A LA UNE 25/02/2009 à 18h38

Le conseil de l'ordre sanctionne des kinés par tirage au sort

Anne-Gaëlle Besse | Etudiante en journalisme

Sur 437 praticiens toulousains rejetant le nouveau et controversé Conseil de l’ordre des kinés, 18 tirés au sort seront jugés.


Nicolas Sarkozy visite un cabinet de kiné à Bletterans, Jura, le 18 septembre (Philippe Wojazer/Reuters)

A Toulouse, 18 kinés tirés au sort sont assignés en référé pour ne pas s’être inscrits à l’ordre des masseurs kinésithérapeutes, créé en août 2007 et mal accepté par une partie de la profession. Des manifestations de soutien s’organisent avant le procès, le 3 mars.

Parmi les tirés au sort par le conseil de l’ordre de Haute-Garonne, cinq travaillent à l’hôpital de Purpan, cinq à celui de Rangueil, cinq en clinique et cinq exercent en libéral -mais les listes transmises par la Drass n’étaient pas à jour, précise le conseil de l’ordre, ce qui donne 18 personnes menacées d’interdiction d’exercer, sur les 437 fraudeurs du département qui ne se sont pas inscrits.

Eliane De Pizzol, kinésithérapeute depuis trente ans à l’hôpital Purpan de Toulouse et parmi les tirés au sort, a été choquée de la méthode :

« L’huissier est arrivé sur mon lieu de travail, il m’a fait signer un papier et m’a remis un document de huit ou dix pages pour me signifier mon interdiction d’exercer. »

La kiné, rapidement soutenue par ses collègues, prend tout de même la précaution de déposer un dossier d’inscription au conseil de l’ordre, comme les autres assignés. Avant, elle ne voyait pas l’intérêt de le faire, en tant que salariée :

« A l’hôpital, il y a des surveillants, des médecins, des chefs de service et un conseil de discipline pour décider si nous commettons des fautes professionnelles. Et pour nous défendre, nous avons les syndicats. »

Le problème de l’adhésion au conseil de l’ordre, c’est le prix : 280€/an pour un libéral, 130€/an pour un salarié qui, en début de carrière, gagne 1600€/mois. Certains, comme Patrice Eude, qui travaille aussi à Purpan, souhaitent que l’adhésion au conseil de l’ordre soit facultative pour les salariés des hôpitaux publics, déjà contrôlés par leur hiérarchie et recrutés grâce à leur diplôme d’Etat. Il cite en exemple les kinés de l’armée, qui sont exemptés d’inscription, ou les vétérinaires salariés.

« C’est la loi, il faut la respecter »

Mais la loi de 2004 qui a créé ce conseil oblige les masseurs-kinésithérapeutes à s’y inscrire, conformément au code de santé publique. Patrice Carraud, le président du conseil de l’ordre de Haute-Garonne, ne voit donc pas où est le problème lorsqu’il tire au sort une partie des fraudeurs pour les assigner en référé :

« C’est la loi, il faut la respecter : comme on ne pouvait pas assigner 250 personnes, parce que c’était trop cher, on a tiré au sort. Si après le référé, certains ne veulent toujours pas s’inscrire, on recommencera. On aurait pu faire pointer les leaders, ceux qui ont amené la profession dans cette impasse, mais on ne les connaît pas tous. Avec le tirage au sort, tout le monde a ses chances. »

En Haute-Garonne, Patrice Carraud estime à 65% la proportion de kinés salariés et à 95% celle des libéraux inscrits ou ayant déposé un dossier d’inscription. Les autres ? Il les perçoit comme une minorité de praticiens « embarqués dans cette affaire par des syndicats de salariés intransigeants et irresponsables », avec qui toutes les voies de négociation ont été épuisées :

« En 2007, un an après notre élection, on nous a renvoyé les dossiers d’inscription vierges : on a organisé une réunion à Purpan, il y a eu des courriers puis une concertation avec le ministère en 2008, qui a abouti à une baisse des cotisations et à un moratoire sur les plaintes envers les non-inscrits. Une action engagée à Rennes a été stoppée, et le moratoire a duré, comme prévu, jusqu’au 31 décembre 2008. »

Une contestation ancienne

Le référé redonne de l’énergie à la mobilisation contre le conseil de l’ordre : Alizé, un syndicat qui s’est créé en opposition à l’ordre, et qui compte 2000 adhérents (sur 65000 praticiens), informe les kinés par email de l’évolution du dossier.

