Alors que les mobilisations s'amplifient, le NPA ou les Désobéissants tentent d'en tirer profit au détriment des syndicats.

Les noms d'oiseaux s'étalent dans les médias depuis la mi-mars, mais l'opposition est larvée depuis plusieurs mois. Déjà accusés de surfer sur les peurs par leurs adversaires politiques, les militants du NPA sont taxés de « rapaces » par le leader de la CFDT, François Chérèque, en référence à la présence de plus en fréquente desdits militants dans les entreprises en proie à des conflits sociaux.
Réponse immédiate d'Olivier Besancenot, chef de file du Nouveau parti anticapitaliste :
« Il ferait bien de se reprendre. Ce n'est pas très digne et puis c'est curieux au début d'une semaine sociale où, théoriquement, on voudrait l'unité la plus large. »
« Unité », vraiment ? La riposte sonne étrangement lorsque l'on sait qu'à tous les étages de son parti, on n'a de cesse de critiquer la faiblesse et l'inefficacité des directions syndicales, quand il ne s'agit pas purement et simplement d'une volonté de les supplanter.
Un tract du NPA Essonne publié le 10 mars tentait ainsi de mobiliser ses militants et surtout de potentiels nouveaux militants pour la journée d'action nationale neuf jours plus tard :
« La journée de mobilisation unitaire du 19 mars doit être un succès plus massif encore que celui du 29 janvier dernier. Mais pour cela, les appels intersyndicaux ne suffiront pas. »
« L'attentisme des confédérations syndicales »
Une argumentation reprise solennellement au plus haut niveau du Nouveau parti anticapitaliste. En témoigne la Résolution générale politique et sociale, votée par le Conseil politique national du parti, les 7 et 8 mars à Saint-Denis :
« Le chemin que nous soutenons est celui des résistances et des luttes offensives pour la plupart éparpillées et souvent ignorées, et d'autres enfin qui n'ont pas pris les chemins traditionnels comme celles des précaires, des chômeurs, des sans-papiers, des sans-droits, des mal-logés, de l'hôpital de Carhaix…
C'est le chemin inverse qui est pris quand des dirigeants confédéraux prennent la voie de l'institutionnalisation, de l'adaptation aux orientations libérales à l'échelle nationale comme européenne, à la politique de soi-disant “dialogue social” et “diagnostics partagés” du gouvernement et du Medef. »
Attaqué publiquement, le NPA n'hésite plus à diffuser ses critiques. Dans un tract appelant au prolongement des mobilisations du 19 mars, « l'attentisme des directions syndicales qui ne répond pas à la situation » est stigmatisé :
« Ce n'est bien sûr pas l'attentisme des confédérations syndicales, avec leur non décision de donner un prolongement rapide à cette journée, tout comme leur rendez-vous lointain du 30 mars et enfin une éventuelle “suite” le 1er mai, qui peuvent répondre à la volonté de ne pas en rester là. »
La cible est clairement définie : les « directions syndicales », pas la base des syndicalistes. Nombre d'entre eux font partie du NPA (sans partager toujours ces attaques frontales), d'autres sont espérés comme futurs adhérents. Les tracts sont d'ailleurs souvent accompagnés d'un bulletin d'adhésion ou de renseignement.
Toute l'extrême gauche est toutefois loin de vouloir mener ce combat aux côtés des militants. Lutte ouvrière est plus nuancée. Pour Arlette Laguiller, le rôle des partis politiques est « d'être avec les organisations syndicales », à condition « de ne pas faire lanterner les travailleurs de deux mois en deux mois ». Marie-George Buffet et le Parti communiste se montrent, eux, plus directs encore :
« Ne cherchons pas à remplacer les syndicats. Il faut laisser les salariés décider de leur lutte. La démocratie sociale, ça existe, il faut la respecter. »
« Le NPA joue la carte de la division »
Sur le terrain, tous les syndicats ne réagissent pas non plus à l'unison. A la CGT, Mourad Rabhi, secrétaire confédéral et patron de la fédération textile de la centrale, s'éloigne à peine de la saillie de François Chérèque :
« Le NPA essaye de profiter du mouvement syndical, d'utiliser le succès du 29 janvier à son bénéfice. Au moment où il faut justement valoriser la plateforme commune de huit organisations syndicales qui ont réussi à se mettre d'accord et créer un rapport de force, il joue la carte de la division. »
D'après le syndicaliste, c'est après la première grande journée de grève de janvier que le NPA et « aussi Lutte ouvrière » ont commencé à occuper le terrain. Pourtant, Mourad Rahbi veut encore se rassurer :
« Besancenot, je l'ai cotoyé deux ou trois fois sur des conflits textiles. Quand il parle, ça sonne creux et que je sache, il n'avait jamais lancé de grève générale à La Poste ! C'est un peu facile de se pointer à la porte des usines pour décréter la grève générale de but en blanc, alors que les gens ont déjà l'impression de perdre de l'argent. Tout cela, ça n'apporte rien directement aux gens. C'est très marginal ! »
Tout autre son de cloche chez SUD-Solidaires, par la voix d'Eric Beynel, porte-parole national. Lui nie carrément l'inflation de tracts bardés du monogramme trotskiste « aux portes des entreprises » -« en tous cas pas plus le NPA que le Parti de gauche de Mélenchon, le PCF ou Lutte ouvrière ». Il ne s'inquiète pas davantage de voir des adhérents SUD signer au NPA, lui qui n'est plus militant politique depuis longtemps. Petit tacle à François Chérèque au passage :
