Polemique

Des antisémites partout ? On se calme…

La bonne nouvelle de notre époque, c'est que rare sont ceux qui s'affichent ouvertement antisémites. La mauvaise nouvelle, c'est l'obsession à les chercher partout. Cela ne veut pas dire qu'il n'y en a pas, hélas, mais quand ça tourne à l'obsession, ça devient, comment dirais-je, nauséabond.

Il y a évidemment de bonnes raisons de rester vigilants face à toute résurgence de l'antisémitisme. Il ne faut pas chercher longtemps pour trouver, sur quelque site obscur, la liste des « juifs qui contrôlent les médias », ou des avatars modernes des brûlots antisémites du XIXe siècle.

Sans oublier les dernières outrances de Dieudonné, dont Michel Wieviorka faisait justement observer ici-même qu'elles marquaient plutôt le déclin et la marginalisation de ce courant.

Ce n'est pas tant cette frange marginale qui attire l'attention, mais les incessants débats au sein de l'« élite », qui tournent autour du soupçon d'antisémitisme. Le mot est partout, il empoisonne l'atmosphère, au point qu'on finisse par ne plus faire de différence entre un évêque négationniste qui déclare ouvertement que les chambres à gaz nazies n'ont pas existé, et un journaliste auquel on attribue des arrières-pensées sur la base d'un mot connoté.

Stéphane Guillon, sioniste le matin et antisémite l'après-midi…

Le malaise est plus grand encore quand plus personne ne sait plus comment aborder la question : on en a eu un bel exemple ces derniers jours, avec l'humoriste de France inter Stéphane Guillon qui avait violemment sonné la charge contre Bernard Kouchner la semaine dernière, et qui se sent obligé de se justifier dans une deuxième chronique, aussi drôle il est vrai, sur le fait qu'il serait une semaine antisémite, et une semaine sioniste !

Peut-on rire du sujet ? Oui, on l'espère. (Voir la vidéo)



L'autre exemple est venu de Daniel Schneidermann, l'animateur du site Arrêt sur images, qui a invité Pierre Péan à s'expliquer après la polémique qui entoure la sortie de son livre « Le Monde selon K » (Fayard).

L'émission a mal tourné, et Pierre Péan a quitté le plateau furieux, devant l'insistance de l'interviewer à le « cuisiner » sur ce mot de « cosmopolitisme » qui lui est reproché, et qu'il venait pourtant de regretter en niant tout antisémitisme. (Voir la vidéo)



Revenant sur cet incident sur son site, qui lui a valu un important courrier de ses « asinautes », Daniel Schneidermann reconnaît qu'il a fauté :

« Vous êtes nombreux à me demander de demander des excuses.

J'en demande volontiers à nos abonnés pour cette fin d'émission que je n'ai pas sû gérer, et pour les dernières réponses dont je les ai privés. Comme le remarquent nombre d'entre vous, dans l'histoire, finalement, on a oublié Kouchner, et c'est le principal effet pervers du crash. (…)

Quant à Pierre Péan, journaliste dont je respecte le parcours, je souhaite seulement lui dire, s'il repasse par ici, que je le crois parfaitement sincère, quand il assure ne pas être antisémite. Je souhaite lui dire aussi ceci : il n'y a pas de questions interdites, Pierre, et je sais que tu le comprends. Il n'y a pas d'insistances malpolies.

C'est notre boulot, de faire la lumière, toute la lumière. Encore faut-il le faire habilement, et professionnellement. Et tu dois bien avoir quelques longueurs d'avance sur moi, puisque toi, tu as réussi à garder Mitterrand jusqu'au bout, et à le poser impeccablement dans l'Hudson. Petit Scarabée a encore à apprendre. »

Certains font de l'antisémitisme l'alpha et l'oméga de la vie intellectuelle

Ces incidents sont révélateurs de l'électricité dans l'air. Et de fait, Bernard Kouchner a réussi à faire porter le soupçon sur son accusateur, au point que le quotidien Le Monde reprenne en titre de son article le même mot -« nauséabond“- employé par le ministre pour sa défense.

La polémique avait fait rage, déjà, l'an dernier, lors de l'affaire Siné/Charlie Hebdo, avec l'accusation d'antisémitisme portée contre le dessinateur. La justice tranchera dans quelques jours sur une plainte déposée par la Licra conre Siné. Fallait-il en arriver là ?

L'affaire avait fait des vagues autour de la question de l'antisémitisme : où commence-t-il ? On a ainsi pu voir Bernard Henri-Lévy accuser le philosophe Alain Badiou (‘De quoi Sarkozy est-il le nom ? ’) d'antisémitisme, pour un livre dans lequel le mot juif n'était pas mentionné.

Revenant sur la tempête de l'an dernier, Philippe Val, le patron de Charlie Hebdo, avait théorisé dans un livre (‘Reviens Voltaire, ils sont devenus fous’, Grasset, 2008) écrit sous le coup de l'émotion sur l'existence de ‘deux gauches’ opposées :

‘L'une ne transigera jamais avec l'antisémitisme, l'autre, compte-tenu de sa géopolitique, prétend que ce n'est pas un problème essentiel.’

Mais à faire de l'antisémitisme l'alpha et l'omega de la vie politique ou intellectuelle, on en vient à une vision manichéenne du monde, qui obscurcit à la fois ce qui se passe au sein de la société française, et brouille toutes les grilles d'analyse des événements qui se déroulent au Proche-Orient.

‘Il y a en France une rumeur anti-Morin’

Le manichéisme, c'est ce que dénonce le philosophe Edgar Morin, qui revient dans son livre d'entretiens avec Djémane Kareh Tager (Fayard, 2008), sur les accusations d'antisémitisme dont il a été victime (tout en étant lui-même d'origine juive) à la suite d'un article sur le conflit du Proche-Orient publié dans Le Monde :

‘C'est une accusation dont j'ai été acquitté et lavé. Quand les esprits sont échauffés, quand ils sont dominés par une psychologie, je dirais mieux : une hystérie de guerre, alors ils voient de la trahison dans toute dissension.

