La fille de Marleix recrutée à la Sorbonne : soupçon de copinage
L'arrivée de la fille du secrétaire d'Etat comme maître de conférences fait grincer des dents dans la prestigieuse université.

Avec sa réforme très décriée ce mardi encore dans la rue, Valérie Pécresse accroît la marge de manoeuvre des présidents d'université. Au détriment de la communauté universitaire, qui voit notamment son rôle minoré dans l'évaluation et la nomination des enseignants.
Or un épisode récent à la Sorbonne fait craindre encore plus d'interventionnisme. Jusqu'au plus haut niveau, c'est à dire au ministère.
Que l'université soit un lieu où les réseaux, l'entregent et la cooptation fonctionnent à plein n'est pas un scoop. Mais, souvent, ce sont les dérives localistes qui sont dénoncées, nombre de postes semblant pourvus à l'avance, qu'importent les candidatures.
L'histoire se passe à Paris-IV, où l'on enseigne l'histoire, la géographie, les lettres ou les langues. Une fac dont on dit souvent qu'elle n'est pas connue pour son activisme frénétique. Pourtant, avant même de signer l'appel contre la réforme Pécresse, Paris-IV s'est distinguée par un courrier signé de la direction de l'UFR d'histoire.
L'enjeu : un poste de maître de conférences attribué à une jeune universitaire
Cette lettre, qui date de début décembre et que Rue89 a pu consulter, tranche avec le ton consensuel d'usage : Jean-Noël Luc, Alain Tallon et François-Xavier Romanacce, à la tête du département, dénoncent entre les lignes l'intervention du gouvernement sur un poste. En l'occurence celui qu'occupe Laurence Saint-Gilles, jeune universitaire, titulaire de l'agrégation du secondaire.
Si la procédure aboutit, elle qui officiait comme professeur agrégé dans le supérieur (Prag) à la Sorbonne devrait bénéficier à la rentrée prochaine d'un poste de maître de conférences pour enseigner l'histoire des relations internationales.
Sur le papier, elle y a droit : un poste de Prag est accessible aux enseignants du secondaire détachés dans le supérieur, lesquels représentent d'ailleurs un sixième des effectifs à la fac. Quant au poste de maître de conférences, toute personne titulaire d'une thèse ayant passé l'épreuve de la qualification peut y prétendre.
Laurence Saint-Gilles a bien soutenu une thèseen 2007, intitulée « La présence culturelle de la France aux Etats-Unis pendant la Guerre froide ». Or la direction du département se désolidarise nettement du choix ministériel, si l'on en croit le courrier qui précise :
« Cette transformation n'a pas été demandée par le précédent directeur de l'UFR. Elle n'a pas été demandée par la présidence de l'université. Elle ne figure pas dans la liste des besoins officiellement exprimés par la direction de l'UFR après consultation de chaque section. Elle diminue de 192 heures la capacité d'encadrement pédagogique de l'UFR assuré par les personnels titulaires. Elle ne s'inscrit pas dans la politique de conciliation et de transparence de la direction. »
Les responsables de son département n'avaient rien demandé
Luc, Tallon et Romanacce précisent même, histoire d'enfoncer le clou, que c'est par voie administrative qu'ils ont eu vent de ce qu'ils appellent une « initiative du ministère ». Autant dire qu'ils n'étaient pas franchement pour.
Pourquoi ? Parce qu'il est rarissime qu'on transforme un poste pour en faire un emploi sur mesure pour quelqu'un qui vient d'arriver. Et « parce que son arrivée à la fac d'Amiens où elle a démarré comme Prag en début de carrière était déjà largement entachée d'une intervention en haut lieu : l'université d'Amiens n'avait rien demandé non plus », ajoute un maître de conférences de Paris-IV qui a accepté de parler à Rue89 sous couvert d'anonymat.
Car il faut savoir que Laurence, épouse Saint-Gilles, est née Marleix. Qu'elle est la fille de son père, Alain (actuellement secrétaire d'Etat à l'Intérieur et aux Collectivités territoriales), et la soeur de son frère, Olivier (conseiller technique à l'Elysée après un passage auprès de Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux).
Seule réponse de l'intéressée : « Laissez-moi tranquille »
Un peu gros, le procès en copinage ? Le son de cloche de l'intéressée aurait été précieux. Impossible de l'obtenir, malheureusement : Laurence Saint-Gilles s'est montrée peu bavarde, au téléphone. Premier coup de fil : « Rue89 ? Ca ne m'intéresse pas. Bip… bip… bip… » Deuxième appel dans la foulée, histoire de préciser qu'il ne s'agit pas de télémarketing mais d'une enquête en cours. Le ton n'est pas plus doux : « Madame, je vous ai dit que je n'étais pas intéressée, laissez-moi tranquille. »
A la Sorbonne depuis plus de quinze ans, le même maître de conférences, qui a déjà participé à des commissions de recrutement, explique quant à lui la levée de boucliers :
« Ça n'a rien de personnel, je ne la connais pas et je n'ai aucun compte à régler. Mais c'est une petite saloperie du ministère. Il faut savoir que pour un poste de maître de conf » en Sorbonne, il y a entre 90 et 150 dossiers, dont vingt à trente normaliens, et des chercheurs issus de Sciences-Po.
