Tribune 04/03/2009 à 14h02

Derrière l'escroc Stanford, des liens finance-drogue bien ancrés

Michel Koutouzis | Consultant

Le FBI mène une enquête sur les fonds des sociétés financières d’Allen Stanford et leur noyautage par le cartel mexicain du Golfe. Il en avait été de même en 2004 pour la banque nord-américaine Riggs, spécialisée dans les fonds de pension et l’immobilier, en 2005 pour la compagnie offshore Althorp Investment du dictateur Augusto Pinochet, et, si l’on regarde plus loin, pour les sociétés De Loréan, l’homme d’affaires flamboyant qui s’était fait arrêter avec dans son porte-bagage plusieurs kilos de cocaïne.

Financiers, chefs d’Etat et traficants d’armes

Rien qu’aux Amériques, des personnages haut en couleurs sont concernés, comme l’homme d’affaires multimilliardaire Kerkorian (immobilier, casinos, sociétés financières…), Oscar Wyatt (un des quatre inculpés du scandale « pétrole contre nourriture » en Iraq), Marc Rich (amnistié par Clinton avec l’excuse « qu’il était un agent du Mossad »).

Dans cette liste, des contacts et des sociétés communes avec des « hommes d’honneur » notables comme le turc Oscan, l’italien Spadaro, les russes Bout, Fisherman et Moguilevitch, entre autres… Il ne faut pas non plus oublier que des hommes politiques du continent latino-américain, comme Fujimori (Pérou), Hugo Banzer (Bolivie) ou Salinas de Gortari (Mexique) ont été directement liés à des sociétés fiduciaires caraïbes qui étaient sous la coupe des narcos.

La liste des sociétés et hommes d’affaires impliqués -à travers leurs capitaux ou leurs mauvaises fréquentations avec les mafias et le crime organisé- est longue (lire l’encadré).

Le phénomène d’implication des hommes d’affaires et des institutions financières (comme, par exemple, la Banque de New York impliquée dans le scandale Araignée) est endémique. Seule la « perte de mémoire » des médias et des autorités permet à ces personnages récurrents de continuer d’agir, souvent en toute impunité. Les services de police nord-américains connaissaient parfaitement les relations des hommes politiques mexicains et nord-américains avec les mafias, mais se sont tus, pour permettre les accords économiques entre les deux pays.

On peut le constater dans une note de John Negroponte, ambassadeur des Etats-Unis au Mexique à l’époque, à destination du secrétaire d’Etat, sur « l’enrichissement illicite de certains fonctionnaires » :

« Je ne pense pas que nous devions publiquement mettre à l’épreuve la résolution de Carlos Salinas de Gortari [de lutter contre le narcotrafic]. Il veut améliorer la coopération. Mais il doit le faire de manière à ne pas affecter sa base politique. »

La base politique du président mexicain (1988-1994) était en partie constituée de personnes proches des cartels.

L’impératif de transparence conduit à un dédale de procédures qui renforce l’opacité

Une étude du FBI intitulée « L’Economie politique du commerce des drogues » (rédigée par James Moody, chef de la Section Drogues de la Division du Crime organisé), l’indique :

« La vente d’entreprises parastatales à des investisseurs privés, des entreprises telles que d’importantes institutions financières, des fabriques et des commerces industriels et des services d’avant-garde ayant une valeur de plusieurs milliards de dollars a accéléré la corruption et le blanchiment d’argent impliquant d’influents financiers mexicains et nord américains… Des entreprises parastatales ont été achetées par des organisations de narcotrafiquants. »

Les hommes d’affaires blanchisseurs se sont ainsi engouffrés dans un système imprégné d’opacité où l’éthique et la responsabilité financière sont très diluées. L’économiste Robert Boyer, dans un séminaire sur la « régulation globale » qui s’est tenu à la London School of Economics en mai 2003, expliquait déjà que la crise de la « gouvernance financière » et l’exigence de transparence, ont poussé les milieux financiers à diluer leur responsabilité à travers des montages juridiques faisant de l’avocat un partenaire irremplaçable chargé de résoudre les conflits d’intérêt de tout type.

L’impératif de transparence, tout relatif, a eu pour résultat pervers la mise en place d’un dédale de procédures et de structures juridiques au sein des espaces offshore qui font aujourd’hui le jeu du blanchisseur parfaitement conseillé par des avocats et financiers hyper spécialisés.

