TRIBUNE 18/03/2009 à 10h55

Le dénuement du créateur d'entreprise en cas d'échec

mdanguy | Formatrice en communication à Lyon

La création d'entreprise, de son entreprise, est quelque chose de fabuleux, de passionnant. Avoir l'impression de gouverner sa vie, être totalement responsable de ses succès… et de ses échecs, est très responsabilisant et intéressant à vivre. Oui, mais…

Les médias, les organismes, l'Etat… poussent à la création d'entreprise, en font miroiter les avantages, et c'est vrai qu'il y en a beaucoup.

Le statut d'auto-entrepreneur, par exemple, va enlever des chômeurs des statistiques. Mais s'ils échouent dans deux ans ou trois ans, ils n'auront plus rien s'ils n'étaient pas aux Assedic auparavant. Au mieux, un RMI. Ce statut n'est intéressant que si on a un emploi à côté.

Personne n'insiste sur le dénuement total du créateur d'entreprise en cas d'échec. L'échec peut être dû à un manque de fond propre, à un manque de compétences ou de savoir (commercial, marketing...).

Mais l'échec peut être plus simplement dû aux épreuves de la vie. On résiste à une grippe, mais à un cancer, à un deuil douloureux… Comment tout gérer et rester opérationnel lorsqu'on gouverne seul ? Si on lâche la barre plus d'une semaine, les problèmes arrivent déjà.

Créer une entreprise, quel que soit le statut, peut facilement mener à devenir SDF.

Si vous étiez aux Assedic, vous restez couverts quelques années. C'est-à-dire que vous pouvez revenir aux allocations chômage.

Sinon, il y a le RMI ou le RSA bientôt. Ça ne donne pas de quoi vivre vraiment. Quant à trouver un logement en présentant un RMI…

J'ai participé à la création d'une TPE (Très petite entreprise) dont j'étais salariée. J'ai cotisé aux Assedic plusieurs années. La société dépose son bilan.

J'ai attendu plus de quatre mois pour comprendre pourquoi je ne touchais rien. Quatre mois sans aucun revenu !

J'apprends que je suis reclassée « gérante de fait » par le liquidateur.

Je dois faire le deuil du fruit de mon travail, des heures de ma vie à bosser encore et toujours. On ne me paiera pas les quatre mois de salaires dûs.

Je me sens niée dans tout le travail que j'ai fait, dans mon intégrité, dans mon sens des responsabilités…

Pendant ce temps, je n'ai rien pour vivre. J'attends la décision des Assedic… elle viendra... sept mois après !

Il fallait attendre la décision de rejet de ma retraite (j'ai 61 ans). La caisse de retraite a mis quatre mois pour statuer.

Et pendant ce temps, j'avais « faim ». Si je n'avais pas eu d'amis, une propriétaire compréhensive… Je serais dans la rue.

J'ai obtenu un RMI, après huit mois et demi sans ressource. Le découvert bancaire m'a permis de survivre et a permis au banquier de bien vivre (16% de mon RMI est passé en frais bancaires).

Aujourd'hui, je n'ai pas droit à la retraite, pas le droit aux Assedic, mais, créatrice de deux entreprises, j'ai des compétences attestées, de l'expérience dans mon domaine d'activité, du punch et la santé. Alors, je m'apprête à redémarrer, riche d'une énorme expérience supplémentaire.

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  • Xtophe
    Xtophe répond à elmanol93
    • Posté à 12h38 le 18/03/2009

    C'est effectivement bien beau de nous inciter à créer nos entreprises, mais il y a – une fois de plus – de bien belles anguilles sous roche.

