La France de Besancenot serait comme l'ancienne Albanie

Quand on se présente à l'élection présidentielle, c'est forcement pour devenir Président. Quand on vote pour un candidat, c'est forcement pour qu'il occupe le siège qu'il convoite. Sinon, l'acte de vote devient irresponsable au sens étymologique : on vote en sachant que son champion ne gagnera pas, voire en espérant qu'il ne gagne pas.

Le champion en question devient lui-même objet d'instrumentalisation et non sujet de réalisation. D'où la nécessité de lire et d'écouter ce que dit chaque candidat, Besancenot compris, car il est déjà candidat à l'élection présidentielle d'avril-mai 2012.

Il est d'autant plus à écouter qu'il est devenu le chouchou des médias, sans doute de façon innocente ! Imaginons-le président de la République française. Cela suppose que son parti ait franchi à lui seul la barre des 50%, car il ne veut l'union qu'avec ceux qui pensent comme lui et l'alliance qu'avec ceux qui se soumettent. Le parti unique suivrait de près la pensée unique. C'est déjà une indication.

Besancenot ne voit pas l'horloge de l'histoire avancer

Premier souci en arrivant : l'Europe. Quand on a été hostile toute sa vie à cette Union, difficile de changer comme cela son fusil d'épaule. La France devra donc s'écarter de cet engagement qui remonte à 1949, année du Conseil de l'Europe, s'en retirant comme le permettra le traité de Lisbonne.

Besancenot se sera opposé à la ratification de ce traité qui lui aura pourtant permis de quitter cette Europe libérale détestable… C'est vrai qu'elle aurait pu être totalitaire, excusez du peu ! Evidemment, un grand programme de nationalisations sera mis en chantier : c'est la base du Nouveau parti anticapitaliste.

On n'est pourtant ni en 1945, ni en 1981. Besancenot ne voit pas l'horloge de l'histoire avancer. Tout est figé en 1917 ! Dans l'adresse de la Ligue communiste Révolutionnaire pour un Nouveau parti anticapitaliste, il est en effet clairement écrit ceci :

« Un parti pour préparer un changement radical, révolutionnaire de la société c'est-à-dire la fin du capitalisme, de la propriété privée des principaux moyens de production. »

Besancenot fait vraiment très vieux pour son âge ! Car la phrase a des conséquences.

Interdire les licenciements ? Le remède est pire que le mal

Quelle est cette liste de nationalisations ? A titre d'exemple, il y a forcement le groupe Total qui fait tant de super profits et concerne une énergie si indispensable. Or, il compte 540 000 actionnaires individuels français, sans compter ses propres salariés. Seraient-ils spoliés ? Mais le temps des soviets est derrière nous. Seront-ils indemnisés ? Mais qui paiera ?

Sur un autre plan, tout licenciement sera interdit. C'est une idée séduisante, malheureusement inopérante. Si la mesure s'applique à certaines entreprises (les plus importantes), pourquoi laisser tomber les autres qui comptent aussi des travailleurs ?

Si elle est généralisée, il faudra bien procéder à une obligation d'embaucher, sinon les entreprises cesseront d'employer. Le remède sera pire que le mal. On appelle cela l'économie administrée, dont l'histoire a démontré l'éclatant succès !

Il faudra également interdire toute délocalisation en dehors de la France, même dans l'Union européenne (mais on l'aura quittée). Au total, il sera plus simple de fermer les frontières, de se replier sur l'Hexagone, de vanter les mérites du nationalisme de gauche. La nouvelle France ressemblerait à l'ancienne Albanie !

Besancenot ment aux ouvriers

Il y aura bien un dirigeant socialiste pour dire : « Il ne faut pas dire tout cela. » On a besoin des électeurs de Besancenot dans les seconds tours. Je pense au contraire que la gauche cesse d'être elle-même si elle laisse prospérer la démagogie et s'épanouir l'hypocrisie.

Besancenot ment aux ouvriers. Soit il ne fait rien pour eux en refusant de gouverner, soit il les tromperait car il ne pourrait diriger le pays sur ces bases.

