A débattre 06/04/2009 à 22h47

Interpellations de casseurs : Bastia 0 - Strasbourg 330

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Pourquoi la police a arrêté plus de 300 personnes à Strasbourg contre zéro au cours d'affrontements pourtant très violents à Bastia...


Arrestation à Strasbourg le 4 avril, émeute à Bastia le 28 mars (Vincent Kessler / Jean-Paul Pelissier / Reuters)

A Strasbourg et à Bastia, le week-end a été agité pour la police. Mais il a donné lieu à un bilan très différent : d'un côté la manifestation anti-Otan a entraîné plus de 330 arrestations. Le même jour, aucun manifestant n'a été arrêté à Bastia, où plus de 70 policiers et gendarmes ont pourtant été blessés (dont huit hospitalisés) suite au dérapage d'une marche de soutien à un adolescent blessé par la police le 30 mars.

A Strasbourg, la stratégie policière était fièrement annoncée par le ministère de l'Intérieur, bien que son efficacité soit contestée. En Corse, silence radio. En dépit d'appels répétés à tous les services concernés (police, justice), nous n'avons pu obtenir aucune explication.

Compte tenu du contexte explosif sur l'île après la condamnation en appel pour le moins contestée d'Ivan Colonna et après deux premières manifestations violentes, la police a-t-elle voulu calmer le jeu en ne procédant à aucune interpellation ?

Une question à laquelle Michèle Alliot-Marie a dû répondre lors d'une conférence de presse en Corse : la police détient des vidéos prises par ses soins pendant la manifestation. La ministre affirme que des actions en justice seront entreprises après identification des responsables des divers jets de projectiles sur la police.

« Le contexte était beaucoup trop violent »

Dominique Lemoine, du syndicat Unsa-police en Corse, exclue le deux poids deux mesures et explique qu'il était proprement impossible de procéder à la moindre interpellation samedi :

« Le contexte était beaucoup trop violent, il y avait une pluie de projectiles. L'objectif premier était de protéger les hommes. Après, oui, évidemment, des interpellations auraient envenimé la situation. »

Reste que, compte tenu du contexte, les forces de l'ordre n'auraient pas dû être surprises par la situation. En effet, suite à la condamnation en appel d'Yvan Colonna à la perpétuité pour l'assassinat du préfet Erignac, une première manifestation a eu lieu le 28 mars puis à nouveau le 30. Avec déjà de nombreuses violences.

Un adolescent y a été gravement blessé. Selon de nombreux témoins qui participaient à la marche, il a été blessé par un tir tendu de grenade lacrymogène. Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de l'accident. Plusieurs sites relaient des vidéos visant à prouver qu'il y a bien eu des tirs tendus sur les manifestants. (Voir la vidéo)

Le Monde a pu visionner une autre vidéo qui ne laisse pas de doute selon le journaliste :

« On distingue nettement un sous-brigadier d'une compagnie de CRS assurant la protection des locaux de l'Hôtel de Ville de Bastia
en train de tirer un projectile à hauteur d'homme sur un manifestant
qui vient de prendre violemment à partie un groupe de policiers. La
qualité des images ne permet pas, en revanche, de déterminer si le tir
a bien atteint sa cible. »

Pour Dominique Lemoine, cette accusation relève du fantasme :

« Les armes actuelles ne permettent pas de faire des tirs tendus, mais une enquête est en cours. On saura. »

« Ce n'était pas une manifestation mais une émeute »

La démonstration de force des nationalistes ce samedi a été perçue par la police comme un message de haine à leur encontre. « Dans les rues de Bastia, il se disait que les manifestants venaient pour tuer. Ce n'était pas une manifestation mais une émeute », déplore le délégué de l'Unsa.

Du côté des nationalistes, la marche de samedi a des airs de victoire. Jean-Guy Talamoni, homme politique et avocat du jeune adolescent, écrit sur son blog :

« Hier, le peuple corse a dit non à la situation qui lui est faite. Il a dit non à ceux qui font injustement condamner ses enfants par des juridictions d'exception. Il a dit non à ceux qui font tirer sur des adolescents. Il a dit non à ceux qui mettent sa terre à l'encan. »

  • 30799 visites
  • 173 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 23h11 le 06/04/2009
    • Internaute
      yetiblog.org

    PROLONGATIONS

    330 à 0 ?

