
Un mois de grève générale et une tension de plus en plus forte depuis jeudi, jour de rupture des négociations. La violence s'est immiscée lundi pour ne cesser ensuite de s'amplifier. Jusqu'à la nuit dernière, où ce qui était redouté est arrivé : un syndicaliste a été tué par balle par des jeunes manifestants qui tenaient un barrage à Pointe-à-Pitre, selon la préfecture. Confirmée par l'AFP, l'information a été révélée ce mercredi matin par Europe 1 :
« Vers 00h30, un homme d'une cinquantaine d'années a été mortellement touché par balle au thorax, alors qu'il était au volant d'une voiture, dans la cité Henri IV, présentée comme un quartier sensible de Pointe-à-Pitre. Son passager n'a pas été blessé mais fortement choqué. Les deux hommes sortaient d'une réunion syndicale. »
Toute cette nuit de mardi à mercredi, la Guadeloupe aura été le théâtre de violences. Trois policiers et trois gendarmes ont été légèrement blessés. Et la préfecture a publié le décompte des exactions : 15 commerces pillés, 7 établissements incendiés, 21 véhicules brûlés, 13 interpellations et une soixantaine d'interventions de pompiers.
Jégo s'enlise, Alliot-Marie sort enfin du silence
Des violences nées des tensions provoquées par les deux camps. Le gouvernement d'abord. Après un retard à l'allumage de quinze jours, les deux voyages d'Yves Jego, secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, ont été un échec. Surtout, la principale revendication qu'est la revalorisation des bas salaires a été l'objet de toutes les incompréhensions. Elle n'a finalement pas été accordée. L'épisode n'aura qu'exacerbé un peu plus encore les tensions.
Depuis, les incidents se sont multipliés, comme le montrent ces photos prises lundi à Sainte-Rose par la journaliste Tatiana Kalouguine, après des incidents entre manifestants et gendarmes moblies, qui ont dû tirer des grenades fumigènes :
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Le costume apparaît trop grand pour Yves Jégo, qui, durant cette nuit de mardi à mercredi, a montré une nouvelle fois son absence de discernement. Il a d'abord déclaré à chaud aux agences que le syndicaliste avait été « manifestement assassiné par les émeutiers ». Avant d'envoyer une correction quelques heures plus tard :
« Les éléments actuellement en notre possession ne permettent pas de savoir s'il s'agit d'un meurtre ou d'un assassinat… »
C'est donc l'ensemble du gouvernement qui essaye désormais de se montrer mobilisé. Une promesse de campagne de Nicolas Sarkozy a été sortie des placards, avec la création prochaine d'un comité interministériel consacré à la question. Et Michelle Alliot-Marie, la ministre de l'Intérieur… et de l'Outre-mer ( ! ), sort enfin de son silence et tiendra ce mercredi une réunion consacrée à la sécurité publique aux Antilles.
Mais les syndicats locaux sont également montrés du doigt. Si Elie Domota, le leader du LKP, à l'origine de la grève générale, a appelé au calme, cette nuit sur la radio RCI (« ne mettez pas votre vie en danger, ne mettez pas la vie des autres en danger »), il est aussi l'auteur de déclarations lourdes de sens, comme ce mercredi encore dans Libération :
« Depuis quatre semaines, l'Etat fait venir des charters de gendarmes pour casser du nègre. »
► Addendum le 18/02/2009 à 17h35. Lors d'une conférence de presse ce jeudi, le procureur de Pointe-à-Pitre Jean-Michel Prêtre a raconté le drame selon les premiers éléments de l'enquête.
La voiture du syndicaliste tué a subi trois tirs, dont les deux premiers ont visé le côté arrière-droit du coffre de la voiture et le troisième, mortel, a été « tiré par la fenêtre ouverte du passager assis à l'avant droit ».
« Ce ne sont pas des balles perdues », a-t-il souligné. Avant de préciser qu'il n'y avait « pas de forces de police positionnées à proximité » au moment des tirs, mais que « toutes les hypothèses sont ouvertes ».
