
Depuis l »arrivée de Daniel Cueff à la mairie de Langouët en 2001, le village s »est transformé en paradis écologique et ne manque pas de le faire savoir. Victimes de ce succès, les habitants voient venir chaque mois des cars d »élus en quête d »idées.
L »histoire commence à Hanovre, très loin du petit village breton de Langouët. Deux architectes rennais, Bernard Menguy et George Le Garzic, emmènent un car d »élus du pays de Rennes en voyage à la rencontre des constructions écologiques allemandes. Daniel Cueff, tout nouveau maire de Langouët et fervent écologiste, y trouve son bonheur. A la fin du voyage, il signe un contrat avec les architectes ; Langouët aura son lotissement HQE, La Prairie Madame.
Depuis le village a multiplié les installations : école et mairie écolo et cantine 100% bio. Mais juste revers de la médaille, ce sont aujourd »hui d »autres élus, venus de la France entière, qui assiègent le village à la rencontre de ces étranges écologistes. Souvent adjoints ou conseillers municipaux envoyés par la mairie, ils cherchent une multitude d »idées à ramener à la maison et prennent en note les réactions des habitants. Il suffit de s »inscrire sur Internet, de payer 50 euros pour un groupe de cinq personnes et Langouët devient un véritable terrain de jeux.
Comme on irait au zoo
Pas la peine de prévenir les habitants, ils voient arriver, en contre-bas, une cinquantaine de personnes venue prendre d »assaut leur lieu de vie. Pour ceux que l »on vient visiter, comme on irait au zoo, l »expérience laisse un souvenir particulier : « Ils sont en train de caresser ta maison, ça n »est pas très agréable quand même ! », explique Cécile Barque, pourtant placée à un point stratégique où ne passent, presque jamais, les visiteurs. Un voisin des écolos raconte la mésaventure d »un de ses amis :
« Un samedi matin, il était dans sa cuisine, il ouvre les yeux et face à la fenêtre il y avait un homme qui le regardait ! »
Corinne Croc, elle, a surnommé ces drôles de touristes « les Japonais » :
« On était, par exemple, en train de prendre l »apéro sur la terrasse et puis on voit se radiner cinquante personnes qui prennent des photos de la maison et qui disent : « Tenez, regardez, c »est eux, c »est les écolos ». »
Les élus ont payé, ils veulent en avoir pour leur argent, ils veulent voir. Aussi, la fois où la mairie a annulé une visite en oubliant de les prévenir, des écotouristes n'ont pas hésité à sonner chez Yann et Corinne Croc, qui
ont généreusement accepté d'ouvrir leur maison et de dévoiler l »envers du décor.
Ecolo mais pas trop
Le maire avait réservé ces maisons à des primo-accédants éligibles au prêt à taux zéro avec remboursement différé. Résultat, la motivation écologique n »a absolument pas été prise en compte. A l »image de Yann et Corinne Croc, on vient à Langouët par intérêt financier :
« Langouët c »est une des rares communes, dans les alentours, où on trouve ce prix au mètre carré ! »
Alors, les propriétaires s »acquittent de leur dette envers l »écologie : récupérateur d »eau de pluie pour les sanitaires, poêle à bois, chauffe-eau et panneaux solaires. Puis, les radiateurs électriques « parce que ça caille », les lasures « parce qu »une maison grise, ce n »est pas très joli » et autres idéaux de confort quotidien reprennent le dessus.
Quant au reste du village, ce petit manège ne le fait pas rire du tout. Non seulement tous les habitants subissent eux aussi les visites, mais ils doivent respecter des règles dont ils ne comprennent pas bien l »intérêt : des grillages à moutons ? « C »est plus « nature » mais ça n »a rien d »écologique. »
Le jour de l »inauguration de La Prairie Madame en septembre 2007, Daniel Cueff avait fait de Langouët une vitrine écologique où aucune voiture n »avait pas le droit de circuler, où le travail en extérieur était interdit. Il espérait un jour mémorable… la déception fut grande, parait-il.
Photo : le lotissement écologique de Langouët (Ide Parenty).



















3
De thoughtthrow
08H19 | 06/03/2009 |
Vous dites que les gens qui y vivent n'y sont pas venu pour des convictions écologiques. Mais c'est pas bien grave ça. Je ne sais pas si vous connaissez les théories sur le comportement, en particulier celle de l'engagement :
L'être humain n'agit pas de manière raisonnée et cohérente mais plutôt en conséquence d'actes antérieurs d'un coté, et d'un contexte de l'autre. La conscience venant légitimer tout ça sous forme d'idée à postériori. Beauvois et Joule, les principaux théoriciens français de l'engagement donne la piste suivante pour obtenir la participation d'une personne à un acte : « L'homme agit et pense en fonction de ses actes antérieurs. Pour amener une personne à agir comme on le souhaite, il convient donc, avant toute chose, d'obtenir d'elle un acte, l'acte le plus à même de la prédisposer à faire ce qu'on attend d'elle » (Beauvois et Joule Théoricien du Comportement) .
Ainsi la théorie de l'engagement conceptualise le fait d'obtenir de quelqu'un des actes ne correspondant pas à ses intentions ou à ses gestes spontanés et elle énonce le fait qu'on peut être pratiquant sans être croyant et qu'avec la pratique on finit par y croire.
