Baptiste, un riverain réunionnais de Rue89, nous a envoyé un petit compte-rendu d'une manifestation un peu particulière, jeudi dernier dans le département français de l'océan indien. Alors que le collectif Cospar, qui rassemble des syndicats, des associations et des partis, négocie ce dimanche avec la préfecture, et en attendant la grève reconductible annoncée pour mardi, Baptiste et d'autres citoyens témoignent de la situation sur place.
Pour voir le diaporama en plain écran, cliquez ici
« Deux manifestations étaient prévues ce jeudi à la Réunion. Une à Saint-Denis (la préfecture), l'autre à Saint-Pierre (la sous-préfecture), les services du Préfet s'attendaient à une mobilisation importante. L'appel du Copsar retenait l'attention du peuple réunionnais depuis 10 jours.
“Avec les évènements guadeloupéens en toile de fond, on pouvait s'attendre au pire… Mais de tous les côtés, on assurait que tout se passerait dans le calme.
‘Les revendications sont nombreuses, 62 propositions sont déposées par le collectif. Elles sont simples et justes. Leur objectif : améliorer le quotidien des 52 % de la population qui vivent sous le seuil de pauvreté. Elles demandent une baisse significative des prix, allant aussi bien des prix de la grande distribution aux baisses de loyers…
Nous, simples citoyens issus de toutes les catégories sociales, apolitiques mais engagés, décidons de nous associer à ce mouvement. Nous utiliserons notre arme : l'humour. Nous porterons tous des nez rouges.
Jeudi matin 8 heures. Tout est en place, nous sommes une quarantaine et nous nous mêlons au cortège. C'est incroyable, la mobilisation est forte, très forte, même à Saint Pierre. Les chiffres tombent : entre 12000 et 35000 personnes selon les sources.
Retraités, familles, lycéens, étudiants, chômeurs, rmistes, salariés du privé comme du public, partis politiques de droite comme de gauche, tous syndicats confondus, et nous, citoyens aux nez rouges. Le théâtre d'improvisation fait fureur.
A la fin de la manifestation de Saint-Denis, dans le calme et la non-violence (excepté quelques actions intempestives), des opérations coup de poing sont à noter contre la grande distribution. L'appel à la grève générale et reconductible dès le mardi 10 a été lancé et la population est prête.’
‘Beaucoup de gens ont peur d'une situation à la guadeloupéenne’
Joint dimanche par Rue89, Baptiste, un métropolitain arrivé il y a cinq ans avec sa compagne (ils ont aujourd'hui une fille), estime que ‘le mouvement s'intensifie légèrement’, même si ‘les Réunionnais ne sont pas un peuple coûtumier des mouvements sociaux’.
Il note qu'avec la perspective d'une grève générale mardi, ‘beaucoup de gens ont peur d'une situation à la guadeloupéenne’ :
‘Tout se passe comme en cas d'alerte cyclonique : les gens vont faire des courses et achètent des produits de première nécessité, du sucre, de l'huile, de la farine, du riz… Certains rayons sont vides.’
Cette situation ‘à la guadeloupéenne’, un journaliste de RFO la juge possible. ‘Les Réunionnais suivent l'exemple, galvanisés par le succès de la lutte guadeloupéenne’, écrit Timothy Mirthil au début d'un article qui synthétise la situation de l'île, dont l'économie est ‘sous asphyxie’. Seule nuance, mais de taille : l'absence de question identitaire.
Dans les commentaires, un certain Ambrosio1 s'adresse au ‘peuple de la Réunion’ :
‘Battez-vous pour votre pouvoir d'achat, mais svp ne faites pas comme en Guadeloupe, ne dites pas Ici c'est chez-nous pas chez-vous'. Parce que les domiens qui travaillent en Ile-de-France ne seraient pas heureux que les métros leurs disent Ici c'est chez nous pas chez vous'.’
Augustin974 appelle à plus de fraternité qu'en Guadeloupe :
‘Si nous pouvions apporter une reflexion plus humaine et fraternelle à cette crise qui nous arrive de plein fouet, nous donnerions moins de pouvoirs aux hommes et femmes politiques qui n'agissent que pour leur bien et nous confinent dans un rôle de bébé attendant la tétée.’
Miaimzottout, une Réunionnaise en métropole trouve que ce mouvement ‘fait un peu suiveur'’ :
‘On fait comme les Antillais, mais après leur bataille, pas avec ni pendant.’




















