Polémique

Affaire du « Sarkozy off » : réactions et mobilisation

Si certains voulaient médiatiser la « vidéo off de Nicolas Sarkozy », ils n'auraient pas pu mieux s'y prendre. Après la plainte de France3 en juillet, la convocation mardi par la police judiciaire de quatre journalistes de Rue89 et de France3 pour le 1er avril a multiplié les messages de soutien et d'indignation.

La Ligue des droits de l'homme dénonce dans un communiqué « encore une grave atteinte à la liberté de la presse », ainsi que « les attaques incessantes du pouvoir et de l'UMP contre la presse » :

« Si le président de la République veut faire valoir ses droits, il connaît le chemin des tribunaux. L'instrumentalisation d'un média public contre un média privé, et l'usage de la justice pénale contre la presse, sont inadmissibles. La Ligue des droits de l'Homme rappelle que la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l'Homme pour ses atteintes à la liberté de la presse. »

Reporters sans frontières s'est également ému dans un communiqué de « l'escalade judiciaire concernant des affaires liées à la notion de protection des sources ». Alors que Nicolas Sarkozy avait « promis de renforcer la protection des sources », « les procédures engagées contre des journalistes pour leur demander de révéler [leur] l'identité ne cessent d'augmenter ».

Des bandes de vidéosurveillance à la police

Les informations, publiées ce jeudi dans Libération, n'ont fait que renforcer l'hostilité à cette plainte parmi les salariés de France Télévisions. Selon le quotidien, deux techniciens de France3 ont déjà été convoqués par la police et sommés d'identifier des personnes à partir de bandes de vidéosurveillance tournées dans les locaux de la télévision publique.

Impossible de savoir auprès de la direction de France3 quel rôle elle a joué dans cette enquête judiciaire. « Il n'y a eu aucune communication de l'enquête interne à la police », s'est-elle bornée à affirmer à Libération. « Ça paraît évident » cependant à Jean-François Tealdi, secrétaire général du SNJ-CGT de France Télévisions, que c'est bien la direction qui a fourni les bandes aux autorités.

« Ça pose le problème de savoir si ces caméras servent à pister les journalistes », poursuit le responsable syndical. La direction de France3 a refusé de confirmer à Rue89 si ces caméras pouvaient avoir joué un tel rôle, ajoutant seulement : « L'enquête interne n'a pas permis de révéler des responsables. »

« Des gages de bonne conduite à l'Elysée »

Avec les deux syndicats de France Télévisions, la Société des journalistes de la rédaction nationale de France3 ont en tout cas apporté leur plein soutien aux journalistes convoqués, se déclarant « choquée par ces convocations qui témoignent de l'empressement irresponsable de nos dirigeants à donner des gages de bonne conduite à l'Elysée ».

Un soutien qui devrait se transformer en mobilisation. Le SNJ-CGT, comme le SNJ, appelle « la profession et les salariés à manifester » devant le lieu des auditions, le 1er avril à partir de 9 heures, au 122, rue du Château des Rentiers, dans le XIIIe arrondissement de Paris.

Addendum le 27/03/2009 à 12h45 : Aurélie Filippetti, députée socialiste, se dit sur son blog « solidaire des syndicats et journalistes qui appellent à manifester » et dénonce « les attaques incessantes de l'Elysee et de l'UMP contre la presse, la multiplication des perquisitions, gardes à vue et autres procédés pour obtenir des journalistes qu'ils livrent leurs sources sont intolérables dans une démocratie digne de ce nom ».

► Addendum le 27/03/2009 à 18h50 : les Verts apportent à leur tour leur soutien, dans un communiqué, par la voix des porte-paroles nationaux Jean-Louis Roumegas et Djmamila Songozni :

« Cette affaire n'est hélas pas un cas isolé. Elle illustre le recul généralisé des libertés, dont celui de la presse, depuis l'arrivée au pouvoir du président. Le projet de société pour la France tel qu'il se dessine fait de plus en plus penser à celui du capitalisme à la chinoise : la subordination des masses, surtout les plus pauvres, l'argent pour les oligarques népotiques, le tout mâtiné d'une police abusive et d'une presse mise au pas pour emmailloter le corps social.

