A DEBATTRE 27/02/2009 à 17h35

Et si les recruteurs arrêtaient de regarder les CV ?

Anne-Gaëlle Besse | Etudiante en journalisme

N’envoyez pas de CV et on ne vous écrira pas... Plutôt que de disséquer un parcours professionnel, certaines entreprises préfèrent organiser des castings sans CV, surtout lorsqu’elles cherchent à embaucher pour du long terme.

L’objectif de l’exercice, c’est de passer du « j’ai besoin d’une personne avec telles compétences pour telle mission » à « si tu me plais, je te ferais une place dans ma boîte ».

Autant dire que ce type de recrutement se pratique d’abord dans des grandes structures, qui peuvent assurer une formation au nouveau venu de l’équipe.

La société de vente de crédit à la consommation Cofidis organise ce qu’elle appelle un « Cofi-talent » (nom croisé du sien et de celui du cabinet de recrutement Captalents) par trimestre, où les managers de différents services rencontrent des candidats pré-sélectionnés par le cabinet Captalents.

Amandine Bondonneau, chargée de recrutement, se souvient de sa première opération de recrutement sans CV pour Cofidis. C’était en décembre 2007 :

« On est parti du décalage entre l’image de l’entreprise en interne et à l’extérieur. A l’époque, c’était difficile d’attirer des candidats et on en a trouvé qui n’auraient jamais eu l’idée de postuler à Cofidis. »

Les entreprises qui ont recours au recrutement sans CV veulent ramener du sang neuf dans leurs bureaux. Amandine Bondonneau cite l’exemple d’une compagnie d’assurances lassée de recruter dans un milieu « où tout le monde se connaît », et pour qui son cabinet est allé chercher quelqu’un qui travaillait dans la production industrielle.

« La vision “je recrute pour un besoin précis à un moment T, donc il me faut une personne formée et opérationnelle” est dépassée. Nous cherchons chez un postulant l’envie, la capacité à apprendre, une formation minimale ; si on croit qu’on peut le faire grandir, lui bâtir une formation ne sera pas un problème. »

Le CV n’intervient qu’à la dernière étape

Pour trouver la perle rare, le cabinet établit des exercices (de créativité et de rapidité par exemple), des études de cas et des questionnaires (du type questionnaire de Proust, portraits chinois).

Viennent ensuite trois entretiens avec des responsables de différents services pour déterminer où la personne pourrait trouver sa place. Le coup d’oeil au CV n’intervient qu’à la fin, lorsque le cabinet de recrutement et l’entreprise débriefent.

Et vous ? Trouvez-vous que le CV doive être un élément essentiel du recrutement ? Quel rôle doit-il jouer ?

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  • 2pil
    • Posté à 18h56 le 27/02/2009
    • Internaute 28101

    « Amandine Bondonneau cite l’exemple d’une compagnie d’assurances lassée de recruter dans un milieu “où tout le monde se connaît”, et pour qui son cabinet est allé chercher quelqu’un qui travaillait dans la production industrielle. »

    ....Ils n’ont qu’à recruter des chômeurs, ils ne connaissent plus grand monde ou disons plutôt que plus grand monde ne les connait !

    J’ai récemment participé à un recrutement « feeling » où la seule différence notable avec un recrutement traditionnel était justement le fait que les 20 candidats étaient tous des travailleurs (précaires ou indépendants comme moi mais aucun « vrai » chômeur)...il s’agissait pourtant d’un poste de vendeuse en grande surface « culturelle » rémunéré au SMIC horaire.

    Ils veulent peut être trouver la perle rare mais c’est pour la remettre dans sa coquille, la tête sous l’eau...

  • elmanol93
    • Posté à 12h18 le 28/02/2009
    • Internaute 31108

    Le CV est il surtout aujourd’hui une valeur fiable pour un recruteur ?

    La plupart des gens autour de moi reconnaissent facilement qu’ils pipotent honteusement leurs parcours et leurs diplômes afin de se donner plus de chance. Et comme la plupart des boîtes ne vérifient pas à moitié les informations qui leur sont fournies…

    Depuis une dizaine d’années, dans la structure où j’évolue, je constate des embauches ou les nouveaux arrivants n’ont pas, ou peu, les compétences requises. Par contre ils ont tous accepté des salaires au raz des pâquerettes. Pour les hauts salaires, pas de CV, du copinage pur. Avec le même souci de manque de compétence. Le « principe de Peter » à tous les étages. Des formations au compte goutte ou « sur le tas », prodiguées par dessus la jambe par des personnes aux compétences discutables, là aussi.
    Le serpent qui se mord la queue. Et la crise s’installant durablement, une structure aujourd’hui sur la corde raide. Evidement, aucun plan de relance à l’horizon puisque les principaux décisionnaires n’ont pas le niveau pour en élaborer. Pas plus que leurs plus proches subalternes.