« Quand j'ai pris ma carte, il y a très longtemps, au Parti socialite, il fallait adhérer à un syndicat et être membre d'une association. Chérèque ne trouvait rien à y redire à l'époque, que je sache ! »
C'est vrai et c'est toujours officiellement le cas, dans les statuts du PS, l'article 2.4 du chapitre consacré aux militants dit bien :
« Les membres du Parti doivent appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association, notamment de défense des droits de l'homme, de solidarité, de consommateurs, d'éducation populaire, de parents d'élèves ou d'animation de la vie locale. »
« La désobéissance, c'est un bien joli mot »
Si Olivier Besancenot irrite une partie du paysage syndical, les militants de l'extrême gauche ne sont pas seuls à occuper le terrain des luttes sociales. Depuis peu, un autre acteur s'y est mis : le collectif des Désobéissants, dont Rue89 a parlé à plusieurs reprises, notamment au sujet des stages qu'ils proposent ou encore quand Xavier Renou, leur leader, médiatisait le conflit chez l'opérateur Numéricable.
Excepté le combat de Génération précaire et la grève des chômeurs, c'était le tout premier conflit social pour les Désobéissants. Jusque-là, ce collectif -qui n'a aucune existence juridique pour éviter les poursuites- construisait sa réputation sur un activisme tous azimuts (les expulsions, le nucléaire, le Rwanda…) qui lui valait déjà pas mal de critiques du côté des associations.
L'intervention de Xavier Renou auprès des salariés de Numéricable est en fait le fruit du hasard. En février, il tombe, place de la République, à Paris, sur une vingtaine d'employés en colère qui bombardent la vitrine de la boutique Numéricable d'œufs et de farine. Son nom ne leur dit rien, il laisse quand même ses coordonnées. Rien pendant dix jours. Puis il passe à Canal + et reçoit un appel dans la foulée -l'anecdote semble encore jubilatoire pour lui.
A Numéricable, il convainc les grévistes de lâcher les œufs et la farine : « C'est sale et donc mauvais pour l'image de la mobilisation. » Suivra l'occupation du siège, jusqu'à faire asseoir direction et syndicats autour d'une table, là où la CGT se plaignait de n'être plus reçue depuis des mois.
Les Désobéissants ont donné du nerf à un mouvement désorganisé. Eux qui prônent « la réémergence des formes d'action radicale » et se targuent de n'être pas « un groupe de plus au service de ses propres intérêts » avouent un brin de crispation côté syndical.
Laurence Pasquier, cégétiste chez Numéricable, reconnaît qu'elle était sceptique. Mais se félicite quand même : « Alors que je n'arrivais pas à médiatiser, ils m'ont aidée. » Sa position n'est pas un cas à part, mais les militants de base reçoivent mieux ce nouvel acteur que les états-majors. De Xavier Renou, Mourad Rabhi, secrétaire confédéral du même syndicat, dit plutôt :
« Je ne l'ai vu que dans les journaux, jamais sur le terrain, c'est bien que ça ne doit pas trop marcher, leur truc. La désobéissance, c'est un bien joli mot, mais ça ne marche pas du tout comme ça dans les usines. »
Xavier Renou affirme qu'il interviendra surtout là où le paysage syndical s'étiole. Mourad Rabhi n'a pas le même thermomètre :
« Certes, dans ma fédération textile, le taux de syndicalisation est de 9%, mais ce n'est pas comme ça qu'il faut compter. Hormis leur conviction, quel intérêt aujourd'hui pour les gens de se syndiquer ? Mais, en cas de conflit, tout le monde se range derrière les organisations syndicales. Pas derrière un collectif qu'on ne voit jamais. »
« Une absence d'organisation syndicale digne de ce nom »
A l'Unsa Education, on regarde les Désobéissants avec méfiance. Dominique Thoby, déléguée nationale aux revendications, réplique sur le terrain de la portée idéologique :
« Je sais que des collègues ont des contacts localement et je ne nie pas leur efficacité. Mais cet émiettement de la lutte est dangereux. Nous pronons bien la désobéissance même si nous sommes réformistes, mais il s'agit d'une consigne syndicale, collective. A côté, nous défendons les collègues auprès de l'administration, là où les collectifs tendent à les isoler. C'est alléchant médiatiquement, mais il ne suffit pas de dire “roulez jeunesse” et de taper du poing sur la table. »
Côté bagage idéologique, Xavier Renou précise que « [son] cœur va à SUD ». Mais, lui qui ne travaille plus depuis trois ans, lâche qu'il n'a adhéré qu'une seule fois à un syndicat : à la CFDT, chez Greenpeace. Il fait aujourd'hui celui qui en rougit :
« Je m'en veux encore, c'est un peu une tâche sur mon CV, mais j'étais à Greenpeace, les choses tournaient mal et un copain plus au fait de la question syndicale avait décidé de créer une section. »
Stratégique, il ne ferme pas la porte aux autres centrales pour autant et confie avoir de bons contacts avec une représentante nationale de la CFDT qui serait à deux doigts de lui commander un stage sur mesure pour apprendre à ses troupes à se mobiliser. Il attend d'autres commandes de SUD-Rail et SUD-Education, « même si ça traine ».
