Revue de web 27/02/2009 à 13h12

Polémique sur le verre de vin quotidien, le Web voit rouge

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Selon une étude opportunément brandie par Roselyne Bachelot, le vin augmente les risques de cancer. Problème : elle date de 2007.



Amy Winehouse au festival Rock in Rio en juillet 2008 (Juan Medina/Reuters)

Boire un verre de vin par jour augmente le risque de cancer ? La publication de l'étude de l'Inca le 17 février enflamme le web qui trouve étrange que ce rapport daté de novembre 2007 soit soudain publié, en pleine discussion du projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoires ».

Dans cette brochure de 60 pages « Alcool et risque de cancer, Etat des lieux des données scientifiques et recommandations de santé publique », l'Institut national du Cancer (Inca) pose une bombe en écrivant tout net :

« Le risque de cancers augmente avec la quantité d'alcool absorbée et devient significatif à partir d'une consommation d'un verre par jour ».

Et de conclure :

« En matière de prévention des cancers, en l'absence de dose sans effet, la consommation régulière d'alcool n'est pas conseillée. »

Femmes et cancer : nouvelle étude inquiétante


Le Journal of the national cancer institute d'Oxford vient de publier une étude menée auprès de 1,3 million de femmes dans la cinquantaine au Royaume-Uni entre 1996 à 2001. Conclusion : une consommation faible ou modérée d'alcool accroit le risque de certains cancers, tels que le cancer du sein, du foie, du colon, de la bouche et de la gorge, à hauteur de 15 pour mille selon les chercheurs. Le type d'alcool n'a pas d'importance, précisent les chercheurs. Vin rouge, vin blanc, bière ou spiritueux, l'effet néfaste est le même.

Dimanche 22 février, invitée du grand jury RTL/Le Figaro/LCI, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a repris les conclusions de l'Inca à son compte. Elle déclare que « le risque de cancer apparaît dès le premier verre de vin ».

Floue et consensuelle, la ministre, qui ne peut ignorer les inquiétudes du milieu viticole face aux mesures contenues dans son projet de loi, plaide pour une approche « raisonnable, culturelle, équilibrée ».

Les vignerons en ont ras le bol

N'empêche, c'est trop tard, les viticulteurs sont exaspérés. L'Association générale de la production viticole (AGPV) qui représente la profession s'estime victime d'« acharnement » et regrette cette « stigmatisation ». Dans France Soir, Xavier de Volontat, président des Vignerons indépendants déclare :

« Les vignerons en ont ras-le-bol d'être toujours dans la ligne de mire » (...). En vingt ans, la consommation de vin a diminué de 50%, cela n'a pas empêché le nombre de cancer d'augmenter. Je pense qu'il y doit y avoir d'autres causes. »

Plus grave, pour Xavier de Volontat, la publication de l'étude de l'Inca ne doit rien au hasard :

« Qu'une étude sur le lien étroit entre cancer et alcool datant de 2007 ressorte comme par hasard en février 2009 à la veille d'un débat démocratique, c'est un peu bizarre ! »

Le site Agriculture et Environnement va plus loin. Un article « Un seul verre de Château Yquem ou de Petrus serait dangereux pour la santé, affirme Roselyne Bachelot ! » dénonce le projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoire » qui chercherait à remettre en cause les dégustations :

« Dans sa version première (ce texte) pourrait bien mettre un terme à toute dégustation de vin gratuite ou au forfait sur le lieu de vente ».

A l'article 24, le projet de loi prévoit en effet :

« D'encadrer la vente d'alcool à domicile : cette forme de vente, souvent pratiquée par de petites entreprises indépendantes, est actuellement en forte expansion. Elle échappe à toute réglementation. »

Interrogé, le cabinet de la ministre assure que « les foires aux vins ne sont pas menacées » par le projet de loi, mais confirme seulement l'interdiction prochaine des open bars.

