Decryptage 18/02/2009 à 20h25

Nicolas Sarkozy impose son plan social aux syndicats


Le Président a présenté à la télévision des mesures pour l'emploi et les revenus, déjà connues avant la réunion avec les syndicats.


Chérèque, Sarkozy et Thibault (Audrey Cerdan (Rue89) / Robert Pratta (Reuters) / John Schults (Reuters))

« Je vais mettre sur la table... » La rengaine martelée par le chef de l'Etat, à l'occasion de son interview télévisée du 5 février, devait se concrétiser ce mercredi, lors d'une réunion de 15 à 19 heures à l'Elysée.

Sur la table, une batterie de propositions déjà annoncées mais officiellement non encore débattues, à destination des chômeurs, des salariés en travail partiel, des jeunes et des classes moyennes. Autour de la table, le Président, le Premier ministre, les membres concernés du gouvernement, ainsi que les syndicats de salariés représentatifs et le patronat.

Mais les mesures du gouvernement ont rapidement fuité dans la matinée dans Le Monde, dès avant ladite réunion. Puis, dans l'après-midi, le texte des propositions du Président aux syndicats a été distribué à la presse. L'intervention télévisée à 20 heures du chef de l'Etat était alors prévisible. (Voir la vidéo)



« Le compte n'y est pas », ont logiquement estimé les syndicats, qui maintiennent la nouvelle journée de mobilisation syndicale prévue le 19 mars, malgré la concession faite à la CFDT de créer un fonds d'indemnisation sociale de trois milliards d'euros maximum (financé par l'Unedic et les fonds de la formation professionnelle) pour l'emploi et la formation professionnelle.

En attendant, Rue89 présente ces mesures et décrypte leur processus de décision, des pistes lancées le 5 février à la télévision aux annonces définitives de ce mercredi... à la télévision !

Mieux indemniser le chômage partiel


La piste avancée par Nicolas Sarkozy. « Les partenaires sociaux se sont mis d'accord, à la demande du gouvernement, pour que maintenant le chômage partiel soit plus indemnisé. Il était à 50% du salaire brut, il est porté à 60%. Moi, je trouve qu'on doit aller plus loin. »

Le contexte. Préférant soutenir le développement du chômage partiel que subir une hausse du chômage total, Nicolas Sarkozy propose d'augmenter davantage encore son indemnisation (jusqu'à 70% du salaire brut ? ). Mais les critiques de ceux qui l'accusent de favoriser ainsi l'emploi précaire et d'avoir une vision du marché du travail à court terme, demeurent toujours aussi nombreuses.

Les mesures définitives. Le taux d'indemnisation du chômage partiel va être porté de 60% à 75% du salaire brut. Le gouvernement va aussi « demander aux banques d'assouplir leurs échéanciers d'emprunts pour les permettre de traverser cette période difficile ».

Accompagner les sorties de CDD,
aider les jeunes chômeurs


La piste avancée par Nicolas Sarkozy. « Il y a ceux qui ont des contrats de travail à durée déterminée. Si ça s'arrête en pleine crise, aucune chance de retrouver un travail et ils n'ont pas d'indemnisation. L'Etat est prêt à faire un effort, voyons comment on peut mieux les protéger. »

Le contexte. Le gouvernement entend accorder une indemnisation aux titulaires de CDD non reconduits, particulièrement quand ce sont des jeunes qui ont travaillé moins de quatre mois et qui ne peuvent donc pas bénéficier d'une indemnisation au titre de l'assurance-chômage. Plus de 300 000 chômeurs ont actuellement cotisé moins de quatre mois, selon Bercy, et près de 40% ont moins de 25 ans.

Les mesures définitives. Les chômeurs qui auront travaillé au moins deux mois (et non plus quatre) au cours des vingt-huit derniers mois bénéficieront d'une prime exceptionnelle de 500 euros. « Et les entreprises qui bénéficieront des crédits du plan de relance s'engageront à former et à recruter des jeunes. »

Baisser l'impôt sur le revenu,
augmenter les aides familiales


La piste avancée par Nicolas Sarkozy. « Il y a plusieurs pistes : faut-il supprimer la première tranche de l'impôt sur le revenu ? Ou alors peut-on réfléchir ensemble sur la possibilité de supprimer le deuxième tiers d'impôt sur le revenu pour cette catégorie de la population dès cette année ? Ou alors faut-il augmenter les allocations familiales pour toutes les familles nombreuses sans condition de revenu ? Ou encore, est-ce que, pour les personnes âgées qui vivent seules ou pour les mères de famille qui travaillent et qui n'ont personne pour garder leurs enfants, on ne peut pas imaginer des chèques emploi-service payés par l'Etat ? »

Le contexte. Nicolas Sarkozy a aussitôt précisé qu'il « ne trancherait pas » et ne « choisirait pas », laissant le soin aux partenaires sociaux de le faire. Il n'a pas précisé non plus si ces mesures étaient exclusives les unes des autres. Mais si le gouvernement n'agit que pour les deux millions de foyers concernés par la première tranche de l'impôt sur le revenu, il laisserait alors sur le côté de la route les 16,5 millions de personnes non imposables.