    Le pire, c'est qu'on a toutes les chances qu'il y ait quand même PROLONGATIONS !

  • franc parleur
    • Posté à 23h11 le 06/04/2009

    C'est vrai que c'est... frappant.
    Et aussi la sorte de légitimité exprimée dans la population corse, qui contraste avec l'incompréhension nationale envers les « casseurs ».

    Mais sinon à défouler des haines, à quoi cela peut-il mener ?

    Et comment parvenir à exprimer des perspectives différentes, de façon visiblement et populairement pacifique, en rendant impopulaire, scandaleuse, révoltante la violence policière ?
    Mieux, en la désarmant !

    C'est tout simple :
    en s'habillant par milliers en drapeaux blancs !

    ____________________________________________________
    le projet circule - indépendamment de moi - sur internet,
    il peut être librement
    diffusé, repris, traduit, adapté, mûri, amélioré :
    ____________________________________________________

    LE TEXTE ORIGINAL :

     » SI
    nous nous affichons

    Par MILLIERS en DRAPEAUX BLANCS

    - d'entrée de jeu,
    bien visiblement
    et avec une publicité maximale préalable -

    et que les CRS chargent ?
    Nous créons une SYMPATHIE POPULAIRE MAXIMALE.

    SI nous nous y tenons,
    SI nous généralisons,
    nous tenons entre nos mains un soulèvement à la contagion irrépressible.

    Cette « option » est le seul dépassement pratique efficace de la haine, de la violence, et du pouvoir.

    - Chiche ?

    PAR MILLIERS EN DRAPEAUX BLANCS !
    Bien amicalement et fraternellement à chacune, à chacun, à tous. « 

  • LG240
    • Posté à 23h40 le 06/04/2009
    • Internaute

    « Dans les rues de Bastia, il se disait que les manifestants venaient pour tuer. Ce n'était pas une manifestation mais une émeute », déplore le délégué de l'Unsa.

    Traduction : « si ils étaient venus pour manifester, vous pensez bien qu'on les aurait mis en garde à vue, ma bonne dame, mais là ils étaient venus pour nous casser la gueule, alors on a préféré faire profil bas ».
    Bande de charlots, va ! ! !

  • Bargeocrea
    Bargeocrea
    Création multimédia
    • Posté à 00h14 le 07/04/2009
    • Internaute
      Création multimédia
  • solene
    • Posté à 01h30 le 07/04/2009

    je repete, comme je l ai dit sur l'autre article a propos de strasbourg (j'y etais) :

    - 300 interpellations jeudi de manifestants absolument arbitraires, qui ont certes duré des heures, mais ou presque tout le monde a été relaché apres un simple controle d'identité (pour cause, c etait juste une fin de manif, les gens rentraient au camp, illes se sont fait coincer dans la foret).

    - la manif « qui a degénéré » n'a conduit qu'a peu d'arrestations (les comparutions immediates ont eu lieu aujourd'hui, Lien), une trentaine je pense.

    - ils n'ont mm pas arreté ceux qu'ils avaient « promis d'arreter » (ils nous avaient dit, a nous qui demandions, que tou-te-s celleux qui participeraient a des blocages seraient systematiquement placé-e-s en g.a.v. - on a été laissé-e-s libres).

    je n'emets ici pas de jugement, je ne tente pas d'explications - simplement, le chiffre avancé dans tous les medias et par MAM, par exemple, ne reflete pas du tout la réalité. les 300 interpellations n'ont rien a voir avec les incendies, et ca n'etait pas des casseurs du tout, etc.

    voila !