Le 16 février, les 18 fraudeurs tirés au sort devaient comparaître devant le tribunal de grande instance de Toulouse : des manifestations de soutien avaient lieu au même moment au Mans, à Strasbourg, Quimper, Rennes...

Au centre de rééducation de Trestel, dans les Côtes-d’Armor, les kinés avaient organisé un débrayage. Sur les 25 praticiens, tous ont adhéré à Alizé. Parmi eux, Franck Morignat, qui travaille depuis 1997 au centre. Il se sent solidaire de ses confrères toulousains :

« On est sur la sellette, comme eux, à travailler illégalement parce que nous n’avons pas adhéré à l’ordre, parce que pour nous, il n’a aucun intérêt. Ils cherchent uniquement des cotisants. »

Manque de communication ?

L’ordre est surtout impopulaire chez les salariés, qui constituent plus de 80% des adhérents d’Alizé. La Fédération française des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs, un des deux plus grands syndicats de la profession, souhaitait la création du conseil de l’ordre.

Alain Bergeau, le président de la FFMKR, affirme que les kinés préfèrent « être jugés par [leurs] pairs que par les médecins. » Le conseil de l’ordre arbitre aussi les litiges entre kinés, ou entre les kinés et leurs patients (voir la liste des litiges en 2007).

Didier Evenou, secrétaire général du conseil de l’ordre, ne comprend pas cette opposition et veut mettre en avant les réalisations du conseil :

« Depuis le 5 novembre, nous avons un code de déontologie, un ensemble de règles que les kinés peuvent utiliser pour se défendre. Grâce à nous, les 65 000 kinés de France peuvent être représentés dans le même organisme, alors qu’ils ne sont que 2 à 3% à être syndiqués. »

Il est persuadé que la fronde contre l’Ordre provient d’une mauvaise communication entre l’Ordre et les kinés :

« Je suis kiné, je ne suis pas né pour être secrétaire général du Conseil de l’Ordre. On a sûrement commis des erreurs de communication. »

Reste que l’Ordre vient de donner un argument supplémentaire anti-cotisation à Alizé, en signant un bail à 35 000€ HT par mois pour 750m² de nouveaux locaux rue Réaumur (IIe arrondissement de Paris).

Photo : Nicolas Sarkozy visite un cabinet de kiné à Bletterans, Jura, le 18 septembre (Philippe Wojazer/Reuters)

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
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Ailleurs sur le Web
Présentation du conseil de l’ordre, sur le site du CNOMK
Interview de Didier Lantz, du syndicat Alizé, sur projetmk.com
Le conseil de l’ordre de Seine-Maritime lutte contre la pratique illégale du massage, sur cdomk76.org

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  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 19h11 le 25/02/2009
    • Internaute 7659
      oiseau

    Il y a là deux problèmes très différents !

    1) La légitimité d’un conseil de l’ordre. Là, on peut discuter. Il y a des arguments des deux côtés, mais je rappelle une chose : dire que « c’est la loi, il faut la respecter » ne me parait pas très glorieux. La loi en 1943 ne brillait pas par son humanité et il fallait au contraire l’ignorer. L’existence d’une loi n’interdit ni la contestation ni la réflexion sur la nécessité (ou la non-nécessité) sociale de son existence. J’espère que les défenseurs de l’ordre ont des arguments plus solides.

    2) Punir au hasard me parait par contre scandaleux. Cela me rappelle Saint Maurice qui, selon la tradition, commandait une légion romaine christianisée. Quand l’empereur Maximien donna l’ordre d’aller massacrer des chrétiens. La légion refusa. L’empereur Maximien pour les punir fit passer par le fil de l’épée un soldat sur dix (d’où le mot « décimer »). Les soldats refusèrent toujours et furent de nouveaux décimés. Ils osèrent continuer à refuser. Tous furent passés par le fil de l’épée.
    La décimation était une punition relativement courante. Je la trouve cependant abjecte car la violence ne convainc pas. De plus quelle est la légitimité d’une telle sélection entre être sauf ou puni ? Déontologiquement, je trouve cela très moyen. Où est l’égalité ? Des individus qui font la même chose doivent recevoir la même récompense ou la même punition. Peut-on imaginer la justice condamner 5% des assassin seulement parce que ça coute cher ? De voir qu’ici, le principe inégalitaire (et donc anti-démocratique) soit repris pour affirmer une autorité qui se dit déontologique me parait très contestable.