Ecoutez moi bien. L'hystérie de guerre produit le manichéisme, c'est-à-dire d'une part la justification permanente de son camp, d'autre part la chasse au bouc émissaire et la haine de l'ennemi. Or je n'ai jamais cédé et ne cèderai jamais à la haine immonde de l'autre. Mais je la subis.

Il y a en France une rumeur anti-Morin, propagée de bouche à oreille, y compris dans les milieux intellectuels raffinés, lesquels sont parfois capables du pire sectarisme, qui prétend que je veux la destruction d'Israël et que je suis antisémite, ce qui me vaut mépris, insultes et menaces.’

A force de voir des antisémites partout, on risque de ne plus voir les vrais. Pas plus que les autres formes de racisme qui pèsent sur toutes les autres victimes de discriminations et d'ostracisme, dont les juifs sont loin, hélas, d'avoir le monopole.

Peut-on débattre sereinement de cette question sans se faire taxer … d'antisémitisme ?

A lire aussi sur Rue89
Stéphane Guillon cogne Bernard Kouchner sur Inter
‘Le Monde selon K.’ : Docteur Kouchner et Mister Bernard
Siné : 79 ans de dérapage plus ou moins contrôlé

511 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

  • Téléchargez votre photo sur votre page perso. Elle apparaitra à côté de vos réactions.
  • Merci de respecter la charte des commentaires, sans quoi nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
  • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
Portrait de colyz

à hillel2000 Portrait de hillel2000 De colyz

psy | 06H44 | 12/02/2009 | Permalien

Hillel, merci pour votre précision qui me permet de nuancer (en voyant plus large) qui est ce Péan que je ne connais pas plus que ça (contrairement à vous).

Pour dire le fond de ma pensée, ce qui me fait réagir dans cette histoire c'est l'éventuelle duplicité du ministre.

Gagner des millions, mettre les millions dans sa poche, ceci : hors caméra, puis changement de décor : jouer les saints (devant la caméra).

Mais dans le fond du fond : je me fous de cette histoire.

Portrait de Ouallonsnous

De Ouallonsnous

23H15 | 10/02/2009 | Permalien

Mr Haski, n'en avez vous pas assez de vous faire l'écho, à l'instar de la communauté des blogueurs internet de tous ces imprécateurs qui taxent leur contradicteurs d'adjectifs en « iste » et en « ite », faisant le jeux des véritable adeptes de ces pratiques anti…iste ?

Portrait de Pierre Haski

à Ouallonsnous Portrait de Ouallonsnous De Pierre Haski (auteur)

Rue89 | 00H41 | 12/02/2009 | Permalien

Désolé, je ne comprends pas. Pouvez vous développer ?

Portrait de Aka 75

De Aka 75

Ayaliste et Blanquiste | 23H27 | 10/02/2009 | Permalien

L'évêque Williamson est antisémite avéré et le revendique.

Portrait de colyz

à Aka 75 Portrait de Aka 75 De colyz

psy | 03H37 | 11/02/2009 | Permalien

Il est plus qu'antisémite il est négationiste, c'est pas tout à fait pareil. Adolf Eichman était antisémite mais il n'était pas négationiste.

Portrait de Anthropia

De Anthropia

23H57 | 10/02/2009 | Permalien

Mais le livre de Péan reproche sur plus de la moitié de ses pages à K. de se servir de la métaphore nazie pour ses causes.

C'est un fait que K. s'en sert.
Pour autant, pourquoi tant d'énervement chez Péan à ce sujet ?

http://anthropia.blogg.org

Portrait de colyz

à Anthropia Portrait de Anthropia De colyz

psy | 03H44 | 11/02/2009 | Permalien

Pourquoi la réaction de Péan ?

D'ailleurs il n'est pas (d'après moi) énervé.

Il se lève et dit plus que symboliquement à Schneiderman : « Je ne mange pas de ce pain là » !

Mais de quel pain s'agit-il ?

Il ne s'agit pas du pain de l'antisémitisme, il s'agit du pain tordu que lui tend Schneiderman à partir d'une position assez perverse (d'après moi) : « Je ne mange pas du pain de ta perversité ».

Je ne crois pas que Schneiderman soit perverse mais là y a eu une faille chez lui (d'ailleurs il le voit lui-même assez vite) et ce n'est pas des excuses qu'il présentera plus tard à Péan, non, il lui demandera de lui accorder son pardon.

Portrait de courageux_anonyme02

De courageux_anonyme02

bulleur | 00H19 | 11/02/2009 | Permalien

C'est vrai que comparé à l'antisémitisme arabo-musulman, vos exemples font sourire…

Portrait de A Serbe

à courageux_anonyme02 Portrait de courageux_anonyme02 De A Serbe

17H38 | 11/02/2009 | Permalien

Avec un grand A ou un petit ?

Portrait de courageux_anonyme02

à A Serbe Portrait de A Serbe De courageux_anonyme02

bulleur | 01H36 | 12/02/2009 | Permalien

Avec un grand A, comme pour Ahmadinejad.

Portrait de A Serbe

à courageux_anonyme02 Portrait de courageux_anonyme02 De A Serbe

14H01 | 12/02/2009 | Permalien

Ahmadinejad n'est pas arabe, il est perse.

