Enquête 16/03/2009 à 18h18

Deux policiers des ex-RG dans le lycée d'un jeune blogueur

Emmanuelle BOURGET | Etudiante en journalisme

Son tort : avoir voulu informer sur les réformes Darcos. Avant fermeture, son site n'avait reçu que quinze visites.


Manifestation de lycéens à Paris le 16 décembre (Charles Platiau / Reuters)

La tenue d'un blog de lycéens sur les réformes Darcos a valu à un lycée de la banlieue parisienne la visite de deux policiers : l'affaire, ubuesque, remonte à début janvier, mais il aura fallu l'intervention d'un élu de Bry-sur-Marne et d'une journaliste du Parisien pour que l'information commence à émerger.

En décembre dernier, au plus fort des grands mouvements de manifestations menés contre les réformes Darcos, deux jeunes élèves d'un lycée du Perreux-sur-Marne mettent en ligne un blog, « CIL94170 », CIL pour Comité indépendant lycéen.

Leur objectif : relayer les informations relatives aux manifestations lycéennes et à la réforme Darcos en général. Rien de bien révolutionnaire : le site reprend quelques articles parus sur le sujet dans la presse nationale, confronte différents points et annonce les dates des prochaines manifestations.


Le blog CIL 94 170

Point d'injure ni de propos diffamatoires, pas d'appel à la haine ni au rassemblement... Rien, en somme, qui puisse porter atteinte à la sûreté de l'Etat. Le blog n'aura d'ailleurs en tout et pour tout qu'une quinzaine de visites, c'est dire son influence !

Le 2 janvier, une journaliste du JDD interviewe Stéphane*, 15 ans, par téléphone. Suite à cet entretien, cette journaliste publie, le 4 janvier, un article dans lequel elle présente les deux blogueurs comme les instigateurs d'une manifestation organisée à Sèvres-Babylone :

« A Paris, une manifestation est ainsi prévue jeudi, à 14 heures, au métro Sèvres-Babylone, à l'initiative du comité indépendant lycéen 94, créé pendant les vacances scolaires par des élèves du Val-de-Marne. »

Deux agents des RG se présentent au lycée

Le lendemain de la publication de cet article, la proviseure du lycée Paul-Doumer du Perreux-sur-Marne, dans lequel sont scolarisés les deux adolescents, reçoit la visite de deux agents qu'elle dit s'être présentés comme de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur, ex-renseignements généraux).

Motif invoqué de cette visite : il y aurait au sein du lycée deux agitateurs qui fomenteraient une micro-révolte. Les deux policiers s'enquièrent des situations professionnelles, adresses et coordonnées téléphoniques des parents des deux blogueurs. Puis se saisissent du dossier scolaire des lycéens, après avoir posé un certain nombre de questions quant à leur scolarité et à leur comportement au sein de l'établissement.

Suite à cette visite, la CPE (conseillère principale d'éducation) du lycée convoque les deux élèves pour les informer de la situation. Indignés par « cette atteinte préoccupante à la liberté d'expression et au droit d'opinion, pourtant posées comme libertés fondamentales par notre Constitution », les parents de Stéphane tentent alors d'obtenir l'identité des mystérieux visiteurs, en vain.

La proviseure, prudente, souhaite garder le silence. Et les courriers adressés par la mère du jeune homme et par Johan Ankri, conseiller municipal PS de Bry-sur-Marne (commune de résidence de Stéphane) au ministère de l'Intérieur restent sans réponse.