    Un bon exemple de boîte qui n’a jamais su vraiment à quoi servait un CV lors d’une embauche. Ni à quoi servait une période d’essai du reste.

  • elmanol93
    • Posté à 12h27 le 28/02/2009
    • Internaute 31108

    Pas faux…
    J’ai refusé, il y a plus de dix ans, un entretiens quand le recruteur m’a demandé mon signe astrologique (qu’il pouvait connaître par ma date de naissance sur mon CV qu’il détenait déjà) et mon chiffre préféré. Je lui ai répondu alors que son annonce n’avait plus d’intérêt pour moi du coup - que je cherchait une structure de professionnels et pas un cabinet de marabouts.
    Mais ai-je eu raison ? Je ne suis pas mieux placé aujourd’hui, finalement.

  • glafouk
    • Posté à 12h38 le 28/02/2009
    • Internaute 14743

    Je reconnais volontiers que recruter quelqu’un et s’engager à lui refiler des responsabilités dans la durée c’est pas du plus aisé...

    En même temps c’est assez étrange d’observer sur quoi les dits recruteurs se basent. Certes, il y a moult paramètres, mais souvent cela parait assez aléatoire et arbitraire,...

    Le CV. On y raconte de sa maternelle jusqu’à son dernier poste de tripalium. On y liste précisément tous les awards glanés qu’on exhibe fièrement. On gonfle un peu le tout pour que ça ai l’air massif (enfin ça il semble que cela soit une pratique liée à notre pays hexagonal, de l’autre côté du Rhin au contraire on limite au maximum car le recruteur aime à fouiller précisément le passé pour tout vérifier, et si faille il y a, c’est le drame). Et on ponctue souvent par une liste touchante qui raconte qu’on aime les images qui défilent par 24 à la seconde ou qu’on adore crapahuter sur les rochers de Fontainebleau.
    Bon... Notre future recruteur peut alors savoir si on a pris son temps au lycée parce qu’il y faisait chaud (c’est mal ?), si on a pris son temps pour méditer à quoi faire de sa vie après son bac (heu, c’est mal ?), si on a bien des jolis papiers avec des noms qui brillent dessus (qui d’ailleurs s’achètent en fait, vu les prix des écoles), si on a été bien malléable une fois stagiaire (« oui alors ce projet je l’ai fais de A à W mais, je... n’étais pas payé »), si on a une « expérience » en étant passé par de grands noms du CAC40, et si comme lui oui, on aime bien courir le samedi matin dans les bois...

    La lettre (ou le mail) de motivation. Une ébauche de roman où il faut réussir à textuellement incarner un rôle de composition, en casant savamment qui d’une petite fellation, qui d’un coup de poing viril parce qu’on en veux et qu’on est un winner, le tout empaqueté dans un verbiage pré-calibré en copié-collé.
    Là, le recruteur peu juger de l’habilitée du candidat vis à vis du logiciel de traitement de texte, sait-il bien utiliser le correcteur orthographique, maitrise-t-il bien ses classiques du « cordial », etc...

    Le book. Une jolie compilation de tout ce qu’on à fait de joli justement. Bon, après, on peut aussi dire « ça vous plait ? c’est moi qui l’ai fait » alors qu’en fait on a participé au machin, mais que c’est surtout le fruit d’un boulot d’équipe.
    Ici on est un peu plus dans le qu’on crée, donc le concret. Le recruteur peut juger sur pièce, apprécier la qualité du boulot. Le truc c’est qu’on ne peut pas faire ça pour toutes les professions. C’est dommage, c’est un peu ce qui me semble le plus rationnel pour jauger les capacités de quelqu’un vis à vis d’une tache donnée. Le CV et la lettre motivée paraissent carrément anecdotiques mais non, le recruteur va quand même y attacher autant d’importance, si ce n’est plus. Limite ça parait plus important d’avoir un document formel et officiel qui dit « je sais faire ceci vu que la grande école qui me l’a donné elle est jolie » plutôt que de montrer le « Hey t’as vu ? J’ai fait ça avec mes petites mains et mon cerveau, ça claque non ? ». So sad so bad...

