Decryptage 05/04/2009 à 14h50

Villepin, l'épouvantail de Sarkozy à l'UMP


L'ex-Premier ministre a fait feu de tout bois cette semaine contre l'hôte de l'Elysée. Objectif : se poser en alternative à droite.


Dominique de Villepin auditionné en octobre 2007 au sénat dans l'affaire EADS (Benoît Tessier/Reuters).

Depuis son renvoi devant le tribunal correctionnel dans l'affaire Clearstream, il se sent plus libre. Non pas qu'il se réjouisse à l'idée d'affronter un procès, mais Dominique de Villepin sait au moins désormais à quoi s'en tenir. Fini le long temps de l'instruction et des pressions politiques inhérentes. Le procès devrait se dérouler fin 2009.

Trop loin pour attendre son dénouement et faire ensuite un retour sur le devant de la scène politique. Et puis il a déjà assez patienté. La décision prise, restait à trouver la fenêtre de tir. C'était cette semaine, et l'ancien Premier ministre a fait feu de tout bois. Avec comme cible principale, évidemment : Nicolas Sarkozy.

Un agenda de... ministre, pour celui qui n'a plus aucune fonction politique. La liste des médias fréquentés est éloquente : dimanche dans l'émission politique de France Inter/iTélé/LeMonde, lundi sur Rue89, mardi sur France3, mercredi sur Europe1, vendredi sur BFM TV/RMC et dans Le Figaro...

Le point d'orgue est intervenu mercredi après-midi dans la salle Victor Hugo de l'Assemblée nationale. Dominique de Villepin, autour de son sextuor de fidèles, a rassemblé plus de 300 personnes. Au menu, un plat principal : le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan.


L'homme qui a fait ses armes et s'est révélé au Quai d'Orsay, notamment en s'opposant à la guerre en Irak dans un discours à l'ONU, a stratégiquement choisi la semaine du G20 suivi du sommet de l'Otan pour revenir dans la lumière.

Mais la raison officielle a rapidement tourné au prétexte, tant les invectives à l'encontre du chef de l'Etat se sont multipliées. L'UMP a crié à « l'aigreur », mais le PS comme le MoDem lui ont laissé le champ libre.

Sa voix, peu fréquente, a fait mouche. Son meilleur ennemi politique en a pris pour son grade toute la semaine et sur tous les sujets. La sélection suivante parle d'elle-même.

Sur la déclaration de Nicolas Sarkozy qui, malgré la crise et les critiques, a « la banane » : « La question, c'est que le président de la République, l'institution qu'il représente, soit capable de faire preuve non pas de banane, mais de vision, d'anticipation, de sagesse. (...) On n'attend pas d'un président qu'il soit survitaminé, on attend qu'il soit sage. » (Le 29 mars, dans l'émission « Dimanche soir politique » de France Inter, iTélé et Le Monde, écouter le son)


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Sur la plainte de France3, initiée sous pression de l'Elysée, suite à la vidéo de « Sarkozy off » diffusée sur Rue89 : « La liberté d'expression fonde notre démocratie. Elle ne trouve sa limite que dans l'atteinte à la vie privée ou à la sécurité d'autrui. A l'évidence, c'est ma conviction, cette affaire ne relève pas d'une de ces exceptions. » (Le 30 mars, sur Rue89)

Sur la menace de la chaise vide au sommet du G20 brandie par Nicolas Sarkozy : « Je ne crois pas qu'on puisse, à quelques jours d'intervalle, dire “je reviens dans le commandement intégré parce que les absents ont toujours tort” et, à la veille de participer à la réunion du G20, dire qu'on envisage de s'absenter. (...) Barack Obama et Gordon Brown ont rappelé que Nicolas Sarkozy serait présent des hors-d'œuvre au dessert. Je crois que la feuille de route est clairement fixée.(...)