Le vin a aussi des vertus

Les discussions sur le Net ont permis de rappeler que la recherche scientifique est souvent arrivée à des conclusions contraires à celles de l'Inca. Notamment celles du Fonds mondial de recherche contre le cancer qui dans ses 10 recommandations pour la prévention du cancer rappelle que « le risque est réel pour une consommation excessive » et se contente de conseiller :

« En cas de consommation d'alcool, se limiter à une boisson par jour pour les femmes et à deux pour les hommes. »

Chacun a en tête ce qui est presque devenu une croyance populaire : un verre de vin par jour est bon pour le coeur, comme le rappellait dans une interview Michel de Lorgeril, cardiologue et nutritionniste et chercheur au CNRS :

« Oui, l'alcool consommé de façon quotidienne et raisonnable, et j'insiste sur ce terme, est bon pour la santé. Il a des vertus protectrices dans le domaine des maladies cardiovasculaires, dans les pathologies cérébrales mais aussi pour prévenir le diabète ou encore certains cancers.(...) Certains cardiologues “prescrivent” même à leurs patients un verre de bordeaux par jour. »

Ne pas confondre vin et alcool fort

Le site Danger santé remet les pendules à l'heure en insistant sur la différence entre :

  • Les consommateurs réguliers d'alcool forts (whisky, vodka, pernod-ricard, gin) qui augmentent incontestablement leurs risques de cancer de la bouche et de l'oesophage, surtout s'ils sont accompagnés du tabagisme à un paquet par jour…
  • Les consommateurs réguliers de vin, à raison d'un ballon de vin entre la poire et le fromage qui au contraire ont des risques réduits, tant de cancer que de maladies cardio-vasculaires.
  • Confondre whisky, vin ou bière est une erreur scientifique grave.

Le blog SOS alcool joue son rôle de prudence et prévient que « toute consommation d'alcool augmente le risque de cancer » :

« Il convient donc de ne pas inciter les personnes abstinentes et les personnes vulnérables à boire. »

Le blog de la santé relativise et ne prend pas position :

« Il est impossible de définir un niveau acceptable d'alcool qui n'ait pas d'effet sur votre santé. Bon et puis, ne vous empêchez pas non plus de vivre, ce sont des chiffres à interpréter avec précaution. »

Le mot de la fin revient à vitisphère qui est allé chercher dans toutes les réactions d'internautes sur les sites qui ont parlé du sujet depuis dis jours.

Il résume leur « ras-le-bol, agacés, voire ulcérés, d'entendre tout et son contraire sur la santé, le cancer, l'alcool et le vin ». Morceaux choisis :

« Un verre de rouge par jour avait toujours été préconisé par tous les médecins pour combattre le cholestérol. Vaut il mieux mourir d'un cancer ou d'un infarctus ? “ ou ‘La pollution nous tue à petit feu et on nous emm... avec notre verre de vin ? Quelle sinistre blague.’

A lire aussi sur Rue89
Alli : la pilule qui fait maigrir fait surtout aller aux toilettes
Pour les mineurs, c'est ‘trop facile d'acheter de l'alcool ! ’
Le blog Mise en bouteille de Catherine Bernard

Ailleurs sur le web
L'étude de l'Inca
Le projet de loi ‘Hôpital, patients, santé et territoires’

  • 45058 visites
  • 287 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • JP_JP
    • Posté à 13h25 le 27/02/2009

    Vieille histoire ...
    à un patient qui lui demandait comment faire pour vivre le plus longtemps possible, le médecin lui répondit : Pas d'alcool, pas de cigarettes, pas de bonne bouffe, pas de sexe.
    Le patient lui demanda alors s'il était certain qu » autant de sacrifices garantiraient l'allongement de sa vie, il lui répondit je ne suis pas sûr, mais ça vous paraitra beaucoup plus long.