5
De Sexus Empiricus
21H55 | 08/03/2009 |
Un vent de révolte franco-français semble donc se lever loin de l'Hexagone, sur les miettes outre-mer de la République. Intéressant.
Un géographe m'explique qu'à la Réunion, on distingue deux côtes : l'une au vent, l'autre sous le vent. Un grand piton au milieu, volcan éteint, trois cirques, et la Fournaise, toujours active. Une terre de contrastes, j'imagine.
Mais l'île, c'est aussi une Terre miniature. Un Nord et un Sud. En termes chiraquiens, on aurait dit : « fracture sociale ». Car cette fracture n'isole pas la Réunion de la Métropole. Elle passe au contraire à travers l'île, mais de façon plus voyante qu'en France (« métropole », terme cagot et cafard, ne fait pas oublier l'histoire coloniale), car sur une île de la taille de La Réunion, la distance entre les bas-fonds et les grands-fonds n'est jamais loin.
Bref, il y a les surnuméraires, d'un côté, qu'en UMP on appelle « les z'Assistés » (chômeurs et RMIStes au premier rang, et tous les improductifs au second rang). Et du bon côté du manche, « les z'Assis » (les nantis, les parvenus, le beau monde), tous les meilleurs-gagnent de la Croissance, les as de l'argent-qui-travaille-plus et les embusqués de la fortune (la Grande Fortune).
À cause de l'étendue, de l'espace, du territoire, ce qui se trouve dilué, en France, se trouve concentré à des doses peut-être explosives sur une île (question de densité et de voisinage) : lorsque les inégalités, au sein d'une société d'allure paisible, s'accroissent sur les ruines de la redistribution, et qu'on ne peut plus faire croire que le travail vous rendra libre (les cafres, les « marrons », ont toujours su que non), qui peut dire que jamais le vent ne tournera ? Le temps est peut-être venu de remettre en cause toutes les politiques qui ont légitimé aussi crânement la loi de la jungle sur les territoires de la République.
De padiran
Chroniqueur mondain | 00H02 | 09/03/2009 |
Pour y avoir séjourné recemment, La Réunion est un lieu de convivialité où la notion d'indépendance y est inconnue, voir incongrue. Les Réunionais sont issus essentiellement de l'Inde, de la Chine, de Madagascar et de la métropole.
Le problème du pouvoir d'achat y est le même qu'en Guadeloupe et en Martinique, car les salaires sont très bas et les produits de premières nécessités très chères.
Je ne pense pas que les mouvements de protestation soit plus dures qu'aux Antilles car l'identité Réunionnaise est très forte sans revendication indépendentiste. Par contre, la pauvreté d'une partie importante de la population est flagrante et pourrait alimenter légitimement le débat.
Salutations à mes amis de Cilaos.
De Bargeocrea
Création multimédia | 07H22 | 09/03/2009 |
En métropole aussi, la grogne monte, petit à petit. Même si les actions les plus voyantes sont le fait de salariés du public, ou d'étudiants, le malaise social ne cesse de s'amplifier, au point que même des salariés de PME se mettent à se fédérer.
En voici un petit exemple, significatif du mal-être général de nos concitoyens : http://glob.bargeo.fr/fr/politique/greve-a-boca-chica/
Va-t-on enfin se réveiller en métropole ?
La situation y est peut-être moins critique, mais faut-il attendre d'en arriver à une crise équivalente à celle de la Guadeloupe ?

De Le Yéti
yetiblog.org | 08H17 | 09/03/2009 |
LES ROQUETS TENTENT DE MORDRE
Maintenant la Réunion ! Après la Guadeloupe, la Martinique. Et avant qui ? …. Ah, c'est réjouissant !
Les autres, ça leur reste en travers de la gorge ! Cette façon dont ils sont contraints de ramper dans la poussière devant tous ces Domota et leur bande de nèg » obstinés. Ces accords signés par un préfet à la dérive. Ces patrons affolés par la tournure de ce vent de révolte. Ce « pouvoir » métropolitain aux abonnés absents… Voilà que les chiens se jettent sur le premier os qui passe :
« Soit vous appliquez cet accord-là, soit vous quittez la Guadeloupe. »
Ils n'en en fallait pas plus aux roquets défaits pour tenter leur va-tout. « Provocation à la haine raciale, intolérable discrimination », aboie le parquet, le même qui se distingue par son acharnement teigneux contre un petit épicier de Tarnac en Corrèze, et par sa lâche condescendance à l'égard des puissants démasqués.
