L'edito 20/02/2009 à 12h58

Terrorisme : Obama doit rompre avec les sales pratiques de Bush

Pascal Riché | Redchef Rue89


Sur la base Mihail Koalniceanu, en Roumanie, utilisée par la CIA comme prison secrète selon l'ONG Human Right Watch (Bogdan Cristel/Reuters)

A son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama avait mis en joie les défenseurs des droits de l'homme en promettant l'arrêt de la torture, la fermeture de Guantanamo et des prisons secrètes, la suspension des commissions militaires pour juger les suspects de terrorisme et une plus grande transparence sur les méthodes de défense de la sécurité nationale. Mais le nouveau président a du mal à tenir ces engagements.

Les organisations de défense des droits de l'homme commencent à s'en alarmer sérieusement, et on ne peut que leur donner raison. Dans les méthodes employées dans la « guerre au terrorisme », la continuité pourrait bien l'emporter sur la rupture.

Quelques exemples de cette continuité ont été rapportés par le New York Times :

  • Au cours d'auditions parlementaires (pour la confirmation de leur nomination) Eric Holder (Attorney General) et Elena Kagan (sollicitor general) ont tous deux affirmé qu'ils soutenaient l'idée de la détention indéfinie, sans procès, de personnes suspectes de terrorisme quand bien même ceux-ci ne seraient pas des combattants, mais des financiers d'Al Qaeda.

  • Le département de la justice, lors d'un procès, a également repris à son compte la doctrine selon laquelle il n'y a pas lieu, pour des raisons de « secret défense », de donner suite à des poursuites engagées par des personnes détenues par la CIA..

  • Selon le New York Times, le département de la justice « laisse ouverte la question de la reprise des procès en commissions militaires ».

  • Au début du mois, un tribunal britannique a refusé, au prétexte d'une demande des Etats-Unis, de divulguer des informations concernant de cas présumés de torture dans un lieu de détention américain.

    L'administration Obama a alors publié un communiqué pour remercier le gouvernement britannique de « son engagement continu en vue de protéger des informations sensibles pour la sécurité nationale »..

  • Leon Panetta, pressenti pour diriger la CIA, a reconnu lors de son audition que la technique dite « de la baignoire », utilisée sous l'administration Bush pour faire parler des suspects, s'apparentait à de la torture et serait interdite.

    Mais cela ne l'a pas empêché d'affirmer que si les techniques d'interrogatoire homologuées ne suffisaient pas pour obtenir d'un prisonnier des détains nécessaires pour éviter des attentats imminents ils demanderaient à pouvoir exercer une « autorité supplémentaire », un inquiétant euphémisme.

  • Le même Leon Panetta a jugé que la CIA pourrait poursuivre sa pratique des « redditions extraordinaires » (transfert sans procédure d'extradition, vers les prisons de pays tiers, de prisonniers suspects de terrorisme).

Les très conservatrices pages « opinions » du Wall Street Journal se sont félicitées, au regard de ces déclarations, que « l'architecture antiterroriste mise en place par l'administration Bush trouve une nouvelle légimimité »...

Un hommage dont on se serait bien passé, à peine un mois après l'arrivée au pouvoir du président Obama.

Photo : sur la base Mihail Koalniceanu, en Roumanie, utilisée par la CIA comme prison secrète selon l'ONG Human Right Watch (Bogdan Cristel/Reuters)

Ailleurs sur le Web
« Obama's War on Terror May Resemble Bush's in Some Areas », article du New York Times :
Une chronique de Joanne Mariner, de l'organisation Human Rights Watch.

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 14h00 le 20/02/2009
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    C'est la première fois dans l'histoire des élections Présidentielles Américaines que l'ensemble de la planète se sent concernée.

    Il ne s'agit pas d'une élection ordinaire, dans la mesure ou l'actuel Président Obama, avait affiché par rapport à son concurrent, des valeurs de considérations humaines qu'il n'était pas habituel de percevoir de la part de ses prédécesseurs et de son concurrent à la Maison Blanche, Georges Mac Cain (et sa colistière Sarah Palin).