Portrait de funkystefffff

De funkystefffff

Citoyen Grolandais du côté de ma mè... | 00H23 | 11/02/2009 | Permalien

Daniel Schneidermann doit être trop content qu'on parle de lui ! ! ! ça faisait longtemps… Il avait déjà réussi à empêcher Bourdieu de parler… Il va récupérer des points d'audience ! ! !
quant à « cosmopolitisme », je suis d'accord avec Péhan : est-ce parceque ce mot a été dévoyé par des extrémistes qu'on ne peut plus l'utiliser ?
J'avoue mon ignorance : il y a une semaine, pour moi, ce mot avait une connotation plutôt positive de mixité, métissage, multiculturel… Et merde ! je continuerai à l'utiliser :
« Le cosmopolitisme est un concept défini par Diogène, à partir de cosmos, l'univers, et politês, citoyen. Il exprime la possibilité d'être natif d'un lieu et de toucher à l'universalité, sans renier sa particularité. » (cf Wiki)

Portrait de hillel2000

De hillel2000

00H43 | 11/02/2009 | Permalien

Lu sur La Libre :

http://infosetautresvisions.lalibreblogs.be/archive/2009/02/11/le-sens-d…

Le sens de la bataille de Gaza - Antisionisme radical et nouvelle judéophobie
Entretien d'Aleksandra Rybinska avec Pierre-André Taguieff

paru dans l'édition du 17-18 janvier 2009 du grand quotidien polonais Rzeczpospolita (« La République »), Varsovie.

La guerre entre Israël et le Hamas a encore donné lieu à des manifestations de sympathie pour la Palestine à travers le monde. « Nous sommes tous des palestiniens » semble être le motto de beaucoup d'intellectuels en Occident.

D'où provient cette sympathie presque aveugle ?

Pierre-André Taguieff : Ces manifestations, souvent violentes, sont d'abord le fait de barbus et de femmes voilées, donc d'islamistes, accompagnés de divers milieux de la nouvelle extrême gauche, anti-impérialiste et néo-tiersmondiste, dont les deux ennemis absolus sont les États-Unis et Israël. La tendance dominante chez les intellectuels occidentaux est toujours la préférence pour l'extrémisme : la radicalité, qu'elle soit communiste ou islamiste, continue de les séduire.

Où sont passées les voix de la raison ? Pourquoi l'État d'Israël, malgré des efforts de propagande, ne parvient-il pas à trouver un large soutien international, et particulièrement dans les médias étrangers ? On a l'impression que même les intellectuels juifs, dans le New York Times, préfèrent ne pas trop pencher en faveur de l'État juif…

P-A.T. Israël a longtemps joui d'un capital de sympathie. Or, celui-ci a commencé à se dissiper après les massacres de Sabra et Chatila (été 1982), commis par des milices chrétiennes percevant les Palestiniens comme des envahisseurs et des pillards.

Mais, par une opération de propagande fort bien orchestrée, ces massacres ont été mis au compte du général Sharon, diabolisé par tous les moyens. Jusqu'en 2005, Israël ne s'est guère soucié de son image dans le monde, dont pourtant toutes les enquêtes d'opinion montraient la dégradation.

Dans l'après-Sharon, les tentatives israéliennes pour contrer la propagande propalestinienne se sont heurtées à un mur : le pli avait été pris, les médias s'étaient alignés sur les positions « antisionistes », alimentées par l'idéologie victimaire centrée sur la figure du Palestinien innocent, donc de l'enfant palestinien, érigé en victime maximale. Cette idéologie a été habilement diffusée par les réseaux palestiniens dans le monde entier.

Nombre d'intellectuels juifs étatsuniens et européens, souffrant de la judéophobie ambiante, pensent se faire accepter par un milieu hostile en prenant des positions radicalement anti-iraéliennes, « antisionistes », etc. Ils deviennent ainsi des « Juifs non-juifs », puis des « alterjuifs », pour finir comme des « Juifs antijuifs ». Le cas le plus évidemment pathologique est celui de l'intellectuel américain antisioniste et pro-négationniste Noam Chomsky, applaudi par Oussama Ben Laden et Hugo Chávez.

Parfois il semble même qu'Israël est l'État le plus détesté au monde ?

P-A.T. Israël incarne l'Occident pour les anti-occidentaux, l'impérialisme pour les anti-impérialistes, les infidèles pour les islamistes, le racisme pour les propalestiniens, … Il cumule les stéréotypes négatifs. Il est perçu comme l'État en trop, qui devrait disparaître pour que les hommes soient délivrés du mal. Ce traitement absolument diabolisateur est réservé en effet à Israël.

On peut observer une haine particulièrement virulente envers l'État d'Israël chez les intellectuels de gauche, en partant de la gauche-caviar jusqu'aux mouvements antimondialistes. En France et ailleurs. La vieille propagande antisioniste de l'URSS fonctionne toujours ?

P-A.T. Le berceau de l'antisionisme radical, qui représente la principale forme contemporaine de la judéophobie (ou, pour employer un mot impropre, de l'« antisémitisme »), est en effet le communisme soviétique qui, de 1948/49 au début des années 1970, a diffusé mondialement la plupart des thèmes d'accusation visant Israël (« fascisme », « impérialisme », « racisme », « colonialisme », etc.).

L'antisionisme d'origine stalinienne a fusionné avec l'antisionisme arabe mis au point dans les années 1950 et 1960 par les réfugiés nazis au Caire (Johann von Leers, ancien adjoint de Goebbels, notamment). Les milieux occidentaux tiers-mondistes ont suivi, et bien entendu toutes les variétés de l'extrême gauche, trotskistes compris.

Nous en sommes toujours là : rien de nouveau n'est apparu dans le discours antisioniste radical.

Pendant longtemps, la gauche a quand même soutenu Israël. C'était lié en partie à l'Holocauste. Ensuite on a pu observer une certaine schizophrénie : la gauche condamnait les attentats terroristes perpétués par les Palestiniens et, en même temps, soutenait la cause palestinienne. Ça a changé. Peut-on dire que la gauche a trahi les Juifs ?

P-A.T. La gauche avait déjà abandonné les Juifs après 1945, lorsqu'elle était sous influence stalinienne. Après la disparition de l'empire soviétique, la gauche s'est trouvée de nouveaux maîtres à penser, des anarcho-trotskistes au sous-commandant Marcos, de Chomsky à José Bové.

