DECRYPTAGE 22/03/2009 à 20h33

Est-ce que les bonus d'AIG sont le Katrina d'Obama ?



Obama commente les bonus d'AIG à la Maison-Blanche le 18 mars 2009 (Jonathan Ernst/Reuters).

Le président Barack Obama a-t-il sous-estimé la colère populaire américaine ? Le scandale des bonus d'AIG va-t-il marquer sa présidence comme l'inaction gouvernementale face à l'ouragan Katrina a marqué celle de George W. Bush ? C'est la question que se pose l'éditorialiste Frank Rich dans le New York Times.

Les raisons de l'embrasement collectif : le public a appris la semaine dernière que l'assureur américain avait accordé 165 millions de dollars de bonus aux dirigeants d'une entreprise qui venait d'essuyer des pertes historiques et de recevoir 182 milliards d'aide gouvernementale pour éviter la faillite.

« Il a plu des bonus comme des confettis », s'est indigné samedi le procureur du Connecticut (l'Etat où AIG a son siège), en indiquant que 53 millions de primes supplémentaires avaient été distribués.

AIG, relayé par une partie du gouvernement, s'est d'abord défendu en disant que ces bonus faisaient partie des contrats des dirigeants (oubliant que les syndicats de l'automobile avaient, eux, accepté de renégocier les leurs). Sans bonus, ces cadres risqueraient de quitter l'entreprise, a encore argumenté la direction d'AIG (bien que certains dirigeants aient reçu leur prime et quitté l'entreprise…).

Pour le grand public, reste que des responsables d'un fiasco économique (le gros des bonus a été distribué au département finance de l'entreprise) ont été récompensés : 26% des Américains se disent « dérangés » par ces bonus et 59% « outrés ».

Circulez à deux si possible...

Peu importe si le patron d'AIG Edward Liddy a demandé à ceux qui ont reçu plus de 100 000 dollars d'en rendre la moitié, les dirigeants d'AIG symbolisent les dysfonctionnements non seulement du capitalisme financier, mais aussi les failles du plan de relance (puisque l'entreprise venait de recevoir des fonds publics).

Au point que certains se sentent en danger. Andrew Cuomo, « attorney general » (procureur général) de l'Etat de New York a expliqué qu'il ne pouvait pas rendre publique la liste des bénéficiaires des bonus « par souci pour la sécurité des employés d'AIG ». Un mémo interne de la compagnie conseille aux employés de ne pas porter leur badge AIG à l'extérieur de l'entreprise, ni d'ailleurs « les sacs, T-shirts, parapluies » portant le logo de la société. « Le soir, circulez à deux si possible et dans des endroits éclairés » et « évitez les conversations publiques sur AIG ».

Ce week-end, une association de gauche proposait une visite guidée en bus des banlieues huppées du Connecticut où vivent les dirigeants d'AIG, avec étape au siège de l'entreprise et devant les villas –protégées par des gardes– des bénéficiaires des bonus.

On peut aussi se défouler sur MoveOn en balançant quelques tomates sur la porte du siège social d'AIG. A la onzième, le jeu vous interpèle : « Savez vous que onze des personnes qui ont reçu des bonus n'y travaillaient plus ? »

Obama freiné dans ses initiatives

Barack Obama peut faire adopter toutes les politiques possibles, assure Frank Rich, « tant qu'il n'aura pas répondu à la colère populaire (...) notre économie sera paralysée ». L'usage qui a été fait de fonds publics dans l'affaire AIG rend peu probable que le Congrès accepte de voter rapidement des mesures de relance défendues par la Maison-Blanche.

Professeur de philosophie politique, Dick Howard relativise le parallèle avec l'inaction du gouvernement Bush après le passage de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans. « Katrina a été le couronnement d'une série de conneries (de Bush), le terrain était déjà chaud ». C'est ce qui lui a donné son étiquette d'incompétence. « Vu ce à quoi le Parti républicain est réduit aujourd'hui, la réaction populiste n'a pas vraiment de porteur », donc de traduction politique.

Timothy Geithner, secrétaire américain au Trésor (qui a laissé Lehmann faire faillite mais a défendu un secours d'AIG), et le conseiller économique Larry Summers (protégé de Rubin, artisan des dérégulations de Wall Street sous Clinton) sont bien plus critiqués que le président.

62% des Américains ont encore une opinion positive de la façon dont Obama exerce sa présidence, 59% approuvent sa gestion de l'économie et 64% pensent que ses politiques vont réussir.

Photo : Barack Obama commente les bonus d'AIG à la Maison-Blanche le 18 mars 2009 (Jonathan Ernst/Reuters).