  • Hulk -bloqué-
    Hulk -bloqué- répond à Tita
    Gros con de droite
    • Posté à 20h02 le 25/02/2009
    • Internaute 65737
      Gros con de droite

    Tout faux Tita.

    1) La comparaison avec une loi de 1943 est sans objet, la république avait été abolie et la France vivait dans un régime de dictature et qui plus est sous occupation étrangère.
    Dans un régime d’Etat de droit démocratique comme nous avons depuis 1945, la loi est votée par les représentants élus du peuple, et elle est doit se conformer à la constitution. Elle est donc légitime, et on doit l’appliquer. Si on n’est pas d’accord on peut militer pour la changer, mais tant qu’elle est en vigueur, elle doit être respectée ; ce n’est pas un choix personnel (sinon chacun se ferait son petit menu de ce qu’il garde du code civil et du code pénal...)

    2) Outre que votre exemple est faux, sur le fond il n’y a pas grand rapport avec la décimation. L’ordre indique qu’ils auraient bien voulu tous les poursuivre, mais que c’est trop cher et ça fait trop de dossiers d’un coup. Alors ils font une première fournée. Et si ça ne suffit pas, ils en feront une seconde, etc...
    Quant à la justice, elle n’a rien à voir là-dedans. Il s’agit d’affaires civiles, la justice ne juge que les plaintes qu’on lui soumet ; le reste, elle ne le connait pas. Votre exemple avec des assassins est donc doublement débile, désolé...

    Bref, quand on sait pas, on dit pas...

  • hycare
    hycare
    Gigoteuse d'univers
    • Posté à 22h29 le 25/02/2009
    • Internaute 8129
      Gigoteuse d'univers

    Même chose pour les infirmiers, cette loi nous est tombée dessus sans aucune concertation.

    Cela fait plus de trente ans que j’exerce comme infirmière psychiatrique et avec cette loi je ne pourrais plus exercer si je ne paie pas ma cotisation ?
    Je signale que je suis actuellement dans la fonction publique (à part quelques associations médico - sociales, il n’y a pas d’autres possibilités d’emploi pour ce métier, puisqu’en libéral cela n’existe pas...)
    Il y a eu des élections ,pour cet Ordre, avec un record de 7% d’infirmiers votants...(et pratiquement tous ceux qui se sont présentés et donc élus sont des cadres supérieurs de santé ou cadre...et vont être rémunérés en plus de leur salaire pour leur poste).

    Aucune représentation des infirmiers et autour de moi personne ne veut de cet Ordre ( nous ne sommes plus sous Vichy...).
    C’est comme si tous les corps de métier devaient payer pour travailler.
    Je ne pense pas que cela ferait plaisir à tout le monde.
    D’autant que ces textes ne sont la plupart du temps que des articles pour sanctionner.
    Or, dans la fonction publique, le diplôme est national et d’état.
    De plus nous sommes évalués.
    Et les conseils de discipline existe déjà, que je sache...

    Alors, pour beaucoup ces sommes extravagantes (les salaires sont bas, nous travaillons un week end sur deux si tout va bien sauf lorsque les collègues sont en congés annuels mérités qui ne doivent jamais excéder 21 jours, et le dimanche n’est absolument pas payé double mais seulement 46 euros en fin de carrière, plus les nuits de 10 h à 2 euros).
    Et cette cotisation devrait s’élever entre 250 et 350 euros par an !

    Quand certains ici parlent des salaires mirobolants de la fonction publique ou des privilèges des fonctionnaires, je crois rêver !

    Les privilégiés sont, pour rappel :

    les banques (combien de milliards d’euros : je n’arrive plus à compter : 6, 8, 10 ?)
    les grandes entreprises(6 milliards)
    les riches qui ont déjà eu leur cadeau fiscal (15 milliards) et qui ne représente que 2% des français)
    les actionnaires (tous les bénéfices : la « profitation », nommés « rentiers » auparavant)

    Les autres, vous, nous, : 98% des français c’est à dire 64 millions de personnes : 2 milliards 6 euros...