Les mouvements anti-mondialisation dits « altermondialistes » ont pris la relève du « génial camarade Staline » et du « Grand Leader » Mao. Diverses combinaisons de positions anticapitalistes radicales, d'antiaméricanisme et d'antisionisme sont apparues dans les années 1990 et 2000.

Une partie de la gauche française, par exemple, la plus engagée dans l'anti-mondialisation, est revenue à ses positions anticapitalistes et antijuives d'avant l'affaire Dreyfus.

Quel intérêt réel a la gauche aujourd'hui à soutenir la cause arabe ?

P-A.T. En Europe, la gauche et surtout l'extrême gauche se sont engagées dans une stratégie de conquête de l'électorat musulman. Ce qui implique beaucoup de complaisance à l'égard des islamistes radicaux comme à l'égard du terrorisme palestinien, toujours excusé au nom de la « juste révolte des humiliés ».

Les leaders de gauche, comme ceux de droite, croient pouvoir ainsi éviter l'Europe soit visé par le terrorisme. Illusion très répandue. En outre, la gauche, comme la droite, est saisie par la hantise d'être privée de pétrole. C'est la composante « réaliste » de son parti pris pro-arabe.

Pourquoi l'Occident accuse-t-il Israël de racisme, d'impérialisme et pas la Chine, la Russie - en tout cas pas dans la même mesure ?

P-A.T. Les pays occidentaux postulent qu'ils peuvent se passer d'Israël, et ils savent qu'ils peuvent impunément condamner Israël à tout propos : les capacités de rétorsion de l'État juif sont limitées. Alors qu'ils ont besoin de commercer avec la Chine ou la Russie, grandes puissances avec lesquelles ils doivent par ailleurs compter sur le plan géopolitique, dans l'espace des relations internationales.

Peut-on dire que nous sommes ici face à une nouvelle forme d'antisémitisme mal dissimulée derrière une aversion affichée contre Israël ? Et si oui, quelles sont les raisons de cet antisémitisme ?

P-A.T. Le mot « antisémitisme » est impropre pour désigner la haine des Juifs idéologiquement organisée. J'ai proposé, depuis la fin des années 1980, de lui substituer le mot « judéophobie », plus approprié. Par le mot « judéophobie », employé comme terme générique, je désigne l'ensemble des formes historiques prises par la haine des Juifs, et plus largement par toutes les passions, croyances et conduites antijuives dont les manifestations furent (et sont) les violences, physiques ou symboliques, subies par le peuple juif.

On oublie trop souvent que le mot « antisémitisme » est de création relativement récente et qu'il est dû à un auteur à la fois antijuif et raciste. En forgeant en 1879 le terme Antisemitismus, l'idéologue raciste de langue allemande Wilhelm Marr voulait clairement distinguer son combat contre les Juifs du vieil antijudaïsme chrétien.

Or, ce terme est doublement mal formé. D'abord parce qu'il semble renvoyer autant aux Juifs qu'aux Arabes alors qu'il ne s'applique, dans ses usages idéologico-politiques, qu'aux Juifs. Ensuite en raison de son usage raciologique du terme « Sémite(s) », en tant que dénomination de l'ennemi collectif à combattre (« anti-sémite », « anti-Sémite »), en référence aux doctrines raciales fondées sur l'opposition « Aryens/Sémites ».

La judéophobie contemporaine ne se réclame pas d'une doctrine raciste, elle ne vise pas « les Sémites », elle appelle à la haine contre les Juifs au nom de la « lutte contre le racisme », donc contre le « sionisme » assimilé à « une forme de racisme ». Il faut donc à la fois réviser nos concepts et redéfinir les termes employés !

Marek Halter m'a dit qu'il était moins honteux de détester les Israéliens que de haïr les Juifs, ça faisait moins penser aux camps de concentration. On les hait tout de même. Pour lui c'est le résultat d'un aveuglement idéologique du côté des bien-pensants occidentaux. Êtes-vous d'accord avec ce constat ?

P-A.T. Je dirais plutôt qu'il n'est pas du tout honteux, mais bien plutôt glorieux, aujourd'hui, de haïr les « sionistes », terme polémique par lequel on renvoie à la fois, d'une façon indistincte, aux Israéliens, aux défenseurs d'Israël (juifs ou non) et aux Juifs (sauf s'ils s'affirment eux-même « antisionistes »).

La haine « antisioniste » est une haine non seulement idéologiquement acceptable, elle est hautement respectable, et chaudement recommandée. C'est là un des mécanismes psychologiques qu'on rencontre dans le « politiquement correct » mondialisé.

Pour beaucoup d'intellectuels soutenir les Palestiniens contre Israël résulte de l'obligation chrétienne de tenir la main aux plus faibles. En tout cas c'est ce qu'ils disent. Les premiers seront les derniers et vice-versa. Mensonge auquel on croit ou réel poids de la tradition chrétienne ?

P-A.T. Rien n'est pire, dans le monde moderne soumis à la sécularisation, que la corruption idéologique d'éléments hérités du christianisme. La propagande palestinienne, par exemple, tend à « christifier » le peuple palestinien, en mettant en avant des enfants, « victimes innocentes » par définition, qu'elle érige en « martyrs ».

Il s'agit d'un christianisme perverti, politisé… Une contrefaçon médiatique du commandement d'amour/charité.

Est-ce que la mauvaise conscience des anciens colonisateurs envers les pays arabes joue aussi un rôle ?

P-A.T. Bien sûr. Dans un premier temps, c'était le ressentiment des ex-colonisateurs qui primait, d'où les explosions de xénophobie anti-immigrés dans les nations qui furent des empires. La mauvaise conscience est venue dans un second temps, portée par le consensus hypermoral qui s'est constitué à la faveur de la mondialisation de ce que j'appellerai la politique ou – mieux - l'impolitique des Droits de l'Homme.

L'idéologie dominante au plan mondial se fonde sur la culpabilité de l'homme blanc, d'origine européenne et de culture chrétienne, accusé de tous les maux de la modernité (industrielle, capitaliste, impérialiste, etc.) dont il fut en effet l'inventeur.

