A LA UNE 10/03/2009 à 19h47

Prévention de l'alcoolisme : élus et gouvernement titubent

Emmanuelle BOURGET | Etudiante en journalisme

C’est dans un concert de contradictions que se poursuit l’examen du volet prévention du projet de loi « Hôpitaux, patients, santé et territoires ». La majorité est partagée entre la volonté de réduire la consommation d’alcool chez les jeunes et son désir de ne pas fâcher l’important lobby des producteurs nationaux. Résultat, de nombreuses incohérences.


Prévention de l’alcoolisme chez les jeunes (Rémy Cattelain)

Le texte vise notamment à lutter contre le phénomène de « binge drinking “, cette pratique en constante progression chez les jeunes adultes (16-25 ans), qui consiste à ingérer massivement de l’alcool dans un délai restreint afin d’atteindre l’ivresse le plus rapidement possible.

Après l’interdiction des open-bars (alcool à volonté moyennant le paiement d’une somme forfaitaire) jeudi, les députés ont adopté dans la nuit de lundi à mardi l’interdiction de la vente d’alcool et de tabac aux moins de 18 ans, contre moins de 16 ans auparavant. Mais dans le même temps, ils autorisent la publicité pour l’alcool sur Internet (avec certes des restrictions sur les sites à destination de la jeunesse)...

En revanche, l’interdiction totale de vente d’alcool dans les stations services voulue par le gouvernement n’a pu être adoptée. Face à la fronde des viticulteurs -qui avaient déjà contraint les députés à revoir leur copie concernant l’amendement 24 portant interdiction des open-bars, craignant de voir cette interdiction englober les dégustations, fêtes et autres foires traditionnelles-, Roselyne Bachelot a dû se contenter d’un compromis.

La vente de boissons alcoolisées dans les stations-services sera donc interdite de 18 heures à 8 heures, contre 22 heures-6 heures actuellement. Enfin, les maires pourront désormais interdire la vente d’alcool à emporter sur leur commune entre 20 heures et 8 heures.

Un texte plein de contradictions

Le texte qui sortira de cet examen législatif sera émaillé d’incohérences. Ainsi, l’amendement 24 sur les ‘open-bars’ risque d’être facilement détourné. Selon Théophile Hassler, professeur de droit à l’Université Paris I-Dauphine, les trois critères par lesquels le texte définit l’open bar (offrir gratuitement à volonté, dans un but commercial et à titre principal) sont trop flous :

‘Ces trois conditions cumulatives sont faciles à détourner, notamment en interprétant ces trois termes séparément. Le texte, dans cet état décriture, risque donc dêtre inefficace, et devra certainement être reformulé.’

Autre exemple du manque de cohérence, pointé par le professeur Alain Rigaud, président de l’Anpaa (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) :

‘Il est totalement absurde de prétendre vouloir limiter la tentation des jeunes pour leur mettre ensuite sous le nez des incitations via la publicité sur Internet.’

Car si le texte précise des restrictions pour les sites réservés à la jeunesse, il est évident que les jeunes ne se contentent pas de surfer sur les sites qui leur sont réservés. L’échec du gouvernement à interdire la vente d’alcool dans les stations service vient encore réduire la portée du texte.

L’examen à l’Assemblée nationale s’achève demain, le Sénat s’en saisira en avril.


Prévention de l’alcoolisme chez les jeunes (Chimulus)

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  • lud
    lud
    dans l'air culinaire
    • Posté à 20h11 le 10/03/2009
    • Internaute 71845
      dans l'air culinaire

    Tout comme la malbouffe, la consommation abusive d’alcool est une question d’apprentissage dès le plus jeune age. C’est aux parents et à l’école d’informer les plus jeunes des risques encourus.
    Les interdictions ne changeront rien. Au passage entre hadopi et celle-ci le flou est de rigueur au gouvernement.

    Lien

  • Bernard95
    Bernard95
    quelque part
    • Posté à 20h45 le 10/03/2009
    • Internaute 72598
      quelque part

    Qu’est ce qu’on se marre !

    On interdit donc la vente et la consommation d’alcool aux mineurs, il suffit d’aller voir dans n’importe quel pays anglo-saxon les effets de cette politique particulièrement pragmatique, où on vous demande votre pièce d’identité à chaque fois que vous voulez entrer dans un bar par exemple, c’est sur là bas, les jeunes ne boivent plus mais alors plus du tout...(vu à Newcastle il y a 4 ans des gamins qui devaient avoir 12 ans boire dans une bouteille de vin blanc d’1,5 litre à 10h du matin...)

    Il va se passer exactement la même chose que pour la consommation de cannabis en France, le fait de braver un interdit augmentera les envies d’essayer (se rappeler qu’on a à faire à des adolescents, pas à des gamins de 7 ans)...

