L'edito

Guadeloupe : Paris doit éviter tout recours à la force

La crise de la Guadeloupe est à un moment périlleux. Un mois d'indifférence, de pourrissement, de manoeuvres et de maladresses risque de déboucher sur la violence, ce qui serait le pire des scénarios pour ce département français dont tout le monde, y compris au gouvernement, reconnaît qu'il a de bonnes raisons de se révolter.

Il y a quelque paradoxe à lire le constat très lucide que fait Yves Jégo, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, des raisons de la révolte des Guadeloupéens, et d'entendre ensuite dans la foulée les appels au rétablissement de l'ordre par la force, alors que la « triple » crise dont parle le ministre appelle une réponse d'abord politique. Yves Jégo écrivait ainsi lundi dans le Figaro :

« La vérité, c'est qu'il ne s'agit pas d'un mouvement de protestation sporadique, mais bien d'une triple crise. Une crise économique qui frappe toute la planète et atteint plus vite les économies fragiles, une crise structurelle liée aux dérives ultimes mais encore observables de l'héritage d'une économie “de comptoir” et enfin, et peut-être surtout, une crise existentielle, en tout cas une crise sociétale. »

Pourtant, on entend aujourd'hui les mots de « sédition », l'épouvantail des « Trotskystes » faisant de l'entrisme dans le mouvement syndical guadeloupéen, et même, comble de l'horreur, l'ombre des indépendantistes !

La vérité exige qu'on évoque aussi cette « économie de comptoir » que dénonce à juste titre Yves Jégo, les abus insensés trop longtemps tolérés de la part de quelques grosses fortunes et grosses entreprises, comme les distributeurs de carburant épinglés dans un rapport commandé par le gouvernement et qui commence à circuler, ou encore la dépendance pernicieuse vis-à-vis des subsides de la métropole qui a généré clientélisme et assistanat dans une partie des populations des DOM.

Et comment qualifier la manière dont le pouvoir a géré cette crise ? L'absence de référence à la Guadeloupe lors de l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy le 6 février apparait aujourd'hui comme une faute majeure de la part d'un Président pourtant prompt à gérer personnellement la crise la plus mineure. Et la communication élyséenne nous vend aujourd'hui l'idée que le président de la République « reprend le dossier en mains », en recevant jeudi les élus d'Outre-mer !

Paris doit tout faire pour éviter que le sang ne coule à la Guadeloupe. Le durcissement du mouvement social guadeloupéen, sous la forme de barrages et de pressions sur les commerces, est une réponse au blocage des discussions avec le gouvernement et les employeurs de l'île. Ce serait une erreur grave d'y répondre par la force de la part d'un Etat coupable d'une indifférence complice pendant trop longtemps.

D'autant que derrière le conflit de la Guadeloupe, c'est tout l'outre-mer qui se réveille, et pose les mêmes questions de vie chère, de justice sociale et économique, de dignité. Le « manifeste des neuf intellectuels » antillais rendu public lundi permet, à ce propos, de replacer la révolte de la Guadeloupe dans un cadre plus large, bien au-delà de la simple revendication sur la vie chère qui a déclenché le mouvement.

Paris doit apporter une réponse globale à ce dossier que la crise a fait remonter au tout premier rang des priorités. Dans le changement d'époque que provoque la crise économique mondiale, avec tous ses risques de conflit, de tentations du repli identitaire, et de démagogie, la crise guadeloupéenne a valeur de test de la capacité de la France à sortir par le haut d'un tel défi.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Cousin_machin

De Cousin_machin

Etre à peu près humain | 15H36 | 17/02/2009 | Permalien

« L'absence de référence à la Guadeloupe lors de l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy le 6 février apparait aujourd'hui comme une faute majeure de la part d'un Président pourtant prompt à gérer personnellement la crise la plus mineure. »

La faute à Sarkozy ou à ses interviewers ?
C'est assez facile de critiquer Sarkozy mais la situation en Guadeloupe, les prix mirobolants, existent depuis des années. Simplement les gens s'en foutent, les journalistes s'en foutent et les politiques aussi.

