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Elections en Israël : Tzipi Livni en tête, mais un pays ingouvernable

Les élections, en Israël, ne se déroulent jamais comme prévu. C'est finalement Kadima, le parti dirigé par Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères (centriste dans le contexte israélien, pas grand chose à voir avec François Bayrou…) qui arrive premier, devançant d'une courte tête le Likud (droite nationaliste) de Benyamin Netanyahou pourtant favori. Et au passage, c'est un pays difficilement gouvernable qui sort de ces urnes morcelées.

L'homme fort, à l'issue du scrutin, est assurément Avigdor Liberman, le leader populiste d'extrême droite du parti Isarël Beitenu (« Israël notre maison »), arrivé troisième, et que les analystes israéliens décrivent comme le « faiseur de roi ». Lieberman, un immigrant russe déjà plusieurs fois ministre, a fait une campagne très efficace aux relents racistes contre les Palestiniens d'Israël accusés de manquer de « loyauté » vis-à-vis de l'Etat, mais aussi contre le « travail inachevé » par l'armée israélienne à Gaza. Il est apparu comme le refuge de ceux qui pensent que la sécurité d'Israël repose sur un Etat fort, pas sur une paix hasardeuse.

Les travaillistes, pour leur part, enregistrent leur plus mauvais score historique et terminent bon quatrième. En participant au gouvernement et à la guerre de Gaza, ils auront eu le déshonneur et la défaite électorale, une déconfiture personnelle pour Ehud Barak qui pensait avoir redoré son blason en conduisant les opérations militaires à Gaza.

Un résultat ambigu

Le résultat du vote est toutefois ambigu : d'un côté une poussée à droite de l'électorat israélien, de l'autre un léger sursaut de dernière minute en faveur de Tzipi Livni, qui prive Netanyahou du succès annoncé par les sondages des derniers jours. Le quotidien libéral Haaretz avait ainsi appelé à voter Livni, le moindre de deux maux par rapport à Netanyahou, pour éviter un bloc de droite hégémonique.

Ce morcellement du vote -aucun parti ne fait plus de 23% des voix- fait d'Israël un pays encore plus difficile à gouverner, un gouvernement encore plus difficile à constituer, et surtout des perspectives plutôt désastreuses pour une paix négociée dans cette partie du monde, avec un centre de gravité politique du côté des plus « faucons » d'un échiquier politique déjà passablement endurci.

C'est une mauvaise nouvelle, aussi, pour l'administration Obama qui va essayer de relancer les négociations de paix israélo-palestinienne, même si elle peut tirer quelque réconfort de la courte tête d'avance de Livni, plus « modérée ».

Vers l'« Union nationale »

Tzipi Livni a beau être arrivée en tête, elle sait très bien que la droite, celle du Likud mais aussi celle du parti Israël Beitenu de Lieberman, disposera vraisemblablement d'une majorité de sièges dans la prochaine Knesset, lorsque tous les bulletins auront été dépouillés. Elle ne peut donc pas espérer gouverner sans eux.

Dès mardi soir, le chef de file de Kadima a donc lancé un appel à un gouvernement d'union nationale, qui pourrait aller des travaillistes s'ils acceptent, jusqu'à l'extrême droite de Liberman, en passant par certains partis religieux. Et Livni pourrait même accepter une rotation à la tête du gouvernement, avec Netanyahu qui n'accepterait sans doute pas une formule qui l'écarterait du poste de premier ministre [Le Likud a rejeté mercredi matin l'idée d'un premier ministre tournant, revendiquant la victoire pour le « bloc de droite“].

Cette configuration rendra toute négociation de paix envisagée par les Etats-Unis quasiment impossible, même si la droite israélienne a parfois su se montrer plus pragmatique que ses postures idéologiques ne le laisseraient supposer, de Menahem Begin qui a restitué le Sinaï à l'Egypte, à Ariel Sharon qui a retiré les colons juifs de la bande de Gaza.