  • personne
    • Posté à 13h39 le 27/02/2009
    • Internaute

    Si je mange du poulet je risque le SRAS.
    Si je mange du porc je risques d'attraper des vers.
    Si je mange du bœuf je risque un cancer du colon.
    Si je mange des œufs je risque d'avoir du cholestérol.
    Si je mange du pain je risque d'avoir de l'hyperglycémie et du diabète.
    Si je bois du vin je risque un cancer du foie.
    Si je bois de l'eau minérale je risque d'être contaminé par des bactéries.
    Si je je bois de l'eau du robinet je risque un empoisonnement aux métaux lourds.
    Si je mange des légumes ou des fruits je risque d'être contaminés par des pesticides.
    Si je mange des produits transformés par l'industrie je risque un cancer à cause des additifs.
    Si je fume je risque un cancer de la bouche, des bronches ou des poumons.
    Si je suce je risque un cancer de la gorge.
    Si je me fais enculer je risque le Sida.
    Si je me branle je risque un cancer de la prostate.
    Si je ne me branle pas c'est des testicules.

    Et bien je m'en fout de toute façon à la fin je crève, alors à cause de l'un ou de l'autre, au moins j'en aurais profité.

  • olivier p
    olivier p
    face à la mer
    • Posté à 14h04 le 27/02/2009
    • Internaute
      face à la mer

    Cette étude tombe à pic ! En pleine période anxiogène, mieux vaut éviter un recourt aux drogues. Plus ça va, plus leur statut social tend à s'harmoniser vers la restriction, la répression, la peur. Malgré d'autres études qui devraient inciter à la prudence, on impute au consommateur la responsabilité. Or, il aurait été plutôt intéressant de nous expliquer ce qui est le plus dangereux entre un vin « bio » (label ou pas) et un vin hyper chargé en pesticides et& co, c'est vrai pour l'ensemble des alcools, des tabacs, et des produits illicites. Par ailleurs, il aurait été intéressant que les journalistes nous fassent la liste du risque vin par rapport à d'autres risques comme le mercure dans la bouche, le portable à l'oreille ou dans la poche, les toxiques intérieurs et environnementaux, les états des stress, et puis... tant qu'on y ait quel est l'impact comparé sur la santé des faits d'être amoureux, d'avoir une vie sexuelle, de rigoler régulièrement, de manger et de boire diversifié, d'avoir une activité physique quotidienne (il n'y a pas que le « sport »), etc.

    Bref, à défaut de prendre leurs responsabilités politiques sur d'autres sources de cancer (dont on parlera peut être dans 30 ans) un certain nombre de responsables font comme si ils se préoccupaient de la santé tout le monde, tout en assouplissant les règles pour l'amiante, ou en n'appliquant pas d'autres interdictions plus commercialement sensibles. En effet, on peut se demander si la politique du gouvernement ne serait pas inconsciemment une spéculation sur le prix des bars et des vignes : faire baisser leurs valeurs et dire aux citoyens qu'eux seuls même dans le plaisir sont responsables de leurs malheurs ?

  • Warp
    • Posté à 14h07 le 27/02/2009
    • Internaute

    protéger des risque cardio-vasculaires et augmenter les risques de cancers n'est pas incompatibles
    certains éléments du vin sont bénéfiques comme le tanin tandis que d'autres comme l'alcool contenu dans le vin sont dangereux pour la santé
    dire que le vin est une panacée contre le risques cardio-vasculaires est une vérité partielle, l'huile de pépins de raisins contient bien plus de tanin
    mais le lobby du vin est fort en France, les élus ne parlent que des aspects positifs du vin

  • makman
    • Posté à 15h19 le 27/02/2009

    Bonjour,

    Dans l'article il est dit que l'on ne doit pas faire l'amalgame entre le vin et les autres alcools. Je vais préciser pourquoi :

    Les vins (rouges) contiennent de l'alcool, certes, mais aussi une quantité importante d'antioxydants (tanins notamment), dans une mesure de plusieurs grammes par litre. Ces tanins ont, on le sait depuis longtemps, une action bénéfique pour l'organisme. Lorsque la consommation de vin est excessive (plus de 2 verres par jour d'après la plupart des sources), les effets négatifs de l'alcool l'emportent sur ces effets bénéfiques.
    C'est pourquoi les médécins « prescrivent » du vin, rouge, et le plus souvent assez tannique comme les Bordeaux. C'est aussi une des explications aux taux de cancers moindres dans les régions où les habitants pratiquent une consommation régulière de vin.

