a myth. History will always have its vicissitudes. When it comes to man's ethical nature in the strict sense, things do not proceed in a straight line, but in cycles. It is our task always to struggle in the present for the relatively best constitution of man's shared existence and in so doing to preserve the good we have already achieved, to overcome existing ills, and to resist the in-breaking of the forces of destruction. »

La remise en cause de la liberté humaine, les forces de destruction incarnées par les lumières (NB : satan=lucifer= porteur de lumières). Il s'agit bien de faire des rappels au conflit qui oppose les anciens et les modernes. Lui fait clairement partie des anciens dans la mesure où il remet en cause la potentialité positive de la liberté humaine.
La défense du bien est celle du bien commun c'est à dire une idéologie contre-revolutionnaire (c'est à dire contre les lumières).

3. « the atheistic systems of modernity are the most terrifying examples of a religious passion alienated from its nature, which is a life-threatening sickness of the human mind. Where God is denied, freedom is not built up, but robbed of its foundation and thus distorted.13 Where the purest and deepest religious traditions are entirely discarded, man severs himself from his truth, he lives contrary to it and becomes unfree. Even philosophical ethics cannot be unqualifiedly autonomous. It cannot renounce the idea of God or the idea of a truth of being having an ethical character. »

Et voilà une charge contre la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les systèmes modernes laïcs ne peuvent exister sans la vérité issue de l'Eglise.

CCL : on est bien enface d'un modèle réactionnaire, anti moderne, ultra conservateur (type E. Burke ou http://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_conservateur) donc d'extrême droite si l'on considère a contrario que la droite est moderne, républicaine (gaullisme par exemple)

Portrait de Saturnin-julius

à eudemon Portrait de eudemon De Saturnin-julius

16H29 | 08/04/2009 | Permalien

C'est de la théologie catholique tout à fait traditionnelle et classique.

Si pour vous c'est « réactionnaire, anti moderne, ultra conservateur », alors le catholicisme est « réactionnaire, anti moderne, ultra conservateur ».
il ne faudrait pas que vous pensiez que la discussion, c'est uniquement parler avec ceux qui pensent comme vous !

Portrait de toots

à Saturnin-julius Portrait de Saturnin-julius De toots

void | 16H47 | 08/04/2009 | Permalien

Non non non, il ne s'agit pas du tout de théologie classique. Il s'agit d'une théologie qui date, au moins, d'avant Vatican 2.

En effet, depuis on a accepté que la vérité pouvait se manifester sous différentes formes, en particulier d'autres religions, ouvrant a porte, enfin, au dialogue inter-religieux.

De plus, depuis vatican 2, on a remis la place du croyant au sein de l'Eglise. Pour tout réac qu'ai été jean paul 2, il a quand même précisé que l'Eglise était la somme de ses croyants, ce qui constitue une avancée plus que remarquable dans l'idéologie catholique.

Exactement ce que remet en cause le dernier Pape.

Portrait de Au sud de nul part

à eudemon Portrait de eudemon De Au sud de nul part

Situation | 16H48 | 08/04/2009 | Permalien

Bonjour. Si je puis me permettre, la critique de la modernité -soit l'espoir déçu des « lumières » ou de la démocratie dîte moderne -ne date pas d'aujourd'hui et ne partage pas si séchement les anciens et les modernes. Il existe toute une réflexion philosophique à ce sujet : on peut citer des auteurs très différents quant à l'épithète politique qu'il serait possible de coller maladroitement à chacun d'entre eux, tels que Adorno, Arendt, ou, Nietzsche, entre autres.

Ainsi, je crains qu'il ne soit difficile de couper le monde en 2, en voulant classer la réaction et le progrès en fonction de la critique de la démocratie formulée par un auteur. Par exemple, de nos jours, un auteur comme Badiou n'est pas un fervent défenseur de la démocratie et il ne pas non plus être classé comme étant un réactionnaire, puisque sur d'autres sujets il se révèle être du côté des opprimés (sans papiers, chômeurs, ouvriers, etc…).

Bref…Je crains qu'en voulant -à juste titre- montrer que Ratzinger conditonne -somme de toute de manière assez banale- la possibilité de la liberté humaine par la médiation de quelque chose comme la vérité, vous n'en veniez à considérer une telle réflexion comme ne pouvant provenir que d'une sorte d'archaïsme d'ordre réactionnaire : en cela, si vous vouliez avec raison ne pas conditionner la liberté par la médiation d'une transcendance garantissant la valeur de nos actions et de nos représentations, je ne peux qu'abonder en votre sens. Sauf que j'objecterai que c'est bien et le lieu vide de cette transcendance et une conception éronnée de ce qui peut-être pensé sous le vocable de vérité (Dieu, la Révolution, La Totalité, l'Histoire, etc…) qui pose un problème, soit celui d'un vide : pourquoi donc voit-on revenir en force les religions, après que les promesses de l'Histoire aient tant déçues et horrifiées, si ce n'est parce que notre condition humaine n'est plus celle de la modernité, mais celle d'une époque encore mal définie et dont le « sens » nous échappe ?

