tribune 28/03/2009 à 12h33

Pourquoi il ne faut pas limiter le salaire des patrons

Eclairages économiques"
Pierre Chaigneau | EclairEco.org

Comment déterminer la valeur d'un dirigeant pour une entreprise ? C'est simple : un euro de plus dans la poche d'un dirigeant, c'est un euro de moins en profits, donc un euro de moins pour les actionnaires.

Permettre à ces derniers de fixer la rémunération des dirigeants assure qu'ils payent ce qu'il faut, ni plus ni moins, pour avoir de bons dirigeants à la tête des entreprises.

Mais en France, tout doit apparemment passer par l'Etat. Par décret, le gouvernement veut interdire les bonus comme les actions ou les stock-options pour les dirigeants des entreprises qui disposent d'une aide publique.

Même des entreprises ne disposant pas d'aides publiques ont fait preuve de menaces à peine voilées lorsqu'elles honoraient des promesses contractuelles en termes de rémunération de leur « top management ». Or cet acharnement populiste est très néfaste.

Sans carotte, qu'est-ce qui va inciter les patrons à bien travailler ?

A court-terme, cet argent qui n'ira pas dans les poches des dirigeants pourra soit augmenter les profits des entreprises (auxquels ont droit les actionnaires), soit augmenter les salaires. Le premier cas n'est probablement pas ce que les politiciens et l'opinion publique ont en tête.

Dans le deuxième cas, une augmentation des salaires dans un contexte de crise et donc de productivité du travail plus faible élèverait le coût du travail, lequel deviendrait insoutenable pour de nombreuses entreprises qui devraient alors licencier et renoncer aux embauches potentielles.

En outre, la suppression de tout lien entre performance de l'entreprise et rémunération des dirigeants coupe le lien entre l'intérêt de l'entreprise (donc, in fine, de ses salariés) et l'intérêt des dirigeants. Dorénavant, on ne voit pas ce qui va inciter ces derniers à agir dans l'intérêt de leur compagnie.

Une loi qui sera détournée et créera d'autres modes de rémunération opaques

Mais c'est à long-terme que les conséquences catastrophiques de cette mesure se feront sentir.

Quelle entreprise va se soumettre aux lois changeantes et arbitraires d'un pays caractérisé par un interventionnisme gouvernemental omniprésent mais imprévisible, car fluctuant aux gré des évolutions d'une opinion publique pas forcément éclairée ?

Quelle firme va soumettre à la vindicte populaire d'un pays qui séquestre et intimide ses dirigeants d'entreprises ?

Sans compter que ces mesures qui restreignent les stock-options ou les bonus ne demandent qu'à être contournée en faisant preuve de créativité comptable ou en rémunérant les dirigeants avec d'autres instruments plus opaques et plus complexes, ou encore avec des avantages en nature plus coûteux.

C'est justement cet « arbitrage réglementaire » qui a généré dans la finance une structure de rémunération perverse qui est maintenant largement mise en cause dans la crise financière actuelle.

Une loi repoussoir pour les entreprises

Si pour une raison ou une autre les dirigeants n'ont plus la même valeur pour l'entreprise, leur rémunération telle qu'elle est déterminée du moins indirectement par les actionnaires diminuera naturellement. Cela suppose que les entreprises disposent d'une bonne gouvernance.

En ce domaine, tout n'est pas toujours parfait, et c'est pourquoi améliorer cette dernière est un chantier tout à fait louable. Mais ce n'est pas la voie choisie par le gouvernement.

Dans la mesure où le climat actuel est appelé à se pérenniser, soit les sièges sociaux des meilleures entreprises françaises quitteront la France, soit les talents quitteront notre pays pour des cieux plus accueillants. Dans les deux cas, les entreprises françaises du futur auront perdu leur statut.

Et toute la nation souffrira. Pour le plus grand plaisir de nos voisins qui ne sont plus empêtrés dans une lutte des classes d'un autre âge, et qui seront heureux d'accueillir et de rémunérer les talents à leur juste valeur, pour le bénéfice de tous leurs citoyens. On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas.


