confidentiels & indiscrets 07/03/2009 à 22h17

La rédaction de Challenges lassée d'Airy « SMS » Routier

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

L’auteur du fameux scoop « si tu reviens, j’annule tout » a suscité dernièrement une protestation de la société des journalistes de l’hebdomadaire économique Challenges en raison d’une chronique très gentille pour Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville.

Rédacteur en chef au Nouvel Observateur, sur le site duquel il avait sorti début 2008 le scoop contesté du SMS -Sarkozy l’a toujours en travers de la gorge, il en a parlé lors de son intervention télévisée du 5 février-, Airy Routier est aussi « conseiller de la rédaction » de Challenges. Avec Patrick Fauconnier, le fondateur de l’hebdomadaire, il signe chaque semaine une chronique intitulée « Double Je ».

Dans le numéro du 19 février, il raconte un petit-déjeuner avec un ministre congolais, sous le titre « Le président du Congo victime de la malveillance anglo-saxonne ». Routier cite le ministre :

« Denis Sassou ne possède en France qu’un appartement à Paris, avenue Rapp, et sa femme, une maison au Vésinet. Et à Brazzaville, il habite dans une petite maison de deux chambres, dans un quartier populaire, celle qu’il avait quand il était lieutenant. »

Suit ce commentaire d’Airy Routier :

« De fait, il n’y a aucune raison de mettre le président du Congo dans le même sac que son gendre Omar Bongo (Gabon), ou que Teodoro Obiang (Guinée équatoriale). Mais les trois chefs d’Etat sont victimes d’une opération de déstabilisation des pays du golfe de Guinée, aux réserves de pétrole considérables, à l’initiative des Anglo-Saxons. [Une] campagne qui se développe sur les complexes de l’ancienne puissance coloniale vis-à-vis de la Françafrique... »

Léger problème : le même jour, Le Nouvel Observateur, qui appartient comme Challenges à Claude Perdriel, publie une enquête très fouillée du journaliste Olivier Toscer sur ce dossier sensible des « biens mal acquis » (BMA) et les suites d’une plainte d’ONG assez mal accueillie par la justice française.

Sur Sassou, Challenges dit tout le contraire du Nouvel Obs sorti le même jour

Concernant Sassou Nguesso, on y lit l’exact contraire de Challenges :

« Le patrimoine de Sassou Nguesso, l’homme fort du Congo, et de ses proches a aussi été passé au crible par les enquêteurs français. Il révèle les mêmes habitudes bling-bling que ceux de ses homologues gabonais ou équato-guinéen : hôtels particuliers à Paris et dans la banlieue chic, constitution, par Wilfried, un neveu, d’un parc d’Aston Martin -la marque préférée de James Bond- financé via une coquille financière luxembourgeoise. »

Ou, un peu plus loin :

« Denis Sassou Nguesso, président du Congo, possède notamment un hôtel particulier au Vésinet, une banlieue chic de Paris. Les enquêteurs ont établi que onze membres de sa famille détenaient pas moins de dix-huit propriétés de luxe en France et ont identifié 112 comptes bancaires à leur nom dans les établissements hexagonaux. »

Lors de la conférence critique de Challenges, la semaine suivante, la jeune société des journalistes de l’hebdo s’est insurgée contre la chronique d’Airy Routier. En interne, plusieurs journalistes critiquent vertement les méthodes de leur confrère.

Un journaliste : « Soit on met des gens pour recouper ses infos, soit il s’en va »

« Il ne recoupe pas ses infos, on ne sait jamais pour qui il roule », juge l’un d’eux, qui a trouvé la chronique « indécente et obscène ». Pour ce journaliste, « soit on met trois journalistes derrière lui pour recouper ses infos, soit il s’en va ».

La SDJ n’a rien demandé de tel. Le directeur de la rédaction, Vincent Beaufils, fait à Rue89 la même réponse qu’à sa rédaction lors de la conférence du 25 février :

« Cette parution la même semaine est vraiment regrettable, je ne veux pas que Challenges apparaisse comme un contrepoint du Nouvel Observateur. Mais ’Double Je’ est une rubrique très éditorialisée, où je demande aux chroniqueurs d’avoir un point de vue sur ce dont ils parlent. »

Beaufils confirme avoir demandé à Routier de « revenir sur le sujet après approfondissement de son enquête ». Joint par Rue89, ce dernier finit par se souvenir de cette demande, mais avoue l’avoir « oubliée » depuis. Ce qui explique qu’aucune mise au point ne soit parue dans Challenges pour l’instant.

