
Autrefois, un ministre, ça « fermait sa gueule ou ça démissionnait », pour reprendre l'expression de Jean-Pierre Chevènement (qui avait choisi la seconde solution). Dès son arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy a pris le risque de mettre à la poubelle cet axiome : ses ministres peuvent « l'ouvrir », critiquer certains projets, afficher leurs états d'âme, et certains ne s'en privent pas.
Rama Yade (Droits de l'homme) s'est pincé le nez lors de la venue de Kadhafi, Fadela Amara (Ville) a grimacé sur les tests ADN, Nathalie Kosciusko-Morizet (ex-Ecologie) s'est désolidarisé du gouvernement sur les OGM, et cette semaine, Christine Boutin couine contre le projet de loi poussé par Nadine Morano (Famille), qui vise à donner un statut aux beaux-parents.
« Je n'accepterai pas que l'on reconnaisse l'homoparentalité et l'adoption par les couples homosexuels de façon détournée », a-t-elle publiquement déclaré. Le projet évoque en effet, pour la première fois, des « foyers composés de deux adultes de même sexe ». On est encore loin de « l'adoption », mais c'est, symboliquement, une avancée pour tous les parents homosexuels. (Voir la vidéo)
Le résultat d'une telle cacophonie pourrait, pour le gouvernement, être catastrophique : en d'autre temps, la gauche en aurait profité avec délice. Mais celle-ci est parfaitement inaudible. Tout se passe comme si Nicolas Sarkozy, avec ses « ouvertures » vers des personnalités issues de la gauche ou de la droite tradi, avait envahi l'ensemble du champs du débat public. Le débat droite-gauche s'est évanoui : depuis deux ans en France, c'est un débat droite-droite qui occupe les médias. Nicolas Sarkozy a inventé le couac organisé.
Que la gauche soit absente de cette discussion aboutit à un résultat curieux : cette semaine, c'est Nadine Morano, incarnation de la droite populaire et décoincée, qui incarne le « progressisme » et le « mouvement »…
Il y aurait pourtant beaucoup à dire, pour des partis de gauche, sur le sujet du statut des « beaux parents ». Ils pourraient, pour commencer, rappeller que cet projet de loi reste d'une timidité effrayante, si on le mesure à l'aune des législations étrangères. La France, pourraient-ils rappeler, est en retard par rapport aux autres pays occidentaux sur la question des droits des couples homosexuels.
Le mariage de personnes du même sexe est possible dans plusieurs pays (Espagne, Royaume-Uni, Belgique, Canada…) et dans deux Etat américains (Connecticut et Massachussetts) ; l'adoption par des homosexuels est possible au Danemark, en Allemagne, en Norvège, en l »Islande, aux Pays-Bas, en Suède, en Belgique, en Espagne, au Royaume-Uni, et dans de nombreux Etats américains, canadiens ou australiens…
Le projet de loi de Nadine Morano est sans doute « en phase » avec son temps, dans le sens qu'il est consensuel. Pour retrouver une légitimité, la gauche devra faire mieux : être « en avance » sur ce temps là -que ce soit sur les questions économiques ou sur les questions de mode de vie- et retrouver son rôle d'agitatrice d'idées.


























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De dodu
Ménagère surdiplomée | 13H33 | 04/03/2009 |
Pourquoi la gauche ne se précipite t-elle pas sur ce problème ? Peur-être parce qu'en ces temps de crise économique il est plus urgent de se recentrer sur les problèmes sociaux (qui sont de l'ordre du collectif ) et non sur les problèmes sociétaux ( qui sont plus individualisés)
De olivier p
face à la mer | 14H06 | 04/03/2009 |
Déconnecter les deux, c'est surtout généralement pour repousser à jamais ou bien trop tard les problèmes dits sociétaux. Badinter le rappelait hier sur france inter concernant les prisons par rapport à mauroy.
Quant aux gauche, elles sont comme les droites, divisées. Sur les questions de priorités en complément de réflexions sur le fond. Il faut se rappeler des conditions d'adoption du Pacs, qui a été aussi adopté parce que la situation des couples homosexuels dont l'un était mort du sida, par exemple, était insupportable. La dépénalisation de l'homosexualité est encore jeune. Si vous sortez de paris et de certaines grandes villes (voire certains quartiers bien délimités), si vous êtes 2 femmes ou 2 hommes ou avec un trans, mains liées ou bouches collées, ce n'est pas encore évident que vous puissiez être vus comme un banal couple hétéro. Voire c'est « prohibé ». L'enculé est encore une insulte, peut engendrer des violences. Ce qui est vrai en société, l'est aussi dans les partis politiques.
