ENQUETE 12/02/2009 à 11h34

Du harcèlement moral stratégique pour virer facile


Harcèlement moral stop (HMS) a recensé 1235 cas entre septembre et décembre 2008 pour établir ce constat.


Dans une entreprise parisienne (Audrey Cerdan/Rue89).

C'est la face noire de la crise : le harcèlement moral est désormais un outil des entreprises pour réduire leurs effectifs. Ce constat de l'association Harcèlement moral stop (HMS) se fonde sur une étude de 1 235 cas recensés entre septembre et décembre 2008. Le phénomène touche de nouveaux secteurs, du prêt-à-porter à la pharmacie, et de nouvelles cibles : les hommes et les cadres supérieurs. Enquête exclusive d'Eco89.

Les animateurs de HMS l'ont baptisé le « harcèlement stratégique ». Une nouvelle mode qui touche tous les secteurs et tous les salariés. L'objectif de ce genre d'opérations consiste à éviter un plan de sauvegarde de l'emploi. En clair, un plan social. En provoquant des départs « volontaires » de l'entreprise, en réalité suscités par les DRH.

La harcèlement stratégique résulte d'un choix intentionnel d'une direction. Il vise aussi bien le management intermédiaire que les salariés de base, à l'issue d'un processus qui prend plusieurs mois. Ce phénomène, Loïc Scoarnec, président de HMS, l'a vu émerger depuis septembre 2008, parallèlement à la crise économique. (Voir la vidéo)

La pratique n'est pas anodine pour les individus concernés et la collectivité :

  • Sur ces 1 235 signalements recensés par HMS comme des cas de harcèlements, la moitié sont en arrêt de travail
  • Le phénomène se généralise : il y a autant d'hommes que de femmes parmi les harceleurs, un tiers des harcelés sont des hommes
  • Il s'étend aussi à l'ensemble de la chaîne hiérarchique, y compris les cadres dirigeants confrontés à des fusions-acquisitions
  • De nouveaux secteurs voient le harcèlement moral apparaître, notamment celui des associations à vocation sociale



VICTIMES. La tendance est claire : les hommes forment un tiers des victimes de harcèlement, alors qu'ils n'étaient que 20% il y a cinq ans. Les cibles sont aussi cadres, de plus en plus nombreux, cadres supérieurs, voire cadres dirigeants soumis à la pression des actionnaires en cas de restructuration d'un groupe. HMS est en contact avec de jeunes traders français de la City, la trentaine dynamique, virés à l'issue d'un processus de harcèlement et incapables de comprendre pourquoi ils en sont arrivés là.

Sexe
Femmes (67%)
Hommes (33%)
Age
-26
(12%)
26-34
(30%)
35-44
(28%)
45-50
(18%)
51-54
(6%)
+55
(6%)
Catégories
Employés (53%)
Ag. de maìtrise (26%)
Cadres (21%)
  • 59% des femmes sont employées (41% pour les hommes)
  • 33% des hommes sont cadres (15% pour les femmes)
Ancienneté dans l'entreprise (années)
-2
(32%)
2-5
(29%)
6-10
(16%)
11-15
(7%)
16-20
(8%)
+20
(8%)
  • 36% des femmes ont une ancienneté inf. à 2 ans (24% pour les hommes).
  • 20% des femmes ont une ancienneté sup. à 10 ans (27% pour les hommes).


AUTEURS. Il n'y a plus vraiment de profil-type du harceleur, qui est à parité un homme ou une femme. En revanche, il existe maintenant des « nettoyeurs », dit Loïc Scoarnec, dont le rôle inavoué est de faire craquer des salariés, dans le cadre d'une restructuration d'entreprise.

Rapport hiérarchique
Supérieurs (70%)
Collègues (12%)
Sup. et coll. (18%)
  • 70% des hommes et des femmes se déclarent victimes de harcèlement de la part de leur supérieur. Il y a dix ans, ils n'étaient que 58% à l'affirmer.


FAITS. Comment reconnaître un processus de harcèlement ? Au « schéma du harcèlement », répond HMS, qui consiste à mettre le salarié en « échec apparent ». Et à trois indices : la mise en cause de la qualité du travail, la dégradation de ces conditions de travail et aux attaques sur la personne.

