
Le débat a tourné court. Comme prévu, pourrait-on ajouter. Après deux jours de « colloque scientifique » studieux sur l'état des lieux en Israël et en Palestine, la soirée de clôture, mardi à l'école normale supérieure de Paris, imaginée par Esther Benbassa comme un débat avec la participation de représentants israéliens et palestiniens a été à la fois houleuse et improductive.
A l'extérieur de Normale Sup, rue d'Ulm, près du Panthéon à Paris, une cinquantaine de manifestants pro-palestiniens ont jeté des oeufs sur la façade pour protester contre la présence au débat d'un diplomate israélien. La police a dû assurer la protection des lieux, et, à la fin du débat, le diplomate a été exfiltré par les policiers par une porte de derrière.
Et à l'intérieur, outre des contestations dans la salle contre la présence du représentant de l'Etat d'Israël, il y a eu, à la tribune, un dialogue de sourds qui a montré l'ampleur du fossé actuel entre les deux peuples. Les propos léinifiants du ministre plénipotentiaire de l'ambassade d'Israël, Sammy Ravel, n'ont pas aidé, il est vrai, à jeter les bases d'un débat productif, au point que, à la fin de sa première intervention, Esther Benbassa, maîtresse de cérémonie, s'est tournée vers lui et lui a demandé sans détours : « croyez-vous à tout ce que vous dites ? »…
Le diplomate israélien partageait la tribune avec Leila Shahid, représentante de l'Autorité palestinienne en Europe, ainsi qu'avec le philosophe Régis Debray, le chercheur français Alain Dieckhoff, et le chercheur israélien basé en Grande Bretagne Avi Shlaïm.
Dns un climat chauffé à blanc en raison du souvenir encore chaud de la guerre de Gaza en janvier dernier, et la toute fraiche constitution du gouvernement de Benyamin Netanyahou, comprenant des éléments d'extrême droite dont le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, les propos du diplomate israélien sur le « dialogue », la « paix », l'« union des modérés » de la région contre les « extrémistes » sont mal passés.
La colère de Leïla Shahid
Leïla Shahid, la représentante palestinienne, avec son habituel talent oratoire, a réagi au quart de tour aux paroles douces du représentant d'Israël :
« C'est une insulte de vous entendre. Vous prenez le monde occidental pour des imbéciles qui ne savent pas ce qui se passe. Ce discours de propagande ne passe plus. C'est une insulte à leur intelligence. Chaque mot est une fabrication qui ne passe plus ».
La représentante de l'Autorité palestinienne a souligné qu'en seize ans de négociations depuis la signature des accords d'Oslo en 1993, les Palestiniens « n'ont rien obtenu », ce qui, à ses yeux, enlève toute crédibilité à l'argument du diplomate attribuant l'impasse actuelle aux « terroristes du Hamas ».
« Ne dites pas qu'il y a d'un côté les bons Palestiniens et de l'autre les mauvais ».
Le philosophe Régis Debray a même poussé l'argument plus loin encore, en se demandant « à quoi bon toutes ces parlotes », au point de se faire reprendre par Leïla Shahid qui refuse de renoncer à la voie négociée. Régis Debray, auteur d'un récent « Candide en terre sainte » (Gallimard), a fait valoir que la colonisation des territoires palestiniens se poursuit, réduisant les chances d'un Etat palestinien, alors que le reste du monde détourne le regard.
Il a expliqué qu'il avait fait un rapport aux autorités françaises après son dernier voyage en Israël et Palestine, pour attirer l'attention sur cette situation, mais qu'on lui avait répondu :
« vous avez raison, mais il ne faut pas le dire »…
Cette soirée tenait de l'impossible pari, du fait de la polarisation extrême provoquée par la guerre de Gaza et le résultat des élections israéliennes, mais aussi de ce qu'elle produit en France. On a en eu des exemples hier, entre un représentant israélien tenant un discours modéré en parfait décalage avec celui sans fioritures de son ministre, et un public lassé de discours vains sur une paix aux allures de mirage, sans cesse reportée. Pari impossible mais que l'audacieuse Esther Benbassa a quand même tenté, ce qui est tout à son honneur.
photo : la tribune du débat avec de dr à g : Leïla Shahid, Esther Benbassa, Sammy Ravel, Alain Dieckhoff et Régis Debray (P. Haski/Rue89)




















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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 10H04 | 08/04/2009 |
On en sortira, jamais quoi …
A la suite de cet article dans la Rue89 barricadée une cinquantaine de commentateurs pro-palestiniens ont jeté des points rouges nazes pourris pour protester contre la présence au débat de défenseurs du peuple élu . La police du net a dû assurer la protection du site , les rares posteurs diplomates ont été exfiltrés par des posts vengeurs dans le derriére ..