Pour Airy Routier, cette affaire est « une tempête dans un verre d’eau ». Jamais sanctionné après son scoop non confirmé sur le SMS de Sarkozy à son ex-femme, il est très contesté à L’Obs comme à Challenges, dont les journalistes citent plusieurs exemples d’articles un peu « légers » d’un point de vue factuel.

Vincent Beaufils lui maintient sa confiance : « Airy Routier a sa personnalité, il est contesté, mais il soulève des lièvres que beaucoup de journalistes n’ont pas le courage de soulever. »

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  • ni soumise ni rebelle
    ni soumise ni rebelle
    sans profession
    • Posté à 23h40 le 07/03/2009
    • Internaute 60828
      sans profession

    les journalistes devraient etre plus solidaires surtout en ce moment ou le public ne fait plus trop confiance a la presse en general ! ! !
    au sujet du sms jamais verifie,je ne comprends toujours pas pourquoi Sarkosy n’a pas ete volontaire pour donner son telephone mobile a analyser et menager la sensibilite de sa charmante Carla ! ! !
    De nos jours,il me semble plus urgent de condamner la presse a la botte du pouvoir,que celle qui provoque...
    Bien sur c’est important que les infos soient veritables mais dans le contexte actuel je me pose la question si la veracite de ce sms est plus importante que ce qu’elle a revelee : la possibilite/credibilite d’une telle info et l’acceptation d’une partie des francais d’avoir un president capable d’une telle immaturite ! !
    sur l’info que vous evoquez plus haut,je n’ai pas trop d’opinion,j’attends de voir ce qui va suivre...le journaliste s’est-il explique ? j’ai tendance a me mefier, les chasses a l’homme sont tres repandues dans notre societe si raffinee ! ! !

  • philipp
    philipp répond à ni soumise ni rebelle
    « La voix de son maître »
    • Posté à 00h43 le 08/03/2009
    • Internaute 48057
      « La voix de son maître »

    « les journalistes devraient être plus solidaires surtout en ce moment où le public ne fait plus trop confiance à la presse en général ! ! ! » C’est ça ,solidaires surtout avec les brebis galeuses et la confiance reviendra forcément ! ! ! ! « Donner son mobile à analyser » , Si Sakozy fait çà, outre quelques secrets d’état qui tombent dans le domaine public,c’est « je prèche le faux pour savoir le vrai » . La prochaine fois, je propose le SMS suivant à Routie ainsi encouragé « Rachida , dit à Zohra que son papa Nicolas lui fait un gros baiser ». C’est du même tonneau que le précédent ! « Ni soumise ni rebelle, » surtout pas très inspirée ! ! ! !

  • TARPON
    • Posté à 01h39 le 08/03/2009
    • Internaute 27263

    Judith Miller ,journaliste au N.Y.times avait publié en 2004 des infos non verifiees qui lui avaient été transmises par l’administration Bush ,elle avait été aussi incarceree pour avoir voulu proteger ses sources ,et enfin desavouée par ses pairs .Chez nous la fameuse interview de Fidel Castro par PPDA completement bidonnée a sans doute été le debut de la prise de conscience du public d’une information biaisée ; a l’epoque en 91 ,cela n’avait pas soulevé de vagues du moins en France .Par contre ,ce qui avait choqué dans l’affaire du SMS etait l’immiscion d’un journaliste d’un journal « reconnu » au plus profond de la vie privée d’un homme ,qu’on l’apprecie ou pas.Cela avait été ressenti comme infiniment ecoeurant ,aux antipodes d’un journalisme d’information.
    Le nouvelobs comme son groupe est plombé par l’affaire Sarkozy et ce dernier a montré recemment que les comptes n’etaient pas bons .L’occasion est aujourd’hui trop belle pour ne pas se debarasser de Routier et regler le contentieux avec le pouvoir.