Durée des agissements
Moins de 2 ans (75%)
2 à 3 ans (12%)
4 à 5 (6%)
Plus (7%)
  • Les durées sont parfois très courtes (inférieures à six mois)
Evénements déclencheurs
  • Annonce de mariage
  • Annonce d'une grossesse, retour de congé maternité, retour de congé parental
  • Déclaration d'accident du travail
  • Absences pour maladie
  • Déclaration d'un handicap
  • Rappel du code du travail
  • Paiement des heures sup
  • Signalement d'un harcèlement moral ou sexuel
  • Demande d'évolution professionnelle
  • Demandes d'explications sur des changements de plannings
  • Demandes d'explications sur le contrat de travail
  • Discriminations sexistes, religieuse, racismes
  • Comportements portant atteinte à la personne : humiliations, décrédibilisations, dévalorisations, jalousie, attitude paranoïaque du supérieur ou d'un collègue, ingérence dans la vie privée, avances à caractère sexuel


SECTEURS. Le privé représente 75% des cas, mais certains secteurs du public ne sont pas en reste, notamment les collectivités locales et... l'éducation nationale, où de nombreuses affaires sont étouffées.
Outre la grande distribution, trois nouveaux secteurs se distinguent : les associations à vocation sociale (aide à la personne...), le prêt-à-porter et la pharmacie (visiteurs médicaux).

Secteur
Privé (75%)
Public (25%)
Professions les plus touchées

PRIVÉ

  • Grande distribution
  • Hôtellerie restauration
  • Banques
  • Assurances
  • Pharmacies
  • Informatique
  • Plates-formes téléphoniques
  • Maisons de retraite

PUBLIC

  • Mairies
  • Education nationale
  • Hôpitaux
  • Ministères
  • Conseils généraux
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Sans livrer de recette miracle pour faire face à une situation de harcèlement moral, HMS conseille trois choses :

  • Ecrire, les faits rien que les faits. A la fois pour garder une trace d'agissements qui sont très souvent des interventions orales, mais aussi pour prendre de la distance vis-à-vis des faits.
  • Ne pas rester seul face à une pratique qui tend à isoler l'individu du reste du groupe.
  • Et pour cela, ne pas hésiter à en parler, à ses collègues, à ses proches et/ou à des tiers de confiance.

A lire aussi sur Rue89
Les articles sur le harcèlement
Commissariat d'Enghien : harcelée, mais déboutée
Ailleurs sur le Web
Le site de l'association Harcèlement Moral Stop (HMS)

Photo : Dans une entreprise parisienne (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • AlexG2008
    • Posté à 13h10 le 12/02/2009

    Source image (et article parlant de harcèlement « l'affaire bermuda/Sagem ») :
    Lien

  • N.MARECHAL
    • Posté à 17h30 le 12/02/2009

    Le harcèlement moral est sévèrement puni par la loi. 15 000 euros d'amende et un an de prison. Ce genre de chose ne passe pas au prud'homme mais au pénal.

    Je travaille sur cette question dans une grande entreprise et croyez moi, si le phénomène est insidieux on peut facilement renverser la situation.

    J'ai personnellement assigné un dirigeant dans une procédure judiciaire et croyez bien que la procédure calme immédiatement les « gros lourds » qui pensaient jouer à ce jeu là. Il faut comprendre que lorsque la police débarque ou convoque du monde, le harceleur est très, mais alors très mal dans ses baskets ( pour lui ce n'est qu'un début).

    Bon alors, lorsqu'un supérieur vous fait une remarque que vous jugez vous-même déplacé. Ne laissez pas passer. Même sans témoin, demandez lui calmement de reformuler ses propos. Il se peut que déjà il change les termes de son agression. C'est important car il prend conscience que la soumission vient de trouver une limite.

    Posez lui la question directement : Est ce que ce serait du harcèlement moral que vous me faites la ? Ca aussi, ça fait mal parce que vous formalisez un état de fait.

    (j'ai testé pour vous sur un sombre idiot, et effectivement c'est bien le genre de truc qui déstabilise ben hur).

    Dites que vous ne comprenez pas et que vous allez en parler a votre mari, votre syndicat, bref a qui vous voulez mais surtout montrez que vous n'êtes pas tout (e) seul (e).

    Pire, le harceleur vous fait péter les plombs et voilà que vous allez chez le médecin. Dites la vérité à votre médecin. Il vous donnera des jours de repos. Ultérieurement il pourrait lui aussi donner des éléments a charge au procureur ou à la police.

    Une chose est parfaitement évidente, depuis qu'il est avéré que je n'accepte pas le harcèlement moral dans l'entreprise, je fais régulièrement des enquêtes sur les sites.
    Il est clair que le dialogue a changé et les personnes sont moins stressées.