    Le gouvernement a l’air de découvrir le binge-drinking, c’est bien, personnellement j’ai découvert ça il y a plus de 10 ans, je n’ai eu aucun problème à aller acheter une bouteille de tequila au leclerc d’en face, ça m’a valu une nuit à l’hosto et une frayeur à mes parents, j’étais en pleine crise d’adolescence, j’ai voulu faire le malin, et j’ai pas été le seul dans mes potes, ça n’a pas fait de moi un alcoolique notoire, ni un délinquant multirécidiviste et encore moins un conducteur dangereux...

    L’alcool fait vraiment des ravages et devient vraiment dangereux quand on a un volant entre les mains et 4 personnes dans la voiture, en dessous de 18 ans, on picole parce qu’on est con, qu’on veut jouer au grand et ça finit 3 fois sur 4 par une bonne engueulade par les parents, pas dans un platane...

    Quant à l’interdiction de l’open-bar, la parade existe depuis longtemps, les tickets 10 euros = 10 boissons sont appelés à devenir un classique...

    Je ne parle même pas de l’interdiction de la vente d’alcool la nuit dans les stations services, j’ai acheté, sans aucun problème, une bière dans une station service, samedi dernier, enfin c’était plutôt dimanche, il était 3h du matin...

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 21h47 le 10/03/2009
    • Internaute 29846
      menuisier

    Il est surtout parfaitement crétin et malhonnête de déclarer vouloir « lutter » contre ce type de phénomène en légiférant, à l’exclusion de toute autre action.

    Que je sâche, l’usage du canabis est interdit mais pourtant extrêmement commun.

    Les « jeunes » picolent, prennent des produits en dehors de toute sagesse, se mettent en danger, et qu’elle est LA réponse ?

    On interdit le produit.

    Cela fait de la com’, mais après ?

    Dans quelques temps on nous dira que « les jeunes » se sont mis au mélange ethanol/sans plomb 98 ?

    Et que fera ce gouvernement soucieux de santé publique ?

    Restreindre les possibilités d’achat d’alcool à 90° (ce qui fera bondir le lobby des barbecues) ?

    A quel moment viendra dans leurs cervelles cocaïnnées la question de savoir POURQUOI, de plus en plus jeunes, des gamins se mettent minables ?

    Aussi souvent, aussi violemment ?

    Mais là, il conviendrait de remettre en question la belle société qu’ils nous font.

    Et de cela, il ne sera jamais question.

    Donc :

    Répression, interdits, flicages et surpopulation carcérale.
    Les mamelles du sarkozisme qui résout les problèmes en les déclarant illégaux.

    La droite dure quoi.

    Criminogene, inventant de nouveaux délits là où il faudrait résoudre les causes des anciens.

  • canard727
    canard727
    pas grand chose
    • Posté à 22h15 le 10/03/2009
    • Internaute 72606
      pas grand chose

    Il y en a un peu marre de ces articles politiquement corrects qui, sur le sujet de l’alcool ou du tabac, opposent systématiquement des jeunes forcément outranciers et dépravés à des lobyistes obnubilés par leurs revenus forcément amoraux. Il y a aussi des gens « normaux », parfaitement intégrés dans la vie sociale et sans aucune vue financière, qui consomment du tabac et de l’alcool et qui commencent à en avoir un peu assez que l’on restreigne toujours un peu plus leur liberté de choisir leur mode de vie. Ceci au nom de la préservation de leur santé bien sûr... Ou, grands dieux, de la vie de leurs enfants...
    Ayant été jeune moi aussi, je confirme : plus c’est interdit et plus c’est grisant... tiens ? drôle de mot...
    Les questions que l’on devrait se poser c’est : pourquoi certains jeunes éprouvent le besoin de participer à des « binge drinking » ? Ce mode de consommation s’est d’ailleurs propagé justement en même temps que les restrictions de plus en plus strictes. Je ne dis pas qu’il y relation de cause à effet, je constate seulement que les phénomènes sont concomitants et que peut-être, ils ont la même cause. en tout cas, ils sont, à mon avis aussi excessifs l’un que l’autre.
    Quant au phénomène des lobies économiques, il est lié à une société économiquement ultralibérale, ou la relation à la société n’est vue qu’au travers d’un échange financier (ça vous coûte cher, mais regardez ce que ça vous rapporte...). Mais, est ce que les mouvements hygiénistes, ou les associations et les ligues contre ceci ou cela, et qui monopolisent la parole, ne sont pas eux aussi des lobies ?
    Au milieu, il y a des gens silencieux, nombreux, qui ne sont ni excessifs ni avides de profits, qui ne sont pas bardés de certitudes, mais qui ont envie de choisir leur mode vie, même si parfois cela les conduit à certains excès.
    pfffff... c’est un peu pompeux ... Oh m....., j’ai fini mon verre ! Je vous laisse, je vais m’en servir un autre.

