La ministre augmente leurs revenus et aimerait compter sur eux pour défendre sa réforme… sans les convaincre.

Jeudi soir, durant son intervention télé, Nicolas Sarkozy a affirmé que les présidents d'université étaient « d'accord » avec la réforme qui avait encore mis 40 000 personnes dans la rue, le jour-même. C'est un peu vite dit.
Sur les listes d'enseignants-chercheurs circulent plusieurs courriers ou discours de présidents d'université singulièrement plus critiques que ne le laisse entendre le chef de l'Etat. Ainsi cette lettre de Bernadette Mabeuf, de l'université de Nanterre, qui le 4 février exhortait Valérie Pécresse :
« Madame la ministre, je vous en prie, écoutez la rumeur qui enfle chaque jour en provenance des horizons de pensée les plus divers. »
Ou encore, le 5 février, ce communiqué de Marie-Christine Lemardeley, présidente de l'université Sorbonne Nouvelle (Paris-III), qui peut difficilement être plus claire :
« J'ai eu l'occasion de dire plusieurs fois, notamment le 26 janvier, que je suis solidaire des inquiétudes et des protestations légitimes qui s'expriment au sein de notre université. »
Cette dernière précisait même un peu plus loin qu'elle s'engageait à ce que les listes d'absences exigées par le rectorat les jours de grève seraient bien anonymes.
La Conférence des présidents d'universités tiraillée
Même si tous les présidents d'université ne sont pas aussi explicitement engagés auprès de leurs troupes, il n'empêche que l'on est loin du front uni derrière Valérie Pécresse que décrivait Nicolas Sarkozy jeudi soir.
Ce grand écart des présidents d'université est particulièrement visible sur le site de la CPU (la Conférence des présidents d'universités), qui a récemment accéléré le rythme de ses communiqués, appelant depuis début janvier à davantage de dialogue. « Alors qu'on nous accueillait encore comme des attardés archaïques et butés en novembre », témoigne Jean-Louis Fournel, porte-parole de Sauvons l'université qui était allé critiquer la masteurisation de la formation des enseignants à l'automne.
Entre temps, il y a l'élection du nouveau bureau de la CPU, qui regroupe 82 universités, 3 universités technologiques, et -entre autres- Polytechnique, Normale-Sup, l'Insa, le Cnam ou l'Inalco. Mais il y a surtout le réveil des enseignants-chercheurs qui ont milité auprès de cette association loi 1901, qui existe depuis trente-sept ans. La Conférence des présidents d'universités est tiraillée entre deux raisons d'être.
La vocation de la CPU est d'être « un lieu d'échange, de réflexion et d'accompagnement des grands changements que vivent les universités françaises ». Mais, depuis la loi LRU de 2007, elle est aussi un interlocuteur privilégié du gouvernement.
Sur le papier, la loi LRU visait pourtant à donner davantage d'autonomie aux facs et en particulier à leurs présidents. Mais, pour faire passer sa réforme aussi vite qu'elle l'entendait, Valérie Pécresse a accéléré la cadence en s'appuyant davantage sur les présidents d'université.
Pour Jean-Louis Fournel, de Sauvons l'université, « la ministre a trouvé un ersatz de consultation. Comme si la CPU était représentative de la communauté alors qu'elle a justement été un des lieux d'élaboration de la réforme. »
Non contente de négocier précisément avec ceux qui profiteraient au plus des nouveautés introduites par sa loi, Valérie Pécresse a même fait mieux : le 20 octobre, elle annoncé qu'elle majorait le traitement des présidents d'université et même la durée de leur mandat.
Ces deux réformes sont passées plutôt inaperçues. En quoi consistent-elles ?
- Augmenter leur prime
- Permettre aux présidents de briguer plusieurs mandats consécutifs
Cette prime passe en effet d'environ 12 000 euros actuellement à « entre 22 000 et 40 000 euros », selon la taille de l'université. Elle vient s'ajouter au traitement ordinaire perçu par le président. Si le président est par ailleurs maître de conférences, il cumule prime et salaire d'un maître de conférences. S'il est professeur des universités, idem. Sachant que sur l'année 2007-2008, par exemple, le président de Lille-III touchait 18 180,35 euros.