De fait, l'accueil est bien meilleur chez SUD-Solidaires, où l'on dit regarder les Désobéisants « d'un œil plein de sympathie ». Eric Beynel :
« C'est aussi parce qu'il y a une absence d'organisation syndicale digne de ce nom à un endroit qu'ils s'imposent comme un outil positif. Nous travaillons bien depuis très longtemps avec les faucheurs volontaires… Je ne vois pas le problème à ce que le cadre d'une lutte ne soit pas que syndical. Ils apportent une expertise nouvelle, alors qu'on constate qu'il y a de plus en plus de violences en marge des manifestations. »
Jeudi dernier, Xavier Renou manifestait. « A titre individuel. »
Chloé Leprince et Julien Martin
Photo : des militants du NPA préparent une manif à Nice le 19 mars (Eric Gaillard/Reuters).




















7
De delalo
citoyen outragé | 21H02 | 26/03/2009 |
Besancenot appel à l'unité dans la rue mais pas pour les éléctions, il refuse de s'allier au front de gauche (déja pas mal black-listé par les médias), ce type m'énerve il se fait traiter de leader de la gauche par Lefevbre et il est mis en avan tpar tous les médias car Mr besancnot refuse l'union ce qui aidera a l'eparpillement des voix de gauche ! il y fera ses 10% comme d'hab mais restera cantonner à son role d'épouvantail brandit par l'UMP !
De les nouveaux sans culottes
sans illusions | 22H15 | 26/03/2009 |
moi chômeur 59 ans 800 €/mois
viré à 57 ans.
recherche révolution sociale pour bout de chemin si affinités.
De Front Populaire
être humain | 22H49 | 26/03/2009 |
La différence entre les mouvements dits « révolutionnaires » et les syndicats, c'est la différence entre l'irresponsabilité et la responsabilité.
Etre responsable, c'est accepter l'idée de manager des contraintes, de négocier, de débattre et de dialoguer.
Les pouvoirs des syndicats sont (trop) sévèrement restreints par la loi. En dépit de cela, le rôle des syndicats est de cogérer au mieux, dans les instances paritaires, la politique sociale des entreprises.
C'est autrement plus difficile que de prôner l'avènement du meilleur des mondes qui n'existera jamais.
Moi, sur mon lieu de travail, je croise exclusivement des militants de la CGT et de la CFDT.
Là où j'habite, ce sont les militant(e)s communistes et le maire (ex-communiste) que je croise le plus souvent. Quelquefois, un ou deux écologistes.
En 10 ans, hors périodes électorales, je n'ai jamais croisé, ni vu, un militant ou un élu FN, UMP, Modem, PS, LCR/NPA ou LO.
De PIT LE CHIEN
22H54 | 26/03/2009 |
Pourquoi ne pas relire Proudhon ? Notamment son dernier ouvrage : » De la capacité politique des classes ouvrières » où il traite des syndicats.
Quant à ce qu'il disait de « la gouvernance »… toujours d'actualité. extraits :
Tandis que le peuple, à chaque révolution, croyait réformer, suivant les inspirations de son cœur, les vices de son Gouvernement, il était trahi par ses idées mêmes ; en croyant mettre le pouvoir dans ses intérêts, il l'avait toujours, en réalité, contre soi ; au lieu d'un protecteur, il se donnait un tyran.
L'expérience montre, en effet, que partout et toujours le Gouvernement, quelque populaire qu'il ait été à son origine, s'est rangé du côté de la classe la plus éclairée et la plus riche contre la plus pauvre et la plus nombreuse ;
qu'après s'être montré quelque temps libéral, il est devenu peu à peu exceptionnel, exclusif ; enfin, qu'au lieu de soutenir la liberté et l'égalité entre tous, il a travaillé obstinément à les détruire, en vertu de son inclination naturelle au privilège… 3.