  • Vuedechezmoi
    Vuedechezmoi
    utopiste
    • Posté à 11h59 le 11/03/2009
    • Internaute 63037
      utopiste

    Ahhhh les lois, les décrets, les interdictions etc... nos gouvernements en raffolent, ça leur permet effectivement de rendre ces lois très compliquées à appliquer, ce qui génèrent des exemptions (ces dernières étant en général bien plus nombreuses que les lois originelles). Les démocraties ont, entre autres spécificités, de laisser croître des tas de « lobbies » dont celui des producteurs d’alcool. Comme dans de très nombreux secteurs où les profits sont colossaux, ces industries ont des marges de manoeuvres particulièrement efficaces pour détourner les lois en inventant des soirées « démo », des « évenements » à thème, des « lancements » festifs et, plus graves, des « campagnes publicitaires » percutantes en se contentant d’apposer une petite phrase légale de consommation dans un coin. Autant dire que tout ça balaye sans problème les objectifs de lois sanitaires !
    A côté de tout ce bla-bla, des actions plus discrètes mais tenues et intelligemment organisées sont faites par des cabinets d’alcoologie. J’interviens pour l’un de ces cabinets, dans de très nombreuses entreprises nationales et internationales, sous forme d’apprentissage volontaire à « l’approche du malade alcoolique ». Le but étant d’apprendre à celles et ceux qui le souhaitent de répérer des alcooliques en souffrance et dépendants aux produits, afin de créer une vraie relation d’aide qui les oriente ensuite, avec leur accord conscient, vers des prises en charge et des accompagnements professionnels sur le long terme. Ces méthodes ne font pas grand bruit mais elles ont l’énorme avantage de se faire sur le terrain, au quotidien, avec la volonté des plus concernés, accompagnés de A à Z par d’authentiques spécialistes. Les résultats de ce travail de fourmi sont énormes puisqu’ils flirtent avec les 70 % de réussite sur le long terme.
    Ces formations m’ont permis de découvrir les véritables ravages que l’alcool produit et particulièrement lorsque la consommation a commencé tôt. Il faut bien comprendre que la vraie dépendance à l’alcool, comme pour toutes les dépendances aux produits dangereux, finit systématiquement par la mort prématurée et ce, dans des conditions particulièrement impressionnantes. Il suffit souvent de permettre à des classes de jeunes d’assister à une journée de « découverte » de cette maladie de l’alcool avec témoignages d’abstinents pour déclencher des prises de conscience puissantes et pérennes. L’enfer dont témoignent tous ceux (ou celles) qui s’en sont sortis est tellement hallucinant de douleurs et de dévastation de soi et de son environnement familial, qu’à chaque journée témoignage même les plus solides ou fanfaronnants en sortent marqués.
    Cela permet de démontrer sans ambiguité et sans hésitation que dans les domaines où la santé des jeunes (et des autres !) est menaçée, seule une démarche pédagogiquene sur long terme assorties de méthodes précises pour les volontaires à la relation d’aide peut produire des résultats concrets. Bien plus efficace que des lois manipulables par n’importe quels lobby, cette approche à déjà sauvé des milliers de vies.
    Reste que les gesticulatoins des politiques sur ces sujets explosifs est toujours plus vendables médiatiquement que le travail effectué discrètement sur le terrain par des associations ou des cabinets privés et sérieux.
    On ne peut pas souhaiter vivre en démocratie sans prendre non plus sa part de responsabilité en terme de prise de conscience sur son mode de vie. Il est toujours plus efficace, voire rentable, d’élever les consciences que de systématiquement victimiser par l’infantilisation des masses.
    Derrière les problèmes de dépendance à l’alcool, aux drogues, à la chimie médicamenteuse (une des plus dévastatrice), à internet, aux jeux vidéo... bref, à tout comportement qui de sain plaisir devient compulsif et pathologique, se profile à l’évidence des sociétés « modernes » collectivement malades d’une autre maladie mortelle à terme : le consumérisme programmé par des choix politiques au service des groupes d’intérêts privés.
    Quand on veut soigner un mal, on traite le terrain et pas uniquement les symptômes. Nos sociétés sont devenues des productrices « d’anti-tous », portés par une avalanche de lois dont certains politiques adorent souvent donner leur nom ( !). Un système stérile qui ne génère que des crispations légitimes, des ambiances liberticides, de la répression crétine et des trangressions organisées. Quand il s’agit d’alcool et de jeunes, on se rend compte que les prises de conscience ne se produisent que lorsque malheureusement une famille se trouve touchée par un accident grave ou une mort prématurée. A parti là, souvent, des associations sont créées et la pédagogie de terrain se met en place. Les lois qui alors en résultent ont l’immense avantage d’être enfin pensées à bon escient.