Decryptage 03/03/2009 à 18h29

Dati, MAM, Sarkozy, Juppé : comment retrouver le corbeau ?


Avant Juppé, Dati, Sarkozy et MAM ont reçu des balles par la Poste. Quelles sont les pistes dont dispose la police ?



Dati, Juppé, Sarkozy et Mam (Audrey Cerdan, Reuters)

Mardi matin, le quotidien Sud-Ouest révélait qu'Alain Juppé avait reçu une balle de 9 mm lundi matin dans une enveloppe kraft adressée à la mairie de Bordeaux. Avec une lettre dactylographiée d'une vingtaine de lignes.

Quelques heures plus tard, parquet, Elysée et ministères concernés révélaient que Nicolas Sarkozy, Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati avaient reçu des plis de même teneur, en fin de semaine dernière. Des élus locaux aussi : le sénateur de Lozère Jacques Blanc et le sénateur-maire de Béziers (Hérault), Raymond Couderc -calibre 38 pour lui (à peine plus gros qu'une balle de 9 millimètres).

L'enquête ouverte dans la foulée devra confirmer que c'est bien la même personne qui a envoyé les balles par la Poste. En attendant, les enquêteurs de la police scientifique devront travailler sur plusieurs pistes.

La balle permet-elle de remonter jusqu'à l'expéditeur ?

Bernard Pasqualini, qui fut policier pendant trente-six ans et qui est désormais consultant à l'Institut génétique Nantes Atlantique (IGNA), doute de la traçabilité de la balle : d'après les informations révélées par la presse, les balles concernées n'ont pas été percutées. Si elles l'avaient été, une expertise balistique aurait été envisageable :

« Au mieux, vous pourrez prouver que c'est un lot mais pas beaucoup plus. Des lots, ça représente des dizaines de milliers de balles, vous n'irez pas très loin. »

Sur le terrain, en revanche, il arrive encore aux enquêteurs de trouver une empreinte sur un chargeur ou, plus rarement, une balle percutée.

Les empreintes sont-elles fiables ?

Il existe deux types d'empreintes : papilaires (c'est-à-dire digitales, celles que vous pourriez prendre en posant un doigt sur de l'encre) ou génétiques (qui peuvent se retrouver sur un morceau de peau, un cheveu, etc).

Les gants ne suffisent pas toujours

L'étanchéité des gants peut rapidement trahir celui qui les porte au moment de son forfait. Nitrile, latex, vinyl, la perméabilité varie beaucoup selon la nature des gants et leur qualité. Sous certaines conditions, il peut exister un transfert de matière, par exemple un gant rempli de solvant comme le dichlorométhane fuit comme une passoire. Une étude du Medical College de Milwaukee publiée en 1996 a démontré une perméabilité des gants de chirurgie dans 30% des cas ! Dans ces conditions il est tout à fait possible de recueillir des traces d'ADN sur un objet manipulé par des mains gantées. Mais la route est longue avant d'identifier le propriétaire : les échantillons doivent être analysables, et correspondre à un suspect fiché.

A la police scientifique, on précise que tous les matériaux ne sont pas égaux en matière d'empreintes : une surface lisse accroche moins qu'une surface un peu rugueuse. En clair, une enveloppe kraft, comme celle que Juppé, Sarkozy ou MAM ont reçue, a plus de chances de porter des traces d'empreintes papilaires qu'un document en papier glacé.

La piste ADN porte-t-elle ses fruits ?

Tout le monde n'est pas à la même enseigne : Bernard Pasqualini précise qu'il existe des gens « meilleurs donneurs » que d'autres. « Certains vont donner plus de matériel biologique, donc de cellules. » Ceci varie par exemple avec la transpiration, plus ou moins abondante. Reste ensuite la confrontation de cet ADN.

A ce jour, toute la population n'est pas (encore) répertoriée, qu'on parle d'empreintes ADN ou digitales. Il existe un fichier digital, qui s'appelle officiellement Fichier automatisé des empreintes digitales (F.A.E.D.). Il recense, en janvier 2009, 3,1 millions de personnes. Sur ce point, la police a d'ailleurs accéléré la cadence : le site du ministère de l'Intérieur nous apprend que, rien qu'en janvier, 52 582 fiches nouvelles ont été saisies.

A côté, existe le FNAEG, le Fichier national automatisé des empreintes génétiques.

Dans l'hypothèse où l'on retrouve une trace ADN dans les courriers envoyés aux élus, il faudrait donc que l'expéditeur soit déjà fiché pour qu'on puisse remonter jusqu'à lui. En cas contraire, c'est seulement lorsqu'on aura identifié des suspects que les enquêteurs pourront comparer l'ADN de chacun à celle du courrier.

Au ministère, on précise que « les interrogations de la base ont permis de résoudre 593 affaires en identifiant 1118 traces correspondant à 644 individus, et de détecter 6510 fausses identités » en janvier dernier.

Un corbeau peut-il brouiller les pistes ?

Sur ce point, Bernard Pasqualini est prudent :

« Avec la vulgarisation des avancées de la police scientifique, les gens savent comment procéder pour déjouer l'enquête. Des gants de vaisselle ont peu de chances de vous trahir, alors que c'est vrai qu'on dit que des gants de chirurgien peuvent être plus poreux. Mais attention : encore faut-il les porter un certain temps pendant la manipulation pour qu'ils laissent passer quelque chose ».