Hélène Bréault, journaliste à l'édition Val-de-Marne du Parisien, tente à son tour d'entrer en contact avec le ministère. Ses interlocuteurs affirment être certains que les deux prétendus policiers ne sont pas membres de la DCRI. Finalement, après de nombreux appels, il s'avèrera que les deux agents sont issus de la SDIG (Sous-direction de l'information générale, également issue des RG). En effet, selon Laurence Wittek, chargée de communication auprès du Sicop, service en charge de la communication de la police :

« L'attention de ces agents s'est portée sur ce blog car tout ce qui touche aux manifestations et à la sécurité publique entre dans leur champ de compétences. Leur intervention s'inscrit dans le cadre de leurs missions habituelles de surveillance et de suivi des mouvements de manifestations. »

« Une tendance de plus en plus liberticide de la part du pouvoir en place »

Pour Stéphane et ses parents, on a affaire à une véritable tentative d'intimidation, doublée d'une atteinte à la liberté d'expression. Le conseiller municipal Johan Ankri, quant à lui, y voit une confirmation de la « dérive liberticide du pouvoir en place ».

Les pressions semblent d'ailleurs avoir eu l'effet escompté : le blog a été fermé il y a quelques semaines par le co-auteur, sous prétexte d'un nombre insuffisant de visites.

L'élu PS et les parents du jeune homme craignent surtout qu'il ne soit désormais fiché sur EDVIRSP (anciennement fichier EDVIGE), qui recense les personnes « dont l'activité individuelle ou collective indique qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique ». Avec le risque qu'une mention dans un tel dossier ne le poursuive tout au long de sa vie et de ses études.

Afin « d'inciter les gens à la vigilance et de les informer pour que ce type de situation de ne reproduise pas », les parents ont donc fait parvenir un courrier commun au lycée et à la fédération des parents d'élèves, dans l'espoir qu'il soit distribué (ce qui n'a toujours pas été fait à ce jour), au ministère de l'Intérieur et au commissaire à la Jeunesse et aux Sports Martin Hirsh.

Pour autant, si elle lui a fait quelque peu perdre confiance en le système, cette affaire n'a en rien altéré la détermination de Stéphane. Le jeune homme, fidèle à ses idéaux, a ainsi rejoint, quelques semaines après cette affaire, le conseil municipal de sa ville, « afin de s'investir dans un lieu où la parole citoyenne est légitime et entendue ». Et a la ferme intention de lancer un nouveau blog.

* Le prénom a été changé à la demande du jeune homme et de ses parents.

Photo : Manifestation de lycéens à Paris le 16 décembre (Charles Platiau / Reuters)

► Modifié le 16/03/2009 à 19h40 suite aux informations fournies par le police sur le service dont sont issus les agents.

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  • Bernard Girard
    Bernard Girard
    Enseignant blogueur
    • Posté à 18h39 le 16/03/2009
    • Expert
      Enseignant blogueur

    De la part de la police, on n'est pas surpris, par contre, ce qui devient inquiétant, c'est cette fâcheuse tendance des chefs d'établissement à ouvrir leur porte aux policiers sous n'importe quel prétexte. Dans le cas présent, la proviseure avait parfaitement le droit de s'opposer à cette intrusion et rien ne l'obligeait à leur transmettre les dossiers scolaires des deux lycéens. Si elle l'a fait, c'est donc qu'elle était consentante. C'est bien là le problème.

  • Pierrrrre
    Pierrrrre répond à haiker
    Le marché autant que possible, (...)
    • Posté à 20h37 le 16/03/2009
    • Internaute
      Le marché autant que possible, (...)

    ► Un proviseur est mieux que moi même renseigné sur ses droits et devoirs.

    La police fait trés gaffe à ne pas réveiller de susceptibillité, et en général prévient avant une intervention (sauf pour un flagrant délit, et sauf quand ils possèdent une commission rogatoire)

    La remise de renseignements à des flics, ce qui ne m'apparaît pas anormal en soi, ne peut s'envisager qu'aprés avoir pris des renseignements sur les raisons qui les amenaient à une telle enquète, et sur le service qui enquètait.

    Et que désiraient connaître les flics ?
    L'adresse du gamin ? ils avaient son identité, et donc son adresse.
    ses notes de classe ? vous rigolez...
    Si une enquète sèrieuse avait été faite sur ce gamin, ce n'est certainement pas par le proviseur que les flics seraient passés.
    Ils savent parfaitement que par les secrétaires, par le proviseur lui même leur passage serait révélé, surtout dans le contexte de fronde actuelle..

