a debattre 25/03/2009 à 12h33

Les médias nourrissent-ils vraiment la crise ?

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

(De nos archives)

Le mouvement patronal Ethic n'en démord pas : les Français en ont assez d'entendre les médias parler de la crise. Après celui de décembre, Le Figaro relaie un nouveau sondage commandé par cette chapelle du Medef, avec des résultats équivalents. A trop parler de la crise, risque-t-on de l'aggraver ? La question revient souvent dans les commentaires des riverains d'Eco89. Selon le sondage d'Ethic, cette fois, « les Français estiment majoritairement que les médias contribuent à freiner les investissements des entreprises ».

La dernière fois, le quotidien était légèrement plus précis : « Pour 65 % des Français, le traitement de la crise par les médias finit par nuire à l'économie ». Même s'il s'agit une fois de plus « des sondés » et pas « des Français » comme l'indique par erreur le quotidien (Docteur Panel s'étranglerait), cette étude n'a pas eu le même succès, que la précédente, comme l'avait relevé en décembre Acrimed. Eco89 avait évoqué la première dans un article sur la consommation des ménages.

L'argument des médias pyromanes est aussi repris à l'étranger, comme au Canada par le chef économiste d'un important organisme de conférences travaillant avec les entreprises.

Les économistes interrogés par Eco89 sont bien moins catégoriques.

Professeur d'économie de l'information et titulaire du cours de conjoncture économique à l'université Lyon-III, Ahmed Silem estime qu'« il y a une réalité que les médias ne doivent pas masquer » :

« C'est la réalité qui interpelle les gens, pas les médias. Le public n'a pas peur de ce que les autres ou les médias disent, mais de ce qu'il voit. Les “consommateurs” de médias sont tous des saints Thomas. »

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Les médias, caisse de résonance d'une crise de confiance

Pour notre blogueur Jean Matouk, « il y a aussi, presque surtout, particulièrement en Europe, moins aux Etats-Unis, une crise de confiance » que les médias nourrissent sans que cela soit intentionnel :

« La reprise ne viendra que quand les consommateurs qui le peuvent élèveront leur niveau de consommation, au lieu d'épargner par précaution et quand les entrepreneurs qui le peuvent (parce qu'ils ont de la trésorerie et/ou trouvent du crédit) recommenceront à investir.
Tous ne le peuvent pas, mais si ceux qui le peuvent le font, alors se mettra en route le cercle vertueux. Pour l'instant la défiance, que les médias amplifient sans le vouloir, par leur nombre et leur mode de fonctionnement, entretient le cercle vicieux. »

Pour Jean Matouk, ce « mode de fonctionnement des médias » tient à leur nombre et, en l'occurrence, à celui des organismes de prévision :

« Les médias sont aujourd'hui très nombreux et divers. Chacun s'efforce de singulariser dans la présentation des données économiques. Même si celles-ci ne varient pas, ils sont donc amenés à se répéter tout le temps.

Les organismes de prévision sont aussi plus nombreux, ce qui multiplie les prévisions, que les médias rapportent. Sans qu'il y ait vraiment novations dans les données, le public peut donc penser, au vu de la répétition des titres et des contenus, que la crise s'aggrave et s'amplifie. »

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Une accélération économique avant d'être une accélération médiatique

Autre blogueur d'Eco89, le journaliste économique Gilles Bridier estime que les médias « ont un effet amplificateur, plus qu'accélérateur ». Il rappelle que le dégonflement de la bulle immobilière américaine a commencé début 2007, et que même l'été suivant, quand les alertes sont devenues sérieuses, « les médias n'ont pas fait dans le catastrophisme » :

« On peut même considérer que, si des alertes ont été lancées, les médias ont mis un peu de temps à prendre la mesure de la crise qui naissait. Il a fallu l'explosion de septembre 2008 pour qu'on passe à un mode de traitement moins ponctuel. En revanche, la soudaineté de cette prise de conscience d'une crise qui couvait a pu donner l'impression d'une violente surmédiatisation -l'amplification en question- qui est peut-être réelle dans certains modes de traitement. Mais l'accélération s'est produite par la dynamique des bulles, plus que par la couverture des médias. »

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Le traitement médiatique de la crise manque de perspective

Pour le vaticinateur Hugues Serraf, « c'est le suivisme des médias qui, paradoxalement, agit comme un accélérateur. Les rubriques de type “La vie ric-rac” dans Libé, les papiers sur les fermetures d'usine (bien que totalement justifiés par l'actu), les cartes du désastre genre Eco89... Tout ça alimente un climat de dépression qui, à son tour, contribue au pessimisme et à l'attentisme des consommateurs ou des investisseurs. »