Avant la loi sur les autonomies, un président restait cinq ans, mais ne pouvait enchainer deux mandants. Il pourra désormais se faire élire plusieurs fois de suite, avec des mandats de quatre ans. Une évolution qui fait craindre à un de nos internautes « un climat de campagne permanente avec rémunérations en primes et promotions des soutiens et sanctions des récalcitrants ».
Clientélisme ? C'est ce que dénoncent pas mal d'enseignants dans les facs, même si certains reconnaissent que la prime précédente était insuffisante. C'est aussi ce que tente d'infirmer la CPU, qui a fini par se fendre d'une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy le 5 janvier dernier, afin de hausser le ton et de dire le malaise grandissant et les mécontentements accumulés.
L'argent, « une stricte initiative du ministère » et « un argument mesquin »
Sollicité, Lionel Collet, président de Lyon 1 et président de la CPU, n'a pas voulu préciser à combien s'élevait sa prime actuelle, avant majoration par Valérie Pécresse. Mais il s'est dit très remonté contre « cet argument mesquin » qui laisserait entendre que les présidents d'université se laisseraient acheter par le ministère :
« Ni nous ni le bureau précédent n'avons jamais demandé la moindre modification ! C'est une stricte initiative du ministère alors c'est un peu fort de nous le reprocher ! Et, alors qu'on risque d'avoir 1,5 millions dans la rue et tous les chercheurs, je refuse catégoriquement d'être le président qui discutera de la prime des présidents avec le ministère. Ce sera mon successeur qui le fera dans deux ans, s'il le souhaite, mais moi j'ai d'autres priorités.
Quant au mandat, j'étais personnellement contre le passage à quatre ans renouvelables. C'est dire que nous ne sommes pas la courroie de transmission du gouvernement ! »
Du côté de « Sauvons l'université », on reconnait que l'arrivée de Lionel Collet à la tête de la CPU au moment où grossit le mouvement sur les campus et dans les laboratoires pourrait amorcer un changement de ton :
« L'université sait secréter des anticorps. La CPU a compris qu'elle devait évoluer sous l'effet d'un mouvement qui venait de la base. Alors que Pécresse, qui connait très mal l'université, sous-évalue les résistances du fait collégial et du fait collectif dans l'université. Les présidents doivent l'intégrer. »
Pas sûr, décidément, que Nicolas Sarkozy puisse dire dans sa prochaine intervention que « tous les présidents d'université sont d'accord ».
Photo : Valérie Pécresse à l'inauguration de la nouvelle université de Strasbourg le 5 février 2009 (Vincent Kessler/Reuters).




















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De loreme
(Ingénieur) | 23H23 | 06/02/2009 |
et bla bla et bla bla….encore un réquiistoire contre cette réforme qui relève plus de l'auto persuasion que du developpement d'arguments….Parce que concretement quels sont les arguments des grevistes enseignants chercheurs : la peur de « trop de pouvoirs aux mains des presidents d'université » (soyons serieux un président d'université a déjà droit de veto sur un recrutement), la peur de perdre leur liberté de chercher (on se demande ce que certains cherchent au frais du contribuable ! ), la peur d'etre surchargés de cours, d'être débordés (avec une dixaine d'h de cours grand max par semaine…..et en toute honneté j'ai rarement vu mes profs à la fac « débordés »..quant à leur fibre d'enseignants : ce n'était a priori pas un pré requis à leur engagement ! )…Soyons clair la seule chose que les enseignants chercheurs défendent c'est leur philosophie qui consiste à dire : « Je fais ce que je veux quand je veux et envoyez la monnaie » !
toujours plus d'argent voila le 2e volet de leur revendiactions et c'est en substance ce qu'a dit l aprésidente de « Sauvons la recherche » ce soir lors d'une interview ! il est temps que nos unversités ne soient plus des dortoirs de pseudo chercheurs !
De pierce69
Professeur | 00H27 | 07/02/2009 |
mais bien sur, continuez à insulter les gens, à l'image de ce qu'a fait Sarkosy dans son inénarrable discours de la semaine dernière…
La vérité est que la France se paie une université au rabais : les universitaires français sont mal payés, n'ont pas assez d'argent pour travailler, ni en matière d'enseignement (on reçoit moins de crédits pour un étudiant que pour un collégien), ni en matière de recherche (la France est à la traîne pour la part du PIB consacrée à la recherche).
