La maison Flammarion souffrirait-elle à ce point de la crise économique pour refourguer, sous des dehors mensongers, des ouvrages déjà publiés et à peine remaniés ? Le titre choisi pour le dernier ouvrage de Michel Houellebecq, « Interventions 2 », sous-entend, si l'on s'en tient aux mathématiques élémentaires, qu'on a affaire à un deuxième recueil, succédant à un premier, publié en 1998 sous le titre « Interventions ».
Comme pour les Rocky, ou les Alien, on s'attend à retrouver le même héros, mais lancé dans de nouvelles aventures. C'est ce qu'on appelle une suite, qui prend toujours le risque de la déception. Or que découvre-t-on dès l'ouverture de l'ouvrage ? Les mêmes mots, les mêmes articles, exactement. Recopillés, intégralement, du premier volume. Sur les 28 articles que comprend le « 2 », 11 proviennent du « 1 ».
Il en reste 17, dont sept proviennent d'ouvrages déjà publiés et disponibles, parfois à des prix moins élevés. Deux textes sont tirés du recueil « Rester vivant », et trois du recueil « Lanzarote et autres textes », publiés chez Librio.
Des textes sortis de leur contexte, d'autres à l'intérêt douteux
Par ailleurs, on retrouve deux textes liminaires, composés pour encadrer et commenter les œuvres d'autres écrivains, et qui du coup, hors contexte, perdent de leur pertinence :
- « Humanité second stade » (un très beau texte pourtant, mais à lire dans la continuité de la prose déjantée de Solanas), la postface au « Scum Manifesto » de Valérie Solanas (publié par les éditions Mille et une nuits)
- « Préliminaires au positivisme », présenté comme la préface du livre de Michel Bourdeau sur Comte, publié chez Kimé en 2003, et qui a en fait été l'objet d'une réédition, chez Mille et une nuits aussi, comme préface à la « Théorie générale de la religion » de Comte en 2005.
Reste deux textes « de commande » :
- Un article sur Neil Young, écrit pour le « Dictionnaire du rock » de Michka Assayas
- Un autre écrit pour les cinquante ans des éditions J'ai lu.
Présentant un intérêt assez limité, ces deux textes nuisent à la cohérence déjà douteuse du recueil, qui sent foutrement les fonds de tiroir.
Nous voilà réduits à une petite dizaine de textes répondant véritablement à la description de la quatrième de couverture, c'est-à-dire « plus disponibles », parce que publiés dans des journaux ou des revues (Die Zeit, L'Opinion indépendante, Le Figaro, Paris Match, ou ArtForum).
Et encore ! Que penser du fumeux article décrit comme une « publication sur Internet », et qui donc par définition doit pouvoir se retrouver « sur Internet » ! Après une recherche rapide, on retrouve bien cet article, mais en appendice du « Philippe Muray en 2002 », originellement publié par Le Figaro.
La signature de la préface, « M.H. 2008 », est purement mensongère
« Interventions 2 » sous-entend aussi qu'il y a eu véritablement « intervention ». Or c'est là que réside le second mensonge, et le vrai scandale.
Dans cette récupération abusive de vieilles « interventions », on ne trouve précisément aucune intervention apparente de l'auteur dans l'élaboration de ce nouveau recueil.
L'avant-propos, qui est précisément censé mimer le geste auctorial de présentation de l'œuvre, ne se contente pas d'être la pure et simple reproduction de celui qui figurait dans le premier recueil : bien pire, l'éditeur s'est octroyé le droit de le signer « M.H., 2008 », alors qu'il date de 1998 ! Et modifier la date de rédaction d'un texte, cela relève du pur mensonge.
Houellebecq est en fait parvenu à réaliser son fantasme : il se clone et se reproduit sans la moindre « intervention » nécessaire. Ses « œuvres » se génèrent d'elles-mêmes dans un processus quasi mécanique et inédit de parthénogenèse éditoriale.
Processus qui implique d'ailleurs l'invention d'une nouvelle catégorie littéraire : à l'emplacement où se trouve habituellement, sur la couverture (sous le titre de l'ouvrage), l'indication générique (du type « roman »), on trouve le terme « traces ».
Un auteur de valeur transformé en fonds de commerce par son éditeur
Là encore, on ne peut s'empêcher de saluer la pertinence du procédé pour un romancier qui ne fait que rêver sa propre disparition. Le volume prend ainsi place, à part, dans la collection « Littérature française », et pas dans celle intitulée « documents et essais » qui lui correspondrait mieux, et où l'on retrouve le fameux « Ennemis publics » cosigné avec BHL, et copublié avec Grasset, qui a fait les choux gras de la précédente rentrée.
Coup de pub, coup de bluff, c'est aussi remarquable que déplorable. Un tel ouvrage, dont le contenu, hétérogène et irrégulier, et l'intention, fumeuse et malhonnête, sont hautement discutables, ne fait pas honneur à un auteur, dont la production, à la fois romanesque et poétique (y compris les incursions dans les domaines du cinéma et de la musique), peut pourtant se revendiquer d'une véritable cohérence, esthétique et idéologique.