De tasfa
humain | 13H41 | 08/04/2009 |
Pour avoir voulu me rendre à cette rencontre, je ne comprends pas la manifestation.
Ce débat était en tres grande majorité constitué de personnalités attaché à une paix juste et attaché au condition de vie du peuple palestinien .
Je suis triste de voir qu'elle se trompe de cible, ce genre d'evenement universitaire n'est ni politique, ni propagandiste elle permet a la societe d'etre informer sur la situation de plus en plus desastreuse en palestine.
Depuis deux jours les universitaires et journalistes (monde diplomatique, politis…) qui sont intervenus ne peuvent pas etre accuses d'etre pro israeliens.
Je pense que cet article montre qu'aujourd'hui que le discours des officiels israeliens sur leur« volonte de paix » ne passe plus et les representants palestiniens (dont Leila shahid) sont assez grands pour leur porter la contradiction, ces manisfestants qui etaient à peine 30 n'ont pas le droit de se substituer au peuple palestinien.
Attention je ne condamne pas les manifestation en solidarite avec les palestiniens, au contraire, mais il ne faut pas se tromper de cible.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 13H21 | 08/04/2009 |
Ainsi que je le suggérais dans un post publié en réponse au papier de Pierre annonçant le débat organisé par Esther Benbassa, le moment de ce débat était en décalage complet avec la réalité du terrain. Je suis désolé que ce débat ait mal tourné, mais l'autisme dont font preuve la majorité des Israéliens aujourd'hui ne laissait pas augurer grand chose d'autre.
De Servais-Jean 4591
HS | 15H34 | 08/04/2009 |
Ce colloque organisé par Esther Benbassa était présenté comme un pari impossible.
Les participants ne jouaient pas au même jeu, c'est un peu comme si au milieu d'une équipe de foot certains joueurs se servaient de battes de base-ball.
Comment faire se comprendre ceux qui parlent le langage de la raison, les humanistes, et ceux qui ne parlent que le langage politique et qui ne peuvent pas, de part leurs fonctions officielles, ouvrir leur coeur.
De Clarence
09H41 | 09/04/2009 |
Bonjour.
Depuis longtemps maintenant, mais le phénomène s'accentue encore et toujours, il est devenu impossible de ne pas prendre une position tranchée sur le conflit israelo-palestinien.
Je veux dire que le débat est devenu strictement binaire, et qu'on est constamment mis en demeure, par les uns ou par les autres, soit d'être solidaire, en toute circonstance, de l'état d'Israël et de la politique de ses dirigeants (ou alors on est un antisémite même pas crypto), soit de l'être des Palestiniens (ou bien on est un suppôt de l'impérialisme et du complot américano-sioniste).
Marre marre et marre !
Je n'étais pas au colloque d'Esther Benbassa, mais j'apprécie très vivement les positions qu'elle prend et qu'on peut découvrir à travers ses tribunes.
Outre les positions qu'elle prend sur le conflit lui-même, j'apprécie aussi, beaucoup, le regard qu'elle porte sur les conséquences qu'a le conflit en France, et sur la communautarisation accélérée qu'il entraîne, de part et d'autre.
Certaines des prises de position que ce conflit entraîne sont devenues en effet, non seulement insupportables, mais réellement dangereuses, qu'il s'agisse de celles de certains des soutiens des Palestiniens qui flirtent dangereusement avec l'ignominie antisémite, ou de celles de certains de ceux que le soutien inconditionnel à Israël conduit à dire et faire n'importe quoi (Alexandre Adler traitant Rony Brauman de « traitre juif » ( ! ? ! ) parce qu'il ose ne pas passer sous silence les conséquences humaines de certains des agissements de Tsahal).
Le Crif n'est pas en reste qui souffle dès qu'il le peut sur les braises.
Quel courage ! , de la part de ceux, « des deux côtés », qui offrent avec vaillance leur poitrine aux balles, … à quelques milliers de kilomètres du conflit en cours.
Tout ceci serait risible si les conséquences sur place n'étaient pas, outre le désastre humain quotidien qu'on y observe hélas, une radicalisation des deux discours, hâtant l'avènement du Hamas d'un côté, de gens comme Netanyahou ou Liberman de l'autre.
Et ici, l'enfermement dans des « communautés » autistes et hostiles l'une à l'autre de gens prisonniers de solidarités aveugles.
P-S 1 : Inutile, de part et d'autre, de me répondre que ce post est trop en faveur de l'un, ou trop critique sur l'autre ; la réponse est au début de ce que je viens d'écrire.
P-S 2 : Merci à Pierre Haski et à Rue89 de leur modération, à tous les sens du terme.
Les intervenants qui trouvent que la « censure » des posts excessifs (voire racistes) est anormale trouvent-ils préférable la seule autre solution qu'utilisent d'ailleurs de nombreux sites dès qu'il est question de ce sujet, à savoir la fermeture aux commentaires des articles considérés ?