Cette initiative est excellente : d'une elle amène des gens à l'écologie qui n'y serait pas venu sinon, et en plus elle prouve qu'avec un budget classique de construction il est possible d'être « un minimum » responsable. Et je dis pas ça parce que je suis breton !
De Shix
Madteam since 2010 | 11H10 | 06/03/2009 |
Je trouve ça d'autant plus juste ce que tu dis que cela ne m'étonnerait pas que ta théorie ait été pensée lors de cette politique d'habitat.
Monsieur Cueff, maire de Langouët (et président de la com com à laquelle sa ville se rattache je crois) est aussi sociologue. J'ai eu la chance de suivre ses cours atypiques à l'IUT de Rennes pendant 2 ans et le changement de comportement par l'influence de l'environnement sur l'individu est quelque chose auquel il croit bien plus que le changement de comportement par la morale paternaliste.
Au passage, le contexte de Langouët est à prendre en compte : de gros exploitants agricoles pas très regardant niveau écologique (notamment un haut responsable de la FNSEA si j'ai bonne mémoire) qui ruinent la « charmante campagne ». Vivant moi aussi dans ces zones rurales (tant décriées par je ne sais quel intervenant plus haut), je peux dire que les lobbys agricoles à la solde du productivisme ont fait du dégât. Remembrement , pollution des nappes, algues vertes sur les plages, exploitation rationalisée des jeunes ou des non-qualifiés sur des travaux agricoles.En tant qu'élu local, comment s'opposer à cela ? Souvent des enjeux de pouvoirs s'immiscent et entre les agriculteurs dans les conseils municipaux et l'apport économique de ces entreprises sur le territoire, il est difficile de faire quoi que ce soit. Surtout quand des institutions nationales (syndicats/lobby, ministère) nuisent à l'établissement d'agriculture alternative.
Donc se pencher sur le quotidien des citoyen, pourquoi pas ? Que les élus locaux cherchent à apporter un changement de comportements auprès de non-convaincus, je trouve pas ça choquant. Ce que j'aurais trouvé déplorable c'est de faire un quartier d'écolos en faisant venir tous les bobos écolos déjà convaincus. Quel intérêt ?
Et puis il est facile de critiquer, mais ces changements de comportements c'est pas évident. Monsieur Cueff nous avait expliqué le passage à une cantine bio. Ca paraît simple. Convaincre les familles que les repas coûteront un peu plus cher, pourquoi ? Quel intérêt ? Reformer du personnel pour qu'en cuisine on sache cuisiner selon les saisons par exemple, c'est pas évident. Le personnel est à convaincre lui même, voudra-t-il remettre son travail en question, réapprendre une partie de son métier ? Les fournisseurs faut les trouver. Comment concilier les gros exploitants du territoire qui vont râler parce qu'on ne s'approvisionnera plus chez eux ? Redévelopper des circuits courts ce qui diversifie les fournisseurs, les démarches et les démarches.
Bref, on peut critiquer beaucoup de choses, mais l'initiative mérite d'exister. Quant aux visites, ça fait zoo c'est clair. Et sur 100 visites combien déboucheront sur un véritable projet concret ? N'empêche l'histoire de Langouët à commencer par une visite en Allemagne … alors pourquoi pas …
Dans le pire des cas, même si ça n'apporte rien de concret, les élus/touristes qui viennent se familiarisent avec certains concepts écologiques, ce n'est jamais perdu …
De Daniel CUEFF
Maire de Langouët | 15H53 | 09/03/2009 |
L'article a été rédigé par une étudiante en journalisme à Sciences Po de Rennes dans le cadre d'un stricte travail universitaire. Il n'a jamais été question d'un article pour Rue 89. Questionnée, l'étudiante affirme qu'il s'agissait d » un simple exercice « pour se faire recruter » ! Malgré tout, l'article a été diffusé. Pour du coup, il convient d'y répondre au moins sur quatre plans :
* le plan déontologique : l'article a été fait sans que le Maire soit préalablement informé, ni même interrogé ! . Idem pour toutes les personnes citées !
* le plan de l'information : l'article tire ses conclusions de témoignages individuels souvent déformés ou partiels et qui sont transformés en position générale. « ex : Quant au reste du village, ce petit manège ne le fait pas rire du tout ». Pourtant, il y a eu les élections et le projet communal très largement approuvé. Mais de cela, aucune mention. Par ailleurs,des habitants questionnés tombent des nus à la lecture de l'article, fâchés de la déformation éhontée de leurs propos .
Enfin, l'étudiante n'a jamais assisté aux événements dont elle parle ! Cela finit par faire beaucoup.
* le plan formel : les titres et phrases racoleuses « ex : parc d'attraction pour élus »
ont pour effet de donner une image complètement déformée de la commune et ne sont en rien de l'information. Peut-on se jouer comme cela de la réalité en faisant de bons mots que l'on cherche ensuite à illustrer ?
* le plan politique : l'article donne le sentiment désagréable de vouloir dénigrer, de façon totalement gratuite, des élus que l'on a pas pris soin de rencontrer. Cela n'est pas vraiment digne du journalisme politique.
Nous devons toutefois être indulgents car savons que tous ces aspects seront travaillés avec les professeurs de l'étudiante, eux mêmes chagrinés par cette affaire.