Il n'y a pas lieu, cependant, d'« accuser » les médias, selon lui, puisqu'ils « rapportent une réalité » :

« Je pense seulement qu'ils devraient être capables de la mettre en perspective et de donner une vision plus équilibrée de la situation. Lorsque des emplois sont perdus, d'autres sont créés : moins, évidemment, puisque le chômage augmente. Mais à lire la presse sans recul, on pourrait imaginer que les sept plaies d'Egypte se sont abattues sur la Terre, que tous les emplois sont en train de disparaître et que nous allons tous mourir dans d'atroces souffrances avant l'été (à moins, bien entendu, que Sarko accepte de supprimer le bouclier fiscal qui est la clé de la crise mondiale, comme chacun sait). »

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Et si les médias se trompaient de crise ?

Pour Ahmed Silem, le problème réside dans « le déficit très grave d'explication » qu'il constate dans la couverture médiatique de la crise :

« Tout est centré sur la crise financière ! Les médias ne disent pas qu'il s'agit d'une crise systémique et que, par exemple, l'automobile est un produit du XXe siècle qui s'essouffle. Les médias relaient purement et simplement des annonces. »

Effet pervers de ce système, selon l'économiste : les licenciements alibi.

« Ce sont en fait des licenciements boursiers. Les entreprises anticipent sur leurs pertes futures et licencient car les médias parlent de la crise. »

Voilà pourquoi, pour Ahmed Silem, les médias ne parlent pas vraiment de la crise dans sa réalité économique.

« S'ils disaient la réalité, ce serait beaucoup plus grave, je pense. »

Mis à jour le 15 avril à 18h05 après la parution du second sondage d'Ethic. Titre modifié.

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  • Tophee
    • Posté à 13h04 le 25/03/2009

    Les medias ont-ils agrave la crise ? Je dirais que oui, mais je parle au passe. Pendant des annees, ils on pousse a la speculation immobiliere qui est a la source de nos problemes. Alors que je vivais au Royaumme uni, j'etait effare par le nombre d'emmission de tele qui se consacrait a l'achat de bien immobilier, et a la speculation immobiliere. Parfois jusqu'a 5 de site la meme apres midi. Le message subliminal etait le suivant : Si a trente ans vous n'avez pas achete au moins 5 maisons, vous avez rate votre vie. On nous disait combien il etait facile et malin d'emprunter jusqua 120% de la valeur du bien achete avec un pret dont on ne paye que les interet, mais dont on ne rembourse pa le capital avant l'echeance.

    Tout cela a contribuer ce beaucoup de personne se lance dans des investissement au dessus de leur moyen. ~Ils en paie le prix fort aujourd'hui. Et si le phénomène a été moins important en France, il a existe.

    En fait, les media se focalisent sur ce qui fait vendre, il preferent pour cela les propos extremiste a la voix de la raison.

  • TARPON
    • Posté à 13h40 le 25/03/2009

    En 68 ,on ecoutait la radio ,on n'avait que des chaines d'etat ,une presse plus regionale que nationale et pourtant en quelques jours,la France toute entiere s'est arretée.
    Aujourd'hui ,on a une information planetaire ,en temps reel mais ça change quoi ? Sans doute que cela nous aide à prendre de meilleures decisions et qu'en l'abscence de doute on continue à tailler la route .
    Faute d'information,on aurait certainement pensé comme le brillant Ahmed Silem qu'il s'agit d'une crise economique alors qu'il s'agit bien d'une crise financiere qui a asseché les marchés à cause de ces soit disants economistes qui ont vu la vie en rose sur un tas d'immondices.Vive l'information.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 14h46 le 25/03/2009
    • Internaute
      yetiblog.org

    « Les médias aggravent-ils la crise en parlant de la crise ? »

    NON
    Pour l'heure, ils ont plutôt tendance à la minimiser en reprenant à leur compte, sans aucune analyse sérieuse, les déclarations des politiques sur l'imminence d'une « reprise » tombée du ciel.

    OUI
    En minimisant la gravité de la crise et en laissant entrevoir une issue miraculeuse (la dive « reprise ») à celle-ci, ils retardent d'autant l'élaboration d'un plan B d'urgence pour suppléer à l'effondrement, lent mais inéluctable*, du système actuel.

