Polémique

Un Gandhi islamophobe, accusé d'incitation à la haine

Varun Gandhi en 2004 (B. Mathur/Reuters).

(De Delhi) Mis au ban de son propre parti nationaliste hindou pour ses propos virulents envers les musulmans, Varun Gandhi a mal entamé sa première campagne électorale. Ce petit fils d'Indira Gandhi est un des rares membres de la « dynastie Gandhi » à avoir rejoint le camp adverse.

Lorsqu'on s'appelle Gandhi, on a une réputation à tenir en Inde, surtout dans la sphère politique. Les violents propos anti-musulmans prononcés par le jeune Varun Gandhi dimanche dernier, lors de son premier discours de campagne électorale, ont cependant plus embarrassé son propre parti que l'éminente famille politique dont il est issu, qui l'a depuis longtemps désavoué.

Lors d'un rassemblement du Bharatiya Janata Party (BJP-nationaliste hindou) dont il est membre, Varun Gandhi a menacé de « couper la main » de ceux qui s'en prendraient aux Hindous. Dans un autre discours prononcé dans la même localité, il moque même ouvertement la communauté musulmane d'Inde, dans un extrait filmé rapporté par la chaîne CNN-IBN :

« Ils ont des noms effrayants comme Karimullah et Nazarullah […] ils font peur quand on les croise la nuit. »

L'affaire a provoqué la fureur dans les rangs du BJP, qui tente de se défaire de sa réputation de parti communautaire à la veille des élections. Plusieurs leaders musulmans du parti se sont déclaré « extrêmement déçus et choqués » par les propos tenus par le jeune politicien. « Aucun leader du BJP n'a utilisé ce type de langage auparavant », a affirmé Shahnawaz Hussain, un ancien ministre du gouvernement BJP, selon le quotidien Hindustan Times.

Désavoué depuis longtemps par sa famille

De son côté, Varun Gandhi nie en bloc, assurant que son discours a été « trafiqué » et que la voix entendue dans les extrait des discours haineux n'est pas la sienne. Il a toutefois présenté ses excuses « aux personnes qui auraient été offensées » par ses propos.

À 29 ans, Varun Gandhi a fait une entrée aussi fracassante que maladroite pour sa première campagne électorale. Petit-fils de l'ex-Premier ministre d'Inde Indira Gandhi, elle-même fille unique de Jawaharlal Nehru, Varun fait partie avec sa mère Maneka Gandhi, des rares membres de la famille Nehru-Gandhi à avoir rejoint le BJP.

La dynastie Gandhi, qui n'a aucun lien de parenté avec le Mahatma mais doit son nom au mari d'Indira, Feroz Gandhi, tient en effet les rênes du parti du Congrès, actuellement au pouvoir, depuis l'indépendance. Après l'assassinat d'Indira Gandhi, son fils Rajiv est devenu Premier ministre avant d'être à son tour assassiné en 1991. Sonia Gandhi, la veuve de ce dernier, est actuellement présidente du parti.

La famille Gandhi, qui a depuis longtemps désavoué Varun et sa mère, n'a donc aucun risque d'être salie dans cette affaire. Ce dernier pourrait par contre bientôt faire l'objet de poursuites judiciaires pour « incitation à la haine communautaire » par la commission électorale et la police d'Uttar Pradesh. Il encourt jusqu'à trois ans de prison, selon le Hindustan Times.

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Photo : Varun Gandhi en 2004 (B. Mathur/Reuters).

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Scotian

De Scotian

| 17H33 | 20/03/2009 | Permalien

En lisant cet article, je me suis demandé qui sont ces « leaders musulmans » du BJP. Comment peut-on être musulman et membre d'un parti à orientation religieuse hindou ? Un peu comme un juif membre du Hamas ou un arabe musulman dans Israel Beitanou…

Si quelqu'un peut m'expliquer…

Portrait de Utilisateur désinscrit à sa demande

De Cyp_

nc | 18H45 | 20/03/2009 | Permalien

Varun = Varuna : le dieu antique hindou, maître du cosmos et des éléments, dont le culte s'est prolongé jusqu'en Grèce sous la forme d'Ouranos.