  • Anastaze
    Anastaze
    profiteur-assisté et électeur
    • Posté à 17h37 le 12/02/2009
    • Internaute
      profiteur-assisté et électeur

    « Une nouvelle mode qui touche tous les secteurs et tous les salariés. »

    Nouvelle mode ? Restez heureux !

    Ces pratiques se sont institutionnalisées vers la fin des années 70 à titre individuel avec la mise en place des « évaluations de performances », et à titre collectif tout au long des années 80 avec le développement des « fusions-acquisitions », où les « économies d'échelles » permettaient de mettre en « concurrence » les personnels d'entreprises entières, avec en sus l'entretien de rumeurs savament orchestrées sur les déménagements de sièges sociaux, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, le tout ayant pour objectif l'encouragement aux départs volontaires.

    Enfin... c'est bien d'en parler !

  • Suppriméàlademandeduriverain17.02.09
    • Posté à 17h44 le 12/02/2009

    Le plus souvent, les coups ne viennent pas de la DRH. La DRH n'est que le dernier maillon de la chaîne du harcèlement, sauf s'il s'agit d'un dégraissage déguisé. Mais dans tous les cas, le harcèlement vient des collègues et ça peut revêtir des formes et des raisons variées. J'ai vu et j'ai subi moi-même de tout en matière de harcèlement.

    A noter que la fonction publique se distingue également dans le harcèlement sordide. Et je vous jure que pour se débarrasser d'une tutelle hiérarchique, pour obtenir le statut titulaire ou même pour avancer les fonctionnaires sont capables de se mettre en meute contre un individu.

  • Melinster
    Melinster
    Pédant galvanisé
    • Posté à 18h07 le 12/02/2009
    • Internaute
      Pédant galvanisé

    Il ne faut pas chercher d'excuses au harcèlement, il n'y en a pas. mais le système actuel encourage n'importe quel patron peu scrupuleux à en venir a ce type de pratiques douteuses.

    Dans les entreprises, l'activité peut beaucoup fluctuer selon les secteurs. Or, il est quasi impossible de se débarrasser « proprement » et légalement d'un employé en CDI sans payer des sommes astronomiques, ce qui met certaines boites plus fragiles que d'autre en péril. Il y a également le cas des fainéant profiteurs qui ne foutent rien, ceux qui crient au loup, ceux qui, à coup de procès bidon et de menaces tentent de sous-tirer des sous de leur entreprises (systématiquement déboutés mais, à quel prix ? ) et j'en passe. Ces gens là se fichent des répercutions que cela peut avoir sur le travail et la vie de leur propres collègues.

    Prenez donc un patron sans scrupules, mettez le dans ce système, et on obtient du harcèlement. Alors faut'il lutter contre le harcèlement ou, enfin, revoir une bonne foi pour toute nos contrats ?

  • Buffy-74
    Buffy-74 répond à Humain
    • Posté à 19h19 le 12/02/2009

    J'ai vu ça auprès d'une de mes ex collègue.
    C'était épouvantable et insupportable !
    Harcelée au quotidien.

    Caissière dans une grande surface,ils étaient sans arrêt derrière elle. Ils n'en voulaient plus trop vieille ...( 40 ans)...

    Il ne fallait pas lui parler,toujours lui dire d'aller plus vite,des réflexions désagréables devant les clients.

    Si le chiffre n'allait pas c'était de sa faute.
    Le matin,on trouvait nos caisses renversées ,il nous fallait du temps pour compter notre fond de caisse.
    Le matin on devait arriver de bonne heure pour compter nos caisses et le soir on partait avec 20 mn de retard pas le droit de se plaindre !

    Pour les filles qui prenaient un congé parental, elles étaient « punies » au retour....

    Je remplaçais justement une fille partie en congé parental,et moi ne voulant plus restée dans ce magasin,j'ai fais courir le bruit que j'allais faire un bébé,et j'ai appris qq temps après ( avec soulagement) que mon contrat était fini !

    J'ai voulu dénoncer tout cela,mais personne ne voulait se mouiller,j'en ai même parlé au médecin du travail : il a fait semblant de pas comprendre .....

    Et tout ceci grâce à un DRH qui sortait de sup de co.......

    Quand je suis partie de ce magasin,j'ai dit à ce cher directeur que je souhaitais qu'un jour ses enfants tombent sur des gens comme lui ......et le bouquet de fleurs pour mon départ est resté la-bas car je ne voulais surement pas boire un coup avec ce genre de personnes !

    Et encore je pourrais en raconter......