    –––––

    Notes

    * Cet effondrement est de plus en plus confirmé par des sommités du monde économique comme Lien, Lien (prix Nobel d'économie), ou Lien.

  • yalienx
    • Posté à 17h26 le 25/03/2009
    • Internaute

    La crise que nous traversons étant, comme toutes les autres avant elle, en grande partie une crise de confiance, le fait d'en parler sans cesse en mettant l'accent sur le fait que personne ne sait quand nous sortirons de la crise (là encore, c'est valable pour toutes les crises) a nécessairement un rôle aggravant.

    Par ailleurs, on peut constater que les médias ne jouent pas vraiment leur rôle pédagogique dans cette crise. Ils parlent presque exclusivement de la crise financière et de ses répercussions sur l'économie réelle.

    Certes, la crise est avant tout financière. Mais la crise financière se double d'une crise de certains secteurs forts de notre économie, dont nous « découvrons » (avec des guillemets hein ! ) aujourd'hui brutalement qu'ils ne sont plus des secteurs d'avenir. Je pense notamment à l'automobile, dont le déclin était de toute façon programmé, mais se trouve accéléré par la crise. Les marges de croissance, et les emplois qui vont avec, qui seront perdus dans ces secteurs, pourront peut-être se retrouver ailleurs, dans les secteurs liés à l'écologie notamment. Il faut l'espérer, sans quoi nous devrons réduire sensiblement notre niveau de vie, et cela à tous les échelons de la société.

    Par contre, je ne crois pas que la crise soit systémique, comme voudraient le faire croire certains esprits chagrins. C'est ce que l'on peut entendre à chaque grande crise (ou du moins lire, car pour entendre il aurait fallu vivre à l'époque des précédentes grosses crises) et ce sont des propos à chaque fois démentis par les réalités économiques.

    Cela dit, la crise actuelle n'est sans doute rien en regard des défis qui nous attendent dans les quelques décennies à venir (fin du pétrole et du tout automobile, et plus généralement fin des voyages « pas chers », problème de l'eau et de la nourriture, etc.). Ces défis recèlent de nombreux dangers, mais sont également très excitants, l'homme ayant jusqu'ici réussi à surmonter bien des difficultés pour se maintenir au rang d'espèce dominante sur cette petite planète qu'on appelle la Terre...

  • Jaycib
    • Posté à 18h29 le 25/03/2009

    Une constatation : en règle générale, plus les lecteurs/auditeurs/téléspectateurs sont au fait des causes et des circonstances de la crise, moins ils sont optimistes ! Par exemple, les personnes au courant des détails du plan Geithner de sortie des actifs toxiques des banques (cf. la présentation de ce plan lundi 23 mars) ont les plus grands doutes quant à son efficacité. Nouhiel Roubini, économiste à New York connu pour avoir anticipé l'explosion de septembre dernier, chiffre à au moins 2500 milliards de dollars le montant des actifs toxiques des banques et autres institutions financières, soit deux fois et demie l'évaluation maximum qui en est faite par Geithner. Selon lui et d'autres économistes vraiment bien informés (ils ne sont pas si nombreux), le plan Geithner va transférer des sommes énormes du budget fédéral américain (donc, de la poche des contribuables présents et futurs, pour un montant se chiffrant potentiellement à 1000 milliards) aux investisseurs qui achèteront aux enchères les actifs toxiques « sortis » des banques et « garantis par l'Etat fédéral, mais ne résoudra pas le problème pour autant.

    Un article du Financial Times d'aujourd'hui va dans le même sens.

    L'homme de la rue entend parfois ces économistes sans vraiment comprendre leur argumentation, mais il se crée ainsi une sorte d'électricité statique qui entretient son pessimisme. Les médias – du moins ceux qui font bien leur travail d'explication ; il y en a pas mal qui se satisfont de répéter ce que leur disent les dépêches d'agence ou les officines gouvernementales, hélas ! – ne sont pour rien dans cette affaire.

    Les gens sont bien assez grands pour comprendre les chiffres du chômage, la multiplication des licenciements, l'inefficacité du “plan de relance” de Sarkozy, le désaccord entre Strauss-Kahn et Jean-Claude Trichet concernant le besoin de parfaire les divers plans de relance européens, etc.

    Quand le message ne plaît pas, on tue souvent le messager. La solution consisterait-elle à censurer les mauvaises nouvelles véhiculées par les médias, comme en temps de guerre ?