A débattre 02/04/2009 à 20h09

Violences policières : justice et police répondent à Amnesty


Dans son rapport, l'ONG dénonce l'impunité des forces de l'ordre. Etude de cas avec une vidéo signalée par un riverain.

Amnesty International sortait ce mardi un rapport accablant pour les forces de l'ordre françaises, accusées de se croire « au dessus des lois ».

L'ONG, qui répertorie une quinzaine de cas de passages à tabac, n'étrille pas seulement la police mais aussi la justice, plus prompte à sanctionner l'outrage à agent qu'à instruire les plaintes pour violences policières.

Homicides, coups, sévices, mauvais traitements, injures xénophobes... : selon Amnesty, la situation s'est détériorée dans l'Hexagone depuis le dernier rapport, qui datait de cinq ans.

Pour muscler son propos, Amnesty a même créé un site spécial et fait buzzer des vidéos où des victimes de violences policères racontent leur histoire. (Voir la vidéo)

A Rue89, nous recevons pas mal de témoignages de violences policières, souvent en marge d'une journée de manifestation. De plus en plus, vous nous envoyez des vidéos (plus ou moins floues selon l'acuité du téléphone portable ou la bousculade, d'ailleurs).

Impossible de retrouver les protagonistes d'une vidéo picarde

Régulièrement, ces images viennent nourir des articles. Mais, parfois, nous ne parvenons pas à remonter jusqu'aux protagonistes de la scène. C'est ce qui s'est passé en janvier, avec cette vidéo filmée devant le rectorat d'Amiens par des lycéens picards.

Quelques blogs militants relatent la chose : ils étaient moins d'une cinquantaine à protester devant le bâtiment, le 23 janvier, quand la situation a dégénéré.

Même en contactant un surveillant de leur lycée, impossible de faire réagir les élèves qui apparaissent sur ces images, récupérant par exemple leur cartable après avoir essuyé quelques coups de matraque. (Voir la vidéo)

Les riverains qui nous l'ont envoyée regardent cette vidéo comme « une scène de la petite violence ordinaire ». Nous avons voulu la soumettre aux représentants des principaux syndicats policiers. Yannick Danio, porte-parole de l'UNSA Police, a accepté de commenter ces images.

« Des techniques classiques de maintien de l'ordre »

Le policier reconnait de lui-même que circulent parfois des images violentes mettant des collègues en porte-à-faux avec les consignes officielles.

Mais il ne trouve rien d'anormal à la scène de matraquage qu'on découvre au dernier tiers de la vidéo. Retour en interview sur ce qu'il appelle « des techniques classiques de maintien de l'ordre ». (Ecouter le son)

Audio file

20090402danio1.mp3

Une fois le « meneur » isolé, Yannick Danio n'est pas non plus ému par les coups de matraque dont écope ce jeune à terre, alors qu'une demi-douzaine de policiers s'occupent de son cas.

Le porte-parole du syndicat policier précise même que la mission de ces hommes est « une des missons les plus difficiles », notamment psychologiquement. (Ecouter le son)


Audio file

20090402danio2.mp3

Cet épisode picard est loin d'être unique en son genre, et plusieurs riverains nous ont alerté très récemment sur les dérapages de fin de manif dans le monde universitaire.

Pourtant, les procès pour violences policières restent rares, comme le déplore Amnesty dans son rapport. L'ONG dans le texte :

« Les homicides illégaux, les passages à tabac, les injures racistes et l'usage abusif de la force par les agents de la force publique sont interdits en toutes circonstances par le droit international.

Or, en France, les plaintes pour ce type de violations des droits humains ne sont pas souvent suivies d'enquêtes effectives, et les responsables de ces actes sont rarement traduits en justice. »

« Souvent, une double procédure : outrage d'un côté, violences de l'autre »

De fait, parmi les nombreux cas d'outrage que Rue89 suit depuis près de deux ans, beaucoup sont liés à des accusations de violences policières. Pourtant, aucune de ces histoires n'a donné lieu, en bout de procédure, à un procès pour violences policières : à chaque fois, classement sans suite du parquet.

A l'USM, syndicat majoritaire dans la magistrature mais pas celui qui a la réputation la plus gauchiste, Christophe Regnard confirme la tendance, même si la Chancellerie ne communique pas les ratios entre le nombre de plaintes et le nombre de procès.

Pour le président de l'USM, c'est « avant tout une affaire de preuves » :

« Souvent, il y a une double procédure, pour outrage d'un côté, et violences policières de l'autre. Pour le parquet ou le juge d'instruction, il est souvent impossible de déterminer ce qui s'est passé en premier. Or en droit, la parole d'un policier vaut toujours foi jusqu'à preuve du contraire, c'est un principe. »

En revanche, on ignore souvent que, même lorsque le parquet classe le dossier sans suite, n'importe qui s'estimant victime peut saisir le juge d'instruction dans la limite de la prescription (trois ans). Un cas de figure plutôt rare sur le terrain.


police


2009_04_08_rapport.jpg

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  • Stronk
    • Posté à 00h14 le 03/04/2009

    Je suis lycéen picard et j'étais sur les lieux ce jour là, je reconnais sur la vidéo plusieurs de mes amis et camarades.... Je tiens d'ailleurs à confirmer que cet événement n'est pas isolé et que ces violences se multiplient de façon alarmante... Plusieurs lycéens, étudiants, enseignants et parents ont été violentés la semaine dernière à la venue de Monsieur Darcos alors que nous défilions de façon totalement PACIFIQUE contre la politique d'éducation du gouvernement ( vidéo à l'appui ). Les étudiants ont été interpellés ( pas plus tard qu'hier ) alors qu'il procédaient à une manifestation nocturne, et les forces de l'ordre ont fait preuve encore une fois d'une violence incroyable.... Ce genre d'attaques et de répliques musclées sont de réelles atteintes à notre liberté et à la democratie... Il nous faut réagir... et vite !