Les mesures définitives. Les deuxième et troisième tiers provisionnels de l'impôt sur le revenu sont supprimés en 2009 pour les ménages figurant dans la première tranche d'imposition et pour ceux qui y retombent grâce à divers crédits d'impôts. Quatre millions de ménages sont ainsi concernés.

Par ailleurs, sera versée dès juin une prime exceptionnelle de 150 euros aux trois millions familles qui bénéficient de l'allocation de rentrée scolaire.

Enfin, « 660 000 ménages bénéficiaires de l'allocation d'autonomie à domicile, 470 000 familles ayant de jeunes enfants, 140 000 familles ayant un enfants handicapés, ainsi que les chômeurs qui retrouvent un travail et qui ont besoin de faire garder leurs enfants recevront chacun des bons d'achats de services à la personne pour un montant de 200 euros ».

Partager les profits des entreprises


La piste avancée par Nicolas Sarkozy. « Comment on arbitre entre le souhait légitime des actionnaires de gagner de l'argent avec l'entreprise et la demande des salariés d'être associés aux bénéfices de l'entreprise dont ils ont contribué à créer la richesse ? Je vais vous dire une chose : le compte n'y est pas ! »

Le contexte. Il s'agit assurément de la mesure la plus à gauche avancée par le chef de l'Etat : fixer des règles dans la répartition des profits des entreprises. Et à Nicolas Sarkozy de proposer, sans imposer, ce qui serait pour lui la répartition idéale : un tiers pour les actionnaires, un tiers pour l'investissement et un tiers pour les salariés. Une règle qui devrait rencontrer une vive opposition du patronat, et qui se situe à mille lieux des pratiques actuelles : la SNCF comme Total (le recordman français des profits avec 13,9 milliards d'euros en 2008) redistribuent moins de 10% de leurs profits aux salariés.

Les mesures provisoires. Nicolas Sarkozy renvoie la définition de règles à de futures négociations avec le patronat, mais il a prévenu : « le statu quo n'est pas tenable » et, si ces négociations n'aboutissent pas, « l'Etat prendra ses responsabilités ».

Le chef de l'Etat a aussi souhaité que « les dirigeants des entreprises qui recourent au chômage partiel ou au licenciement économique devront s'engager à renoncer à leurs bonus ».

Financer les mesures par les banques


La piste avancée par Nicolas Sarkozy. « J'ai mobilisé potentiellement 320 milliards d'euros pour aider les banques, nous en avons utilisé 25 milliards. Ces 25 milliards ont été prêtés, produisent des intérêts et, à la fin de l'année 2009, l'argent que nous avons prêté aux banques pour qu'elles fassent leur métier rapportera au budget de l'Etat 1,4 milliard d'euros. »

Le contexte. Le Président l'a promis : l'intégralité de ces intérêts servira à financer les mesures décidées lors de cette réunion avec les partenaires sociaux. Manière de faire taire ceux qui estiment que l'Etat donne trop aux banques et pas assez aux salariés. Même si la somme demeure modeste, comparé également aux 26 milliards d'euros consacrés au plan de relance par l'investissement.

La mesure définitive. Le coût total de ces mesures sociales s'élève à 2,6 milliards d'euros. L'Etat va consentir cet effort, a annoncé Nicolas SarKozy, sans préciser si cela inclue la somme de 1,4 milliard d'euros provenant des intérêts des prêts accordés aux banques.

Pas d'augmentation du smic,
ni de suppression du paquet fiscal


La piste avancée par Nicolas Sarkozy. « Il y a 17% des gens qui sont au smic. Si on augmente le smic, il y a 83% qu'on laisse de côté. Ça fait tant d'années qu'on donne un coup de pouce au smic, ça ne résout pas le problème du chômage, ça ne résout pas le problème de la pauvreté. »

Le contexte. Le chef de l'Etat n'est pas à un paradoxe près : s'il ne craint pas d'écarter les Français qui ne payent pas d'impôt sur le revenu, il s'offusquerait de ne prendre des mesures qu'en direction de 17% des salariés les moins bien payés. Comme la suppression de tout ou partie du paquet fiscal, l'augmentation du smic semble écartée depuis longtemps par le gouvernement, bien qu'elle constitue une revendication récurrente des syndicats, qui ne devraient pas manquer de le souligner pour justifier le maintien d'une journée de mobilisation un mois après les négociations.