Portrait de caro

De caro

délinquante avérée | 15H56 | 17/02/2009 | Permalien

La grosse erreur, à mon avis, a été de vouloir régler les barrages de Guyane en décembre (car c'est bien de Guyane que sont partis les premiers mouvements), sans rien faire pour la Guadeloupe et La Martinique, où tout le monde savait que se préparait une grève générale.
Le gouvernement a bien laissé pourrir la situation, alors qu'il connaissait le ras le bol de la population, le chômage qui explose, les produits de première nécessités, importés de métropole, de plus en plus chers etc
Les DOM reçoivent beaucoup d'argent, non seulement de la métropole, mais aussi des fonds européens (ils font partie de l'Europe …), mais cet argent ne sert pas à la population, toujours plus pauvre.
Le fait que le gouvernement ait délaissé les DOM fait ressortir le sentiment de racisme que les populations disent ressentir et la détestation particulière envers les békés de la Martinique.
S'il ne veut pas une explosion de tous les DOM (la Guyane serait prête à repartir dans la grève dès la fin du carnaval, ça bouge aussi à La Réunion), le gouv a intérêt à vite fait trouver comment mettre la main au portemonnaie en favorisant la population et non les patrons. Mais ça, c'est contraire à sa philosophie patronale.

Comment cela va-t-il se terminer ? On peut être inquiet. Il faudrait un gros soutien des métros, montrer que nous sommes solidaires. Ce qui se passe là-bas nous concerne aussi.