Laurence Saint-Gilles a bien une thèse mais personne ne connait ses travaux et il est peu probable qu'elle aurait été ne serait-ce qu'auditionnée. »
Un concours taillé sur mesure pour l'impétrante
Depuis le départ de la bronca, le département a fait savoir à son équipe pédagogique, très remontée en off, qu'un concours aurait malgré tout lieu, pour éviter une simple nomination par « décision administrative ».
Toutefois, ce concours, ouvert seulement aux Prag en histoire contemporaine titulaires d'une thèse depuis trois à cinq ans dans ce domaine, est tellement restreint qu'il semble taillé sur mesure pour Laurence Saint-Gilles.
Alors que plusieurs universitaires nous ont alerté à ce sujet, ni le ministère ni la Sorbonne n'avaient donné suite aux sollicitations de Rue89 à l'heure où cet article est publié. Alors, sur place, on attend de pied ferme l'annonce officielle -« à condition que l'appel à candidature ne figure pas au fin fond d'une annexe du bulletin officiel, qui vaut un affichage au fond du couloir, là où la lumière est cassée ». Et surtout les résultats du recrutement, dont nous vous donnerons des nouvelles.
Addendum mercredi à 17h44 : Le cabinet de Valérie Pécresse précisait, après la publication de cet article, que « ni la ministre ni son cabinet ne sont intervenus dans ce dossier ». Qui, alors ? « Aucune idée ».
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Photo : détail d'un vitrail sur le toit de l'université de La Sorbonne, à Paris (Charles Platiau/Reuters)
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De dalun
20H31 | 10/02/2009 |
il semble utile d'afficher cet article du coté lumineux du couloir !
De Ruedacoté
Prof | 23H23 | 10/02/2009 |
Hé oui, un petit tour sur Google Scholar (moteur de recherche d'articles académiques) semble confirmer le faible nombre de recherches effectuées par Mme Saint Gilles. Encore une future planquée…
De Fabienne Gallaire
Journaliste | 07H14 | 11/02/2009 |
Un coup d'oeil sur Cairn (http://www.cairn.info) avec le nom de cette enseignante ne donne guère que sa thèse, mais rappellons tout de même que le poste de PRAG n'est pas un poste de recherche, mais uniquement un poste d'enseignement.
Il n'est donc pas logique de lui reprocher son absence de publications, quelques soient ses torts par ailleurs.
De Lowestone
Post-doctorant en informatique | 11H03 | 11/02/2009 |
Ok pour le H à habiliter, mais attention de ne pas confondre :
- l'habilitation à diriger des recherches qui est un diplôme (après le doctorat. Oui, il y en a encore ! ) permettant de diriger des thèses, de faire partie des jurys de thèse en tant que rapporteur et de postuler aux postes de professeur des universités.
- et la qualification à la fonction de maitre de conférence, qui est un concours qu'il est nécessaire de passer pour ensuite postuler sur les postes de maitres de conférence.
De Chloé Leprince (auteur)
Rue89 | 17H18 | 11/02/2009 |
Bien sûr, c'etait une erreur, maintenant rectifiée. Il fallait en effet lire « qualification » et pas « habilitation » (qu'on utilise effectivement pour « diriger des recherches »). Merci de votre vigilance.
De rgconcept
étudiant | 20H08 | 11/02/2009 |
Pour avoir été étudiant dans le cours de Madame Saint-Gilles/Marleix, je peux témoigner de la médiocrité de ses enseignements.
Pour vous donner une idée, sur 1 heure et demi de cours, 30 minutes étaient consacrées à la lecture d'un texte, 30 autres au commentaires que les étudiants pouvaient en faire, et la dernière demi-heure était consacré à l'exposé de sa pathétique correction.
L'université Paris-IV, produit chaque année de nombreux doctorants, agrégés, très compétents, qui doivent retourner enseigner au collège et au lycée, faute de poste de maître de conférences.
Pour que les gens se fasse une idée, préparer l'agregation d'histoire c'est 10 à 12h de travail par jour, tous les jours. Une thèse de doctorat en histoire demande 5 ans, en moyenne. Encore un travail quotidien d'une dizaine d'heure. Tout cela pour se faire maltraiter par un gouvernement d'ignards, qui sous-paient les enseignants-chercheurs et qui les méprisent. Un mépris double : la surdité, et une cooptation au grand jour et décomplexée.
Aujourd'hui, pour ne plus subir cela, les enseignants-chercheurs et les étudiants de Paris-IV sont en grève. C'est une première et ils en sont fières. Et Pécresse cèdera.
Rg