Des « joint-ventures » mafia-finance

Nous sommes en présence de « joint-ventures » mafia-finance qui laminent littéralement toute velléité d’Etat de droit. Déjà, en 1998, le frère cadet du Premier ministre d’Antigua et Barbuda a été arrêté pour trafic de drogues. À St. Kitts et Nevis, les deux principaux partis politiques sont en relation avec l’argent de la drogue, sans compter tous les ministres qui ont été impliqués ou reconnus coupables de trafic de stupéfiants à Antigua et Barbuda, aux Bahamas, à Anguille et dans les îles Turques et Caïques.

Pas étonnant, donc, que le cœur des activités de Allen Stanford se situe justement aux îles d’Antigua et Barbuda, un Etat dont le Premier ministre affirmait en 1998 qu’il était hors de question d’accepter toute levée du secret bancaire dans son pays. Aujourd’hui, le gouvernement d’Antigua a décidé de confisquer cent hectares appartenant à Stanford (l’archipel ne fait que 442 km2), pour répondre à l’énorme dette que ce dernier laisse derrière lui, et aider ses 800 employés. Maigre consolation.

L’ardoise totale aux Etats-Unis et en Amérique latine dépasse les huit milliards de dollars. Plusieurs pays des Caraïbes, le Venezuela, Panama, la Colombie, le Costa Rica, l’Argentine, le Canada ou le Mexique essaient désespérément de sauver ce qui reste à sauver en nationalisant ou en prenant le contrôle des filiales financières du groupe Stanford, qui s’avèrent, jour après jour d’être des coquilles vides. Les sociétés du groupe étaient en effet dirigées par un cercle très fermé de quatre-cinq personnes, tandis que le groupe, pour faire taire tout soupçon, passait son temps à financer les campagnes politiques, et à multiplier les œuvres charitables.

Le crime aspire les hommes d’affaires et les entreprises

Aujourd’hui, l’ensemble des chancelleries de l’Amérique Latine se demande pourquoi le FBI, qui a rencontré Allen Stanford en Virginie, ne l’a pas arrêté. La presse s’en fait l’écho, soulignant que pour des soupçons bien moindres d’implication dans le trafic de drogue, les Etats-Unis demandent immédiatement l’extradition, quelle que soit la nationalité de l’individu soupçonné.

Dans deux rapports que j’ai faits pour la Commission européenne en 2002 (« Les risques sécuritaires engendrés par la continentalisation du processus de la cocaïne en Amérique latine » et « Le développement du secteur énergétique facteur de nouvelles tensions en Amérique Latine ? »), j’avais souligné que les Caraïbes et le Mexique étaient devenus des interfaces du crime organisé permettant la jonction des organisations criminelles russes, néerlandaises, turques, colombiennes et chinoises. Que cela comportait un risque majeur pour l’économie réelle, et participait à l’« aspiration » des hommes d’affaires et de leurs entreprises par le crime organisé.

C’est chose faite.

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 19h49 le 04/03/2009
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    beurk ! !

    on est pas prêt de fermer les paradis...fiscaux.

  • ysengrimus
    • Posté à 19h51 le 04/03/2009
    • Internaute 12674

    Joindre à cette liste, d’urgence : les schèmes de Ponzi durables...

    Lien

    arithmétique oblige.

    Paul Laurendeau

  • infiltré_
    infiltré_
    ex étudiant......
    • Posté à 20h01 le 04/03/2009
    • Internaute 44615
      ex étudiant......

    C’est pas un scoop.

    C’est une banque qui sert à alimenter le système d’escroquerie des banquiers.

    Sans blanchiment, pas de banque. c’est donc l’arbre qui cache la forêt.

    Ca fait plus de 10 ans que le FBI est sur ces homme d’affaires. mais curieusement ils étaient bloqués dans leur investigations par l’exécutif.

    M’enfin,

  • jexiste
    jexiste
    si, si
    • Posté à 22h49 le 04/03/2009
    • Internaute 53099
      si, si

    Excellent article. On souhaiterait en voir plus souvent.

    Narcotraf’ 2000, l’esprit d’équipe en plus !

    N’est-ce pas, Homère ?

    Cet antique poète de Colombie ne me quitte pas d’une semelle...

    La preuve avec ses derniers commentaires sur le site :

    Lien

    Bizarre... Vous avez dit bizarre ?