Photo : à Pointe-à-Pitre, le 17 février (Gilles Petit/Reuters)
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De feedalafrancaoui
Curieux | 12H39 | 18/02/2009 |
Attendre un mois de grève générale pour n'arriver à rien, ça ne pouvait aboutir qu'à un seul résultat : montée de la pression et incidents aux conséquences dramatiques…
Bloquez n'importe quel département par une grève générale pendant une semaine, la réaction sera déjà là.. La distance augmente les temps de réaction ? Alors qu'on arrête de nous parler de la grandeur de la France et de sa présence dans le monde…
Je suis triste pour cette personne décédée, mais je suis aussi triste pour la France que je vois descendre de plus en plus bas, avec de plus en plus de violences (sociales, morales, humaines, physiques…).
J'ai eu profondément honte de la France il n'y a pas si longtemps, en constatant au quotidien le niveau 0 de l'intelligence de la politique migratoire de l'Etat. Aujourd'hui, j'ai dépassé cette honte et je me dis juste que si personne ne réagit fortement en France, ça continuera simplement parce que la majorité silencieuse laisse faire la minorité active et que « qui ne dit rien consent ». Je ne sais pas si la majorité est avec le gouvernement ou contre, au fond, mais je vois que la majorité laisse faire. Ce qui revient exactement au même.
De pascaleroro
medecin generaliste rural | 13H25 | 18/02/2009 |
attention ! on commence à nous dire que ce sont « les méchants émeutiers », les« vilains jeunes » qui mettent le bordel !
mais bien sûr que ce sont les plus désespérés qui vont être les plus violents.Les stigmatiser revient à ne pas vouloir voir que la crise est très grave.Je n'approuve pas les violences, mais malheureusement, il faut comprendre dans quel contexte elles émergent.
De Toto le terroriste
Electron libre | 13H50 | 18/02/2009 |
Il faut absolument écouter le témoignage de Christian Vainqueur, flic en Guadeloupe : http://www.lemonde.fr/societe/son/2009/02/18/c-est-une-sorte-de-guerilla…
« Là on se retrouve vraiment dans une sorte de guerilla. Ça tire de partout, c'est à dire que maintenant on tire systématiquement, on tire sur les barrages, on tire sur tout ce qui bouge. Aujourd'hui il vaut mieux rester chez soi, parce que dans des conditions pareilles, on fait plus de distingo. »
MAM explique que des « équipages de police ont été blessés parce que les gens avaient entendu un coup de feu ». « Ils n'ont pas pu s'approcher de l'endroit puisque eux-mêmes ont été accueillis par plusieurs coups de feu. Et c'est deux heures plus tard, qu'un homme a été retrouvé mort par balle dans son véhicule avec un blessé à ses côtés, et qui semble avoir précisé qu'il y avait eu des tirs venant du barrage. Et c'est ainsi que cette personne a vraisemblablement été tuée »
A écouter le témoignage de Christian Vainqueur, on est en droit de se demander si les coups de feu venaient vraiment du barrage ou des policiers, qui visiblement étaient dans le coin quand ça s'est passé … Pourquoi des jeunes prendraient-ils des civils pour cible ? et auraient donc tiré sur la voiture du syndicaliste de la CGTG, membre de LKP ?
De JahRaph
Webmaster | 14H25 | 18/02/2009 |
Je me rappelle comment Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur, a géré la crise des banlieues, en stigmatisant les émeutiers, en les présentant comme des déliquants récidivistes (alors qu'il disposait de renseignements via les RG lui indiquant le contraire).
Il aura plus de mal aujourd'hui. Mis à par quelques « boeufs-boeufs », les élécteurs savent faire la distinction entre un manifestant et un casseur, entre un émeutier et un délinquant multi-récidiviste.
Les réactions populaires, notamment relayées dans les sondages, seront intéressantes à analyser à cet égard.
La situation est explosive, je ne suis pas certain que tout le monde ait pris la mesure de la gravité des événements.
Pour élever un peu le débat :
http://blackmarianne.blogspot.com
De acteon54
directeur d'association | 15H55 | 18/02/2009 |
Le saviez-vous ?
La ministre de l'Outre-Mer, c'est Michèle Alliot-Marie ! !
Incroyable n'est-ce pas ? !
Elle a dit son premier mot sur cette crise aujourd'hui, et c'était pour annoncer des mesures de sécurité…
Soit c'est du mépris pur et simple,
soit elle était trop occupée à fabriquer les statistiques sur les agressions qui allaient lui permettre de nous annoncer que 40000 caméras de vidéo-surveillances supplémentaires allaient être installées dans nos villes…
Je reste perplexe…