    Effectivement, l'une des premières motivations étatiques est que ça diminue le nombre de chômeurs… une fois ça passé, regardons un peu ces micro entreprises qui se cassent bien souvent la figure.
    Le problème et que l'Etat fait croire que c'est facile, des exonérations par ci, des statuts simples par là, et hop, roule ma poule, je crée ma boîte, je deviens indépendant…
    Mais bien souvent j'ai de la volonté, des idées et des heures à donner à n'en plus finir, mais aucune connaissance en gestion… quand on peut créer aujourd'hui une SARL au capital d'1 €, en investissant si peu, pas trop la peine de s'intéresser au fonctionnement financier qui est pourtant la base de toute activité. J'ai une amie qui siège au tribunal de commerce, depuis que cette loi est passée, elle a jamais vu autant de boites se casser la gueule ! et c'est toujours le même discours, des gens désemparés, qui ont de la volonté, des idées et des heures à donner, mais qui n'ont jamais été conseillés dans leur lancement de boîte, avec souvent des plans de trésorerie approximatifs, un emprunt fait en douce du banquier, à titre personnel (je suis loin de défendre un banquier mais quand vous montez une boite, que vous allez le voir pour emprunter avec des plans de trésorerie pourris, il refuse en vous disant que vous allez au devant des ennuis) et les catastrophes en série arrivent… et oui entrepreneur c'est un métier, ça ne s'improvise pas et il ne faut pas juste avoir un gros cœur pour y aller. Le gouvernement a fait croire que c'était la panacée, nombreux sont ceux qui s'y sont engouffrés en méconnaissance de cause et qui s'en mordent les doigts !

  • equilibrium
    equilibrium
    citoyen du monde
    • Posté à 12h55 le 18/03/2009
    • Internaute
      citoyen du monde

    Apres 6 mois de chômage et motivé par l'ANPE pour créer mon entreprise et ne plus apparaitre dans les statistiques du chômage, j'ai crée mon entreprise....rassuré par l'ANPE me disant que si je me plantais je pourrais toujours bénéficier de mes droits au chômage acquis après 10 ans de CDI.

    Premièrement, le faite de réussir et de créer une entreprise pérenne est accessoire je l'ai compris au bout d'un certain temps...car même avec une entreprise qui n'a pas d'avenir vous fournirez du boulot et donc de la rémunération à beaucoup d'intermédiaires.
    Les premiers sont les conseillés ANPE spécialistes de la création d'entreprise, ensuite il y a un parcours administratif hallucinant à franchir, votre dossier passe devant une commission etc...donc quelqu'un vous épaule pas à pas afin de faire un dossier de candidature complexe (un autre employé). En plus il y a les membres de la commission (cela leur fourni du boulot). Une fois le dossier validé, il faut se rendre au C.F.E (centre de formalité des entreprises) là vous remplissez une pile de documents administratifs qui seront envoyés aux différentes administrations donc vous leur fournissez du boulot aussi (impôts, greffe du tribunal, sécu, etc...). Vous payez les formalités de création d'entreprise (impots, greffe, etc...).
    A ce stade vous avez déjà participé à fournir du travail à une bonne cinquantaine de fonctionnaires et déjà payé quelques divers taxes mais je vous rassure ce n'est que le début.

    Ensuite vous devez prendre un comptable, que votre société fonctionne ou pas il en faut un (un autre employé). Personnellement j'avais une activité d'import donc il fallait se battre en plus avec les process douanier. Mon banquier c'est bien servi au passage avec les divers frais bancaires afférent à mes comptes professionnels. Pour mes opérations douanières Il me fallait une caution bancaire de 4000€. La banque n'a pas voulue se porter garante malgré mes comptes personnels remplies à hauteur de 75 000€. J'ai donc bloqué cet argent sur un compte et mis à disposition de la douane. Chaque fois que la douane faisait des opérations dessus la banque me facturait des frais etc, etc...

    Bref avec ma petite entreprise que j'ai fermé au bout de un an et demi d'activité j'ai fourni du boulot à au moins une centaine de personnes du secteur public et privé. Quand j'ai fermé ma boite à nouveau il faut payer et faire de la paperasse.

    J'ai fermé ma boite non pas par ce qu'elle n'était pas rentable mais par ce que je passais plus de 50% de mon temps à faire de l'administratif et donc pas assez de temps à développer mon affaire. Voilà comment créer de l'activité avec du vent, la création d'entreprise est un business peu importe si l'entreprise est rentable à court, moyen ou long terme car cela fourni du boulot et de l'activité à énormément de gens.

    J'ai arrêté au bon moment par choix, car je manquais de fonds propre pour pérenniser mon activité et la rendre rentable. Je devais acheter en plus grande quantité afin de faire des économies d'échelles et améliorer mes marges cependant les banques étaient frileuses et je ne souhaitais pas investir tout ce que j'avais dedans donc j'ai arrêté. Je n'ai pas perdu ni gagné d'argent.

