Nonfiction.fr 06/04/2009 à 16h24

Le Chevalier d'Eon au-delà des lois du genre

David Valence | nonfiction.fr


C'est par fidélité à son époux défunt qu'Evelyne Lever, spécialiste du siècle des Lumières, s'est engagée dans une étude sur le chevalier d'Eon. Maurice Lever avait en effet rassemblé la documentation nécessaire à un livre sur le plus célèbre des travestis du XVIIIe siècle.

La mort de cet historien pionnier des questions de genre en France devait seule interrompre le projet, qu'Evelyne Lever assume comme un défi. La vie du chevalier d'Eon se déploie dans trois pays et sous deux sexes, ce qui lui a valu de passer à la postérité.


Le Chevalier d'Eon par Pierre-Adrien LE BEAU (1744-1817 ? ) d'après Claude-Louis DESRAIS (Wikipedia, Bibiothèque de Lyon)

Les « folies » londoniennes du chevalier ruinent une carrière diplomatique qui s'annonçait brillante au début des années 1760. Les éclats que provoque alors Eon forment une contrepartie à la fulgurance de son ascension sociale.

Né de notables qui prétendaient à la noblesse, Charles d'Eon s'est élevé grâce au « Secret », ce réseau diplomatique parallèle mis en place par Louis XV. Le « Secret » autorisant des faveurs exceptionnelles, Eon a très vite le sentiment de ne devoir de comptes qu'au souverain.

A l'été 1763, il connaît une forme d'apogée social avec le titre de ministre plénipotentiaire à Londres. Imagine-t-on les sentiments de cet homme qui occupe des postes généralement réservé aux vieux lignages ?

Nul doute que le chevalier d'Eon se conforte dans l'idée de sa propre singularité. C'est dans ce sentiment qu'il puise la force de ne pas se soumettre à l'autorité du comte de Guerchy, nommé ambassadeur en 1764. Le fils de notables de Tonnerre, grisé par ses succès, refuse d'obéir à un aristocrate de la plus ancienne eau.

Pendant plus de dix ans, il oppose de la hauteur aux ordres qui lui intiment de « rentrer dans le rang ». Longtemps au service du Roi, il n'accepte pas d'être congédié comme un laquais. Il reste à Londres et conserve des documents compromettants pour la Couronne.

Nous sommes au siècle des Lumières : cette rupture n'est pas sans conséquences imprimées. Londres s'arrache les libelles d'Eon et du comte de Guerchy. Les tribunaux britanniques prononcent même un acte d'accusation contre l'ambassadeur de France, pour tentative de meurtre sur la personne de son ancien ministre plénipotentiaire !

La rébellion du chevalier d'Eon est aussi épistolaire. Il adresse des lettres incroyables d'insolence aux ministres du roi Louis XVI, qui succède à Louis XV en 1774. Ce conflit place Eon dans la position du réprouvé que son « extravagance » condamne. Extravagance que d'avoir cru au mérite plutôt qu'à la naissance comme principe de régulation des ambitions avant la Révolution française...

Après celles de la politique, transgresser la loi du genre


Le chevalier d'Eon une vie sans queue ni tête (DR)

Ayant transgressé les lois politiques et sociales, le chevalier d'Eon est prêt à rompre avec celles du genre. C'est à 47 ans qu'il « avoue » son appartenance au sexe qu'on qualifie alors de « faible ». La rumeur courait à Londres qu'une femme lui ressemblant avait été vue en ville.

Evelyne Lever s'attarde peu sur ces « bruits » qui excitent l'imagination. Comment s'expliquer leur caractère récurrent ? Les nécessités du temps ou de la moralité justifient qu'une femme prenne l'habit d'homme, de peur d'être importunée ou pour combattre dans l'armée par exemple.

Qu'un homme puisse souhaiter devenir définitivement une femme, voilà qui ne laisse pas en revanche d'être inintelligible ! L'ordre social repose si profondément sur l'idée de supériorité masculine à cette époque que l'invraisemblance de la révélation s'efface devant l'invraisemblance plus grande encore que d'un mensonge.

Si on croit qu'Eon dit vrai lorsqu'il affirme être femme, c'est parce qu'il n'est pas « souhaitable » de le devenir dans la société du XVIIIe siècle. Pendant la seconde partie de sa vie, Charles d'Eon vit donc habillé en femme. Son véritable sexe - masculin - n'est reconnu qu'au moment de sa mort en 1810.

Depuis la fin du XIXe siècle, le travestissement a subi un double mouvement de masculinisation et de féminisation. Si une forme de subculture homosexuelle a déjà fait son apparition dans certains milieux urbains dans les années 1720 en Grande-Bretagne, le travestissement demeure presque dépourvu de connotation sexuelle dans l'Europe du XVIIIe siècle. Il relève du jeu ou de la nécessité, mais pas exclusivement du fantasme.

Le genre biographique convient-il pour saisir la complexité d'un personnage comme Eon ? Evelyne Lever s'y livre avec le bonheur d'écriture qu'on lui connaît. Un travail collectif aurait cependant permis de mieux appréhender les différentes facettes du chevalier-chevalière.

 ? « Le chevalier d'Eon, une vie sans queue ni tête » de Evelyne et Maurice Lever (Fayard)

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  • Tyb
    Tyb
    • Posté à 17h01 le 06/04/2009

    refus de choisir jusque dans la conclusion :

    « Le chevalier d'Éon est enterré dans le Middlesex. »

     : ))

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à Tyb
      journaleux - blogueur
      • Posté à 22h40 le 06/04/2009
      • Internaute
        journaleux - blogueur

      C'était le titre de Assouline mi-février :
      Lien
      déjà…

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 18h52 le 06/04/2009
    • Internaute
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Je ne reconnais qu'un être noble dans la famille Eon, c'est mon camarade Hervé et son désormais célèbre « Casse toi pov » con » à 30 euros !

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 21h41 le 06/04/2009
    • Internaute
      actif et militant ?

    Eon, ben ouais c'est ça :
    « casse toi pov'con »

    Lien

  • corbeau deciitre
    • Posté à 23h16 le 06/04/2009

    Mon nom est Eon !
    Kamel Eon !

    • General Subverciòn
      • Posté à 15h29 le 07/04/2009

      et Nabot l'Eon,tu connais ?
      le Grand Mamamouchi impérialiste de Nagy Bocsa qui comme son illuste prédécesseur Napoléon 3 dit « le petit » ou « Badinguet » au 19ème siecle avait des patrons pour bouffons et coutisans...

      le « vrai » chevalier d'Eon quand à lui était schizophrène d'après certains comportementalistes...plus complexe,on fait pas...

  • Brédala
    Brédala
    La V2 Maria ...
    • Posté à 23h18 le 07/04/2009
    • Internaute
      La V2 Maria ...

    D'Eon, des bas et rien entre.. ?