SUR LE TERRAIN

« C'est pas moi qui attaque Joey Starr, c'est le parquet »

Le rappeur Joey Starr était jugé ce vendredi devant la 10e chambre correctionnelle du tribunal de Paris pour violences sur son ex-concubine. Bizarrerie juridique : l'ex de la star n'a pas porté plainte, mais seulement déposé une main courante. Elle s'opposait même au procès. Il écope finalement de trois mois ferme.

« Parlez un peu plus fort parce que vous avez la voix sourde. » Drôle de remarque de la présidente à Joey Starr, dit aussi Jagguar gorgone pour sa voix, plutôt grave et rocailleuse que sourde.

Mains croisées derrière le dos, Joey Starr enlève ses lunettes de soleil quand il est appelé à la barre. Face au tribunal, il est aujourd'hui Didier Morville. Un mec poli, loin du type qui balancera, plus tard, à la sortie du tribunal, sa bouteille d'eau sur les photographes en troupeau.

Il répond aux questions calmement, en s'excusant de ne pas toujours pouvoir apporter « des précisions concrètes » à des faits « plus très frais ».

C'était il y a environ cinq mois. Le 28 août dernier très exactement. Séparé de Leïla (avec qui il est resté quatre ans) Joey Starr veut récupérer l'un de leurs deux fils. Petit coup de fil à la jeune femme, qui refuse : « Je lui ai répondu qu'il était un peu patraque », explique-t-elle à la cour.

Pas d'accord, Joey se rend au domicile familial que l'ex a gardé temporairement après leur séparation, décidé à récupérer son fils. Depuis qu'ils sont séparés, aucune décision de justice ne règle la garde des enfants. Un sujet à disputes donc :

« C'est systématique avec elle. C'est toujours à l'humeur quoi. Je voulais l'avoir en face pour comprendre. »

Vous lui avez mis un doigt dans le nez ?

Le couple commence à se disputer et la situation dégénère : Joey Starr met un doigt dans le nez de la jeune femme. A la présidente qui l'interpelle sur ces faits, il répond : « C'était du mauvais humour. »

Ensuite, il dit qu'elle est devenue hystérique, qu'elle lui a sauté dessus. Elle, une belle brune élancée, ne nie pas s'être énervée. A la barre, très calme, ses phrases semblent avoir été écrites avant d'être dites : « J'ai très bien pu le pousser ou avoir un geste mal placé à son égard. »

Elle reconnaît à demi-mots lui avoir griffé le visage. Il lui crache au visage, lui tape la tête contre la baignoire, la frappe au visage, lui mord le doigt. « Y a pas de problème je reconnais tout ça », dit Joey Starr.

Des ex-conjoints qui se tapent dessus et le reconnaissent. L'affaire aurait pu être vite pliée. Mais non…

« Ce n'est pas moi qui l'attaque, c'est le parquet qui l'attaque ! »

L'ex-compagne de Joey Starr n'a jamais porté plainte. Après leur bagarre, elle a juste posé une main courante au commissariat. Si elle se retrouve au tribunal aujourd'hui, c'est bien malgré elle :

« C'est pas moi qui l'attaque, c'est le parquet qui l'attaque. Moi vous savez quand j'ai posé ma main courante c'était juste pour marquer le coup. »

De fait, en ce vendredi 13 février, le procès de Joey Starr semble parfois un peu absurde. Les avocats des parties adverses en viennent à se compléter dans leurs plaidoiries. C'est même Nicole Milhaud, l'avocate de Leïla, qui fait remarquer que les faits reprochés sont dits de violences conjugales, alors même le couple était séparé. Il s'agirait donc plutôt de faits de violence aggravés, moins sévèrement punis.

Dans la salle des pas perdus, quelques heures avant le verdict, Nicole Milhaud n'hésite pas à évoquer un procès pour l'exemple. (Voir la vidéo)

Pour l'avocate, Leïla n'est pas une femme battue. Elle n'en a pas le profil. En levant le doigt, Maître Le borgne, l'avocat de Joey Starr profite, lui, de sa plaidoirie pour interpeller le parquet :

« Est-ce qu'il n y a pas un certain mépris de la parole de madame ? »

C'est maintenant Leïla qui défend Joey :

« Depuis ça c'est quand même bien arrangé. Ça fait six mois qu'il honore une pension alimentaire très correcte. Il voit les enfants régulièrement. Ils sont très attachés à leur père. »

La jeune femme insiste. Elle aimerait que le tribunal fasse preuve de subtilité. Elle dit penser d'abord à ses enfants.

Mme le procureur se justifie

Tant et si bien que Mme le procureur se retrouve presque isolée. A se justifier :

« On reproche au parquet d'avoir outrepassé la volonté de Mme D. Mais le parquet est aussi là pour faire la loi. »

Mais encore…

« J'ai été au parquet des mineurs et moi aussi ma première préoccupation est celle des mineurs. »

Dans son réquisitoire, elle s'appuie largement sur les antécédents juridiques de l'accusé. Rétention d'armes, violences conjugales, détention de chiens d'attaque non stérilisés, conduite sans permis. Une démonstration qui lui permet ensuite de requérir 4 à 6 mois d'emprisonnement.

Ce sera finalement trois mois de prison ferme et 2000 euros d'amende. Une peine que Joey Starr ne passera probablement pas en prison. Sans mandat de dépôt, le juge d'application des peines transformera sûrement sa condamnation.

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de masaka

De masaka

journaliste | 22H09 | 13/02/2009 | Permalien

Pour compléter mon précédent message, une précision encore sur le parquet : il n'est pas rare du tout (contrairement à ce que l'article sous entend) en situation de violences conjugales que le parquet poursuive l'affaire même en cas de main courante et même quand la victime retire sa plainte. ceci pour éviter les retraits de plainte sous menace. c'est une protection de plus des victimes.

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De Tita

oiseau | 23H37 | 13/02/2009 | Permalien

Non. Ce n'est même pas beaucoup.

Imaginons qu'après avoir eu la tête choquée contre la baignoire, il y ait une hémorragie interne, un avc ou que-sais-je et qu'il y ait mort. Cela aurait fait un joli « +1 » dans les statistiques qui montrent que souvent le meurtrier est le conjoint ou l'ex et que l'on meurt bien de violences physiques faites par un compagnon ou un ex.

Il n'y a aucune bizarrerie à ce que l'ex ou le conjoint trouve exagérée la mise en place de la procédure, et cela soit parce que ce conjoint aime malgré tout son compagnon, même violent, soit simplement parce que la violence est un mode de communication comme un autre dans leur monde à eux. Mais dans notre monde, toute violence est prohibée (enfin, sauf celle commandité par l'État, mais cela est un autre problème) car ce n'est ni un argument, ni sans danger.

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