Notre silence laisse planer un doute. Il faut donc le dissiper avant que ce Nouveau parti anticapitaliste ne devienne le Nouveau parti antisocialiste. Car un militant trotskiste qui rejette la social-démocratie est infidèle à Léon Trotski et devient vite un stalinien qui s'ignore.

6 commentaires sélectionnés

Portrait de le soudanais

De le soudanais

ici et là | 17H34 | 23/02/2009 | Permalien

Besancenot fait-il donc si peur aux Socialistes français pour avoir inspiré une telle tribune qui pue le désespoir à 300 bornes ?

Socialistes, reconnaissez-le, vous avez perdu la partie. Entre Aubry, Royal, Fabius et Hollande, franchement je ne connais pas grand monde qui vote POUR vous. Aux dernières présidentielles, bcp se sont senti obligés de mettre le bulletin Royal dans l'urne parce qu'ils avaient peur de Nicolas Sarkozy. Rares sont ceux qui vont se faire avoir une seconde fois.

Alors oui, les listes de Mélanchon et Besancenot vont vous faire mal… Oui vous n'avez guère plus de crédibilité et non vous n'êtes pas convaincants !

Portrait de 101.7

De 101.7

Promeneur | 18H40 | 23/02/2009 | Permalien

Bonjour Monsieur Bernard Poignant,

Nous avons bien reçu votre lettre de motivation d'embauche, celle-ci est bien formulée malgré beaucoup de redondances.
Elle témoigne de la finesse de votre analyse, de votre ouverture d'esprit et de votre clairvoyance.
Un point à vous signaler, vous avez oublié le couteau entre les dents.
Malheureusement vous vous êtes un peu trompé d'adresse, il fallait l'envoyer à ump.fr où vous auriez eu un accueil encore plus favorable et qui sait un hochet ou un maroquin vous aurait été attribué.

Le peuple de France a voté à une très large majorité son refus du traité européen ultra-libéral que vous avez soutenu.
Je suppose que vous avez voté pour le mini traité de Lisbonne, les électeurs ont du être ravis et un poil méprisés de voir que leurs voix ne comptaient pas pour quelques uns de leurs élus.

Si vous combattiez les idées de vos « vrais » adversaires politiques avec autant de hargne ils ne seraient plus au pouvoir depuis longtemps.
La marche de l'histoire a ceci d'inconfortable c'est qu'elle ne prend pas de pause, elle laisse des témoignages, des petits renoncements, des revirements, des trahisons aussi.
Elle est chargée de fétus qui pensaient arrêter le vent avec une passoire.

Je comprends néanmoins votre inquiétude, les citoyens sont si courroucés qu'ils en ont marre de la mollesse, marre des régressions sociales.
Je crois savoir que vous êtes un soutien de DSK, que reste t-il de socialiste chez cet homme là ?
Je ne vous souhaite pas d'insomnies, vous risqueriez la visite de Jaurès et je me suis laissé dire qu'en ce moment il tire les doigts de pieds à pas mal d » égarés.

P.S. (si j'ose dire) Je ne suis pas, pour le moment, un électeur du facteur.

Portrait de eXistenZ

De eXistenZ

Arracheur de dents | 18H46 | 23/02/2009 | Permalien

Besancenot n'est évidemment pas devenu le chouchou des médias par hasard, personne n'est dupe et la vaporisation de la gauche pour les prochaines présidentielles se prépare dès maintenant. En revanche, ce n'est certainement pas en agitant l'Albanie en guise d'épouvantail avec un argumentaire aussi pauvre que vous éviterez la dislocation. D'autant qu'avec le concerto pour casseroles et orchestre (Besson, Allègre, Lang, Kouchner, DSK…) la petite musique socialiste ne se vend plus très bien.

Portrait de Croco13

De Croco13

Ingénieur | 11H06 | 24/02/2009 | Permalien

J'aime pas le PS. Pourtant sur une échelle théorique gauche droite, je me situe là où ils devraient être. Je dis là où ils devraient parce qu'ils ne sont nulle part. Un coup à gauche, un coup à droite, ramène ta voix et le reste on verra.

