A debattre 26/03/2009 à 16h31

McDo veut des vaches qui rotent moins pour polluer moins

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

La firme veut s’offrir une image plus verte en finançant des études pour limiter les émissions de méthane par son bétail

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Dessin de Na !

Planté au beau milieu de la ferme du Salon de l’agriculture, le stand McDonald’s affichait fièrement sa « vraie nature “, écologique s’entend. A l’appui de cette profession de foi, un dépliant coloré était distribué : papillons, petits oiseaux, bicyclettes, elle resssemble à une affiche électorale des Amis de la terre.



Prospectus ’La vraie nature’ de McDonalds (DR)


Cliquez ici pour télécharger le dépliant

A sa décharge, la marque n’est pas la seule à repeindre en vert son image (les as du marketing parlent d’opération ‘greenwashing ou mascarade écologique). Là où McDonald’s est le plus vulnérable écologiquement, c’est sur sa viande et qui la fournissent, les vaches.

Comme le rappelait récemment The Environmental Magazine, l’industrie du bétail produit plus de gaz à effet de serre que les transports . L’alerte est arrivée jusqu’au oreilles des dirigeants de McDo, qui ont décidé de se lancer dans la recherche sur l’alimentation animale. Objectif : réduire les pets et rots de vaches, émetteurs de méthane, un gaz très polluant.

La chaîne de restaurant a donc engagé une étude avec l’école vétérinaire de Purpan et son fournisseur de steaks hachés, McKey. L’enjeu est de taille : McDo prélève pour ses steaks hachés 60 kilos de viande sur 374 500 bêtes en France (sur un total de 672 800, le reste provenant d’Irlande et d’Hollande). McDo n’a en effet besoin que de certains morceaux de viande, les parties avant de l’animal, les moins nobles, d’habitude utilisées pour être bouillies (comme dans le pot-au-feu).

L’élevage bovin plombe le bilan écologique de McDonald’s

Les Français ne sont pourtant pas de gros consommateurs de Big Mac. Ils n’y goûtent qu’une fois toutes les trois semaines, la moyenne la plus faible au monde’ relève Eric Gravier, vice-président affaires publiques de McDonald’s France, ‘mais avec une addition moyenne parmi les plus élevées : 10 euros’.

McDo a beau avoir entrepris depuis 2005 un ‘bilan carbone’ et déjà commencé à réduire la consommation énergétique de ses restaurants, Ronald a du mal à agir sur l’essentiel de ses émissions de gaz à effet de serre. Car celles-ci proviennent de la rumination des animaux. Eric Gravier expose les limites de cette démarche :

‘Les ruminants sont un cas particulier, le contexte est compliqué car on achète que la partie avant de l’animal, des vaches laitières.

Mais nous savons que 60% du total de nos émissions de gaz à effets de serre agricoles (excluant les restos et l’activité industrielle) provient de l’élevage bovin. On va donc chercher le modèle économique possible’.

L’idée est donc de changer l’alimentation des ruminants pour que leurs rots et pets polluent moins. Une étude de l’Inra datant de fin 2008 le dit noir sur blanc : un apport de 6% de lipides issus de la graine de lin a diminué la production de méthane des animaux de 27 à 37%.

Un résultat très important si l’on considère que l’élevage représente 12% des émissions totales de gaz à effet de serre (18% selon la FAO) et que parmi celles-ci le méthane pèse pour 50 à 60%.

Mais il s’agit aujourd’hui de passer des expériences ‘in vitro’ réalisées par l’Inra aux expériences ‘in vivo’ réalisées sur des vaches.

‘95% des gaz par l’avant, 5% par l’arrière’

En 2006, l’étude ‘Livestock’s long shadow menée par l’organisation l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture soulignait déjà les impacts inquiétants de l’élevage sur l’environnement (d’autant que la consommation de viande et de lait dans le monde va doubler d’ici 2050) et disait qu’il fallait améliorer la nutrition animale.


Michel Doreau, chercheur à l’Inra Clermont-Ferrand, est le spécialiste français de cette question. Il nous explique comment, en digérant, les ruminants fabriquent du méthane :

Vaches, moutons et chèvres ont une énorme poche (dite rumen ou panse) où les aliments restent vingt-quatre heures et fermentent. Chez l’humain, cette digestion se passe l’intestin grêle et on fabrique du glucose, mais les ruminants, eux, produisent à cette occasion de l’hydrogène que des bactéries transforment en méthane.

La panse étant très près de la bouche, la vache rote en permanence : 400 à 600 litres de méthane par jour (l’équivalent de 300 grammes) et 600 à 900 litres de gaz carbonique. Le reste de la nourriture fermente et est pété par des fermentations dans le gros intestin.

On dit généralement que 95% sortent pas l’avant et 5% par l’arrière.’

‘Réserver des veaux’ dans un cheptel

Les recherches menées par l’Inra sont ‘concluantes mais insuffisantes’, explique Michel Doreau. C’est la raison pour laquelle McDo et son fournisseur de steaks hachés McKey viennent de signer un partenariat avec l’école d’ingénieurs de Purpan pour tester sur trois ans, en conditions réelles, comment un changement d’alimentation des bovins peut réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Michel Salion, responsable de la communication de McKey (2 millions de steaks hachés produits par jour) détaille cette expérience. (Ecouter le son)

Audio file

itw michel salion

Problème : McKey se fournit auprès d’abattoirs et ne travaille pas en direct avec les éleveurs. Tout l’enjeu sera donc, à terme, explique Michel Salion, de ‘réserver des jeunes veaux qui grandiront selon nos spécificités’ :

‘On n’imposera jamais quoi que ce soit aux éleveurs. S’engager à réduire notre bilan carbone serait malhonnête, on participe à une impulsion.’