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  • TARPON
    • Posté à 21h12 le 22/03/2009

    Le fait d'avoir appris qu'une partie des milliards (170 ? ) reçus par AIG du tresor americain ait servi à payer les contrats souscrits par certaines banques europennes dont chez nous la societe generale (12 milliards) ,LA BNP et le credit agricole avait été le detonateur de cette colere .
    Ceci explique un peu mieux la descente aux enfers des cours de ces banques fin 2008 .Sans ces 12 milliards ,la Societe generale aurait certainement été en etat de failitte et fusionnee de force avec un moins malade à la maniere des banques populaires et de la caisse d'epargne .
    AIG c'est un peu par tout cela notre societe generale ,à un moment faillitaire sauvee in extremis par les tresor americain et français ,et se comportant comme si rien ne s'etait passé ,comme si tous les degats causés par leur rapacite ne concernaient que les autres.
    Dans les annees 80 beaucoup de chefs d'entreprises s'etaient adjoints un coach exterieur à la maniere des fous de nos rois ,avec pour tache de leur eviter de peter les plombs .Il serait temps de remettre la fonction au gout du jour.

  • jlsiouperstar
    jlsiouperstar répond à TARPON
    • Posté à 21h40 le 22/03/2009
    • Internaute

    Je me permet un petit commentaire, car les amalgames commencent à m'agacer gentiment. La Générale a souscrit des contrats d'assurance contre des risques. Notamment de contre-partie pour limiter (voir annuler) son exposition au risque. Ces assurances ne sont pas organisées comme nos assurances classiques. Id est, AIG n'avait pas d'obligation légale de provisionner (mettre de l'argent de côté) pour couvrir ses engagements. Pourquoi ? Les petits malins de la filiale finance d'AIG à Londres ont vendu, vendu et vendu des contrats d'assurances. S'en mettant pleins les fouilles tant que le marché n'exercait pas ses droits sur ses même contrats. En l'occurence, la Générale n'a fait que être dédommagée tout comme vous l'êtes quand vous avez un accident de voiture.
    En conclusion, certains marchés doivent être régulés pour empêcher des inconscients de vendre des assurances sans avoir les moyens d'en assurer le versement... Les bonus à la filiale finance d'AIG sont plus qu'un scandale... tout comme (dans un autre registre) le plan de stocks pour les 4 dirigeants de la Générale...
    De ce fait, il est plus facile de comprendre pourquoi le gouvernement américain a pu lâcher Lehman et que les conséquences d'une faillite d'AIG n'était même pas envisageables... La Générale n'est pas la seule à avoir bénéficié de l'exercice de ces contrats. Au lieu de critiquer, cela souligne plutôt son efficacité à gérer les risques. Contrairement à vos affirmations, il s'agit plutôt d'une preuve de son sérieux.
    Cordialement,

  • Xavier Denamur
    Xavier Denamur
    Restaurateur
    • Posté à 00h28 le 23/03/2009
    • Internaute
      Restaurateur

    Le cas AIG démontre la nécessité d'un contrôle stricte de l'argent public.
    Ce scandale risque fort d'être le premier d'une série qui pourrait très bien concerner après le renflouage des banques, les appels d'offres pour les futurs investissements d'infrastructures ou contrats militaires dans lesquels seront déversés les centaines de milliards de dollars du plan de relance d'Obama si ce dernier n'applique pas à la lettre son intention de voir où ira « chaque dollar »...

    En France, on a parfois commencé à enquêter sur l'efficacité des 25 ou 30 milliards d'allégements de charges sur les salaires distribués annuellement aux entreprises pour payer royalement leurs salariés au smic mais ce scandale qui dure depuis des années et qui permet aux grandes entreprises d'améliorer leurs profits est resté étouffé. Le fait qu'une partie de ces profits soient ensuite redistribués légalement en stock-options et autres primes aux cadres et dirigeants de ces sociétés modèles qui profitent des aides de l'Etat n'est-il pas similaire aux scandales d'AIG ou de la Générale ?

  • Le Yéti
    Le Yéti
    voyageur à domicile
    • Posté à 11h48 le 23/03/2009
    • Internaute
      voyageur à domicile

    VALSE HÉSITATION

    Dans une déclaration faite dimanche 22 mars, Barack Obama vient de mettre en garde le Congrès contre une réaction excessive contre les primes octroyées à des cadres de l'assureur AIG. Motif invoqué : cela risquerait d'entraver la reprise économique et d'être en contradiction avec la Constitution. Selon M. Obama, il ne faudrait pas « utiliser le code fiscal pour punir les gens ». (Source AFP.)

    Une telle intervention montre un net recul du président américain dans sa volonté de lutter contre les excès qui, disait-il encore il y a quelques jours, l'avaient fait s'étrangler de rage. Cela est de bien mauvais augure quant à sa volonté politique réelle d'assainir un système en perdition.

  • Anastaze
    Anastaze
    profiteur-assisté et électeur
    • Posté à 11h56 le 23/03/2009
    • Internaute
      profiteur-assisté et électeur

    Le véritable scandale, c'est comme le montre la plupart des commentaires ici, c'est de focaliser la communication sur les bonus.