Cependant, il faut admettre que les critiques contre cette tribune volent très haut :
- Je ne suis pas trotsko, mais je préfèrerai encore voter pour des gens qui ont des convictions plutôt que pour ce parti de notable.
- Lamentable….l'Albanie, Staline, la bureaucratie ! Que d'amalgames qui ne trompent pas les salariés pour qui vous n'avez rien fait.
- Cette tribune n'est qu'une sombre crotte écrite par un politicien insignifiant.
- Je ne suis pas forcément Besancenophile, mais je sais au moins pourquoi je ne voterai plus jamais PS.
- Ton parti de droite bourgeoise réac », tu peux te le carrer où tu voudras, camarade Poignant !
- Besancenot fait-il donc si peur aux Socialistes français pour avoir inspiré une telle tribune qui pue le désespoir à 300 bornes ?

Mais j'ai vainement tenté de trouver un commentaire qui ne se contente pas de railler Poignant et sa clique (trop facile) mais de démontrer que Besancenot et ses camarades peuvent gouverner avec succès, c'est à dire en tenant leurs promesses … Alors pitié, chiez sur les socialistes si ça vous soulage, mais ne vous rabaissez pas au même niveau qu'eux, dans leurs querelles de personnes, leurs petites phrases et leurs promesses qui puent la démagogie et le mépris des Français. Je crois de plus en plus à la responsabilité des électeurs et des militants dans cette parodie de démocratie qu'on se farcit depuis des années, les commentaires de cet article ne démentent pas.

Portrait de mongarsrikou

De mongarsrikou

23H36 | 24/02/2009 | Permalien

Les dirigeants du PS, à force de reniements, n'ont qu'à s'en prendre à eux-même. Bien sur, un facteur, même pas au FMI, sans la moindre Rolex, pas impliqué dans un scandale, c'est trop has-been pour la rue de Solférino… Mais ça serait pas (aussi) pour ça qu'il a l'air plus proche des gens, les vrais, pas les bobos ou les aparatchiks de tous bords ? Ha ouais, c'est vrai, tous pourris faut pas le dire… Hé bin si !
Et le camarade Poignant, avec ses discours d'expert comptable libéral, nous fait bien rigoler en parlant de fidélité à Léon Trotsky…
Pas plus convaincu par le Besancenot que ça… mais le socialisme, le vôtre, le rose-pâle-centriste-au milieu de rien, a besoin d'un fossoyeur, si c'est lui qu'il troque le vélo pour la pelle, j'en suis !

Portrait de Airinys

De Airinys

ailleurs | 00H32 | 25/02/2009 | Permalien

Je ne peux qu'être d'accord avec l'ensemble de cet excellent article. Et tous cela ne date pas d'hier, il faut remonter à la campagne désastreuses des présidentielles de 2002, et la gestion de l'échec. François Hollande, homme du consensus ultra mou, parfois même liquéfié, s'est bien gardé de mettre les questions qui fâchent sur la table.

Il y a une forme de complexe vis à vis des critiques de l'ultra-gauche, depuis que les partenaires de la majorité plurielle se sont tous ligués contre Jospin pour dénoncer la prétendue politique « néo-libérale de droite » de son gouvernement. Il faut comprendre « social-traitre », « bourgeoix » (gauche caviar), « vendu », les pires insultes pour un gauchiste ! Les socialistes doivent-ils avoir honte d'avoir mené une politique de centre-gauche à l'aube du XIXème siècle ? Les anciens ministres doivent-ils rougir ne pas distribuer le courrier ?

Depuis, le PS n'a ni défendu ardemment son bilan ni réalisé l'inventaire de l'ère Jospin. Ce dernier n'a pas aidé le PS à aller de l'avant, lui l'artisan du droit d'inventaire des années Mitterrand, s'est assuré qu'il ne subirait pas le même sort. Le spectre de l'ancien premier ministre continue de roder à Solférino …

La victoire d'Aubry me laissait espérer que les socialistes allaient enfin relever la tête, défendre avec force et conviction leur bilan, battre en brèche la propagande troskiste, cesser de s'excuser à tout bout de chant. C'est effectivement ce qui semble être la nouvelle ligne politique qui se dessine, même si j'avoue que cela me semble encore trop timide.

Le PS relèguera Besancenot aux oubliettes, lorsqu'il assumera son passé (passif ? ), lorsqu'il sera décomplexé.

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