De quelle façon ce nouvel antisémitisme converge-t-il avec l'islamisme ?

P-A.T. L'appel au Jihad contre les Juifs est au centre de l'islamisme radical. C'est la diabolisation des Juifs qui structure la vision islamiste du monde. Il suffit de lire l'opuscule de Sayyid Qutb, Notre combat contre les Juifs (début des années 1950) ou la charte du Hamas (18 août 1988), notamment son article sept.

Prenons un exemple, celui du sermon prononcé par le cheikh Ibrahim Mudeiris, le 13 mai 2005, à la Grande Mosquée de Gaza (retransmis en direct sur la télévision de l'Autorité palestinienne), dans lequel, après avoir rappelé à ses ouailles qu'Israël est un « cancer » et que les Juifs sont un « virus » ressemblant à celui du SIDA, Mudeiris finissait par lancer cette prophétie d'extermination s'inspirant du célèbre hâdith du rocher et de l'arbre : « Le jour viendra où tout sera repris aux Juifs, même les arbres et les pierres qui ont été leurs victimes. Chaque arbre et chaque pierre voudront que les musulmans viennent à bout de tous les Juifs. »

Quel danger comporte cette convergence ?

P-A.T. Celui de mobiliser le monde musulman contre Israël et d'en justifier l'anéantissement, ce qui constitue le programme commun de la dictature islamiste iranienne, du Hamas, du Hezbollah et d'Al-Qaida.

La France est un des pays où on est le plus critique envers Israël. Pourquoi ?

P-A.T. Il faut tenir compte de trois facteurs. Tout d'abord, une grande partie des élites occidentales s'est convertie depuis les années 1980 à la vision d'un nouvel avenir radieux : celui de la société post-nationale, ou de la « démocratie cosmopolite », impliquant la disparition progressive des États-nations, considérés comme de déplorables survivances.

Or, Israël est un État-nation démocratique, caractérisé même par sa démocratie forte. Il incarne l'exception gênante.

Son existence même est perçue comme un scandale. Ensuite, Israël, grande puissance régionale, est jumelé avec les États-Unis, l'hyper-puissance mondiale, pour faire l'objet d'une même dénonciation diabolisante, sur l'air de l'anti-impérialisme. Et l'on sait combien l'anti-américanisme est enraciné en France.

Le populisme misérabiliste ambiant pousse à la haine de la puissance, sur la base d'un amalgame polémique : « puissance = injustice » (comme si les « faibles » étaient nécessairement « justes » ! ). Enfin, les élites françaises ont intériorisé la position prise par le général de Gaulle en novembre 1967, après la guerre des Six Jours : un anti-israélisme virulent lié à un parti pris pro-arabe. C'est la doctrine du Quai d'Orsay.

David Warszawski a constaté qu'on observait en France la formation d'une nouvelle coalition entre progressistes et islamistes. Le conflit israélo-palestinien a cessé d'être perçu comme la lutte entre deux points de vue entre lesquels il faut trouver un compromis, mais comme la lutte entre le bien (la cause palestinienne) et le mal (la politique impérialiste d'Israël). Est-ce vrai ?

P-A.T. Cette vision manichéenne va de pair avec la satanisation d'Israël. Un axe islamo-gauchiste est en voie de formation depuis la fin des années 1990. Il est illustré d'une manière frappante par les manifestations propalestiniennes/antisionistes qui ont lieu en France (mais aussi en Italie et en Grande-Bretagne) depuis le début de la deuxième Intifada (octobre 2000).

D'ou vient cette idée qu'Israël est le mal personnifié ?

P-A.T. Elle provient de toute la longue histoire des formes de judéophobie, mais surtout des deux religions-filles que sont le christianisme et l'islam, face à la religion-mère du monothéisme, le judaïsme. Il y a là un héritage contemporain de la construction théologico-religieuse du Juif comme « fils de Satan », rejeton ou incarnation du diable dans l'Histoire.

La diabolisation et la criminalisation du peuple juif sont entrées dans une nouvelle phase avec l'antisionisme radical. Dans ce nouveau régime de judéophobie, les Juifs continuent d'être dénoncés comme des « enfants du diable », mais leurs principaux accusateurs ne se recrutent plus dans le monde chrétien, ils se réclament de l'Islam ou de la Révolution mondiale, ou encore des deux.

Le nouveau foyer de la judéophobie exterminatrice est l'islam révolutionnaire ou l'islamisme radical, secondé par les néo-révolutionnaires qui, ennemis déclarés de l'Occident judéo-chrétien ou « américano-sioniste », se sont ralliés au camp islamiste ou se sont alliés avec lui.

L'antisémitisme monte en France en général. On observe de plus en plus d'attaques contre les Juifs dans les grandes villes, perpétrés par des jeunes de banlieue. Est-ce lié à la question palestinienne ou à d'autres origines ?

P-A.T. Le parti-pris propalestinien est certainement l'élément moteur des passages à l'acte : les judéophobes violents jouent à l'Intifada contre les Juifs qu'ils rencontrent dans leurs quartiers.

Mais il faut aussi tenir compte de motivations liées à la mauvaise intégration sociale et économique des jeunes issus de l'immigration maghrébine ou africaine, qui manifestent leur ressentiment ou leur jalousie sociale en attaquant des Juifs ou des lieux symboliques juifs.

« Ils ont tout, et nous rien », « Ils sont le pouvoir et l'argent », etc. : dans les entretiens semi-directifs avec des jeunes des banlieues réalisés par des sociologues, des phrases de ce type reviennent souvent, pour justifier la haine qu'ils éprouvent à l'égard des Juifs, fantasmés à la fois comme « riches », « puissants », « racistes » et « méchants » (en ce qu'ils « tuent nos frères palestiniens »).

En quoi l'antisémitisme de gauche et de droite est-il convergent ?

