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Chavez l'emporte : un pas vers la démocratie… ou la dictature ?

Pour les chavistes, le référendum permettant au Vénézuélien de se représenter est synonyme de poursuite des réformes sociales.

Hugo Chavez à la sortie du bureau de vote à Caracas, dimanche (Tomas Bravo/Reuters)

Il a eu raison de retenter le coup : en décembre 2007, Hugo Chavez avait perdu, à 51% des voix contre 49%, un référendum censé lui donner plus de pouvoir.

L'opposition l'avait emporté en dénonçant une dérive dictatoriale : à l'époque, en plus de demander le droit de se présenter indéfiniment à la présidentielle, le leader vénézuélien voulait plus de pouvoir si l'état d'urgence était déclaré.

Dimanche 15 février, Hugo Chavez demandait « juste » la fin de la limitation du nombre des mandats, afin de pouvoir concourir au pouvoir jusqu'en 2019. Soit potentiellement vingt ans à la tête de l'Etat.

Lui dit en avoir besoin pour continuer de mener à bien les réformes sociales : les dispensaires dans les quartiers, l'accès à l'éducation, aux médicaments, à l'électricité… Hugo Chavez veut installer un « un Etat socialiste bolivarien », du nom du leader de l'indépendance. (Voir la vidéo, en anglais)

« La réélection en 2012 n'est pas assurée »

Walter Suter, ancien ambassadeur suisse au Venezuela, explique dans une interview sur le blog engagé à gauche Changement de société qu'Hugo Chavez ne vient pas de se faire nommer à vie à la tête de l'Etat. Le Président qui a eu le plus recours au référendum de toute l'histoire du pays devra en effet d'abord gagner les élections de 2012 :

« Peut-être souhaite-t-il être président à vie. Mais il faudrait qu'il se fasse réélire, ne l'oublions pas. Et là, ses adversaires ont le champ libre. S'ils présentent en 2012 un adversaire suffisamment fort, rien ne dit que Monsieur Chavez sera réélu. (…) Bien sûr, celui qui a les plus grandes chances de remporter à nouveau une victoire incontestable, c'est lui. »

Avec ses grandes déclarations incendiaires et son omniprésence médiatique, Hugo Chavez agace une partie de la communauté internationale. Mais pour les Vénézuéliens des classes populaires, il est celui qui a vraiment fait changer les choses.

Ce que reconnaît l'auteur du blog « Venezuela : journal de bord », pourtant très critique en temps normal, lorsqu'il fait un bilan des dix ans de pouvoir de l'ancien parachutiste :

« La révolution “bolivarienne”, contrairement à ce que je dis souvent, ce n'est pas qu'un ridicule ramassis d'échecs ! (…) Ils ont recontruit un système de santé gratuit et accessible à tous. Certains médicaments impossibles à trouver sur le marché sont disponibles gratuitement, certains traitements inabordables même pour moi qui gagne bien ma vie sont disponibles. (…) J'ai fait plein de vaccins et j'en ai pas payé un seul. »

Education, services publics, redistribution

Hugo Chavez est à la tête du cinquième pays producteur de pétrole et a largement utilisé cette manne pour des programmes sociaux, comme le détaille Walter Suter :

« Tous les programmes sociaux, y compris les écoles, sont financés par les revenus pétroliers. C'est une caisse spéciale, car une partie des recettes de l'entreprise pétrolière publique n'est pas versée au budget de l'Etat, mais alimente directement un fonds spécial, toujours couvert à hauteur de deux à trois milliards environ, tant que l'argent arrive. Et il finance directement tous les programmes sociaux. Il en va de même pour les infrastructures, des projets pharaoniques, en tête un réseau ferré national, pour les transports à longue distance. »

Pas de limitation des mandats en Europe

Mais comment justifier un changement de constitution qui apparaît à beaucoup d'observateurs comme uniquement destiné à s'assurer une présidence à vie ? Pour Muriel Knezek, qui ne cache pas ses penchants bolivariens dans Le grand Soir :

« Chavez, et sa verve rhétorique, a argumenté sa proposition sur la base de l'expression sportive : “On ne change pas une équipe qui gagne.” Ce qui, d'aucune façon, ne remet en question le choix électoral par des élections libres ni le référendum révocatoire à mi-mandat. Il souhaite seulement pouvoir installer de façon durable une stabilité démocratique et prolonger le travail entamé, sans autoritarisme dont il s'est toujours défendu, vérité qu'il veut absolument faire passer. »

Même tonalité et mêmes justifications sur La Riposte, proche du PCF :