    Les autres alcools, de la bière aux alcools forts, ne contiennent pas de tanins et leur action sur l'organisme est plutôt négatif.

    Et avec tout ça, on oublie de considérer l'aspect culturel du vin. Bachelot considère le vin comme une boisson au même titre que du soda ou de la vodka. C'est oublier que le vin, nos vignes, nos cépages et pratiques font partie de notre patrimoine depuis 2000 ans. Oublier son rôle dans le dynamisme de nos campagnes (viticoles). Oublier que le vin, ses nuances, sa dégustation sont culturelles. Traiter le vin comme le whisky, c'est une hérésie.

  • Jaycib
    • Posté à 18h12 le 27/02/2009

    Les preuves à l'appui de la conclusion de Roselyne Bachelot sont faibles, et en tout cas contestables. L'étude publiée dans le Journal of the National Cancer Institute britannique (voir l'encadré) a pour principal défaut de partir d'un a priori, puisqu'elle isole la consommation d'alcool comme unique facteur prédictif d'un cancer (même si elle constate que le tabagisme constitue un facteur aggravant), sans tenir compte d'autres possibilités. L'excuse présentée par des commentateurs de cette étude est que l'énorme cohorte étudiée (1,3 million de cas, tous analysés sur la base de questionnaires remplis par les patientes, par définition relativement peu fiables) rend impossible la détermination de causes multifactorielles. On peut donc raisonnablement estimer que les conclusions de l'étude sont exagérées.

    Par ailleurs, une consultation rapide d'études pertinentes récentes sur le site de la bibliothèque américaine de médecine (sur le web, PUBMED) indique que les choses sont beaucoup plus compliquées. J'en cite trois (toutes en anglais, on n'a pas le choix) ci-dessous :

    Lien

    Conclusion : chez les femmes, l'augmentation du risque de cancer de l'endomètre pour cause de consommation d'un verre de vin par jour (éthanol = 10 g ou plus) est improbable. [Etude suédoise]

    Lien

    Conclusion : le risque de cancer rhino-pharyngé n'augmente qu'en cas de grosse consommation d'alcool. [Etude américaine]

    Lien

    Conclusion : le risque d'augmentation de la mortalité imputable à la consommation d'alcool n'est présent qu'en cas d'excès. Même les anciens gros buveurs courent un risque élevé de cancer (de tout type). [Etude japonaise]

    Au vu de ce qui précède, il y a des raisons de croire que la déclaration de R. Bachelot est opportuniste. S'agit-il de semer la peur chez les gens ? On peut se le demander. Une chose me paraît sûre : la ministre est suffisamment bien informée (c'est une ancienne pharmacienne) pour déterminer la valeur toute relative de l'étude britannique citée en exergue. On lui a peut-être refilé le commentaire d'un collaborateur pas très affûté... Une chose me paraît claire : si on avait voulu amorcer une campagne tendant vers une prohibition de la consommation de vin (ou d'autres alcools), on ne s'y serait pas pris autrement.

    Il ne fait pas de doute que l'alcoolisme existe bien en France (et qu'il induit une augmentation du risque de cancer en général), mais il n'existe aucun consensus des professions médicales concernant la dose d'ingestion quotidienne à partir de laquelle la consommation de vin, entre autres, devient excessive. La recommandation de bon sens faite depuis pas mal d'années par les praticiens est qu'il ne faut pas dépasser la dose quotidienne de 10 g d'éthanol (alcool pur).

    EDIT : 10 g d'éthanol = plus ou moins un verre de vin de 10 cl, ou 3 cl d'alcool fort du genre whisky, ou 33 cl de bière