    J'ai ensuite directement enchainé sur un job d'intérim donc je n'ai pas réintégré les bancs du chômage tout de suite....et donc bénéficié de mes droits au chômage que j'avais avant la création.
    Une fois ma mission d'intérim fini (12mois), je suis allé pointé au chômage et par un calcul savant on m'a informé que je n'avais droit qu'à 3 mois et demi d'ASSEDIC, car mes droits cumulés étaient perdu car après ma cessation d'activité j'avais enchainé directement sur un job...et que mes droits cumulés lors de ma mission d'intérim me permettaient d'avoir 3,5 mois d'indemnisation, car le calcul des droits au chômage avec un contrat précaire (intérim) ne sont pas les mêmes qu'un CDD !

    Désormais je suis au RMI, tombé bien bas...le plus drôle c'est que je ne trouve pas de job depuis 6 mois et un célèbre cabinet de recrutement m'a dit : le point le plus négatif sur votre CV c'est que vous avez osé créer votre propre société. La France ce n'est pas les états unis, la créativité et la prise de responsabilités sont des facteurs négatifs pour un patron français, c'est assez mal vu.
    Lors de mon dernier entretien à l'ANPE je leur parle de cette réflexion du cabinet de recrutement et le conseiller ANPE m'a confirmé ça. Alors si vous souhaitez créer votre boite réfléchissez bien car ensuite revenir en arrière c'est très compliqué !

  • h-r
    h-r
    • Posté à 13h58 le 18/03/2009

    Mon premier sentiment par rapport au nouveau statut d'auto-entrepreneur fut le suivant : une vraie bonne idée pour le gouvernement !
    En effet, la création de ce statut ne règle en rien les problématiques de gestion liées à la création d'une entreprise ; mais invite tout simplement les gens qui travaillent « un peu au black » à se déclarer (sans aucune contre partie). Il s'agit d'une mesure, pour une fois non agressive (dans sa forme), visant à récupérer des taxes sur du travail qui échappait aux déclarations fiscales. Le peintre en bâtiment qui passait chez vous après son travail en entreprise pour réaliser un petit chantier et que vous rémunériez en cash un prix convenu et détaxé, par exemple. Il pourra dorénavant vous faire payer la TVA (peut-être aussi un peu de CSG, RSCG, etc...), et lui -même versera un ensemble de taxes et/ou cotisations à l'état.
    C'est malin, ça bouche des trous (BNC, TPE, travailleur indépendant, libéral : quel statut pour quelle fiscalité ? ), et ça lutte contre le travail « au noir ».
    Monter une entreprise est une formidable expérience : dans les pays anglo-saxons, on sait qu'il faudra parfois s'y reprendre à plusieurs fois pour acquérir les rouages et les « trucs » pour pérenniser une entreprise, gérer l'activité, les ressources, les perspectives, éviter les pièges, et mesurer les succès de ses initiatives.
    En France, un ensemble de mesures-conseils existent, mais sont peu accessibles au public. Parce que certains relais sont défaillants, il est quasi impossible de créer un partenariat audacieux avec les banques pour financer des projets d'entreprises sans apport financier conséquent (même muni d'excellentes études de marché, de perspectives évaluées par des simulations favorables, etc...).
    Biensûr, il y a toujours des risques à monter une entreprise, entre autres celui d'échouer ; comme il y a des risques dans tous les défis.
    Dans la plupart des cas, les risques liés à l'entreprise sont mesurables et gérables, et doivent être traités comme tels. Mais une entreprise, ce n'est pas « moi, tout seul dans mon coin » ; c'est plutôt « mes collaborateurs et moi », « nous et les autres ». Une entreprise, c'est une entité sociale, économique, un élément structurel de l'organisme d'une société ; c'est un engagement humain et collectif.
    Je crois qu'il faut, en France, favoriser la dynamique des entrepreneurs (à l'image de la personne qui témoigne ici), en favorisant le développement de perspectives d'activité, les aides à l'autonomie, l'horizontalité des rapports professionnels.