Reste que, avec en son sein un redoutable populiste, Avigdor Liberman, le futur gouvernement israélien sera à la merci d'un homme qui a fondé son succès sur l'hstilité vis-à-vis des Arabes. Une nouvelle période d'incertitude et de tension s'ouvre donc au Proche Orient.

► Résultats à l'issue du dépouillement de 99% des bulletins :
- Kadima obtient 28 sièges sur les 120 que compte la Knesset, le parlement israélien.
- Le Likud en compte 27 ;
- Israël Beitenu d'Avigdor Lieberman 15 sièges ;
- Parti travailliste seulement 13.
- Le parti religieux séfarade Shas compte 11 sièges, et deux autres partis religieux 8 sièges au total.
- L'Union nationale (extrême droite, autrefois alliés de Lieberman), 4 sièges
- Quant à la gauche pacifiste du Meretz, elle compte seulement 3 sièges, payant ainsi le fait d'avoir été le seul parti à s'opposer à la guerre de Gaza.
- Enfin, les listes arabes ou mixtes juifs-arabes remportent au total 11 sièges.

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► Mis à jour le 11/2/09 à 11h00 : avec le refus par le Likud d'un premier ministre tournant avec Kadima et les derniers résultats, quasi-définitifs.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Quinine

De Quinine

traducteur et amoureux des chats | 08H44 | 11/02/2009 | Permalien

Enfin un peu d'humour dans une affaire qui en manque singulièrement :
« Ehud Barak (…) pensait avoir redoré son blason en conduisant les opérations militaires à Gaza »
Ils sont rigolos, ces Israéliens (et, avis aux chasseurs d'antisémites, j'écris bien « Israéliens » en pensant « Israéliens »)… Je disais : « Ils sont rigolos, ces Israéliens » : ils te me vous massacrent un peuple depuis soixante ans, ils font dans les sept ou huit mille victimes à coups d'obus au phosphore et de DIME en trois semaines et le commandant en chef du dernier massacre en date espérait redorer son blason…
Je me marre, mais c'est pour ne pas pleurer.

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 10H21 | 11/02/2009 | Permalien

Quand la coalition Kadima-travaillistes responsable de la Tabula Rasa Gaza et de l'interdiction de partis arabes se fait qualifier de « centre gauche », on mesure toute l'ampleur du glissement de la droite de ce pays depuis l'assassinat de Rabin.

Heureusement, le taux eleve de participation a limite la progression de Lieberman.

Mais ce dernier n'exclut pas une alliance avec un parti arabe ( ! ), et Livni n'a pas attendu l'ensemble des resultats pour lui faire des appels du pied.

Quoi qu'il en soit, les faucons ont gagne leur pari (sans surprise :
http://blogules.blogspot.com/2009/01/de-la-justice-en-amrique-de-la.html ).

Portrait de ababush

De ababush

13H02 | 11/02/2009 | Permalien

Effectivement il s'agit d'une majorité « inquiétante » et non pas « ambigue » comme le dit l'article. Il s'agit d'une majorité claire pour la continuation et l'extension de la politique d'exclusion (dans tous les sens du terme) des arabes palestiniens et Israéliens

De toute façon, Kadima, Likoud, meme combat : Livni rencontre Liebermann pour monter une majorité. Quant on voit les propos récent de Livni à propos des palestiniens, cela n'a de toute façon rien d'étonnant.
C'est un peu comme si en France, De Villier arrivait en tete des élections et s'apprêtait à gouverner en s'alliant avec le Pen : une situation bien pire que ce qu'a connu l'Autriche (mise au ban des nations) récemment. Et ce dans un état surarmé au milieu d'une poudrière.

Une réaction normale serait de réagir vigoureusement à l'entrée de fascistes racistes déclarés au gouvernement de ce pays, et de mettre en place des mesures vigoureuses envers Israel pour prévenir la politique annoncée.

Mais bon, cela ne serait pas politiquement correct bien sur, et la presse en général ne relève rien d'anormal dans la situation « démocratique » d'Israel. L'occident continue de se décrédibiliser aux yeux du reste du monde, tellement il préfère apparaitre clairement comme anti-arabe que prendre le risque d'etre qualifié « d'anti-sémite » par les hérauts de la morale médiatique.