    Il s'agit d'un proviseur,
    d'un proviseur qui est responsable devant la république, mais aussi protecteur de ses élèves, et qui en principe maîtrise parfaitement ce qu'il peut, ce qu'il doit faire ou ne pas dire.

    Proviseur léger, manipulé par une provocation de rigolards...

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant répond à BobCat
    journaleux - blogueur
    • Posté à 21h55 le 16/03/2009
    • Internaute
      journaleux - blogueur

    à propos des deux appels d'offre, Christophe Asselin, qui tient une boite de veille, avait pondu ceci pour le 3001 de l'Express :
    Lien

  • TH.
    TH. répond à Pierrrrre
    • Posté à 01h34 le 17/03/2009

    Ce que vous n'avez pas l'air de comprendre, c'est que JUSTEMENT, lorsque vous faîtes un « pet de lapin » (dixit vous-même), vous vous prenez toute la maison poulaga dans les gencives... Oui, ce petit blog est un pet de lapin (et beaucoup de persévérance, cotinuez les djeuns ! ), et c'est pour cela qu'il est d'autant plus choquant de voir intervenir les schmidt.
    Comme vos apriori vous conditionnent à être insupporté par la moindre critique du pouvoir en place, vous vous époumonez à critiquer un article et son positionnement qui, JUSTEMENT, mettent en avant le fait qu'une poignée de visiteurs ont circulé sur le site (les copains, sûrement, à l'annonce de la publication). Pas de quoi fouetter un chat, et vous utilisez ce même argument... contre l'article. Bien vain, tout cela.
    Vraisemblablement, l'une des armes que souhaitent utiliser les condés de nos jours, c'est l'intimidation. Je m'explique : parmi les armes à disposition, certes la justice, mais aussi la pression sociale : imaginez la situation des « mineurs » (ado ou autre qualificatif), que l'on tente d'intimider à grand coup d'interventions de la SCHMUIRF (je ne me souviens plus de l'acronyme...) et consorts auprès de la proviseure du lycée. Que cela donne quelque chose ou non, cela impressionne, et c'est très pratique pour « maintenir l'ordre social », quel qu'il puisse être par ailleurs, sans faire appel au procureur, et donc à la Justice.
    Vous n'en avez peut-être rien à faire, mais accepter tout du moins qu'il existe aujourd'hui, notamment pour la jeunesse de ce pays, une situation de justice d'exception. Jetez un coup d'oeil à la situation des Etablissements Pénitentiaire pour Mineurs, et à la politique de désaffection de la Prévention Judiciaire de la Jeunesse en matière, JUSTEMENT, de prévention.

  • Tokani
    Tokani répond à mauser
    • Posté à 03h00 le 17/03/2009

    Nous avons des services de renseignements sérieux , reconnu et envié par beaucoup de pays... La différence avec les Dictatures est que leur exercice est bien encadré . Il n'y a donc aucune affaire ici un file de plus qui brasse de l'air...

  • supprimé à la demande du riverain 28.04.09
    • Posté à 10h23 le 17/03/2009

    salut Skalpa,

    quant les flics « visitent » aussi la maternelle......

    Monsieur l'Inspecteur d'Académie,

    Vendredi 6 février 2009 à 11h00 les gendarmes sont entrés dans l'établissement dont j'assure la direction, ils ont traversé la cour au milieu des élèves et ont demandé à me parler au sujet d'un élève. Les gendarmes m'ont interrogée sur le comportement, l'assiduité et la tenue vestimentaire de cet élève.

    Je suis directrice d'une école maternelle, cet élève est en petite section, il n'a que trois ans.