“Cela me rappelle l'époque où certaines diplomaties prenaient leurs chaussures et la tapaient sur la table. Est-ce qu'il faut revenir aujourd'hui à des stratégies de ce type ? (...) Il ne faut pas se laisser guider par la passion et par l'émotion. L'émotion ne saurait être une stratégie.” (Le 1er avril, à l'Assemblée nationale)

Sur le paquet fiscal et le bouclier fiscal : “Il faut faire preuve de justice sociale, c'est la condition pour pouvoir mener toutes les autres politiques. Or, les rendez-vous de justice sociale ont été jusqu'à maintenant des occasions manquées.

‘Occasion manquée au lendemain de l'élection avec le paquet fiscal, même si on a fait des reproches indus. Occasion manquée avec la réforme du bouclier fiscal. Il fallait suspendre le bouclier fiscal parce qu'il faut que les Français soient rassemblés et donc qu'ils aient le sentiment que les efforts soient justement répartis.’ (Le 3 avril, sur BFM TV et RMC, voir la vidéo)


Sur le décret ministériel encadrant les rémunérations des patrons : ‘Je pense qu'une loi devrait être prise pour mettre sur la table l'ensemble de ces dispositifs, je pense personnellement sur une base volontaire ou incitative pour les entreprises aidées par l'Etat à une suspensions de toutes les rémunérations complémentaires. (...)’

‘On a voulu faire confiance au Medef et au code de déontologie, on a voulu faire confiance au décret gouvernemental, un décret très tiède et qui n'est pas à la hauteur de la situation... Il faut en matière politique en temps de crise un électrochoc pour marquer notre volonté commune de justice sociale.’ (Le 3 avril, sur BFM TV et RMC, voir la vidéo)


Sur le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan : ‘Elle intervient à contretemps’, ‘à contresens’, ‘à contre-emploi’. ‘Elle est source de dangers’, ‘de blocages’, ‘de distorsions’. ‘En définitive, cette décision va à rebours de l'histoire, car l'Otan est la réponse d'hier, occidentale et militaire, aux défis de demain.’

‘Cette réintégration n'est pas sans risques, chèque en blanc signée à une Otan en quête d'un rôle et d'une légitimité, tentée par la fuite en avant.’ (Le 3 avril, dans Le Figaro)

La manœuvre est limpide, derrière les coups assénés à Nicolas Sarkozy : montrer que sa carte personnelle pour l'élection présidentielle de 2012 est loin d'être aussi injouable que les partisans du chef de l'Etat le laissent entendre. Là encore, cette semaine a été l'occasion de le répéter à plusieurs reprises :

‘Je ne me suis jamais situé dans des perspectives politiciennes, mais j'ai la conviction que la politique, oui, c'est aussi servir un destin qui vous dépasse.’ (Le 31 mars, sur France3, voir la vidéo)


‘J'ai toujours considéré que, bien sûr, la légitimité républicaine impliquait que cette exigence soit remplie, et c'est bien mon intention.’ (Le 1er avril, sur Europe1, écouter le son)


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‘L'élection, ce sont des circonstances qui font qu'elle devient naturelle. Croyez bien, je serai à ce rendez-vous.’ (Le 1er avril, à l'Assemblée nationale, écouter le son)


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L'actuel hôte de l'Elysée est prévenu : aussi fluette soit-elle, une voix contestataire se fait toujours entendre au sein de la majorité qu'il veut pourtant à tout prix cadenasser. Et elle n'a pas d'autre objectif que de le déloger du Palais.

Photo : Dominique de Villepin auditionné en octobre 2007 au sénat dans l'affaire EADS (Benoît Tessier/Reuters).



Villepin et Sarkozy revus et corrigés par Lafontaine (Hervé Fell)

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  • Chevalier De Monlac
    Chevalier De Monlac
    Chevalier en mousse
    • Posté à 14h58 le 05/04/2009
    • Internaute
      Chevalier en mousse

    C'est quand même malheureux que les opposants les plus clairs à Sarkozy se trouvent à droite.

    Il a beau être de droite on ne serait surement pas la risée du monde si c'était lui à l'Elysée en ce moment, mais les neuneus de l'UMP en on décidé autrement.

    Allez Martine on se bouge ! !