    L'homme Obama, titulaire du prénom honni de « Hussein » avec lequel ses adversaires s'imaginaient faire « des choux gras » aura été porté par un espoir et des qualités humaines que ne laissait pas transparaître son adversaire....
    ...qui s'est de surcroît discrédité en utilisant des procédés non appréciables de dénigement de « l'autre » qui n'ont pas porté de fruits.

    ° Barak Obama aura pu surfer sur une vague internationale d'écoeurement de la politique menée par Georges W. BUSH pendant deux mandats consécutifs....
    ...et aura acquis à sa cause la population américaine victime parmi d'autres des scandales financiers révéles par la crise.

    Son esprit d'ouverture fera le reste, mais gageons qu'il ne lui sera pas facile de sortir des sentiers balisés par les tenants de l'argent et qui disposent en plus de la puissance conférée par celle ci.

    - Mais nous avons je crois, en Barak Obama, un homme de bonne volonté !

  • iJer
    • Posté à 14h45 le 20/02/2009

    Je ne vois pas dans ce que vous citez le signe d'un changement de cap d'Obama.
    Guatanamo va fermer, il a demandé la suspension des procès des personnes soumises à la torture, demande qu'un seul juge militaire a dècidé de passer outre, le juge étant souverain, réduit les pratiques interrogatoires au strict respect du code militaire et non aux permissions implicites données par Bush et Cheney. Il veut tourner la page des années Bush ! Que vouloir de plus ?

    Pour l'Afghanistan, il a répété au Canada, que l'affectation des nouvelles troupes étaient en discussion, et que pour le moment elles serviraient à stabiliser la situation, on n'en est plus à la victoire à tout prix. Il a réaffirmé que les orientations en Afghanistan serait décidé conjoitement au prochain sommet de l'Otan en avril, et qu'il ne ferait pas pression sur les membres de l'alliance pour de nouvelles troupes. Enfin, il a commencé dès le premier jour, le désengagement de l'Irak.

  • Jaycib
    • Posté à 16h08 le 20/02/2009

    Je ne me précipiterais pas pour souligner une éventuelle continuité entre les pratiques de l'administration Bush et celles d'Obama. Obama se veut prudent, ne souhaitant surtout pas paraître « mou » sur la question du terrorisme ou de la sécurité nationale en général (il a eu suffisamment de difficultés d'image sur ce plan pendant la campagne). Il n'est au pouvoir que depuis exactement un mois et son attention a été monopolisée par le plan de « stimulation » de l'économie jusqu'à la fin de la semaine dernière. De plus, on entre à peine dans une deuxième phase de lutte contre la crise, celle du rétablissement du crédit, dont les conditions d'octroi se sont aggravées depuis l'automne 2008. Les moyens envisagés pour ce faire sont suffisamment compliqués et contradictoires (il n'est pas question de « nationaliser » les banques, même temporairement, mais de subventionner le rachat des actifs toxiques des banques par des intérêts privés, fonds spéculatifs compris, ce qui n'augure pas grand chose de bon, à mon sens... mais existe-t-il une bonne solution à ce problème MAJEUR ? ) pour qu'on laisse un peu de temps au nouveau président.

    Les questions soulevées par l'article du NYTimes du 17/02 sont réelles, mais des réponses gravées dans le marbre sont loin d'avoir été données à ce stade (voir à ce sujet les déclarations de M. Craig citées dans l'article).

    Cela dit, il ne faut pas se faire d'illusion : Obama ne sera pas LE président des droits de l'homme. En tout cas, cette question ne sera pas sa priorité. Il a donné suffisamment de preuves de son objectif premier, qui est d'assurer l'unité nationale (en allant notamment à la pêche aux voix Républicaines au Congrès sans trop de succès jusqu'ici) dans une période de crise très profonde à laquelle il vient à peine de commencer de faire face. Il y a tout lieu de croire que les droits de l'homme ne seront pour lui qu'une priorité secondaire.