Et Henri Guaino, conseiller spécial du Foutriquet de l'Élysée en fuite luxueuse au Mexique, d'en rajouter avec une creuse et sirupeuse suavité : « Toute incitation à la violence, à la haine raciale (…) est inacceptable et doit être absolument condamnée. »
Et ce faux-cul de Valls, hypocrite socialiste empesé, d'y aller de son croche-pied vachard : « … pas dans le sens de l'apaisement… propos irresponsables… ce que je peux souhaiter évidemment comme démocrate et comme républicain. » Évidemment !
Et les médias du microcosme de leur emboîter le pas avec une méchante et solennelle jubilation bien mal contenue (la palme au quotidien le Monde). Voilà que pour ce ramassis de gris courtisans, les « békés » sont indistinctement devenus tous les blancs. Alors que ce terme désigne les familles de propriétaires descendant des anciens colons.
Tout ça, oui tout ça prête à la franche rigolade ! Cette plainte gémissante des vaincus, petite tentative mesquine de vengeance refroidie, petit pet d'aigreur mal contenu. Cette accusation boursouflée de discrimination à l'encontre d'un leader qui leur a tenu la dragée plus que haute, ce déploiement de petites perfidies vachardes… Ho ho ho !
Le monde à l'envers ! Voilà que la discrimination sociale serait maintenant exercée par les exclus sociaux ! Quid des multiples discriminations à l'embauche dans les territoires d'outremer (et pas qu'en outremer) ? Quid de ces 40% de salaire supplémentaire accordé aux « métros » venant travailler aux Antilles pour les « dédommager » (sic) du voyage ? Demandez donc aux Antillais venant travailler en métropole s'ils touchent un tel dédommagement !
Tout ce que vont gagner ces crétins, c'est de remettre les Guadeloupéens et toutes les autres îles dans la rue. Avant même, peut-être, c'est de plus en plus à souhaiter, l'hexagone soi-même !
Pauvres imbéciles ! Pauvres minables ! Pauvres roquets finissants ! Sachez que vous ne nous faites plus peur ! On n'en a rien à foutre, finalement, de vous, de votre « ordre social » taillé à votre sale mesure, de votre république merdoyante !
M'est avis que vous êtes en passe de vous manger un sale quart d'heure de plusieurs années.
Ho Hélie, Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais, Guyanais, tenez bon ! Appuyez-leur sur le champignon !
Et vous les « métros », vous roupillez ?
De Manu de la bas
Altermondialiste light | 11H34 | 09/03/2009 |
Haaaa .. la gréve d'hier … celle de demain …
Il est quand même fou de devoir attendre une période de crise mondiale pour se soulever … à croire que les prix sont aussi hauts que depuis ces quelques mois.
Je vous rassure, habiter à la Réunion demande des sacrifices :
- sur le plan salarial :
Cela dépend du travail concerné .. certains s'en sortent mieux ici qu'en métropole, d'autres en patissent particulierement. (personnellement je bave devant les couples de profs qui peuvent acheter leur villa sans problème … j'aurais dû y réfléchir avant ! )
- sur le cout de la vie :
Plein de contradiction locale, ce sujet mérite réflexion. Même s'il est vrai qu'il faut compter avec le prix du transport, le prix des produits importés sont particulierement élevés. Il est fort probable que le passage par diverses couches d'intermédiaires y est pour quelque chose. Cependant, la médaille revient tout de même à certains produit locaux dont les prix sont aussi élevés que les importés … je me questionne sur le sujet depuis longtemp et j'ai entendu tous les arguments possibles. Il est sur que l'éloignement joue en notre défaveur, mais la marge que certains lobby appliquent nous parait inacceptable, MAIS puisqu'ils sont seuls à détenir le pouvoir, le peuple n'a pas forcément le choix. Il est d'ailleurs fort probable que les responsables et patrons locaux disposent de suffisamment de pouvoir pour pouvoir imposer leurs régles.
Tous ceci est une description rapide, mais on en vous parle pas des subventions que l'ile touche sans que personne ne voit vraiment ou elles passent. On ne sait pas pourquoi les taxes sont si élevées. On en comprend pas pourquoi a travail équivalent en métropole on touche plus ou on touche moins…
Alors évidement, par rapport à la métropole, on ne paye pas l'eau trés cher vu ce qu'il tombe en un an, on a pas de note de chauffage, on a peu besoin de blousons, de pulls ou de fringues chaudes, quoique un minimum est requis…
Je ne sais pas trop ce que le gouvernement peut y faire, sauf baisser leurs pu#@-- de taxes, mais
Y parait qu'on vit au soleil, alors on a pas à se plaindre …