Je crains que le nihilisme et le cynisme (dans le sens d'un silence désabusé) ne soient que les deux facettes d'une situation d'ordre anthropologique, laquelle rend possible le retour- par le biais d'une quête factice d'un Sens, comme transcendance d'ordre religieuse- d'un espoir d'une sorte de reflux du temps au profit de l'illusion d'un accès à un savoir éternel.

Conséquemment, je crois que ce n'est pas tant le rapport essentiel posé entre liberté et vérité qui pose un problème chez Ratzinger, mais bien plutôt que la question de la vérité (re)devienne le monople des religions : si elles se battent entres elles, c'est bien parce qu'elles s'approprient chacune le monopole du sens. Elles occupent une place laissée vacante.

La question est alors de déterminer pourquoi nos sociétés dîtes « modernes » ou « Civilisées » sont incapables de se tenir debout bien longtemps sans le recours d'un mythe religieux ou politique : pourquoi, ou plutôt, sous quelles conditions (matérielles, économiques, culturelles, etc…), une telle absence à elle-même de nos vies est-elle rendue possible par cette modernité qui qualifierait peut-être encore un peu et nos sociétés et nos représentations ? Comment se fait-il que le lieu de la vérité surgisse à nouveau avec une telle force, et sous cette forme, alors que nous prétendons vivre un humanisme consciemment assumé, c'est-à-dire que nous prétendons vivre une situation d'autonomie morale ?

A lire votre réponse, Factotum

Portrait de eudemon

à Au sud de nul part Portrait de Au sud de nul part De eudemon

intello-précaire | 17H13 | 08/04/2009 | Permalien

La vérité ne peut être le monopole de la religion. Dans notre monde post-moderne (critique) ou post-moderniste (exaltation de la liberté) repris par de nombreux auteurs ce n'est pas le nihilisme, l'anomie que l'on risque mais l'excès de sens, l'excès de vérités. Dans ce sens on pourrait dire que Mr Ratzinger a raison de tenir ses propos. Plutôt que d'éviter un conflit entre valeurs, donnons le monopole à l'Eglise qui est la seule à disposer d'une légitimité historique.
Néanmoins et c'est là l'erreur de B16, c'est que notre société ne peut plus se permettre d'accepter le monopole (d'un parti, d'une personne, d'une religion, d'un pouvoir, d'une religion, d'une idéologie, d'un objet (l'argent)). Le monopole conduit tout droit vers le totalitarisme et l'exclusion des hérétiques. Seule le pluralisme permet le respect et la tolérance.
C'est donc à chacun d'entre nous de construire sa propre vision, sa propre conviction en faisant l'effort surhumain de construire des valeurs dignes de notre humanité (je l'avoue c'est très difficile).
Pour finir, réactionnaire B16 oui dans la forme puisqu'il reprend la méthode classique des réactionnaires (je vous conseille la lecture de l'excellent article « carl schmitt contre le parlementarisme weberien » Revue française de science politique-février 2008 où l'auteur explique très bien le mode de fonctionnement réactionnaire.
Dans les idées il y a des réactionnaires à droite et à gauche. B16 est à droite puisqu'il remet en cause la valeur de liberté individuelle qui est fondamentalement une valeur de la gauche républicaine ( à ne pas confondre avec le pseudo libéralisme de droite qui renvoie plus à la liberté de ne pas payer des impôts ou de ne pas avoir de concurrence plutôt qu'à toute autre forme de liberté)

Portrait de benoit holley

De benoit holley

13H19 | 08/04/2009 | Permalien

Ce qui est embêtant c'est de ne pas pouvoir lire en direct le fameux article. Quelqu'un de la rédaction de Rue 89 l'a-t-il lu ? On ne peut pas se baser uniquement sur le fait que cet revue ait publié un article de Ratzinger pour en déduire que ce dernier est un négationiste, surtout quand on connait les subterfurges que peuvent emprunter les théorciens d'extrême droite pour s'agréger abusivement des penseurs en dehors de leur camp (cf campagne du FN avec Jaurès).

Portrait de Thierryb75

à benoit holley Portrait de benoit holley De Thierryb75

13H48 | 08/04/2009 | Permalien

exactement je crois que c'est tout à fait le cas….
en plus d'un possible amalgame volontaire entre un ouvrage intitulé « 1848, Erbe und Auftrag », émanant d'un groupuscule néonazi, et une très banale revue écrite par des Bénédictins, intitulée Erbe und Auftrag, dans laquelle avait déjà publié le cardinal Ratzinger. Le secrétaire s'est peut être fait abuser lorsqu'on lui a demandé s'il était possible de republier un article paru dans la revue Communio , revue à laquelle était destiné l'article. Le texte de présentation du bouquin affirme frauduleusement que le cardinal Ratzinger fait partie de ses auteurs (pour s'accorder sans doute une « respectabilité » car contrairement à ce que je lis ici, comme intellectuel, Ratzinger a toujours été trés respecté, il suffit de savoir, ne serait-ce qu'en France, qu'il a été élu membre assoçié étranger de l'Académie des sciences morales et politique de l'Institut de France….( qui comme chacun sait élit des fachos)

En tout cas la moindre des choses est d'être prudent en l'absence totale de preuves concernant un accord effectif…

Mentez mentez il en restera toujours quelque chose

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