Deux poids, deux mesures.
Les palestiniens n'ont pas fini leur descente aux enfers.

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 13H06 | 11/02/2009 | Permalien

UN AUTO-EMMUREMENT INEXORABLE ?

Scènes surréalistes sur CNN hier soir. Des sondages à la sortie des urnes. Un discours de « vainqueur » de Netanyahou (malgré des résultats qui ne sont pas à la hauteur de ses espérances), une réponse longuement retardée de Tzipiu Livni, que je n'aurai pas attendue tant la donne sociologique semble désormais installée. Les Israéliens ont fait le choix de la prétendue sécurité. Pas un mot de l'intervieweur britannique ni de son consultant israélien sur les Palestiniens, qui sont comme exclus du champ de vision. Personne ne semble s'être intéressé aux sièges que pourraient remporter les Israéliens d'origine arabe ou la gauche pacifiste. Tout comme les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ils sont noyés dans une masse uniformément perçue comme celle d'ennemis réels ou potentiels. Le consultant le souligne : depuis l'échec d'Oslo, les Israéliens ne croient plus à la paix. On le sentait depuis longtemps.

Des Travaillistes « historiques » d'Ehoud Barak, relégués en 4ème position, au mouvement ultra-nationaliste d'Israël Notre Maison du russophone Lieberman, l'homme qui aspire à être faiseur de roi, il y a quasi unanimité : personne, et certainement pas Obama, ne pourra dicter aux Israéliens leur comportement de l'extérieur – ils sont unis dans le repli sur soi. La forme que prendra le futur gouvernement compte pour bien peu. Le chauvinisme prédomine, c'est « nous contre eux ».

Qu'en déduire, sinon le constat paradoxal d'une volonté diffuse de se constituer en ghetto national ? C'est Varsovie, ou Lodz, ou Cracovie ou Ekaterinebourg sur le Jourdain ! Autant l'économie brillamment exportatrice du pays, pas encore trop affectée par la crise mondiale, autant la créativité des scientifiques israéliens s'étale dans les revues les plus en vue, s'attirant des éloges mérités, autant la société israélienne se recroqueville derrière son mur de protection. Et ce n'est pas CNN, dont l'émission phare « The Situation Room » a cédé la place à un numéro spécial dédié exclusivement aux élections législatives de l'état hébreu, ni la BBC, qui oseraient poser des questions dérangeantes. C'est comme si les médias occidentaux (la plupart, en tout cas) reconnaissaient aux Israéliens un statut spécial d'ASSIEGES, qu'il ne faut surtout pas contester de peur de s'attirer une volée de bois vert en retour. Le silence pieux est complice.

Des autres assiégés que sont les Palestiniens des territoires occupés et de Gaza, il n'est pas question de parler. Ils ont mystérieusement disparu du paysage. Les évoquer reviendrait à enfreindre un tabou. Ils sont pratiquement hors sujet tant l'égocentrisme israélien les a, de facto, déshumanisés. Comme ils sont réduits à la condition de barbares hors les murs, on se débarrassera d'eux petit à petit, ou peut-être par un grand coup de force tel que le souhaite Lieberman, personne ne le sait exactement. On n'est plus dans la politique, mais dans la sociopathologie.

Rien dans la grande tradition intellectuelle juive n'augurait une telle évolution. Quiconque a lu Jaspers, Arendt, Singer, Oz avec passion aura les plus grandes difficultés à s'y résoudre. C'est mon cas, du moins. Mon monde prend fin ici : je n'ai aucune capacité à convaincre des autistes qu'il existe une autre façon de vivre. Reste un espoir de plus en plus diffus qu'il se trouvera un génie diplomatique pour venir enrayer la fuite en avant d'emmurés dont l'unique avenir est celui d'une guerre perpétuelle « d'auto-défense ». Une guerre de mille ans ?

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