
Européennes : Peillon parachuté dans le Sud, un « crève-cœur »
Le 12 mars, les militants socialistes voteront pour avaliser les listes pour les élections européennes de juin. Expédié par Martine Aubry à la tête de la liste PS dans le Sud-Est, l'ex-député de la Somme Vincent Peillon a déclaré ce dimanche matin au « Grand Rendez-Vous » Europe 1-Le Parisien, que cette nomination était « un crève-cœur ».

L'élu picard n'avait pas caché son souhait d'un poste plus proche de ses terres électorales. Or, malgré le début de la campagne qui approche, il n'a pas changé de discours et répétait ce dimanche que ce n'était « pas à l'insu de son plein gré mais contre son plein gré » qu'il écopait de la tête de liste. Un choix que Martine Aubry devra assumer seule, sans lui, a précisé celui qui fut proche de Royal. (Voir la vidéo)
Localement, on pouvait craindre que ces déclarations ne mettent des bâtons dans les roues des sections qui battront la campagne pour la liste PS. Pour l'heure, les militants joints par Rue89 dans la foulée de l'interview de Vincent Peillon serrent les rangs.
« Il est quand même connu, les gens voteront quand même pour lui »
Bons soldats, ils gagent tous à l'unisson que le fond primera sur les querelles internes. Ainsi, Yannis Burgat, militant MJS et Unef dans le département du Rhône, qui promet que « les électeurs jugeront sur le fond ». Il assure que les propos de Vincent Peillon ne devraient pas déstabiliser la campagne sur le terrain, où les militants défendront « un programme, des idées », et pas un homme.
Dans l'Isère, Nicole Farouche n'avait pas davantage entendu la sortie de Peillon sur les ondes d'Europe 1. Mais elle milite depuis trente-huit ans au parti socialiste et n'est pas plus choquée que ça :
« Je peux comprendre, il n'a pas eu ce qu'il voulait. Je ne le prends pas si mal. Il est quand même connu, et pas si mal perçu, les gens voteront quand même pour lui. »
Officiellement, pas d'agacement non plus contre le parachuté picard à Marseille, où Vartan Arzoumanian, qui fait partie du secrétariat fédéral dans les Bouches-du-Rhône, rétorque qu'il « a bien le droit d'exprimer son sentiment ». Coup de griffe au passage :
« Il faut arrêter avec les petites phrases. Le PS mérite mieux. »
Mieux que Vincent Peillon qui prend une tête de liste à contre-coeur et s'étend sur ses états d'âme à trois mois d'un scrutin ?
« Non, mieux que les journalistes qui ne s'intéressent qu'à la forme et pas au fond, au programme. C'est pas parce qu'il dit ça qu'il faut en faire une montagne. En tant que militant, je recherche du fond. Et puis quand on est député européen, on n'est pas député d'un territoire. »
« Je comprends que ça l'emmerde »
Ce dernier argument revient chez pas mal de militants. Ainsi, Hélène Vincent, adjointe au maire PS de Grenoble. Quand on lui rapporte les propos de Vincent Peillon, elle rit quand même un peu et reconnait que « si c'est vrai, c'est pas très fin et ça risque d'être plus compliqué pour mobiliser les militants ».
Pour elle, « il pouvait aussi choisir de ne pas être sur cette liste ». Toutefois, Hélène Vincent relève que « ça n'a pas beaucoup de sens de territorialiser la question » :
« Qu'il soit ici ou ailleurs, c'est d'abord pour un élu socialiste en Europe que les gens voteront, pour des principes, des valeurs. »
Même à Lyon, où la municipalité PS aurait bien poussé Thierry Philip, maire du IIIe arrondissement, à la place de Vincent Peillon, on ne rue pas dans les brancards. Romain Blachier, adjoint au maire du VIIe arrondissement :
« Je comprends que ça l'emmerde, en un sens : il avait envie de s'implanter, et il a été dégagé par les apparatchiks de Martine Aubry. Il a le droit d'en avoir marre qu'on le déplace au gré du vent pour des raisons d'appareil central, de courants. »
Il faut attendre 19h30 et Pascal Mercier, qui milite au PS en Isère, pour avoir un son de cloche (un peu) plus agacé. Le « crève-cœur » le fait rire… un peu jaune quand même :
« C'est pour le moins inélégant à l'égard des militants socialistes mais, vous savez, on avait Michel Rocard comme tête de liste, avant, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'était pas très en lien avec les militants du département. Beaucoup plus gênant, en revanche : alors que tous les courants s'étaient mis d'accord pour pousser un élu d'Isère, avec ces parachutages il ne figure qu'en position inéligible. Le département ne se retrouve pas dans cette liste. »
Addendum dimanche 1er mars à 19h44 : Ajout du témoignagne de Pascal Mercier, militant socialiste en Isère, après son coup de téléphone.
Photo : Vincent Peillon à Bordeaux le 27 octobre (Regis Duvignau/Reuters)

A lire aussi sur Rue89
► La presse unanime : Martine Aubry est « heureuse »
► Scandale au Parlement européen : un besoin de transparence
► PS : Aubry intègre les royalistes dans une direction en surpoids
Ailleurs sur le web
► Les propos de Vincent Peillon au « Grand Rendez-Vous » Europe 1-Le Parisien, dimanche 1er mars
► Le blog de Romain Blachier, adjoint au maire du IIIe arrondissement à Lyon
► Le blog marseillais de Vartan Arzoumanian
- 14716 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque





















4
De hagalma
19H38 | 01/03/2009 |
« Il est quand même connu, les gens voteront quand même pour lui ». Décidément, c'est dur de faire de la politique, et pour un parti qui n'a plus d'identité. Faudrait quand même pas croire que ça va attirer les foules…
De 101.7
Promeneur | 19H51 | 01/03/2009 |
Il est majeur ? Vacciné ?
Il a le droit de refuser, de demander à être candidat dans sa région.
Si le parti socialiste a fait ça pour être sûr de capter des voix c'est nul.
Il faudrait qu'ils comprennent que les idées sont prioritaires, un programme , une profession de foi vaut mieux que « des noms » qui passent à la télé.
Les électeurs s'y retrouveraient et traineraient moins les panards pour aller voter.
On retrouve les mêmes façons de faire à l'UMP.
Allez encore un peu de volonté pour changer de façon de faire, c'est la politique en général qui prendrait une majuscule.
De gerarmenvu
gaucher contrarié | 20H00 | 01/03/2009 |
dans le Centre ça passe mal on a parachuté Weber, un antieuropéen, au détriment du candidat local, pour une ou deux places éligibles, il y aura des remous
De caro
délinquante avérée | 21H20 | 01/03/2009 |
ça me fait plutôt rire (un peu jaune quand même) toute cette histoire. Du côté de Grenoble (je ne sais pas pour le reste du Sud Est), on n'aime pas bien les parachutés. Martine devrait s'en souvenir, elle qui, il y a pas mal d'années, avait été pressentie pour la mairie de Grenoble et finalement le PS local avait préféré quelqu'un du cru.
Allez, on va pas le manger, le petit Peillon, il peut sourire, tête de liste, il est sûr d'être élu. Va-t-il mouiller sa chemise pour faire élire un max de personnes sur sa liste ? entre les quenelles de Lyon et la bouillabaisse, au cours de ses meetings, il pourra découvrir des tas de plats locaux, tous aussi bons les uns que les autres. Courage …
Et dire que je ne voterai sans doute pas PS : -))))