La police ouvre le feu sur les manifestants à Madagascar
On compterait au moins 23 morts parmi les partisans du maire déchu d’Antananarivo, qui protestaient devant le palais présidentiel.

Des manifestants emmènent une victime des manifestations du 7 février à Antananarivo (Carl Hoquart/Reuters)
La manifestation des partisans du maire déchu d’Antananarivo, Andry Rajoelina, principal opposant au président Marc Ravalomanana, a tourné au bain de sang, ce samedi dans la capitale. Peu avant 15 heures, les forces de l’ordre fidèles à Ravalomana ont ouvert le feu sur les manifestants massés devant le palais présidentiel, faisant au moins 23 morts et 83 blessées selon les sapeurs-pompiers malgaches. Un haut responsable de la police présent sur place aurait, lui, déclaré à Reuters avoir compté « jusqu’à 25 morts ».
Un site proche de l’opposition (Madagate) parle lui de plus de 50 morts. Selon ce même site malgache, des mercenaires pourraient être à l’origine des coups de feu. A 19 heures locales, des coups de feu se faisaient encore entendre.
Dans un communiqué, l’opposition condamne ce « carnage » :
« Nous condamnons le carnage qu’a fait le pouvoir qui se dit légal à Madagascar, ce jour. Sachant que le peuple pacifique qui a fait la marche de la liberté au Palais d’Ambohitsirohitra n’avait ni arme blanche, ni arme de guerre. Ils étaient venus avec leur main vide, leur conviction et leur amour pour leur pays afin de mettre en place un régime transitoire qui va dans l’apaisement et vers la résolution de la crise qui mine notre pays. Le peuple a révoqué le pouvoir en place, Marc Ravalomanana a répondu avec la baillonnette. [...]
“Nous demandons le départ immédiat de Marc Ravalomanana de la tête de l’Etat Malgache et qu’il soit jugé devant une justice impartiale.”
Le président Ravalomanana a lui imputé la responsabilité du carnage à son opposant :
Rajoelina “a emmené les gens de force au palais présidentiel et ne savait pas comment les contrôler. Ce n’est pas comme ça que Madagascar va se développer.”
Vers midi, Andry Rajoelina s’était en effet proclamé, devant 20 000 supporters rassemblés Place du 13-Mai, lieu historique de contestation à Madagascar, président de la “Haute autorité pour la transition”, sorte de gouvernement parallèle, avant d’appeler ses partisans à prendre le Palais présidentiel, pour y installer le “Premier ministre” qu’il venait de nommer.
Rajoelina avait été démis mardi de ses fonctions par le ministre de l’Intérieur. Il avait demandé lundi à la Cour constitutionnelle de destituer le président en place avant de s’autoproclamer président. Près de 100 personnes ont trouvé la mort depuis le début de affrontements, le 26 janvier.
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► Le récit de la crise minute par minute, sur Sobika.com
► Le communiqué de l’opposition, sur Madagate.com
► Le récit des envoyés spéciaux de RFI
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enseignant
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Après deux semaines de crise sociale et politique, Andry Rajoelina, le maire déchu avait organisé ce midi une grande manifestation. Devant plusieurs dizaines de milliers de personnes, peut être une centaine, il a présenté le Premier Ministre de son gouvernement de transition, Monja Roindefo, le fils de Monja Jaona, un grand nom de la politique malgache du temps de Ratsiraka.
Un grand cortège s’est alors dirigé vers le Palais Présidentiel à côté de l’hôtel Colbert, à quelques centaines de mètres du grand rassemblement. Le défilé était calme, bien organisé, les gens main dans la main, bref un esprit bon enfant.
Puis tout a dégénéré devant le palais. Les images tournées en direct par TV Plus sont terrifiantes. Face à la pression incessante du peuple, des coups de feu sont tirés par les autorités, on ne sait qui exactement. Les balles sont mortelles, des hommes mais aussi des femmes s’effondrent. Les blessés sont secourus quant une seconde salve terrasse encore ces manifestants qui étaient venus sans armes. Parmi les morts, un caméraman de la RTA. Haja Ravelojaona, le directeur des radios RTA constate son décès à la morgue. Il voit alors également beaucoup de blessés et de morts à l’hôpital HJRA proche d’Anosy. Faute de lits et de soins, les corps gisent sur le parking parfois même dans l’herbe. Sur la chaîne malgache TVPlus, des images montrent plusieurs blessés par des impacts de balles aux jambes. Un centre de secours improvisé les accueille. Au même moment sur la chaîne nationale, le Président appelle au calme.
Les tirs ont perduré toute l’après-midi, les journalistes occidentaux se sont calfeutrés à l’hôtel Colbert. Ils y passeront la nuit. Pour mettre un terme aux rumeurs, il n’y a pas de victimes parmi eux, seul un journaliste indépendant a été très légèrement blessé m’annonce Mathieu Auger de Radio Suisse Romande. Plusieurs sources parlent en revanche de mines posées dans la rue jouxtant le Palais présidentiel. C’est à vérifier.
Le bilan ne pourra être fait dans l’immédiat mais il sera fatalement très lourd !




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