Témoignage

Sale temps pour les militants de Greenpeace à Bruxelles

Mardi, une grosse manif d'activistes de Greenpeace devant le conseil Européen de Bruxelles a dégénéré : les 340 militants ont été arrêtés et cinq personnes sont légèrement blessées. « Pourquoi aucune couverture par les médias traditionnels, en particulier en France ? », nous a interpellé une internaute. Nous publions son témoignage et la vidéo des militants.

A une heure trente de Thalys de Paris, les ministres des Finances des pays de l'Union européenne débattaient des fonds à réunir pour aider les pays en voie de développement à faire face aux changements climatiques.

Alors qu'ils bloquaient les portes du bâtiment Juste Lipse, siège principal du Conseil de l'Union européenne à Bruxelles, plus de 300 militants de Greenpeace, venus de 20 pays d'Europe ont été arrêtés. (Voir la vidéo)


Les militants ont empêché les ministres de sortir en leur demandant de s'impliquer dans la lutte contre le réchauffement climatique et de trouver des solutions pour éviter « la faillite » de l'ensemble de la planète. « Save the climate » (Sauvez le climat) et « Bail out the Planet » (plan de sauvetage pour la planète) pouvait-on lire en plusieurs langues sur les bannières de l'ONG.

Karine Gavand, chargée de campagne climat pour Greenpeace France, témoigne :

« Les ministres européens des finances consacrent des milliards d'euros d'argent public pour le sauvetage des banques et de leurs dirigeants mais sont incapables d'allouer un centime d'euros lorsqu'il s'agit de répondre à la crise climatique. » (Voir la vidéo)


Une réaction particulièrement virulente, certains militants pleuraient de douleur

Pour faire face à cette action de blocage, la réaction des forces de l'ordre a été rapide et particulièrement virulente. Les dizaines d'agents en uniforme et en civil déjà présents sur les lieux en raison de la réunion des ministres ont rapidement été rejoints par la police anti-émeute. Celle-ci était casquée, armée de matraques et largement suréquipée pour faire face à cette action de résistance passive.

Les piétons qui passaient près du bâtiment ont été surpris de voir ces « Robocops » courir, matraque levée, vers les militants assis calmement pour réclamer la prise en compte financière des enjeux environnementaux. Les véhicules blindés, les camionnettes et les bus de la police ont ensuite été placés en ligne de manière à cacher les militants à la vue du public.

Pour déloger les activistes, la police, équipée de casques et de matraques, a usé d'une violence exceptionnelle, notamment envers les groupes de militants qui bloquaient les portes latérales où la presse n'était pas présente. Mais même devant les cameras, les policiers n'ont pas hésité à user de méthodes particulièrement virulentes (torsion des doigts, clés de bras, points de compression sanguins sous le menton et derrière les oreilles, coups de matraque, coups de pieds, etc.) et ce alors même que les activistes étaient totalement pacifiques.

Des policiers : « Il y a de tout chez nous comme dans l'humanité “

Ce déchaînement de violence qui a conduit cinq militants à l'hôpital est d'autant plus surprenant que les policiers sont formés spécialement pour ce type de manifestation et connaissent les actions totalement pacifistes menées par Greenpeace. Certains policiers anti-émeute se sont excusés auprès des activistes et se sont sentis obligés de justifier la violence de certains de leurs collègues en expliquant : ‘Il y a de tout chez nous comme dans l'humanité’.

Rien n'explique pourtant que certains fonctionnaires surenchérissent sur les ordres reçus et n'appliquent pas certains principes qui semblent pourtant largement partagés au sein de l'humanité justement, comme par exemple le fait de ne pas frapper un homme à terre. Une femme non plus.

La police a mis plus de deux heures à déloger les militants et à scier les cadenas qui fermaient les portails -et passaient parfois autour du cou d'un ou d'une militante… Les policiers ont menotté avec des lanières de plastique -qui semblaient à usage industriel- l'ensemble des militants. L'absence de menottes en métal s'explique par des mesures d'économie au sein de la police belge. Les liens ont été serrés si fort que les poignets de certains saignaient et que certains militants pleuraient de douleur.

Au total, cinq personnes ont été hospitalisées pour un pouce cassé, des côtés fêlées, deux épaules et une hanche luxées. Les bleus et les écorchures au visage ont été largement partagées. Ces dernières plaies étant la conséquence du plaquage au sol des têtes… Les militants ont ensuite été traînés un par un jusqu'aux camions (et certains volontairement humiliés et roulés dans le caniveau plein d'eau) puis conduits dans les sous-sols du palais de justice. Là, les policiers du commissariat où les militants ont été gardés à vue ont exprimé leur gêne face aux traces de violence qu'ils voyaient sur les corps. Tous les militants ont été remis en liberté.

Eux se remettent des coups et attendent les actions des gouvernements européens en faveur du climat, la police anti-émeute de Bruxelles devrait quant à elle réfléchir à la réaction à adopter face à des actions par essence non violentes.

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de compte sup le 26.08.09

De Rafie

14H01 | 12/03/2009 | Permalien

Je dois être trop naïve pour ce monde, mais est-ce que les policiers engagés signent un accord disant qu'ils n'ont aucune opinion propre et agiront selon les ordres ? Empêcher que des personnes demandent + d'argent pour protéger un peu la planète, c'est un vice ? ? ? & tout ça pendant que des tas de magasines et d'émissions télé font de l'audimat et de la vente grâce au réchauffement climatique. Mais quand il s'agit de s'investir réellement les bâtons dans les roues viennent de partout.
Encore une fois on est dans un discours où seules les paroles existent et les actes meurent. c'est épuisant de voir comme tourne ce monde. Mais je vais m'endurcir et crier Oui vive la vente d'arme en afrique, oui vive la faim dans le monde si ça me rend milliardaire, oui vive la surconsommation, oui vive la production intensive de CO2 pour que j'ai 12 voitures dans mon garage, oui vive les séjours au mexique chez des narcotraficants, et oui vive le désir de pouvoir et de fortune
… le monde est fou, et je deviens peut être bien folle à force de le constater, mais une fois qu'on a plus de larmes on fait quoi ? On agit ? On cause on débat ? Et après on va punir les gens qui veulent protéger la planète, c'est sûr ça va régler les problèmes…

Bon courage aux militants greenpeace !

Portrait de GastonLagaffe

De GastonLagaffe

flâneur | 15H01 | 12/03/2009 | Permalien

Ce témoignage est très intéressant, merci ! Et merci à Greenpeace pour son action. Mais effectivement la question est : où étaient les journalistes et qu'ont-ils rapporté de ces événements ?

Portrait de Erwin

De Erwin

18H59 | 12/03/2009 | Permalien

Normalement, ceci pourrait tout à fait faire le premier titre de la presse. Sauf que, de petite exaction en violence policière, de brimade en dénis de démocratie, ce genre d'incident se banalise et le citoyen finit pas se dire que mieux vaut rester planqué chez soi que d'espérer modifier la marche du monde.

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