P-A.T. Les convergences proviennent d'un seul principe : on s'incline prudemment devant le nombre. Et la propagande islamiste exploite le fait qu'il y a environ un milliard trois cent millions de musulmans dans le monde.

Même si Israël gagne la guerre contre le Hamas, il sera donc perdant, car il sera percu d'autant plus comme un État impérialiste, qui a écrasé son petit voisin, qui luttait pour son indépendance ?

P-A.T. C'est en effet le paradoxe tragique que cette intervention militaire, pourtant justifiée, risque d'illustrer. Israël ne pouvait pas laisser plus longtemps bombarder sa population civile, mais, en ripostant militairement, elle prenait le risque de nourrir les passions antijuives dans le monde entier.

Car les médias, privilégiant l'émotion au détriment de l'analyse froide, montrent plus volontiers des images d'enfants palestiniens morts qui provoquent l'indignation ou la compassion, et incitent à la vengeance aveugle. Ils tendent à oublier la véritable nature du Hamas : une organisation de fanatiques et de criminels.

Comment voyez-vous l'avenir d'Israël, de la question juive ? Existe-t-il une chance pour la paix au Proche-Orient ?

P-A.T. C'est au Proche-Orient aujourd'hui que la voie de la paix est la voie la plus étroite. Elle est non seulement improbable, elle est difficilement concevable à partir de projections des virtualités de la situation présente. L'islamisation de la cause palestinienne ne peut que s'étendre et de radicaliser.

Et le refus arabe de reconnaître le droit à l'existence d'Israël demeure (à quelques exceptions près, risquant d'ailleurs d'être provisoires, comme l'Égypte de Moubarak). Mais il y a des miracles dans l'Histoire : des événements d'une très faible probabilité peuvent se produire.

L'attitude envers Israël et les Juifs peut-elle changer et si oui, comment ?

P-A.T. Seule une prise de conscience de la menace islamiste, comme menace mondiale, peut conduire à une « dédiabolisation » d'Israël. Car les Israéliens sont aux avants-postes du combat contre le vrai fascisme de notre temps : l'islamisme radical, ou jihadiste.

Les nouveaux ennemis des Juifs sont aussi les ennemis de la liberté et du régime qui l'incarne, la démocratie libérale/pluraliste, cette précieuse invention de l'Occident.

Ceux que Norman Podhoretz appelle les « islamofascistes » n'en veulent pas. Responsables de la Quatrième Guerre mondiale, ils ont lancé le Jihad mondial contre les partisans de la liberté en même temps que contre les « judéo-croisés ». Défendre la liberté, c'est aujourd'hui combattre par tous les moyens le camp islamo-révolutionnaire, au Proche-Orient comme en Europe, en Asie comme en Afrique.

Contre les talibans et Al-Qaida en Afghanistan, contre la dictature islamiste à l'iranienne et le Hezbollah libanais, ou contre le Hamas et le Jihad islamique dans la bande de Gaza, le combat est le même.

Pierre-André Taguieff, Directeur de recherche au CNRS, Paris ; Centre de recherches politiques de Sciences Po. Dernier ouvrage paru : La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Paris, Éditions Odile Jacob, 2008.

Portrait de onegus

à hillel2000 Portrait de hillel2000 De onegus

in & out | 01H48 | 11/02/2009 | Permalien

Quel bel échange ! Islamofascisme, alliance vert-rouge, menace islamiste globale, bref la totale ! Cette propagande est simplement à vomir…Taguieff est un néoconservateur « à la française », idéologue propagandiste d'une droite radicalement islamophobe, qui « théorise » sur les « théories du complot » mais ne se prive pas pour propager celle du complot islamiste mondial. Prêt à tout pour attiser les haines, ce type est aussi répugnant et dangereux que les théoriciens du complot juif des années 30…

Portrait de piecam

à hillel2000 Portrait de hillel2000 De piecam

trav_ind | 10H32 | 11/02/2009 | Permalien

Je ne sais à quoi vous pensiez en publiant in extenso cet entretien, mais si vous vouliez lutter contre l'antisémitisme, c'est raté. Totalement contreproductif !
Entre autres mensonges historiques (Sabra et Chatila), les amalgames antisionisme = antisémitisme et islam = fascisme donnent des arguments aux racistes de tout poil.
J'ai rarement lu un tel concentré de connerie pontifiante proféré avec autant de suffisance.

« Il n'est pas du tout honteux, mais bien plutôt glorieux, aujourd'hui, de haïr les sionistes ».
Je conseille la lecture d'Avi Shlaim (Le mur de fer) et d'Ilan Pappe (L'épuration ethnique) à ce personnage (pitre ? ) pour qu'il s'aperçoive que le sionisme d'aujourd'hui est bien loin de l'idéal de Hertzl.
Que pensez vous de cette réflexion de Maurice Rafjus (juif, fils de déportés), « Israël n'est définitivement pas mon pays. » ?

Autre citation intéressante :
« Lorsque Sharon est venu en France, je lui ai dit qu'il doit absolument mettre en place un ministère de la propagande, comme Goebbels. »
(Roger Cukierman, ex Président du CRIF)

« il faut tout reprendre dans l'autre sens » ; c'est écrit dans le Talmud. que PAT n'a certainement pas lu.

Portrait de A Serbe

à hillel2000 Portrait de hillel2000 De A Serbe

17H43 | 11/02/2009 | Permalien

Après le vomi de Gaza, le dégueuli de Taguieff. Cela ne mérite même pas qu'on y réponde.