    Ce qui est amusant aussi c’est la notion de forme. Cela doit être lié aux moules qui rassurent (va savoir pourquoi d’ailleurs). Il faut cadrer avec la masse, bien rester au milieu, ne pas dépasser les lignes, sous peine de ne pas être vu comme « sérieux ».
    Cela donne des résultats assez drôles : vous cherchez un travail de type « je suis un gars qu’a parfois des idées, plutôt idiotes, mais bon parfois ça plait ». Par exemple, genre pour bosser à l’intérieur du web en tant que « je suis le type qui va concevoir le site, le dessiner, le mettre en musique et le coder en actionscript ». Vous jouez alors à faire deux types de CV, l’un plutôt « straight », un bon doc word tout insipide en Arial, l’autre emballé sous la forme d’une fiche cuisine en respectant le coté kitsch des dites fiches (avec une photo de vous en blanc avec un toque) et en proposant votre recette du « Curry Kulümwitai ». Le contenu factuel est le même, seul l’emballage graphique et verbal diffère.
    Le résultat est sans appel : ça répond de partout avec la version « normée » noyée dans la masse des copies conformes, et quedale avec la version « et si on montrais à son futur employeur qu’on peut distiller du contenu sérieux en souriant un peu vu que notre futur travail ça sera un peu ça, à savoir charmer le chaland pour lui refourguer de la camelote qu’il achètera ».
    Et là, candide et stupide que je suis, je me dit « mais heu... c’est étrange... ». J’en cause autour de moi, et les réponses sont toutes unanimes : « Mais, tu voulais vraiment te faire embaucher ? T’es sûr ? Non pasque là... ». Double perplexité du coup. Doit vraiment y’avoir un truc qui m’échappe dans les méthodes de sélections pour décrocher un entretiens. Mais z’avez peut être de quoi m’éclairer ?

    Des CV et des lettres j’en ai aussi reçu . Et souvent justement tout semblait uniforme. Je me trouvais bien en peine de « départager » qui que ce soit, heureusement qu’il y avait le book pour voir un peu ce qu’il en ressortait. Enfin, une fois, une candidature spontanée a particulièrement attiré mon attention. C’était le « mail » de motivation, la fameuse étape qui valide son diplôme de Word, et là le monsieur a eut un petit moment de flottement que j’ai trouvé mémorable, aaah le drame de la faute de fripe : « Je vous propose mes sevices professionnels », alors certes ne pas manquer d’ « r » c’est plutôt vendeur, mais le BDSM en agence de com j’ai eut comme un doute...

  • Elle anonyme
    Elle anonyme répond à papy55
    Béotienne
    • Posté à 12h47 le 28/02/2009
    • Internaute 24737
      Béotienne

    Un de mes précédents employeurs qui avait beaucoup recruté à différents postes tout au long de sa carrière m’a dit un jour qu’un recrutement, malgré la batterie de tests, d’analyses, d’entretiens possibles, au final, c’est toujours du 50/50.

    Une chance sur deux de se planter, alors, le recrutement au dés, pourquoi pas...

  • elmanol93
    elmanol93 répond à glafouk
    • Posté à 13h54 le 28/02/2009
    • Internaute 31108

    « Le book. Une jolie compilation de tout ce qu’on à fait de joli justement. Bon, après, on peut aussi dire “ ça vous plait ? c’est moi qui l’ai fait ” alors qu’en fait on a participé au machin, mais que c’est surtout le fruit d’un boulot d’équipe. »

    Et pourtant, moi j’ai vu pas mal de produits naîtrent de l’imagination et du savoir faire d’employés à la base de la pyramide car les donneurs d’ordre ne savaient ni par ou commencer ni quoi faire réellement.

    Ces salariés n’ont pas usurpés la place prédominante de ces produits dans leur CV.

    Le plus alarmant dans les exemples que j’ai pu observer dans le contexte de leur production, c’est qu’une fois que les responsables reprenaient la main sur ces produits, ils arrivaient à les bousiller. Du grand art. Jamais sanctionnés par la direction.

    Un exemple : les books de maquettistes de presse qui vous présentent un numéro sur lequel ils estiment avoir tout fait pour la partie graphique. Pour se faire une idée, le recruteur peut acheter dans un kiosque un exemplaire qui n’a pas été exécuté par le candidat qu’il convoite et il verra direct la différence de capacités - enfin, s’il est du métier.