« Les réactionnaires et les impérialistes s'écrient : “Chavez est autoritariste ! ” C'est pure hypocrisie. Ce que propose ce référendum, ce n'est pas de faire de Chavez un “président à vie”, ni même de prolonger d'un seul jour la durée de son mandat. Ce qui est proposé, c'est que le peuple vénézuélien puisse avoir le droit de voter pour Chavez aux prochaines élections présidentielles. Les gens doivent avoir le droit de voter pour le candidat de leur choix. C'est un droit démocratique élémentaire, que nous défendons. Qui plus est, le référendum propose que cette règle s'applique à tous les maires et gouverneurs régionaux. »

Aux antipodes, le blogueur vénézuélien Daniel, peu suspect d'amitiés chavistes, confie sa première réaction à ce résultat :

« Le Vénézuela a voté pour une politique inacceptable. Ainsi, le pays a prouvé qu'une large partie de sa population ne croit pas en les valeurs démocratiques. […] C'est un nouveau jeu qui s'engage aujourd'hui. Tout le monde sait que Chavez est un fasciste et maintenant tout le monde sait que la moitié des Vénézuéliens n'a pas de problème avec ça. Critiquer ces gens est inutile. »

La revue de droit de l'université de Chicago, quant à elle, s'est penchée sur le résultat du référendum. Bien sûr, si Chavez ne peut pas se représenter alors que c'est lui que veut le peuple, c'est une absence de démocratie. Mais la démocratie, c'est l'alternance :

« Nous nous méfions instinctivement d'un chef d'Etat qui cherche à rester au pouvoir pour toujours. »

Pour conclure, Walter Suter rappelle que dans dix-sept pays européens sur vingt-sept, le nombre de mandats n'est pas limité.

Photo : Hugo Chavez à la sortie du bureau de vote à Caracas, dimanche (Tomas Bravo/Reuters)

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de toots

De toots

void | 20H18 | 16/02/2009 | Permalien

Je n'ai pas trouvé ce papier foncièrement anti-chavez. Au contraire c'est une des première fois que je lis dans un média tout public des aspects positifs de la politique de M. Chavez…

Portrait de Zontar

De Zontar

étudiant | 20H24 | 16/02/2009 | Permalien

Sans préjuger de ce qui va passer à moyen terme au Vénézuela, j'en serai bien incapable, je trouve amusant de remarquer que ceux qui, en Europe, trouvent légitime de faire revoter l'Irlande après le « non » à Lisbonne, sont nombreux à s'indigner dès lors que Chavez utilise le même procédé.
Et, vice-versa, ceux qui vocifèrent contre un déni de démocratie dont serait victime le peuple irlandais, ont généralement tendance à ne pas porter le même jugement sur la même méthode, dans le contexte vénézuélien.

Portrait de Weatherboy

De Weatherboy

Comédien dans un système oligarchiq... | 20H28 | 16/02/2009 | Permalien

C'est quoi cette technique qui consiste à prendre un titre débile pour finir en conclusion par dire l'inverse ?

Ceci dit, c'est quoi aussi cette fixation récurrente des média sur « LA démocratie » au Vénézuéla, comme si la démocratie avait une quelconque valeur en soi. Tout celà au mépris de toute analyse du programme et de la politique de Chavez pour son pays. Comme l'avait très bien dit Badiou, cette fameuse « démocratie » n'a pas de valeur en soi, tout dépend de ce qu'on en fait. La « démocratie » elle peut très bien amener Sarkozy ou un W. Bush et ses milliers de morts au pouvoir. Et aucun d'entre eux n'est porteur d'une quelconque valeur par le seul fait d'être élu démocratiquement.

Portrait de déluge

De déluge

menuisier | 22H06 | 16/02/2009 | Permalien

Mais dul, Chavez a mis au pas une chaîne de télé : C'est donc un dictateur assoiffé de pouvoir.

JAMAIS dans une pure démocratie comme la notre UN seul personnage n'aurait le pouvoir de révoquer les responsables de médias, nouer de nouvelles aliances statégiques engageant la Nation sans en référer au parlement, décider de la politique culturelle, occuper 60% du temps de parole médiatique, accaparer tous les pouvoirs et faire fis de leur séparation !

Jamais cela n'arriverait dans la patrie des droits de l'Homme.

Jamais !

Moyennant quoi, nous sommes crédibles lorsque nous dénonçons Chavez qui se mêle de respecter le résultat des référendums !

Ce n'est pas chez nous que l'on verrait ça !

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