Portrait de moteks

De moteks

observateur | 00H54 | 11/02/2009 | Permalien

cher pierre asky, je lis avec interet que l'antisemitisme n'existe pas ou tres peu en france.

alors cher monsieur, ne vous en déplaise, mais vous avancez des propos que je ne peux que contredire.
pour etre marié avec une juive israelienne (pardon seigneur), je peux vous dire qu'entre les blagues vaseuses que mes vieux potes me font parfois, la violence raciste et antisemite de ma famille et les repas qui se terminent systematiquement sur « le lobby juif qui domine le monde, etc etc » quelquesoit le milieu dans lequel on trâine, (et plus si alcool) je peux vous dire, que oui, à ma grande surprise, l'antisémitisme est bel est bien profonndemment ancré dans la société française, not. à gauche, ce qui me surprend et me désole etant moi meme militant. Pas une conversation de politique internationale ne glissant pas par miracle apres quelques minutes sur le lobby, le fric des juifs, etc etc…et mon epouse est systematiquement obligée de commencer chaque conversation par « j'ai honnnnnnte de controler le mooonde », un comble pour une militante refuznik pro palestinienne dans son pays qui est assez attérée de voir le délire franco francais sur la question, délire auquel vous participez grandement monsieur, autant que le crif de l'autre coté.

le racisme antijuif est l'antisemitisme c'est tres different et feindre de le reconnaitre est de la malhonneteté intellectuelle. le premier est un racisme, haine raciale qui touche malheureusement autant les bretons que les indiens d'amerique. le second est un délire politique qui tend à prouver que derriere tout probleme national ou international se trouvent des juifs. ce concept est tres particulier…et tres tres en vogue aujourdhui (en tous les cas autour de moi donc à gauche). je trouve donc que l'antisemitisme est bel et bien vivace aujourdhui, cher monsieur, ne vous en deplaise.

ceci dit, vos deux dernieres phrases etant uniquement là afin de continuer à attiser la haine entre les gens, je ne pense pas que les juifs aient et ne cherchent un quelconque monopole sur la question du racisme. mais l'antisemitisme est un truc particulier qui les concerne bien je pense…un privilege monsieur !

si vous n'etes pas antisemites, permettez moi de croire que vous n'etes pas particulierement judeophile vue vos articles dernierement…en meme temps, si rue89 veut se mettre au niveau des ogres.info, c'est bien parti avec ce genre de debats…

Portrait de leconcombrevert

à moteks Portrait de moteks De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 02H46 | 11/02/2009 | Permalien

Vous soulevez un point très important :

Parce que avant de débattre de la question si certains ont tendence à abuser de l'accusation d'antisémitisme à des fins politiques où pour d'autres buts peu avouables il aurait peut-être fallu donner un petit aperçu de ce que l'on entend par « antisémitisme », « anti-judaisme ».

Et à ce titre là les quelques références que donne l'article me paraissent beaucoup trop vagues, trop éparses.

En tout cas, à la lecture des commentaires j'ai l'impression que pas mal de riverains n'ont qu'une idée très, très floue des modes structurelles, des constantes idéologiques de l'antisémitisme historique.

Or, si ce débat ne va pas plus loin que le rappel du fait que , ben oui, « trop c'est trop » - je ne vois pas trop l'intérêt de ce débat, car trop de quelque chose, ben oui, ça en est toujours trop de cette chose …

Et à mon sens il s'agit tout de même d'un sujet qui mérite vraiment mieux qu'un débat dans le vide qui, forcement, fait beaucoup plus de mal que de bien, car il risque de laisser certains sur la - fausse - impression que tout n'est que « barratin » de quelques âmes malveillantes.

Pourtant, il suffit de lire les tribunes de rue89 pour en voir des exemples tous les jours ….

Portrait de colyz

à moteks Portrait de moteks De colyz

psy | 04H03 | 11/02/2009 | Permalien

Motek, j'ai lu votre témoignage avec intérêt. Effectivement cela ne doit pas être simple d'être israélienne (merci Seigneur) en Europe

Mais le racisme est comme la langue du serpent. Je m'explique : certaines personnes sont racistes dans l'âme mais font des pieds et des mains pour toujours se voir en face comme s'ils ne l'étaient pas et donc font des compromis boiteux avec eux-mêmes : ils tolèrent les africains mais haïssent une ethnie africaine en particulier, leur racisme est circonscrit (mais en fait il ronge toute leur âme).

En Europe l'antisémitisme (qui ne se limite pas aux juifs mais qui concerne aussi de plein fouet les arabes) voilà ce qui se passe :
d'un côté on haït les arabes sur le sol européen (et on défend les juifs) et de l'autre là-bas au Moyen Orient on haït les israéliens (et on défend les palestiniens). Le clivage marche ainsi. On a toujours bonne conscience. Mais en fait on haït à la fois les arabes et les juifs (les sémites) on est antisémite.

Portrait de leconcombrevert

à colyz Portrait de colyz De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 17H17 | 11/02/2009 | Permalien

Je sais que dans certains cercles être Lacanien est considéré comme particulièrement « chic ». Mais est-ce une bonne option pour comprendre le monde ?

Puisque vous vous dites « psy » :

En tout cas, je constate que votre analyse du phenomène du ressentiment anti-juif et sa mise en parallele avec des ressentiments anti-arabes présents dans les sociétés occidentales ne va pas chercher bien loin.

Il est vrai, beaucoup de gens (racistes) haïssent autant les uns que les autres. Mais le font-il de la même façon, s'inspirent-ils des mêmes fantasmes, des mêmes mythes qui nourissent la haine des Juifs ?

Voilà une bonne question et la reponse est simple : Non.

Pourtant, à vous lire, vous ne semblez pas y voir une différence.

Mais est-ce surprenant pour une analyse basée en fin de compte - comme à l'habitude des Lacaniens - sur rien de plus qu » un simple jeux de mot -« tous sémites » , haha ! !

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les Juifs de France parlent surtout, sinon exclusivement, une langue, le français, et ne se distinguent en rien de leurs concitoyens ….

Et pourquoi succomber à cette nouvelle mode qui veut à tout prix donner un sens nouveau, ahistorique, à ce que l'on entend depuis le milieu du 19ème siècle par l'antisémitisme ? ?

Portrait de colyz

à leconcombrevert Portrait de leconcombrevert De colyz

psy | 21H38 | 11/02/2009 | Permalien

Je ne sais pas ce qui peut vous faire penser que je suis lacanien.