    N'en doutons pas l'objectif est de sauver un système qui n'en finit pas de montrer son inefficacité, en terme de bien (-être) collectif.

    Peu importe qu'ils y en aient qui s'en mettent plein les poches, des petits malins il y en aura toujours quelque soit la société, mais ce qui est dramatique, c'est que c'est la survie de la majorité qui est sacrifiée.

  • gabriel12
    gabriel12 répond à TARPON
    • Posté à 12h01 le 23/03/2009

    « AIG n'a fait qu'assurer les risques inconsideres qu'avait pris la generale »
    Non non, AIG n'a fait que prendre des risques inconsidérables en assurant des positions que la Société Générale à prises parce que AIG « pouvait » les couvrir.

  • Jaycib
    • Posté à 13h44 le 23/03/2009

    Je ne peux souscrire à l'analyse de Frank Rich. Les bonus accordés par AIG à ses cadres sont sans doute une connerie monumentale dont l'effet rejaillit partiellement sur Obama, mais il ne faut pas oublier que les fonds publics initialement consentis à AIG pour en empêcher la faillite l'ont été par le secrétaire au Trésor de Bush, Hank Paulson. (A ce propos, bien noter que Tim Geithner, actuel secrétaire au Trésor, n'est pour rien dans la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, puisqu'il était à l'époque directeur de la Réserve Fédérale de New York). A mes yeux, le déchaînement des passions contre AIG est légitime, mais il ne peut avoir de traduction politique à court terme. D'ailleurs, pour rattraper le coup, la Chambre des Représentants (dominée par les Démocrates) a annoncé qu'elle envisage de taxer à 90% les bonus octroyés à toute entreprise recevant des fonds publics, une initiative assez fraîchement accueillie par les conseillers économiques d'Obama, divisés sur ce point comme sur d'autres.

    Car c'est bien là que le bât blesse : les désaccords entre ces conseillers se multiplient concernant la politique à adopter pour « sortir » les actifs toxiques des banques et compagnies d'assurance, sans laquelle les vannes du crédit resteront loquées. La conséquence est qu'Obama hésite sur la conduite à tenir. Il se refuse toujours à nationaliser « temporairement » les banques (à l'anglaise) pour traiter le problème et a adopté au contraire une démarche hybride fondée sur un soutien supplémentaire de l'Etat fédéral aux banques (sous forme de prêts à faible taux d'intérêt de l'ordre de 500 milliards de dollars), le reste des fonds nécessaires (à concurrence de 500 milliards également, selon les prévisions les plus optimistes) devant être apporté par des investisseurs privés. C'est ce plan qui doit être annoncé par Geithner aujourd'hui même. Plusieurs économistes de renom, comme Paul Krugman, pensent qu'Obama devrait décréter une nationalisation pure et simple pour pouvoir agir rapidement et trancher dans le vif, mais Obama se refuse à le faire pour ne pas aliéner les Républicains et se priver de marges de manoeuvre futures.

    Obama est à la croisée des chemins, et s'il n'agit pas avec vigueur et décision, il va rapidement payer les pots cassés. Il s'avère en effet que sans une purge drastique des banques, l'économie américaine ne redémarrera pas, et le plan de relance du président risque de n'avoir qu'un faible impact. Dans le même temps, il faut noter que la Réserve Fédérale a annoncé qu'elle était prête à acheter des bons du trésor américain pour la contrepartie de 250 milliards de dollars. Ceci traduit la fin de ce qui a fondé le capitalisme US depuis Bretton Woods, à savoir l'indépendance de la Fed par rapport au gouvernement (et c'est la planche à billets qui va devoir fonctionner, avec le risque d'un départ canon de l'inflation, voire d'une hyperinflation) ! On doit noter à cet égard que cette décision de la Fed fait suite à l'annonce par le premier ministre chinois la semaine dernière que la Chine n'allait pas indéfiniment continuer d'acheter des bons du trésor américains. Il s'agit là d'une menace réelle qu'il faut prendre au sérieux. Il y a danger immédiat d'une reconnaissance globale de l'INSOLVABILITE des Etats-Unis.

    Il y a donc panique financière de fait, bien pire sur le fond que celle qu'on a connue l'automne dernier. Tel est le danger qui guette Obama aujourd'hui. On aura bientôt oublié l'affaire des bonus d'AIG, qui ne sont que le symptôme palpable d'une crise que la population américaine n'arrive toujours pas à comprendre. La question n'est plus celle de la crédibilité politique d'Obama, mais celle de la fin imminente probable de l'hégémonie financière et politique des Etats-Unis, et donc de l''empire américain'. N'importe quel président des Etats-Unis chuterait dans de telles circonstances.

  • admirateur-
    • Posté à 15h10 le 23/03/2009

    un lien intéressant et qui donne un éclairage sur le cynisme des dirigeants politiques et financiers américains : ce que masquent les « bonus » d'AIG
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