Le modèle économique d’une alimentation différente des bovins reste en effet à trouver, le lin étant cher et peu répandu en France.

‘Lin, luzerne, chanvre... pleins de possibilités’

Mais Pierre Weil, directeur de Valorex, fabricant de nourriture animale, y croit fort. Egalement co-président de Bleu Blanc Coeur, une association qui milite pour une meilleure alimentation animale depuis 1993, il précise son optimisme :

‘On vient de signer une charte avec le ministère de l’Agriculture dans le cadre du Programme National Nutrition Santé.

C’est un peu comme le bio, aujourd’hui, on semble pionniers mais il faut se rappeler qu’au début du XXe siècle, un million d’hectares de lin étaient cultivées en France, contre 20 000 hectares aujourd’hui.

Remonter à 250 000 hectares n’est pas irréaliste, c’est 1% des terres cultivées. Il n’y a pas que le lin, mais l’herbe du printemps, la luzerne, le chanvre ... plein de graines sont possibles.’

Les éleveurs, Mc Key, McDo et le consommateur, sont-ils prêts à payer plus pour manger du boeuf moins polluant ?

Pierre Weil pense que les esprits finiront par être mûrs :

‘Nourrir les vaches au lin ou à l’herbe au lieu de maïs et de soja augmente le prix de la nourriture de 5% seulement, c’est peu. Pour l’instant, je ne vois pas McDo payer plus cher pour avoir une viande de meilleure qualité, c’est tout un système à changer.’

Le budget alloué à cette recherche est de 50 000 euros, une paille pour McDo. Mais ses partenaires sont ravis qu’un acteur aussi obèse de la filière bovine prenne ce chemin... Quand les vaches se nourriront mieux, tout le monde sera gagnant.


Dessin de Tox

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  • 144 réactions
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  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 16h47 le 26/03/2009
    • Internaute 29846
      menuisier

    Le lin est en plus une fibre dont l’utilité dans la fabrication des tissus n’est plus à montrer.

    Au delà de l’anecdote plus ou moins publicitaire de Mc Do, ce type de démarche croisée est indispensable. Cesser de réfléchir branche par branche une évidence.

    Cela s’appelle le Plan.
    Je sais, c’est un gros mot.

  • geff
    • Posté à 17h12 le 26/03/2009
    • Internaute 17855
      www.ecapote.com

    Et pourtant si le problème est aussi ce que l’on mange, techniquement nourrir 7 milliard d’humain avec un steack par jour ce n’est pas possible (sans parler des gens qui en mange midi et soir), et en fait c’est un comportement très récent dans notre histoire de manger autant de viande, il faut réapprendre à en manger raisonnablement, l’apport en protéine ne se fait pas que par le steack, et pas que par la viande non plus !

    outre l’aspect écologique (très important) l’aspect santé n’est pas à négliger, la viande rouge n’est pas ce qui se digère le plus facilement.

  • Weatherboy
    Weatherboy
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 18h32 le 26/03/2009
    • Internaute 38063
      v2=notes articles en moins...

    « L’élevage bovin plombe le bilan écologique de McDonald’s »

    Bof, tant que ça ne plombe pas les bénéfices où est le problème ?


    Lien

  • lud
    lud
    dans l'air culinaire
    • Posté à 18h42 le 26/03/2009
    • Internaute 71845
      dans l'air culinaire

    Le plaisir de manger de la viande doit rester un plaisir et pas comme le croient certains la seule et unique manière de manger. Vous êtes responsables de votre santé alors si vous en manger 5 fois par semaine c’est votre problème.La viande c’est de temps en temps et surtout pas chez macdo.
    Le greenwashing est une belle fumisterie pondue par les petits malins du marketing qui commence à devenir fortement agaçante. Ils voguent sur la tendance du vert, du coup ils se dédouanent auprès du public de toutes les autres merdes qu’ils fabriquent,mais seront-ils capables de passer 100% de leur production agro-alimentaire du coté vert de la force, j’en doute fort.

    Lien

  • yalienx
    • Posté à 19h16 le 26/03/2009
    • Internaute 66859

    Cela fait des années que l’on entend parler de réduction des émissions de méthane des bovins, sans résultat jusqu’ici. Et McDo n’est pas le seul impliqué. Je crois que tout a été évoqué, de la modification de l’alimentation aux modifications génétiques (pas chez McDo mais chez d’autres). Par exemple, il y a quelques années, j’avais lu que des scientifiques réfléchissait à un croisement entre des ovins (très peu émetteurs de méthane) avec des bovins pour réduire les émissions des seconds (croisement signifiait travail sur les gènes bien sûr, pas accouplement ! ! !).

    Je pense que c’est un travail nécessaire et un enjeu pour notre avenir, tout autant que la fabrication de véhicules propres par exemple. J’espère juste qu’on saura en rester à des modifications de l’alimentation et qu’on n’ira pas jusqu’aux traitements génétiques !

    Pour le reste, les français ne sont peut-être pas de gros consommateurs de McDo, mais je crois que la France est le pays le plus rentable de McDo dans le monde ! Peut-être grâce au ticket moyen relativement élevé !

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 00h12 le 27/03/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Enfin une information désopilante sur Rue89. Les riverains en étaient à commenter depuis des mois des informations stressantes, angoissantes, anxiogènes, voir pathogènes.

    Les vaches gonflantes, ça c’est une information grolandaise.
    Mac Do producteur de méthane, il devrait fusionner avec GDF SUEZ, investir dans la recherche de gaz en mer du Nord, se proposer comme source d’énergie renouvelable, lancer une bourse d’innovation énergétique, créer un master de bio énergie dans son uiversité

    Nouvelle publicité à proposer :
    Le Big Mac est fait à partir de viande non gazeuse.

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