La mesure définitive. Comme prévu, la mesure est... pas de mesure. Ni augmentation du smic, ni de suppression du paquet fiscal.

Mis à jour le 18/02/2009 à 21h45, après l'allocution télévisée de Nicolas Sarkozy.

A lire aussi sur Rue89 et Eco89
Sarkozy et la crise : un doigt de social et beaucoup de flou
Nicolas Sarkozy, fossoyeur de l'impôt sur le revenu

Ailleurs sur le Web
Les mesures de l'Elysée pour les classes moyennes et les jeunes, sur LeMonde.fr
Sommet social : Chérèque (CFDT) livre ses propositions, sur Liberation.fr
Nicolas Sarkozy et Bernard Thibault, couple contrarié, sur Bakchich.info

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  • marie 75
    • Posté à 13h00 le 18/02/2009

    dis moi qui te conseille... je te dirai qui tu es :

    Raymond Soubie, le conseiller social de Sarko L'UMP ... Une petite biographie tirée du point (cf bellaciao) :

    Les ors de la République, il les pratique depuis le gouvernement Chaban-Delmas et ils ne l'impressionnent plus. Le coeur du pouvoir, il en maîtrise tous les rouages depuis qu'il a conseillé Chirac et Barre à Matignon pendant tout le septennat de Giscard. ... / ... Inconnu du grand public, Soubie est pourtant depuis plus de trente ans « la » référence des relations sociales.

    Jeune énarque, il savait se faire entendre d'André Bergeron (Force ouvrière), qui l'appelait « Raymond la Science » .../...
    « Il menait des discussions secrètes avec Jacques Moreau, apparatchik d'une CFDT prête à rompre avec la culture de l'affrontement pour celle de la négociation. ... / ...

    De discuter, au plus fort des grèves de 1995, à la fois avec Marc Blondel et Alain Juppé et d'être couvert d'éloges par les deux hommes. “ Il sait garder un secret. Lorsqu'il promet de faire passer un message, il le fait. C'est un homme avec qui vous pouvez être en désaccord complet, mais en qui vous pouvez avoir totalement confiance ”, confie un responsable syndical qui a d'ordinaire la dent particulièrement dure ... / ...

    Cet art subtil de la diplomatie, Soubie l'a mis au service de tous les grands dossiers sociaux de ces dernières années. Le changement de statut de GDF, la privatisation de France Télécom, la mutation d'Air France, la réforme des retraites de 2003... Le “ gourou ” du social en a même fait un très rentable business. ... / ... Le meilleur connaisseur des relations syndicats-patronat décide de devenir son propre patron et de monter sa boutique. Elle s'appellera Altedia. Objet : le conseil en ressources humaines, l'accompagnement social des restructurations d'entreprise. Savoir-faire : quand un patron et les syndicats d'une entreprise ne parviennent plus à sortir d'un dialogue de sourds, c'est à lui qu'il faut faire appel pour déminer la situation ... / ...

    Douze ans après sa création, avec 600 salariés et 90 millions de chiffre d'affaires, Altedia est devenu le premier cabinet conseil en ressources humaines et conseille la plupart des entreprises du CAC 40, mais aussi les gouvernements lorsqu'ils ont une réforme à faire passer. “ En devenant chef d'entreprise, il a refusé de perdre son sens de l'Etat et son côté grand commis de l'Etat, confie sa femme, Danielle Deruy, cofondatrice avec lui d'Altedia. En 2003, lorsque le gouvernement nous a confié le soin d'expliquer la réforme des retraites aux Français, il ne s'agissait pas d'un contrat comme un autre. Raymond voulait absolument faire comprendre cette réforme aux Français. ” ... / ... En revendant son entreprise pour plus de 100 millions d'euros au groupe Adecco (le numéro un du travail temporaire), Soubie a fait fortune ... / ...