Portrait de nemo3637

De nemo3637

Déchoukeur | 16H13 | 17/02/2009 | Permalien

Lundi 10 heures 30 Manifestation de Fort-de-France.
Cette fois le ton monte. Nous sommes une quinzaine de mille. Le cortège prend un itinéraire différent de la dernière fois et nous passons par la rue Orville le long du cimetière. J'achète un bakwa (chapeau de paille) pour 2 euros ! Alors là prix baissé, c'est vrai.
« Rouge sera notre victoire ! » . Une forêt de poings levés. Des milliers. Ceux des mamies tenant leurs cabas. Ceux des vieux, des jeunes, des cadres, des ouvriers…. . On passe devant la Préfecture. Les slogans sont martelés avec détermination. Une rumeur court à propos de la répression des forces de l'ordre en Guadeloupe. On lève le poing et on conspue l'Etat français colonialiste.
Ruée sur les carburants. Et malgré une distribution presque normale venant du dépôt de la SARA beaucoup de gens tentent de faire des stocks. D'où une pénurie anormale. Mais il est vrai que l'on sent une crise grave et longue. Et un rationnement devra être de toutes façons organisé.
La résistance de la grande distribution.
La partie patronale de la grande distribution qui avait quitté la table des négociation, n'est revenu que tard dans la soirée. Cela a déclenché la colère des élus et même la désapprobation du Préfet. C'est toujours l'ambiguité des termes « produits » et « famille de produits » qui fait problème. Cette fois la grande distribution ne parle plus que de 54 produits - et non 100 comme elle s'y était auparavant engagé verbalement devant tous. Steeve LANCRY, leur représentant, a expliqué que 100 produits représentait un trop grand éventail d'articles et que cela mettrait par exemple son entreprise en difficulté.
Au point on en est, avec toute la lutte qui a été menée jusqu'à présent, on n'est pas prêt à renoncer !
Et on n'a même pas abordé la questions des salaires dans les entreprises.
Cette fois c'est plutôt la panique chez les békés.
Quand cela s'arrêtera t-il ? Si seulement il pouvait suffire de quelques pots-de-vin généreux pour que cela cesse ! Ah qu'il semble déjà loin le temps où, armés jusqu'au dents, dans des jeeps, épaulés par les gendarmes, on allait contrôler les routes, vérifier les papiers, humilier les uns ou les autres…
Que faire ?
Stéphane HAYOT, investisseur dans la grande distribution, fait circuler un communiqué sur internet, où il indique que les revendications des Martiniquais sont inacceptables et rendraient les entreprises de la grande distribution non rentables. On peut bien sûr en douter. La grande distribution - spécialité française de par le monde - a quadrillé cette petite île. Il y a un supermarché tous les 5 km ou presque. Ils sont construit, sans aucun souci du respect de l'environnement comme à Génipa, malgré les protestations et les manifestations. C'était édifié sur les immenses domaines de la famille HAYOT, alors…
Si l'investissement dans la grande distribution dans les Antilles était si aléatoire, si risqué, comment se fait-il qu'on ait quand même tant investi dans ce secteur dans lesdites Antilles ?
J'ai envie de « leur » répondre : nous comprenons vos graves soucis de gestion au milieu de ces nègres si turbulents. Ne vous inquiétez pas cependant. Nous allons vous soulager de ce fardeau en reprenant nous-mêmes en mains, par le biais d'intersyndicales, puis de coopératives, cette grande distribution. Et c'est nous qui nous en partagerons alors les misérables bénéfices. Adieu foulard…Et restez donc à Chamonix une fois l'hiver passé. C'est très bien toute l'année, Chamonix. Si vous faites ça, je promet de vous envoyer chaque année un panier garni des Antilles.
La répression en Guadeloupe.
Il semble que l'Etat français, comme il l'avait déclaré par l'intermédiaire du ministre, soit décidé à tenter de rétablir « l'ordre républicain ». Il avance prudemment ses pions, faits de provocations puis d'arrestations. Prétextant le dégagement de barrages routiers, plusieurs dizaines de manifestants ont donc été arrêtés. Un leader syndicaliste a été blessé, après avoir été insulté (« sale nègre, on t'a repéré… »). Au moment où j'écris un commissariat serait encerclé par les manifestants. Tout le monde s'accorde à dire que la Guadeloupe est une poudrière où les forces de l'ordre, au moindre blessé ou tué, seraient balayé par des dizaines de milliers de manifestants déchainés. Elles ne pourraient, pour s'en sortir, que faire usage de leurs armes. Et ce serait le bain de sang comme cela a déjà eu lieu dans le passé.
Et c'est pourquoi le Collectif du 5 février, manifestant sa solidarité avec les camarades de Guadeloupe, et l'ensemble des élus de la Martinique - y compris ALMOND de l'UMP - ont adressé une mise en garde solennelle au Préfet de la Martinique concernant toute intervention ou provocation des forces de l'ordre. Ce à quoi Monsieur Le Préfet a déclaré que, concernant cette intervention des forces de l'ordre, il en était le seul juge, ne recevant pas d'ordre de Paris.
Un mot sur les médias.
Il y a maintenant une méfiance et un désintérêt sur tout ce qui se dit sur les Antilles à partir de la métropole. C'est ici une politique de désinformation ancienne et connue, où l'on passe là-bas régulièrement, sur les médias, quelques potiches dont certains n'ont jamais mis les pieds aux Antilles - sauf peut-être pour les vacances, comme Jean MATOUK.
Les journalistes grévistes ou non, les pigistes, viennent donc de se grouper pour former Télé Otonom Mawon qui émet sur la petite chaîne locale associative KMT. Ce petit média est devenu au gré des évènements le rendez-vous de tous les téléspectateurs martiniquais. Quel succès pour le courageux Roland LAOUCHEZ !
Le collectif du 5 février émet sur internet via son blog. On peut y lire des articles plus approfondis (collectif5février.blogspot.com). Il y a aussi des sites en prise directe avec les évènements de Martinique et des Antilles en général : KMT , Caricreole1.com , bandamanjack.com …
De partout on parle de construire enfin le pays.
Echange rapide avec Camille Chauvet chroniqueur nationaliste de KMT. Il me dit qu'il n'arrête pas de se prononcer en faveur d'un projet autogestionnaire. Bof. J'ai un doute. Je travaille sur une adresse que je compte présenter à un prochain congrès des travailleurs ici. Modestement j'irai le présenter, me faire aider par les uns et les autres.
« Il ne faut pas se contenter de plonger dans le passé du peuple pour y trouver des éléments de cohérence vis-à-vis des entreprises falsificatrices et péjoratives du colonialisme. Il faut travailler, lutter à la même cadence que le peuple afin de préciser l'avenir, préparer le terrain où déjà se dressent des pousses vigoureuses » Frantz FANON(les Damnés de la Terre)