Je crois que le pacs convient à beaucoup à gauche ; que la proposition de mariage divise encore et encore plus la question de la parentalité. Je le sais pour l'avoir constater et de bien connaître la position de certains, jeunes ou pas, qui se réfugient dans « l'intimité » des convictions, pas par pudeur ou par doutes, mais bien par hostilité. C'est vrai aussi sur bien d'autres sujets comme la parité, la mixité, les drogues, etc qui pour chaque sujet implique une ombre pas très glorieuse pour ces conservateurs.
De Moneygasque
Sarkozyste de gauche | 14H22 | 04/03/2009 |
Les conceptions de Madame Boutin sur la famille n'ont rien de méprisable. Elles ont prévalu pendant des millénaires et jusqu'à une date très récente. Ni la Révolution française, ni la Révolution russe, ni le front populaire, ni même Mai 68 ne les ont remises en question. Est-ce à dire que les révolutionnaires français ou soviétiques étaient d'affreux réactionnaires ? On pourrait le penser en lisant les papiers de nos progressistes hystériques, toujours à l'affût d'une nouvelle conquête sociale ou sociétale, aussi avides d'innovation que les traders ou autres golden boys de l'ultra-libéralisme. L'Europe a besoin de Conservateurs. L'écologie n'est-elle pas une forme noble de conservatisme ? La conservation de la nature… En matière de mœurs aussi, ce que les hommes ont mis des millénaires à mettre au point, par tâtonnements successifs mérite d'être conservé et respecté.
De 101.7
Promeneur | 14H44 | 04/03/2009 |
Je suis toujours un peu gêné de voir des problèmes sociétaux être presque toujours associés avec la dualité droite-gauche.
Le problème est beaucoup plus large, l'homophobie tout comme le racisme prend ses sources dans des tréfonds humains, dans une sous-couche qui existe avant la conscience politique.
Cela dit, il est vrai que les avancées progressistes (je force le pléonasme) sont souvent venues du côté gauche de la pensée politique.
Mais de nos jours on peut penser que malgré quelques irrationalités bien ancrées dont l'étendard est revendiqué par des personnes comme C. Boutin et autres proches des religions, toutes les religions, les esprits ont évolué et que l'appréhension de ces sujets pourrait se faire en toute intelligence en sautant les barrières politiques.
On ne peut que déplorer dans le même élan le vide cosmique ou la léthargie qui a touché le parti socialiste et l'ump, même si dans chaque camp il y a des personnalités qui se singularisent.
Il ne faudrait pas non plus se considérer à la traine par rapport à d'autres pays. Les français ont de tous temps fait les choses à leur rythme, souvent en avance, parfois en retard mais le temps est important pour que les réflexions s'installent dans la durée et non sur un effet de boost venu d'ailleurs.
Dans un tout autre domaine, quelle chance que nous n'ayons pas suivi Blair et Bush ce qui nous a valu d'être traités de ringards. Nous étions à la traine, on ratait le train du progrès… heureusement.
Dans le cas qui nous concerne je trouverai même, en me forçant, un petit air agréable à Mme Morano et pourtant, pourtant. : )
De padiran
Chroniqueur mondain | 15H03 | 04/03/2009 |
J'étais a la porte de Versailles en 1972 lors de la création de « l'union de la gauche » avec Mitterand, Marchais et Favre, je peux donc dire « place aux jeunes »,de plus je suis syndiqué.
Ce qui me fait marrer dans la gauche actuelle, c'est l'absence totale de jeunes et de représentants de la classe ouvrière (un gros mot).
La politique à gauche à été phagocitée par des professionnels issus de la fonction publique et de son moule, l'ENA.
Les discours de gauches n'ont plus rien à voir avec les bonnes diatribes de préau, ils sentent la barricade avec Besancenot et le cuir des sièges confortables avec le PS.
Pour être rassembleur, il ne suffit pas de mettre les adhésions à 20 euros, encore fait il avoir les cou…..s pour en découdre avec la politique de notre « bon président » à vie