  • totolarigo
    • Posté à 03h45 le 07/04/2009

    il y a surement plusieurs points a noter sur cette comparaison de chiffres :

    - la quantite de manifestants est differente

    - a strasbourg, se trouvaient des chefs d'etat, ce qui aurait mis un coup de pression sur les responsables des forces de l'ordre
    interpeller des personnes pour les enlever du cortege permet surement de mieux gerer les « flux » par contre reaction

    - a strasbourg, comparativement aux nombres de manifestants et du nombre de policiers, il y a eu de la perte ( en industrie, le 4% est tolere ) et l'organisation d'un « chantier » comme celui la, genere des problemes d'organisation dont certaines « unités » n'ont pas du gerer avec le sang froid necessaire face a la pression des « superieurs »

    - a strasbourg, l'origine des manifestants etait universelle a part certains groupes minoritaires

    - en corse, cela se passait en « famille » avec une entite soudee sous une unite representatrice d'un peuple

    - en corse, tous les manifestants etaient rassembles pour protester contre une condamnation injuste des forces de la justice et de l'etat ( l'etat qu'ils refusent )

    - en corse, si un « nationaliste » est arrete, les responsables policiers peuvent avoir leur maison plastiquee car ils ont touche a un « corse » mais a strasbourg, si un francais est arrete tout le monde s'en fout

    - en corse, peut etre aussi que les forces de l'ordre ont ete mieux gerees et la casse a ete amoindrie

    mais en gros je vois la difference au niveau familial entre :

    - un pere autoritaire a strasbourg qui violente ses enfants sans etats d'ame par la crainte d'etre vu comme ne gerant pas la situation par ses invites qui se sont reunis pour parler de guerre

    - un pere froussard en corse qui se laisse prendre des coups par ses gamins de peur de se faire poignarder pendant son sommeil ou bien accepte les coups car il reconnait que ses gosses ont raison de se plaindre d'une injustice alors il les laisse s'enerver en attendant que la crise passe plutot que de rajouter de l'huile sur le feu

    a strasbourg, il y avait des manifestants, et en corse il y avait des corses

  • xavier-xavier
    xavier-xavier
    muntagnolu
    • Posté à 07h13 le 07/04/2009
    • Internaute
      muntagnolu

    Pour avoir été témoin d'une partie des affrontements à Bastia, il me semble que l'explication donnée dans l'article par l'Unsa-Police est la bonne : s'il n'y a pas eu d'interpellation à Bastia, c'est simplement parce que c'était impossible de le faire pour les gendarmes et Crs, en raison du rapport de forces.
    Essayer d'interpeller, c'est aussi s'exposer ; s'ils l'avaient fait, ils auraient vraisemblablement eu des morts.

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 07h21 le 07/04/2009
    • Internaute
      actif et militant ?

    Peut-être faudra-t'il faire les manifestations anti otan en Corse ?

    Lien

  • Kereven
    • Posté à 08h06 le 07/04/2009

    Les corses ont encore perdu 330 à 0 ! Bigre, ils sont vraiment nuls sur cette île.
    Quand je me pose ce genre de question, de savoir pourquoi il y a deux poids et deux mesures dans la réponse de l'Etat aux manifestations, j'écoute Frane-Info, qui me donne immédiatement la réponse. En l'occurrence, le soir de la manif contre l'OTAN, FI a présenté le journal en stigmatisant les « anarcho-autonomes » qui avaient mis Strasbourg à feu et à sang.
    Visiblement, c'est pour justifier la stratégie sur Coupat and Co, que le gouvernement a tout misé sur Strasbourg en terme d'interpellations. Comme ça, les braves gens, ne pourront plus dire que Coupat est innocent.

  • Rabelais
    Rabelais
    Indécis chronique
    • Posté à 08h38 le 07/04/2009
    • Internaute
      Indécis chronique

    Peut-être que, contrairement à une vieille réputation, les Corses courent plus vite que les « Continentaux »...tout simplement...

  • Arnaud Aubron
    Arnaud Aubron répond à Bardamu
    • Posté à 10h29 le 07/04/2009

    Vous comprenez mal (ou peut-être nous sommes nous mal exprimés...). On ne reproche rien, on s'interroge sur le pourquoi de cette disproportion flagrante et cet embarras à communiquer. C'est mal de se poser des questions ?

  • a déménagé le 30 août 2010
    • Posté à 15h05 le 07/04/2009

    J'en connais en Corse qui ont été démis de leur fonction pour des incidents beaucoup moins importants que ça...
    Vous avez dis deux poids deux mesures ?