  • ninaneux
    • Posté à 13h33 le 18/02/2009

    J'ai bien peur que cette mise en scène populiste soit faite pour récupérer la CFDT.
    Chéreque va nous annoncer que la CFDT est très très favorable à la nouvelle ligne du Chef de l'Etat sans honte !
    Mais il n'empêchera pas la grève du 19 mars qui fera date dans les annales de l'histoire de France

  • CORTÉ
    • Posté à 14h39 le 18/02/2009
    • Internaute

    Nous sommes en février 2009, cette fois-ci il n'est plus question de yaourt qui avait augmenté de 40% en quelques mois en 2008 (avec toujours autant de publicité incitant à consommer des produits frais). Mais d'autres produits : Le Riz se prend +11,2%, les pâtes +10,8% , l'huile +8,4% , le vin de table +8%, le lait en poudre et la farine +5%.... Tout ça en un an depuis Janvier 2008. Après la viande, c'est au tour des produits de première nécessité, tels que le riz et les pâtes, d'alimenter la polémique sur la formation des prix à la consommation. Il existe en effet un décalage certain entre la chute des cours des matières premières agricoles et l'augmentation des grandes surfaces.

    L'observatoire des prix et des marges. Il dépend de Bercy. Avez vous entendu parler de ce comité Non, . Nous sommes donc confrontés à un bouzin sarkozyste payé à rien foutre, si ce n'est publier des chiffres que personne ne lit ou ne commente.

    Il a fallut que ce soit un magazine qui demande à un sondeur de faire une étude, et que cette étude soit reprise par la presse ou l'UFC pour qu'on parle à nouveau du problème. Par ce que problème il y'a : les matières première de base pour produire ces trucs ont vu leur coût baisser, il en va de même pour le pétrole pour les transports. On observe aussi des hausses violentes sur certains produits et des baisses microscopiques :

    Le prix du riz « premier prix » a explosé de 36,3% . Quant à l'huile moteur, Nielsen a noté une hausse de 11%. L'ampleur des baisses est plus faible : les produits surgelés sucrés ont reculé de seulement 1,8%, les yaourts de 1,5% et les produits capillaires de 0,5%.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 14h42 le 18/02/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Discours de Sarkosy, ce soir à la télé

    « Non je ne changerais pas de cap, car la nécessaire adaptation de la France aux grands défits qui sont devant nous, nécessite une remise à plat des structures de notre pays.

    Après avoir écouté mes différents interlocuteurs réprésentant des salariés et des entreprises, j'ai décidé de leur faire des propostions raisonnables. J'en ai d'ailleur discuté avec moi même, je suis persuadé que celles ci vont être comprises par les partenaires sociaux.

    En cas d'echec, les citoyens pourront demander des comptes aux syndicats qui refusent mes mesures de bon sens, et d'ailleur, que ferait l'opposition à ma place ? ,
    Je ne parle des socialistes évidemment !
    M. Besancenot n'a aucune proposition raisonnable dans sa sacoche.

    Demain je m'attaque aux problèmes des DOM/TOM, j'ai là aussi réféchi depuis de nombreux mois avant de parler de la douleur de nos concitoyens. La crise mondiale issue du capilalisme voyou n'a fait qu'accroitre les problèmes des Antillais.

    Là aussi j'ai de nombreuses solutions à proposer et entre autre, des postes de garde mobiles seront réservés en priorité aux antillais.

    En cas d'échec, les Antillais n'auront à s'en prendre qu'à eux mêmes »

  • Lairderien
    Lairderien répond à padiran
    • Posté à 15h01 le 18/02/2009
    • Internaute

    Ce que le présiment sarkozy n'annoncera pas :

    En raison de la crise profonde que nous traversons et par mesure de solidarité envers tous les français qui en souffrent j'ai décidé de diminuer y compris pour moi même, toutes les rémunérations, des ministres, des parlementaires, des hauts fonctionnaires, des dirigeants de l'ensemble des entreprises publiques ou privées, des cadres de haut niveau ainsi que des traders, par une loi qui sera votée en urgence la semaine prochaine. Elle fixera une rémunaration maximum pour tous de 10000 € /mois net , toutes primes et avantages inclus. Soit un salaire annuel qui ne pourra dépasser 120 000 € net.

    En outre j'ai décidé de créer une tranche supplémentaire d'imposition à 90% pour tous les revenus au dela de 300 000 €.
    Cette mesure sera votée par le parlement en même temps que la loi fixant le salaire maximum.

    La redistribution des sommes ainsi dégagées, sera affectée à la revalorisation de toutes les mesures destinées à soutenir le pouvoir d'achat des catégories de français qui ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois.

    S'il annonçait cela, je vote pour lui en 2012 (Enfin, non faut pas qu'il rêve, jamais même pour 1 million en cash je ne voterais pour lui ! ! ! )