Cette publication, qui contient pourtant des textes de valeur (le dernier « Coupes de sol », un portrait-charge admirable de Robbe-Grillet est une vraie trouvaille, par exemple), porte préjudice, dans sa démarche éditoriale, aussi bien à l'éditeur qu'à l'auteur, transformé en fonds de commerce, dont on exploite au maximum la rentabilité, jusqu'à le recycler.
► Interventions 2 de Michel Houellebecq - éd. Flammarion - 285p., 19€
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De fantome de la nuit
insomniaque | 18H09 | 16/03/2009 |
J'aime beaucoup Houellebecq mais je suis devenu un consommateur de produits culturels trop circonspect pour tomber dans ce genre d'arnaques. Quand j'ai vu ce bouquin en librairie, je l'ai feuilleté mais je ne l'ai pas acheté.
Reste à comprendre par quel mystère Houellebecq a pu générer autour du moindre de ses propos une audience aussi considérable, qu'une simple publication sous son nom puisse être considéré par avance comme une source de pognon (encore que ennemis publics ait été un bide relatif, peut-être à cause de BHL ? )
Son oeuvre doit dépeindre une réalité sociale criante, non ? Houellebecq, le Zola de notre époque ?
De liberationdelevangilepopulaire
sans mandat du ciel ni de quiconque | 18H10 | 16/03/2009 |
« En quoi la laideur est-elle belle ? »
Dialogues avec l'ange, éditions Aubier.
http://anarchieevangelique.wordpress.com/
De Utilisateur désinscrit à sa demande
nc | 19H28 | 16/03/2009 |
Ouais !
Ça y est ! Enfin ! Houellebecq est en panne sèche !
C'est marrant : j'en parlais pas plus tard qu'hier sous une vidéo du sénescent Iggy Pop, ici :
http://www.rue89.com/2009/03/15/iggy-pop-a-une-remontee-dacide-il-devien…
Ça fait longtemps que je le pense : il a tout craché son petit jus et maintenant fini, coucouche-panier.
Mais je le plains pas : il a de quoi passer une retraite heureuse.
à Utilisateur désinscrit à sa demande
De Tokani
Oldmole | 06H00 | 17/03/2009 |
Céline , Drieu , Ouellebecq passent dans la constellation litteraire et les clébards aboient…Cherche pas à comprendre…
De Hélène Crié-Wiesner
Ecrivain, spécialisée en environnem... | 19H59 | 16/03/2009 |
Salut Maud ! Je ne te savais pas riveraine89, ça fait plaisir d'avoir de tes nouvelles comme ça. Je vois que tu gardes les mêmes centres de (dés)'intérêt…
A part ça, ne détestant pas entièrement la prose de M.H., même si le bonhomme me débecte, et ne pouvant jeter un oeil sur le bouquin encore introuvable aux US, je me demandais si on pouvait lire son article sur Neil Youg quelque part sur internet. Car Neil Young, en revanche, oui, il m'intéresse.
De Alt-Z
Jeune délibéral. | 03H48 | 17/03/2009 |
Vous chargez l'éditeur. Mais l'auteur n'est-il pas nécessairement complice d'une telle escroquerie ? Je ne connais rien à l'édition, mais ça changerait la donne et je trouve que votre article ne permet pas de clarifier ce point. Si c'est le cas, ce sera une raison de plus pour moi de ne pas aimer Houellebecq. De toute manière, il est là pour ça.
De GASTAUD
photographe | 08H48 | 17/03/2009 |
Houellebecq m'intéressait quand il écrivait « Rester vivant » et « Le sens du combat ». Après lecture de « Interventions 2 » on ne peut que constater qu'il n'est plus qu'une caricature du vieux con de droite.
Il pourrait terminer son voyage que sur une voie de garage, c'est à dire l'Académie française.
De Maud Granger Remy (auteur)
Non Fiction | 15H59 | 18/03/2009 |
Si l'on doit parler de recyclage, évitons le vieux romancier réchauffé producteur de déchets, et saluons plutôt l'ambitieuse entreprise de ces deux jeunes pousses prometteuses : http://www.lareservedesarts.org/
avec une interview ici :
http://bonnenouvelle.blog.lemonde.fr/2009/03/14/le-recyclage-au-secours-…
De jyr
ou jean-yves rousson..artiste? | 13H06 | 19/03/2009 |
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je saisis l'élément mauvais au mauvais endroit..
je saisis mon entre-jambe..l'extirpe de sa torpeur..je tente encore une fois la reconquète..jusqu'a présent..elle ne m'a conseillée :
qu'erreurs,tracas,déceptions,souillures,mais en ce jour..je suis rempli d'espoir..elle re(vie) entre mes doigts..je m'etais pourtant promis de ne plus penser à toi..
le » mâle » sera dérisoire..je ne mérite que désirs,craintes et autre chimères criantes..
l'appétit sera contruit autour des mes innombrables sottises..
dieu merci ? ….je suis guéri.
http://jean-yves-rousson.over-blog.com/18-categorie-10775585.html
De darrio
OnnouscachetoutOnnousditrien | 19H37 | 20/03/2009 |
Il faudra bien, un jour, que tous admettent qu'il a un relent d'imposture