Modification mercredi 4 mars à 13h59 après ajout de la précision sur les deux fichiers, digital et ADN, suite à une erreur de lien.

Addendum vendredi à 13h05 : on apprenait par la suite que la liste des destinataires s'était allongée puisque Christine Albanel, ministre de la Culture, Christian Vanneste député UMP du Nord, mais aussi Nonce Paolini, le PDG de TF1, ainsi que l'AFP ont également reçu des menaces semblables.

Photo : Rachida Dati, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie (Audrey Cerdan, Reuters)

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  • Redroom
    • Posté à 22h19 le 03/03/2009

    Doit on encore relayer ce type de désinformation ?

    Tout va mal en France, Sarkozy et sa clique sont au plus bas dans les sondages et les voilà brutalement « menacés » ?

    Non mais c'est pas un peu fini de nous prendre pour des abrutis ! ?

    C'est plus que ça le pouvoir maintenant, de la manipulation pour dissimuler l'incompétence ?

    Je commence a avoir très peur de l'avenir tout d'un coup...

  • Amococadix
    • Posté à 06h54 le 04/03/2009

    Pas de panique, encore quelques lettres, et son chargeur sera vide ; )

  • comptebloqué 27 juillet 2009
    • Posté à 13h03 le 06/03/2009

    Cette histoire a déjà eu lieu. L'auteur des menaces et envoi de balles a eu une condamnation très légére...

    (1 euro de dommage et intérêt à verser à chacune de ses victimes, à 10 mois de prison avec sursis, à trois ans de mise à l'épreuve, et à la destruction de son stock invraisemblable d'armes de guerre, constitué de fusil d'assaut, pistolet et revolver, balles spéciales perforantes, appareil de visée, silencieux)

    Par défaut ARRESTATION DE L'HOMME QUI AVAIT MENACé DE MORT JOSé BOVé ET EYAL SIVAN

    26.05.2004 : ARRESTATION DE L'HOMME QUI AVAIT MENACE DE MORT JOSE BOVE ET EYAL SIVAN
    L'auteur des lettres de menaces de mort qui ont visé en 2002 et 2003 des personnalités en raison de leur dénonciation de la politique criminelle du gouvernement israélien a été interpellé et discrètement mis en examen, selon le Le Parisien.

    L'interpellation remonte au mois de février dernier, indique le journal. Raphaël Schoemann, 64 ans, a été placé sous contrôle judiciaire. Lors de sa garde à vue, il a reconnu être l'auteur d'une dizaine de lettres contenant une balle de calibre 22 LR avec la mention « La prochaine n'arrivera pas par la poste ».
    Des courriers envoyés à José Bové (alors qu'il était en prison), au militant écologiste Alain Lipietz, à l'avocate de Carlos, Isabelle Coutant-Peyre, au cinéaste Eyal Sivan et à d'autres intellectuels.
    Lors des perquisitions, les enquêteurs ont trouvé des munitions, des enveloppes et des cartes similaires à celles des courriers et une paire de gants de chirurgien. Les enquêteurs ont trouvé un nombre important d'armes, dont une partie détenue illégalement, notamment un fusil à pompe calibre 12, un revolver 22 LR, un fusil Winchester, une visée laser et des munitions. Inscrit à la Fédération française de tir (FFT), le sexagénaire s'entraînait au tir. « Mais ces armes n'ont rien à voir avec l'envoi des lettres », nous a-t-il indiqué. Selon une source proche du dossier, il assure être le seul initiateur des courriers. Il aurait été fortement marqué par l'expérience de ses parents, internés à l'arrivée des nazis en Allemagne. Il a déclaré au juge : « Ces intellectuels, sous couvert de critiquer l'armée israélienne, propagent des thèses négationnistes et antisémites. Il fallait faire quelque chose », a-t-il précisé au psychiatre. L'expert décrit un homme froid et décidé : « Il a admis les faits reprochés. Il les revendique. Il était lucide lors de leur commission. Il a l'entière responsabilité de sa conduite. » Pour le psychiatre, M. Schoemann devrait donc être renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris.

    Christophe Dubois et Jean-Marc Ducos
    Le Parisien , mardi 25 mai 2004

    L'affaire Raphaël Schoemann : le sioniste condamné
    Raphaël Schoemann est un sioniste sexagénaire, habitant le Raincy (93-Seine-Saint-Denis), une commune de la banlieue est de Paris.

    Il vient d'être condamné en première instance à Paris pour ses envois postaux de balles et de menaces de mort à une dizaine de personnes antisionistes ou modérément pro-israéliennes, à 1 euro de dommage et intérêt à verser à chacune de ses victimes, à 10 mois de prison avec sursis, à trois ans de mise à l'épreuve, et à la destruction de son stock invraisemblable d'armes de guerre, constitué de fusil d'assaut, pistolet et revolver, balles spéciales perforantes, appareil de visée, silencieux, et autres engins à donner la mort. Il avait acquis paraît-il en Suisse, cette panoplie du parfait tueur de métier.

    Cette personne légitime son acte de terrorisme par le fait que, selon ses dires aux juges, il aurait été bébé interné dans un camp de concentration nazi. Cela l'autoriserait donc, selon sa « logique personnelle », à menacer de mort ceux qui s'opposent au génocide d'une population entière, les Palestiniens, génocide opéré par des gens nommés sionistes, dont Raphaël Schoemann fait partie.