C'est un prénom assez peu usité en Inde de nos jours. Un peu comme Marcel chez nous.

Portrait de Utilisateur désinscrit à sa demande

De Cyp_

nc | 18H49 | 20/03/2009 | Permalien

Varun Gandhi est un fasciste anti-musulman de la pire espèce : il est le fils de cette folle ravagée : Maneka, veuve de l'ignoble Sanjay Gandhi(fort heureusement mort prématurément dans un accident d'avion).

La dynastie des Gandhi est très shakespearienne.

Portrait de Damdam

De Damdam

voyageur néophyte | 19H02 | 20/03/2009 | Permalien

la vie politique indienne est parfois étrange… surtout lorsqu'on la regarde avec nos yeux d'occidentaux plus ou moins habitués aux clivages relativement bien définis (quoique, mais je m'égare…). en inde, il est tout à fait normal de voir le BJP (Bharatia Janata Party, parti des « hautes castes ») s'allier avec le BSP (Bahujan Samaj Party, parti des Intouchables), pour gagner une élection (par exemple dans l'Uttar Pradesh, état le plus peuplé d'inde)…
Les deux partis principaux (Congress et BJP ont beaucoup (et de plus en plus) de mal à s'imposer seuls. ils sont donc contraints à ces alliances aussi étranges que de circonstances…
Dans « Bombay Maximum City », Suketu Mehta raconte comment des Musulmans ont voté pour le Shiv Sena, ce parti d'extrême droite hindou très bien implanté à Bombay, entre autre responsable des émeutes anti-musulmanes du début des années 90 dans la capitale économique indienne…

Portrait de adrak

De adrak

22H44 | 20/03/2009 | Permalien

Il y a clairement de l'islamophobie en Inde. Les violences qui ont eu lieu au Gujarat en 2002 ont été perpétrées par des fanatiques hindous contre les Musulmans de la région, avec l'aval des autorités du Gujarat (la police n'est pas intervenue pour sauver les musulmans, et des preuves ont été détruites pour empêcher les auteurs des crimes d'êtres poursuivis). Des centaines ou des milliers de musulmans sont morts et la blessure est loin d'être refermée. L'opinion publique commence à peine à reconnaître les faits après de nombreuses campagnes de désinformation.

J'ai aussi pu constater le mépris des officiers de l'état civil lors de mon mariage avec un Indien musulman à New Delhi. Même si l'Inde est un état séculier, les lois du mariage diffèrent selon la religion des mariés, et les officiers feignaient d'ignorer les règles du mariage musulman.

En Inde, on entend souvent un refrain familier en France : « les Musulmans font trop d'enfants, ils vont devenir majoritaires ». Sans commentaire quand on sait que 80% des Indiens sont hindous.

Depuis environ un an les tensions communautaristes sont exarcerbées en Inde (en partie en raison des élections fédérales qui vont avoir lieu en avril/mai). Les activistes hindous se sont montrés très virulents et violents contre les Chrétiens en Orissa, contre les amoureux au Karnataka, contre les Kashmiris musulmans l'été dernier…

Toutefois, pour compléter Scotian, je voudrais dire que l'unité de la société est perpétuellement remise en cause par des haines religieuses mais aussi raciales. Il y a un racisme contre les gens à la peau foncée, sensés être de castes plus basses ou d'ethnies inférieures qui ont été repoussées au Sud par l'arrivée des Aryens. Sans oublier non plus la hiérarchisation en castes et l'exclusions des intouchables…

C'est un tableau sombre de la société indienne, mais on peut saluer que les nombreux attentats perpétrés ces dernières années dans des temples hindous ou des mosquées n'ont pas dégénérés en affrontements interreligieux.

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