Publié initialement sur
Eclairages économiques
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  • michel 13
    • Posté à 13h11 le 28/03/2009
    • Internaute

    Votre raisonnement me semble, pour le moins simpliste, et totalement orienté. Juste un exemple : si l'argent va dans la poche du patron, c'est bon pour l'entreprise et pour les actionnaires. Si le même argent va dans la poche des salariés, voici, selon vous le résultat : une augmentation des salaires dans un contexte de crise et donc de productivité du travail plus faible élèverait le coût du travail, lequel deviendrait insoutenable pour de nombreuses entreprises qui devraient alors licencier et renoncer aux embauches potentielles.
    Vous appelez ça de l'économie ou du bourrage de crâne ?

  • thierry reboud
    • Posté à 13h16 le 28/03/2009
    • Internaute

    L'introduction de l'article dit beaucoup de choses : un euro de plus dans la poche d'un dirigeant, c'est un euro de moins en profits, donc un euro de moins pour les actionnaires. Et les salariés, ils sentent le pâté, les salariés ? Eh, monsieur Chaigneau, un euro dans la poche du d'un dirigeant, c'est un euro en moins dans la poche de beaucoup de monde, et pas que des actionnaires.

    Le raisonnement qui veut qu'une rémunération avantageuse assure de s'attacher les services des dirigeants les plus compétents paraît néanmoins être une fable. S'il faut faire acte de candidature, je prétends que j'aurais tout aussi bien pu couler Vivendi à moindres frais que ce qu'a coûté Messier ou Alcatel pour bien moins cher que Russo et Tchuruk (et je pourrais trouver bien d'autres exemples).

    Néanmoins la question ne me paraît pas tant résider dans la limitation du salaire des patrons que dans la question de l'échelle des revenus dans une même entreprise. Sans doute pourrait-on imaginer un mécanisme qui imposerait que le plus haut salaire ne puisse excéder (par exemple) dix, vingt ou trente fois le plus bas. On peut parier que ce jour-là les employeurs trouveront des ressources pour augmenter les salaires. De même serait-il sans doute opportun que les dirigeants d'entreprise redeviennent ce qu'ils sont devenus : des salariés des actionnaires et, à ce titre, rémunérés exclusivement en salaire (ce salaire pouvant évidemment inclure un intéressement) et en finir une bonne fois pour toutes avec les parachutes de divers métaux ou le système des retraites-chapeau.

    Pour le moment, le spectacle de la gloutonnerie (j'aime beaucoup le mot anglais greed pour désigner cette rapacité) des patrons ne peut guère que contribuer à nourrir la très légitime exaspération de ceux qui sont piétinés par l'actuel système économique et social.

  • lancelot du lac
    lancelot du lac
    artiste
    • Posté à 14h03 le 28/03/2009
    • Internaute
      artiste

    Qu'est ce qui pourrait motiver les patrons à se démener pour faire prospérer leur entreprise ?
    ... pourquoi pas le désir de faire son travail correctement, dignement, dans un esprit véritablement citoyen, avec le désir de réussir pour soi ( tout travail mérite évidemment salaire, et 40 fois le salaire minimum de l'entreprise, par exemple, ça laisse une bonne marge de confort) et pour le collectif. Faire son travail en somme, ce qu'on exige de n'importe quel salarié. Où est la question ? S'ils sont incompétents ou qu'ils rechignent à faire ce pour quoi on les paye, qu'ils s'en aillent, ou qu'on les vire. Ton entreprise, tu l'aimes ou tu la quittes !

  • désinscrit-
    • Posté à 14h46 le 28/03/2009
    • Internaute

    Sans carotte, qu'est-ce qui va inciter les patrons à bien travailler ?

    Le bâton ! !

  • LG240
    LG240 répond à Eclaireur
    • Posté à 15h12 le 28/03/2009
    • Internaute

    Cela présuppose aussi que la rémunération des dirigeants soit discutée en Assemblée générale par tous les actionnaires. Or je me suis laissée dire que :
    - pour ce qui concerne les entreprises du CAC 40, ces chose là ce discutent plutôt de manière assez confidentielle au sein de « comité de rémunération » ;
    - que ces comités de rémunération sont composés de membres soigneusement choisis du Conseil d'administration ;
    - que vu l'extrême consanguinité du haut-capitalisme français (le patron de l'entreprise A siège au CA de l'entreprise B et C, tandis que les patrons des entreprises B et C siègent au CA de l'entreprise A et tout ce petit monde s'est connus sur les bancs de l'ENA 30 ans plus tôt), c'est pas demain la veille qu'ils vont se censurer entre eux !