    Comme c’est bizarre...

    • Un compte supprime
      Un compte supprime répond à jexiste
      nc
      • Posté à 02h27 le 05/03/2009
      • Internaute 21837
        nc

      oui je te suis et j’alerte des que tu nous reposte tes kilometres d’emails auxquels- pardon de te le dire- personne n’y comprends rien. Simplement parceque ca me gonfle de devoir scroller la page vers le pas sur des kilometres pour sauter ta prose maladive et lire des commentaires pertinents ceux-la.

      Au fait, Rue 89 a supprime ton dernier copie colle. Tu vois je ne suis pas le seul que tu agaces...

      Ma filature s’arrete la, inutile de paranoier, je suis doux et aimable et n’ai jamais fait de mal a une mouche.

      • jexiste
        jexiste répond à Un compte supprime
        si, si
        • Posté à 10h11 le 05/03/2009
        • Internaute 53099
          si, si

        T’as raison, je n’ai rien d’une mouche.

        Au fait, ton dernier signalement s’est soldé par un désignalement.

        Comme quoi, vois-tu, ton fluide glacial rate parfois sa cible...

         
        • Un compte supprime
          Un compte supprime répond à jexiste
          nc
          • Posté à 10h53 le 05/03/2009
          • Internaute 21837
            nc

          Victoire a la Pyrrhus.

          • jexiste
            jexiste répond à Un compte supprime
            si, si
            • Posté à 11h01 le 05/03/2009
            • Internaute 53099
              si, si

            C’est bien toi qui parles de guerre.

            Et si tu nous en expliquais les raisons ?

            • Un compte supprime
              Un compte supprime répond à jexiste
              nc
              • Posté à 12h13 le 05/03/2009
              • Internaute 21837
                nc

              Tu me fatigues, je ne te reponds plus. Evite seulement de copier ma prose hors propos comme tu l’as fait hier, et je continuerais a alerter la redac si tu copies colles (co-picole) tes emails maladifs dont tout le monde se tape.

              Bon, je vais sur un site de recettes voir ce que je pourrais bien cuisiner ce soir : j’ai un merou dans le frigo, sans doute une bouillabaisse ?

              • jexiste
                jexiste répond à Un compte supprime
                si, si
                • Posté à 12h25 le 05/03/2009
                • Internaute 53099
                  si, si

                Tu es atteint, mec.

                Je n’ai fait qu’une seule copie de ta prose, elle est tout à propos et date d’aujourd’hui.

                Quant à mes « emails maladifs », de toute évidence, il y en a au moins un qui ne s’en tape pas, c’est toi.

                Comment se fait-il qu’ils te fassent autant d’effet ?

        4 autres commentaires
      • multicompte e
        • Posté à 21h48 le 05/03/2009
        • Internaute 65247
          eee

        C’est toi qui est lourd, Homère.. laisse autrui s’exprimer, s’il a envie... Question de savoir-vivre !

         
        • Un compte supprime
          • Posté à 02h23 le 06/03/2009
          • Internaute 21837
            nc

          De quoi j’me mele ?

          • jexiste
            jexiste répond à Un compte supprime
            si, si
            • Posté à 09h44 le 06/03/2009
            • Internaute 53099
              si, si

            Et toi, de quoi tu te mêles ?

            Tu as encore signalé mon post, celui d’hier à 14h47. En quoi ces « emails maladifs » te concernent-ils ? En es-tu l’instigateur ?

        2 autres commentaires
  • jexiste
    jexiste
    si, si
    • Posté à 11h39 le 06/03/2009
    • Internaute 53099
      si, si

    Le Monde a publié le 4 mars le texte intégral de la lettre de menaces que la mystérieuse « cellule 34 » a envoyée ces derniers jours à des personnalités de l’UMP.

    La voici :

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    Aussi dérangé soit son auteur, elle n’en atteste pas moins l’existence de milices agissant en métropole à peu près comme le GIP de Gaston Flosse en Polynésie, milices auxquelles j’ai moi-même affaire depuis des années pour avoir jadis refusé de travailler pour la Mafia.

    Pour mémoire :

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    • jexiste
      jexiste répond à jexiste
      si, si
      • Posté à 12h08 le 07/03/2009
      • Internaute 53099
        si, si

      Ayé, la piste du SAC est explorée :

      Lien

      Homère, tu es cuit.