Psy : c'est « psychédélique » (dans la mesure où chacun y va de son petit trip sur ce forum, comme dans les autres d'ailleurs). Toute autre lecture est projection.

Limiter l'antisémitisme au sens du 19è, c'est-à-dire aux juifs, moi cela ne me dérange pas mais je dis que la haine de l'autre ou la peur archaïque de l'autre frappe autant les arabes que les juifs : les juifs là bas et les arabes ici.

Les juifs assimilés de France ne parlent que le français, vous avez bien raison, je vous suis sur ce point.

Mais visiblement vous êtes une sorte de Jeanne d'Arc du judaïsme et je ne veux vraiment vous offenser ni d'une manière lacanienne ni d'une autre manière hébraïque.

Portrait de leconcombrevert

à colyz Portrait de colyz De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 06H46 | 12/02/2009 | Permalien

Je préfère nettement les Psychédéliciens aux Lacaniens : -)

Soyez rassuré, le racisme envers les arabes me gene autant, ainsi que tous les ressentiments xenophobes et je les dénonce pas moins.

Jeanne d'Arc, non merci : -)), je n'ai aucun royaume à défendre.

Je réagissais simplement à votre emploi du terme « antisémitisme ».

Portrait de colyz

à leconcombrevert Portrait de leconcombrevert De colyz

psy | 06H46 | 12/02/2009 | Permalien

Mishikot Col Yzraêl

Portrait de Emma T

à colyz Portrait de colyz De Emma T

TBBT addict. | 08H38 | 12/02/2009 | Permalien

Mais encore ? : -))))))))

Portrait de leconcombrevert

à colyz Portrait de colyz De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 11H17 | 12/02/2009 | Permalien

J'ai oublié d'éteindre la radio ? Euh, et en français …

Portrait de colyz

à leconcombrevert Portrait de leconcombrevert De colyz

psy | 16H35 | 12/02/2009 | Permalien

à bon entendeur (entendeuse) salut (shalom)

Portrait de Pierre Haski

De Pierre Haski (auteur)

Rue89 | 00H38 | 12/02/2009 | Permalien

Je n'ai pas dit que l'antisémitisme n'existait pas en France, bien au contraire. Mais celui dont nous parlons ici, ce n'est pas celui de la rue, de la blague entre potes aux dépens des juifs, ou pire, du gang des barbares - vous vous souvenez il y a deux ans ? … C'est de celui des « élites », c'est celui-là qui fait la chronique de l'affaire Val/Siné à l'affaire Kouchner/Péan en passant par BHL/Badiou et autres querelles des dernières années. Mon sentiment, et je le dis en tant que Français juif moi-même, c'est que cette obsession de l'antisémitisme est contreproductive et rend aveugle à la souffrance des autres, voire alimente cet antisémitisme ordinaire que vous dénoncez à juste titre. Elle empêche même de traiter à sa juste mesure l'antisémitisme ordinaire, qui doit être traité de pair avec les autres racismes ordinaires dans la société française, et ils sont légion.

Portrait de colyz

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De colyz

psy | 06H23 | 12/02/2009 | Permalien

Pierre Haski, j'adhère à 100% avec votre médaillon que je trouve d'une grande tenue.

Etre nombriliste en matière de souffrance (eux et pas les autres, nous et pas eux) est contreproductif.

C'est-à-dire produit le contraire de l'effet recherché.

L'antisémitisme se range dans la famille du racisme. C'est sur les causes du racisme qu'il faut agir.

Attention qu'à trop radicaliser la différence on exacerbe l'exclusion et avec elle sa violence (être exclu, exclure autrui).

Merci.

Portrait de leconcombrevert

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 07H11 | 12/02/2009 | Permalien

Je suis d'accord avec vous.

Il faut être parfaitement inconscient pour s'arrêter sur des « affaires » qui vont chercher une « bête » si vague qu'elle n'est visible que les jours impairs et après lecture d'une note explicative de 36 pages.

Portrait de Emma T

à moteks Portrait de moteks De Emma T

TBBT addict. | 08H19 | 12/02/2009 | Permalien

Bonjour moteks, je suis bien d'accord avec vous sur un point : c'est que des conneries antisémites, on en entend un sacré paquet et comme vous dites « notamment à gauche ».

Une des « meilleures » sortie que j'ai entendue par un groupe de militants pourtant bien « très à gauches » à propos de Gaza a été : « Je suis sûr que les juifs vont encore confisquer cette histoire. » Je ne peux pas vous dire la fin de la conversation, je suis partie.

Car il faut bien le dire, c'est très très pénible.

Et c'est un mystère pour moi. Que des gens, par ailleurs cultivés ( ? ) , sortent des choses pareilles, ça me laisse pantoise. Il y a certains milieux de droite où si quelqu'un sort un truc comme ça, il est vite remis en place et il lui est fait remarquer qu'on « émarge pas au FN ici ».

Je comprends très bien le dégout d'une refuznik accusée à bas -bruit de participer aux actions guerrières d'Israël. C'est totalement injuste. Et totalement ABSURDE.

Mais je ne peux pas être d'accord du tout avec vous sur un autre point : Pierre Haski ni la rédaction de Rue89 ne sont pas antisémites pas plus que judéophobes : je pense qu'ils sont viscéralement horrifiés par le massacre de Gaza.

Moi aussi.

Pierre Haski repose la problème : à voir de l'antisémitisme partout, on risque bien de ne pas voir les antisémites.

Et implicitement d'autres questions encore : ne peut-on dire notre horreur de cette « guerre » sans être qualifié d'antisémite ? de judéophobe ? d'Israëlophobe ? Ne peut-on pas en débattre (ce que vous nommez nos délires franco-français sans plus de précision que cela…) n'étant nous-mêmes ni Palestiniens ni Israéliens ? Voire ni juifs ni musulmans ?

Ne peut-on nous élever contre ce massacre au nom simplement de notre humanité ?

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code