Contre cette tentation, les Verts appellent tous leurs militants et tous leurs citoyens à faire tourner la vidéo qui déplaît tant au président pour lui rappeler que dans notre démocratie le pouvoir appartient au peuple. »

► Addendum le 27/03/2009 à 19h55 : le PCF estime que « l'Elysée doit cesser d'instrumentaliser France Télévision » et que « la plainte doit être retirée » dans un communiqué. Et ajoute : « Ce cas confirme à la fois une augmentation inquiétante des affaires liées à la protection des sources et de la pénalisation des militants syndicaux. Le Parti communiste français soutient les journalistes de Rue89 et de France 3. »

5 commentaires sélectionnés

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 20H13 | 26/03/2009 | Permalien

Ma modeste contribution :

diffusée là (entre autres)
http://kprodukt.blogspot.com/2009/03/rue-89-convoque-par-la-police-pour….

Portrait de Mon-Al

De Mon-Al

roturière :-) | 20H01 | 26/03/2009 | Permalien

Je me demande s'il existe encore en France une Presse « libre » à part le Canard et Marianne … Dans le Canard d'ailleurs, on parle de « (..) Sarkoland (..) on en fait tellement qu'on finit par ressembler à l'organe de propagande central de la Corée du Nord !  » On parlait là du Figaro ! ! ! Mais il est à craindre, si la « plainte » aboutit que TOUS les journaux en soient amenés à lécher à qui mieux-mieux pour seulement exister !

Vraiment cette affaire pue !

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 20H23 | 26/03/2009 | Permalien

Et vous avez le soutien des riverains car ce n'est pas que la liberté de la presse qui est en jeu.

Bien sûr, quand un président parle de « liberté de la presse » pour endormir et fait tout le contraire dès le lendemain, en coulisse, c'est méprisable (mais en politique, les paroles ne servent souvent qu'à cacher la réalité de ce que l'on fait).

Cependant, le malaise est plus profond :

1) cela pose la question de la valeur de l'information. Si seules les informations certifiées « conforme » par le gouvernement ont le droit d'être publiée ; alors la presse française est morte. Les syndicats et associations journalistiques ne s'y trompent pas.

2) quelle est la différence entre un tel système et la propagande ou la censure ?

3) derrière la liberté de la presse, c'est la liberté d'expression tout court qui est visée. N'oublions pas qu'en 10 ans, les procédures pour outrages ont augmenté de 87%. Certains ici en savent quelque chose. N'oublions pas les volontés de fichage,. N'oublions pas l'unilatéralité des accusations contre Coupat ou Colonna…. C'est donc tout un ensemble de libertés (dont la liberté de la presse fait partie) qui est visé.

C'est pourquoi cette histoire du « off de Sarkozy » n'est pas qu'un problème journalistique mais aussi un problème auquel tous les français (lecteurs et journalistes) sont maintenant confrontés.

soutien !

Portrait de Kurtz

De Kurtz

Juriste médisant mais pas méchant | 20H51 | 26/03/2009 | Permalien

Continuez à nous informer comme vous le faites, c'est la forme de résistance la plus constructive et la plus pacifique qui soit !

Portrait de Filoulou

De Filoulou

retraité | 22H34 | 26/03/2009 | Permalien

Personne n'a soufflé à M. Sarkozy ce qu'il a dit dans cette situation ; ce que révèle cette video, c'est sa personnalité et sa méthode d'action auprès des journalistes. Il aurait été intéressant de connaître le comportement respectif des présidents précédents dans la même situation ! !
C'est justement parce qu'on n'est pas au pays des soviets que l'on peut voir sur des médias provisoirement encore libres ce genre de documentaire. Et autant que l'on peut le supposer, sa diffusion n'a en aucune manière amputé le montant de la redevance, car elle n'a pas fait la Une des chaînes principalement payées par cette redevance.
Maintenant, si la soupe de gauche est saumâtre, celle de droite est un vrai tord boyeau …

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code