Portrait de chamax971

De chamax971

commerçant | 16H27 | 17/02/2009 | Permalien

Monsieur Haski,
Si vous avez suivi de près les informations concernant la Guadeloupe, et avez pris connaissance d'un certain article de France Antilles concernant un commerçant passé à tabac et étranglé par des membres du service d'ordre du CTU vendredi dernier, je pense que vous comprendrez mon droit à m'exprimer. Je suis en effet la personne agressée.
En regardant hier soir le journal de RFO sur le conflit, j'ai été stupéfait que la presse locale puisse tenir de tels propos. En effet, 30 » de louanges du conflit, pas un mot sur ce qu'il se passe en marge de celui-ci, Uniquement des reportages montrant des manifestants qui se disent « agressés » sauvagement par les gendarmes, jouant une comédie burlesque. Le représentant du mouvement CTU, celui là même qui dirige mon agresseur, jouant une comédie méprisable, en train de jouer l'agonisant sur son brancard au CHU, pour quelques bobos anodins, un touriste, « corse » soutenant le conflit, les responsables des collectivités locales qui soutiennent ce mouvement….les intellectuels antillais qui soutiennent ce mouvement….En brève à la fin du journal et lu, un petit communiqué du représentant des entreprises et de l'Etat.
La force de Monsieur DOMOTA, dont, faut-il le rappeler n'est même pas vraiment guadeloupéen (pour quelqun qui revendique l'indépendance c'est pas mal) puisque son père est syrien, directeur adjoint d'une ANPE locale et donc représentant de l'état, qui continue à toucher son salaire, est d'avoir su mettre dans le panier des revendications absolument TOUT. De quoi donc empêcher quiconque d'être en désaccord avec lui. Je suis moi-même d'accord pour dire que la vie est très cher ici. Toutefois, depuis le départ du conflit, ses revendications sont absolument irréalisables. Il fait des amalgames énormes, que personne n'ose relever. Alors pourquoi ? ? ? Il sait pertinement que les collectivités et l'Etat ne peuvent répondre à ces revendications. Que cherche t-il réellement ? pourquoi personne ne pose cette question ?
En refusant de négocier, il continue à détruire volontairement le tissu social et économique de la Guadeloupe. Mais ce n'est pas grâve. Il s'est mis en position de dire « c'est l'Etat qui refuse de négocier, donc c'est l'Etat qui est responsable de cette destruction ».
Les entreprises déposent le bilan les unes après les autres, Un emploi sur huit est menacé aujourd'hui. Le tourisme ne viendra plus aux Antilles. Les indépendantistes comptent-ils sur une banane subventionnée, sur une canne à sucre subventionnée pour s'en sortir ? ?
Avec mon agression vendredi (je ne suis pas le seul, mais je suis l'un des premiers à avoir osé porter plainte, vivant maintenant dans la peur), on commence à voir le masque de ce mouvement se fissurer. Le vrai visage apparait derrière. Le LKP est dirigé et contrôlé par l'UGTG dont nous connaissons tous leurs opinions racistes et indépendantistes.
Cette nuit, des émeutes, des voitures brûlées des agressions de gendarmes. Pourquoi n'en parlez vous pas ? Pourquoi ne dit-on pas que nos enfants sont pris en otage par les enseignants depuis le début du conflit (pas d'école depuis plus d'un mois) ? pourquoi ne parle t-on pas de tous ces gens qui ont peur et qui rentrent en France pour scolariser leurs enfants ? Pourquoi ne parle t-on pas de ce directeur d'école à Sainte-Anne, Monsieur Kancel, dont tout le monde connaît l'engagement syndical qui distribue des tracts du LKP et qui à osé dire avec son hygiaphone qu'il sacrifiait la génération actuelle pour sauver les générations futures ? pourquoi ne parle t-on pas de ce membre d'une station service qui à dit à une « métro » « on sait qui tu es, on sait ou tu habites et ou tu travail, on va venir te régler ton compte » ?
En voulant protéger quelqun, je me suis fait passer à tabac (bien sûr ils ont baissé la grille de mon magasin pour que personne n'y assiste), tout cela pour voler les preuves photo de leur agression.
Personne n'a bougé pour me défendre. Mais je REFUSE l'appélation de héro, comme certains le disent. J'ai juste le sentiment d'être le SEUL à avoir osé défendre quelqun, d'être le seul à avoir défendu la liberté d'expression face à ce mouvement fasciste. Je ne suis qu'une petite personne normale. J'ai juste le sentiment d'être le seul à avoir fait ce qu'il faut. Ce sont les autres dont il faudrait parler. Ceux qui n'ont rien fait.
Oserais-je compter sur un peu plus d'objectivité de la part de la presse nationale ? …enfin ?
Il y a tellement de choses à dire que vous ignorez, monsieur Haski.
Mais faîtes seulement attention au piège des intellectuels qui sont très fort pour argumenter.Certains de ceux-çi ont posé des bombes et sont donc des terroristes…. Ne l'oubliez pas
Merci

Portrait de tox

De tox

www.dessins-tox.com | 16H42 | 17/02/2009 | Permalien

@chimulus ! Enorme !

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