  • zx600
    • Posté à 17h13 le 05/04/2009

    DGDV a beau jeu de se poser en héritier de l'idée gaulliste de la République, il n'en demeure pas moins l'homme des manoeuvres crapoteuses visant à salir Sarkozy en le liant au scandale alors naissant autour de Clearstream.

    De plus, son positionnement hors du jeu politique montre bien son manque de sens politique : c'est l'homme de la dissolution et du CPE, tellement sûr de ses idées qu'il n'a pas l'instinct de parfois manger son chapeau quand c'est nécessaire.

    Il gagnerait à rejoindre sa garde rapprochée, à l'Assemblée bien sûr, lors de la prochaine élection partielle dans une circonscription de droite : le fond de l'air n'est pas aux UMP ultra-sarkozystes et il aurait largement sa chance. Une fois dans l'hémicycle, il pourrait facilement participer en tant qu'électron libre au ping-pong qui oppose JF Copé à l'Elysée et ferait merveille d'effets de manche à la tribune. My Two Cents, bien sûr...

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h05 le 05/04/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Dominique Galouzeau de Villepin meilleur « ennemi » de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa demandez donc au viconte Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon ce qu'il en pense

    Têve de balivernes, l'ancien premier ministre est obligé d'exister avant son procès dans l'affaire clearstream

    Chiraquien pur sucre, il s'est fait avoir pour les présidentielles de 2007 et il sait que pour exister face à Sakosy, il faut aboyer plus fort que le pincher, ce qu'il aura du mal à faire car N.S s'est entouré d'une meute d » americans staffs (Lefebvre, Morano,....).
    Seul la possession de l'UPM permet d'avoir les clés pour la candidature de 2012 et de Villepin ne les aura jamais
    Néanmoins, tous ceux qui peuvent énerver notre « bon président » ne peuvent être foncièrement mauvais

  • Asse42-
    • Posté à 18h06 le 05/04/2009

    DDV représente au moins une droite républicaine. On sait qu'on s'opposera sur la conception économique du pays mais qu'on pourra avoir des convergences démocratiques sur tel ou tel sujet.

    Pour moi c'est une droite acceptable dans le pays.
    Il semble qu'un rapprochement avec Bayrou sera indispensable pour l'avenir. Je le sens venir en tout cas si Villepin ne parvient pas à faire entendre sa voix à l'UMP, entrainant peut-être une scission ? On verra...

    C'est une droite apte à un front républicain contre le sarkozysme.

  • Alain Bertrand
    • Posté à 19h14 le 05/04/2009
    • Internaute
      Prof

    Certes, Villepin est issu de la même droite que zébulon. Certes, il est à l'origine du CPE (mais a toutefois accepté de le retirer, contrairement aux réformes en cours et qui soulèvent le même tollé). Certes il est mouillé jusqu'au cou dans l'histoire Clearstream (mais on peut lui trouver des excuses : si son coup n'avait pas foiré, on n'aurait pas l'autre Naboléon sur le trône). Certes, c'est blanc bonnet et bonnet blanc, comme dirait Duclos.

    Mais je lui serai toujours reconnaissant de m'avoir rendu fier de mon pays, pour la première fois depuis quelques siècles, lors de son discours de paix à l'ONU et des applaudissements quasi-unanimes qui l'ont suivi. Même si les motivations n'étaient pas aussi blanc-bleu qu'ont pouvait le croire.

  • quedubonsens
    quedubonsens répond à Utilisateur désinscrit à sa demande
    ingenieur sorti du rang
    • Posté à 21h06 le 05/04/2009
    • Internaute
      ingenieur sorti du rang

    je suis de droite et je ne l'aime pas le sarkozy, j'aime pas son côté bling bling. J'irai pas passé le WE avec lui . j'aurais préféré un grand flegmatique comme le grand Charles mais bon...

    Mais j'ai voté pour lui et je ne regrette pas une seconde car bon dieu ça remue...La france elle prend le coup de pied au cul qu'elle mérite depuis longtemps.
    Pas 100% impeccable mais plutôt dans le sens qui va bien..