  • Guts_Rendan
    Guts_Rendan
    Géographe limeño
    • Posté à 07h47 le 03/04/2009
    • Internaute
      Géographe limeño

    Pour parler franchement la vidéo ne m'émeut pas du tout. J'ai connu bien pire où il s'agissait vraiment de moments où les tuniques bleues perdaient leur sang-froid et n'était plus sous le contrôle direct de leur supérieur, ils se lâchaient lachement pour résumer.

    ici, bof : les jeunes vont au contact en premier donc déjà l'ouverture des hostilités n'est pas du bord policier et ils vont pas passer la journée à subir une poussée de 50 bambins contre leurs boucliers assez lourds comme ça lol ! Non sérieux après là on voit bien que la vidéo veut être récupérée parce-que les lycéens qui sont au contact (à différencier de celle qui reste bien en retrait) ne se plaignent pas vraiment. Ils savent que pendant la poussée ya eu des insultes et des coups sur les flics et que le retour de flammes était à prévoir. Ca dérape un peu mais honnêtement rien de bien méchant.

    De toute façon pour moi, le problème vient du fait qu'une personne qui ne se sent ni écoutée ni comprise,finit par s'écouter soi-même.
    Comment demander à des gens qui n'en peuvent plus, qui se sentent mépriser par un gouvernement de la bulle, des a prioris et de l'unilatéralisme de ne pas déborder, de ne pas s'enflammer alors qu'ils n'ont pour seule réponse des mecs sourds et armés à leur demande de dialogue ?
    comment demander à des mecs toujours insultés, souvent frappés, malmenés psychologiquement par une opinion publique trop facilement moralisatrice et encline à la mauvaise foi sur un des jobs les plus durs au monde, de ne pas profiter du désordre pour éteindre l'incendie nerveux qui les rongent, de ne pas céder à une pulsion de violence et de frustration ?

    Franchement la réponse n'est pas dans les réponses toutes faites, partisanes et de mauvaise foi : « ouais ça fait du bien à ces jeunes qui n'ont pas le sens de l'autorité et du respect de l'ordre public des honnetes gens » et « ouais ya une dictature de la violence couverte car police et justice sont de connivence, tous des pourris, c'est un complot »

    Pardon ? ah non je n'ai pas dit que j'avais une solution si ce n'est de bien voter et d'essayer de ne pas penser pour soi-même et uniquement par soi-même.

  • youngtree
    youngtree
    J'ai rien fait
    • Posté à 10h02 le 03/04/2009
    • Internaute
      J'ai rien fait

    « Les policiers ne sont pas là pour régler leurs comptes sur le terrain » dixit... le policier !
    Il ne faut pas oublier que se sont des hommes dont les nerfs peuvent lâcher, et si un coup de matraque sur un gamin de 17/18 pas armé et quand même pas bien virulent peut sembler proportionnel sur le coup, là, ça ne l'est clairement pas ! Si les nerfs lâche, ce n'est pas pour autant que le flic ne doit pas être sanctionné pour son comportement, dans tous les autres métiers on appelle ça « faute professionnelle ». Quand on choisi un métier, on accepte les conséquences de son activité, arrêtons de nous faire pleurer sur les policiers qui subissent de plus en plus de violence, c'est sans doute vrai dans beaucoup de cas, mais on ne peut pas dire qu'une manif » d'une cinquantaine d'étudiants picard soit ingérable sans matraque !

  • Lairderien
    • Posté à 10h16 le 03/04/2009
    • Internaute

    « Une fois le “ meneur ” isolé, Yannick Danio n'est pas non plus ému par les coups de matraque dont écope ce jeune à terre, alors qu'une demi-douzaine de policiers s'occupent de son cas. »

    Voila tout est dit avec cette phrase.

    Donc pour les policiers, frapper une personne à terre, forcément hors d'état de nuire d'une quelconque façon, c'est normal.

    Mais on est ou là ! ! ! ! !

    Je peux comprendre à la limite (mais vraiment à la limite) les coups de matraques pour repousser les gens, mais certainement pas les coups de matraques sur une personne sans défense.

    Pour moi il s'agit d'une agression caractérisée, en bandes organisée avec circonstances aggravantes ! ! ! !

    On voit bien là les limites et le sens des responsabilité de ce « responsable » syndical.

    S'il pense qu'avec de tels propos, il pourra calmer le ressentiment croissant de nombres de gens contre la police « robocop » il se trompe.