    Je me permets de vous adresser cette lettre car que je suis encore choquée de cette intrusion et des questions posées, relevant beaucoup plus d'appréciations que de remarques reposant sur des faits réels constatés. Comment le comportement d'un élève dans la structure école, peut-il être interprété à l'extérieur par des personnes non qualifiées ?

    Jamais les gendarmes n'ont fait allusion à une suspicion de mauvais traitement à l'encontre de cet élève, ils ne m'ont pas plus questionnée sur ses propres représentations de sa vie à la maison ou à l'école. Que voulaient-ils me faire dire en m'interrogeant sur son comportement, son absentéisme ou sa tenue vestimentaire ? Cet enfant ne pose aucun problème au sein de l'école.

    En quoi la tenue vestimentaire d'un enfant de trois ans peut-elle poser un problème d'ordre public ? L'école n'étant obligatoire qu'à partir de six ans en quoi l'absentéisme de cet enfant plutôt que d'un autre qui a prolongé ses vacances, peut-il interroger ? Une enquête est-elle en cours ? Pour quelle raison n'y a-t-il pas eu enquête sociale ? Notre démarche relève du signalement au RASED (tant qu'il sera là), ou aux médecins et infirmières scolaires (ou PMI) . Cette intrusion signifie-t-elle que je n'ai pas assuré ma mission ? Qui est chargé de le vérifier ? Pour le moment, vous Monsieur l'Inspecteur d'Académie, par l'intermédiaire de votre représentante, l'Inspectrice de l'Education Nationale

    Ces dernières semaines dans des écoles voisines, des directeurs ont été interrogés sur leur participation et celle de leurs collègues aux mouvements de grève, ailleurs ce sont les évaluations CM2 qui se sont déroulées sous haute surveillance , que se passe-t-il ? Pourquoi et à la demande de qui les gendarmes investissent-ils les écoles ? Que dire des rafles d'enfants sans papiers, qui nous renvoient à une période bien triste de notre histoire ?

    Notre malaise ne fait que s'accroître avec des interventions multiples et souvent déplacées de représentants de l'état ou des collectivités (intrusions pendant le temps scolaire des forces de l'ordre, ou de Maires, en opposition avec ce qui se fait à l'école).

    Quand j'ai passé l'entretien de directrice en 2OO2, personne ne m'a demandé si j'accepterai en tant que directrice de ficher mes élèves contre l'avis de leurs parents. Personne ne m'a prévenue que les gendarmes pourraient entrer dans l'école et m'interroger sur la tenue vestimentaire des enfants, le travail de mes collègues , ma participation à un mouvement de grève ou signaler un enfant sans papiers.

    Aujourd'hui, avec la mise en place du fichier Base Elève et Base Nationale Identifiant Elève, avec la loi sur la prévention de la délinquance, les devoirs de directrice d'école m'obligeraient à des comportements que je juge indignes d'un enseignant, dois-je y perdre toute humanité ? La déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen demeure la base des valeurs que je défends.

    En tant que directrice ,je refuse de rentrer mes élèves dans le fichier Base Elèves sans l'autorisation de leurs parents, je refuse de répondre à des questions personnelles concernant un élève si elles n'ont pas pour but l'intérêt et la protection de l'enfant.

    Je vous demande, au nom de la liberté de chacun de choisir en conscience et en toutes connaissances de cause, de bien vouloir informer à l'avenir les futurs directeurs et directrices, d'écoles, d'EPEP , de leurs obligations et du rôle qu'ils auront à jouer dans le contexte actuel de répression et d'atteinte aux libertés individuelles.

    Je prends la liberté de faire connaître cette lettre et de l'associer à d'autres courriers similaires car elle s'inscrit dans une prise de conscience et une action collective de défense du service public d'éducation.

    Je vous prie de croire Monsieur l'Inspecteur d'Académie à l'expression de mes respectueuses salutations, ainsi qu'à mon attachement à l'école publique , à la Liberté , à l » Egalité et à la Fraternité.

    Armelle Huitric

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