    Et je devrais encore remplir la poche des nantis !

    Non, merci !

    Ras le bol !

  • mounsalvat@gmail.com
    mounsalvat@gmail.com répond à kasar
    moi
    • Posté à 23h39 le 25/02/2009
    • Internaute 66984
      moi

    Certaines sages femmes n’ont plus cotisés a l’ordre.J’ai reçu chez moi un huissier pour m’acquitter de ma dette.L’ordre n’a servi a rien pour les Sages Femmes elles sont devenues des auxiliaires médicales malgré leur ordre leur salaire est inférieur a celui des puéricultrices qui n’ont pas d’ordre. Les kinés ont raison de refuser.Cela ne sert qu’a prélever des cotisations pour faire des congres dans les iles ! Je me souviens que le président Miterrand avait promis de supprimer les ordres dans sa première campagne 14 ans après on attendait encore.L’ordre a été dirigé par des médecins les sages femmes n’étaient pas capables ! une présidente a été condamnée ,elle était médecin responsable des prisons ? J’espère que les kinés ne feront pas la même erreur.

  • Galenor
    Galenor
    Kinesitherapeute
    • Posté à 19h00 le 26/02/2009
    • Internaute 64237
      Kinesitherapeute

    Que de plaisir de voir enfin notre lutte portée au grand jour sur rue89, j’avais déjà tenté à de nombreuses reprises de vous alerter, mais aucune nouvelle ?
    En effet, tout cela ne date pas d’hier, l’ordre a été créé il y a de cela presque 3 ans, et depuis 3 ans nous sommes confrontés à la Machine infernale Ordinale.
    A leur actif, nous pouvons citer :
    * Lettre de menaces multiples envers les non-inscrits. Egalement envers les directeurs d’établissements hospitaliers à qui l’ont promet 300.000€ d’amende.
    * Non respect de la loi, alors qu’ils sont censés en être les garants, en effet, ils incitent les nouveaux diplômés à s’inscrire en premier à l’ordre avant d’obtenir leur numéro ADELI (enregistrement à la DRASS), ce qui est contraire à la démarche normale et légale. Tous kinésithérapeute DOIT posséder un numéro ADELI pour pouvoir s’inscrire à l’Ordre.
    * Le Diplôme d’Etat de Masso-Kinésithérapie a subi d’énormes changements suite au fait que le Président de l’Ordre a déclaré illégaux les kinés non-inscrits, s’en est suivit un manque cruel de jurys potentiels et donc l’annulation pure et simple des passages d’épreuves pratiques. Dommage pour une profession grandement manuelle.... ! ! !
    * Mise en examen de 179 de nos collègues Finistériens non-inscrits, la procédure est en cours.
    * Non respect de la mise en place du moratoire, censé permettre la reprise du dialogue, les représentants de l’Ordre n’ont tout simplement pas pris la peine de se rendre aux réunions de concertation, là où tous les autres acteurs le faisaient. Ici, manque de respect évident envers des confrères.
    * Budget 2008 = 15.000.000 d’euros. 1,5 % alloué au poste juridique, 33% aux indemnités des élus.
    * Lutte intestine pour le pouvoir entre les élus des syndicats libéraux FFMKR, et SNMKR. Ils jouent au jeu des chaises musicales, après 3 ans d’existence seulement, déjà 3 vice-présidents dont un est l’ancien président (M.David), le nouveau (M.Couratier) étant un ancien vice-président... ! ! !
    * Vérouillage des possibilités de changements rapides des politiques menées, gâce au fait que les votes ont lieu tous les deux ans avec renouvellement par tiers. Représentativité inégale entre libéraux et salariés.
    .....
    A l’heure actuelle, le syndicat Alizé, dont je suis le représentant Alsace demande :
    * Soit l’abrogation pure et simple de la loi mettant en place le Conseil de l’Ordre ;
    * Soit et ce dans un but d’ouverture :
    - Constitué de deux collèges indépendants et paritaires, libéraux et salariés,
    - Géré raisonnablement avec des cotisations limitées à 1/1000 du revenu professionnel imposable et déductibles,
    - Organisé sans échelon départemental.

    Merci pour votre article.
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