… 4 Il faut sortir de ce cercle infernal. Il faut traverser, de part en part, l'idée politique, l'ancienne notion de justice distributive et arriver à celle de justice commutative qui, dans la logique de l'histoire comme dans celle du droit, lui succède… 5.
… 6 Concluons sans crainte que la formule révolutionnaire ne peut plus être ni législation directe, ni gouvernement direct, ni gouvernement simplifié : elle est, plus de gouvernement.
Ni monarchie, ni aristocratie, ni même démocratie, en tant que ce troisième terme impliquerait un gouvernement quelconque, agissant au nom du peuple, et se disant peuple. Point d'autorité, point de gouvernement, même populaire : la Révolution est là.
De Mandoline
demain peut-être... | 23H18 | 26/03/2009 |
Les syndicats brident totalement la révolte qui gronde, la dévie, cherchant à l'éteindre même de peur de perdre le contrôle donc leur pouvoir, et servent ainsi les intérêts des nos ultralibéraux gouvernants ! Vive les Désobéissants et l'activisme du NPA qui annonçent enfin, quoique sur le long terme, la mort de ces syndicats autoritairement séniles, accrochés à leur gloriole.
Que naissent de nouvelles formes de lutte contre les cyniques pleins de fric qui nous méprisent ouvertement, mais la meilleure lutte est néanmoins ancienne, elle s'appelle la grêve générale !
De Teberli
Enseignant | 01H15 | 27/03/2009 |
Ne pas confondre Besancenot et le NPA qui existe en nombre et qui attire de plus en plus de sympathie et d'adhérents du fait de ses idées justes : le capitalisme ne peut pas être réformé, la lutte des classes existe bel et bien et ceux qui ne sont pas anticapitalistes, les réformistes, les socio-libéraux, les « gensdegauchesurtoutpasanticapitalistes » voient bien que le NPA est en phase avec toutes les victimes de la crise, de l'exploitation, des délocalisations, de la globalisation, de l'Europe du capital, des multinationales etc …
Quand le NPA lutte contre le démantèlement des services publics, contre les privatisations, pour des augmentations immédiates des revenus de misère, pour une école, une université et une recherche digne de ce nom, il est compris et approuvé.
Quand certains veulent l'unité autour d'un vide idéologique, ils ne sont pas écoutés ni suivis.
Quand la fausse gauche s'indigne des conséquences d'une politique Européenne qu'elle a soutenu de son « OUI OUI OUI“au référendum, elle est démasquée et ridiculisée, c'est comme ça.
Alors le NPA s'attire les foudres des dirigeants de l'immobilité, peu importe, il est en phase avec ceux qui voient toute l'horreur du système capitaliste, qui subissent la crise et qui paient le prix fort de la crise quand d'autres amassent les stock options et les bonus et sautent en parachute doré lorsqu'ils ont coulé la boîte.
Le capitalisme n'a pas d'avenir, ceux qui le soutiennent non plus. Alors il faut faire l'unité, pas pour amuser la galerie, mais pour détruire le système de l'exploitation et du profit confisqué, pour construire la démocratie, l'égalité, la liberté et la solidarité qui sont jour après jour bafouées par ceux qui osent s'appeler démocrates et partisans de la liberté. Leur démocratie se réduit à mettre un bulletin dans une urne tous les quatre ans et à laisser faire les dirigeants et les forces du capital. Leur liberté est celle des exploiteurs, pas celle des travailleurs, des étudiants, des retraités ou des mal-logés.
Soyons nombreux pour construire le parti qui nous ressemble, pour construire une société qui nous ressemble.
De papy38
retraité | 08H48 | 27/03/2009 |
On peut émettre des critiques à l'égard des syndicats. Cependant historiquement les organisations syndicales en France, ont, je pense, le souci d'être « indépendantes » des partis politiques. Ce qui ne les empêche pas d'avoir des préférences. Mais le syndicat, « courroie de transmission du parti », c'est du passé révolu.
Toutefois, et ce n'est que ma modeste opinion, de la même manière que le paysage politique est compliqué, notamment à gauche, le paysage syndical devrait aujourd'hui se simplifier. Pourquoi ne pas imaginer un syndicat plus révolutionnaire, un autre plus réformiste… Cela demanderait aux multiples partenaires de refaire un peu d'unité dans leurs rangs. Oh, je sais, le poids du passé….
On peut ne pas partager (toutes) les idées du NPA. C'est mon cas,toutefois, puisque les grandes grèves d'une journée ne sont pas ouies par le Petit prince qui nous gouverne, l'idée d'une grève générale pourrait… (il faut en parler, il faut convaincre…).