La vérité est que la situation se dégrade continuellement, les universitaires ayant à effectif constant absorbé une augmentation continue de la population étudiante, des réformes en pagaille et une augmentation indéfinie des tâches administratives dont bon nombre n'ont pour objet que de produire de la matière première statistique afin de justifier quelques postes dans la haute administration.
La vérité est que les universitaires sont évalués en permanence, pour décrocher la moindre promotion, pour obtenir la moindre subvention. Et ceux qui prétendent que l'évaluation par les pairs est bienveillante ne connaissent vraiment pas les us et coutumes universitaires : ) D'autre part, puisque vous semblez prêt à émettre des critiques sur des sujets que vous ne connaissez pas, j'ai sous le coude deux dossiers ANR à expertiser et plutôt que d'y passer le week-end, donnez moi vos coordonnées, je me ferai un plaisir de vous les transmettre. Je suis impatient de connaître la profondeur de vos compétences.
La vérité, et ce qui explique l'ampleur du mouvement actuel, est que même les universitaires de droite commencent à être profondément fatigués de se faire traiter de fainéants par des imbéciles.
La vérité est que la bonne recherche est un métier d'artisan, un métier créatif, qui implique une indispensable liberté de travail. Or il est évident que certains énarques croient que seule une organisation militaire à la UMP et une comtabilité analytique où on peut déterminer si le papier chiotte que l'on achète est pour les besoins de la recherche ou pour ceux de l'enseignement, constituent les signes d'une organisation efficace.
La vérité est que les Présidents d'université, élus par leurs collègues, n'ont pas reçu de ceux-ci mandat pour négocier une augmentation délirante de leur pouvoir. Ce n'est plus de la démocratie, c'est carrément un coup d'état. Mais qu'ils se rassurent, les collègues, bien échaudés par leur comportement ne sont pas prêts à revoter pour eux mais pour des Présidents qui sauront mieux les représenter et défendre leurs intérêts.
Enfin rassurez-vous, contrairement à ce que vous pensez sans doute, tous ces problèmes sont bien connus et bien mieux résolus ailleurs, y compris dans les pays anglo-saxon où nos meilleurs éléments, mieux payés, mieux pourvus et mieux appréciés par la population restent et vont rester de plus en plus. Vous serez ainsi débarrassé de ces incapable d'universitaires, après tout pourquoi s'emmerderait-on à faire de la recherche en France, alors que le tourisme et le pinard marchent si bien ?
De skalpa
actif et militant ? | 00H40 | 07/02/2009 |
Vue par mes amis torapamavoyens

http://torapamavoa.blogspot.com
Et par mes soins :

http://kprodukt.blogspot.com
See ya !
De Le flou stoique
Cf fiche n°15673B | 01H17 | 07/02/2009 |
Sachant que ma fac est quasiment sous tutelle pour cause de déficit de plus d'un million d'euros, ça fait toujours plaisir de voir que le président est payé une telle somme qui me semble astronomique, en tant qu'étudiant. Sans compter la voiture et le chauffeur de fonctions, mais on m'a dit qu'ils étaient aussi payés par le rectorat. Pas étonnant que les présidents soient autant déconnectés des réalités de la misère étudiante.
De PhiPoePsy
Etudiant à Strasbourg | 02H50 | 07/02/2009 |
Bientôt, Pécresse se retrouvera encore plus seule :
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/02/des-prsidents-d.html
En bonus, la pièce « Valérie Pécresse soutient sa thèse », à savourer : http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php ? article1707
De Homere
nc | 04H27 | 07/02/2009 |
Ok qu'ils augmentent les salaires des presidents d'universite ; mais pourquoi autoriser le renouvellement de ce mandat. Cinq ans c'est bien suffisant, vive la democratie a la Suisse.
Ensuite pour toutes decisions d'ordre pedagogique et ressources humaines, pourquoi ne pas creer un conseil de 5 personnes y compris le president de l'universite, les 4 autres etant elus par les differents groupes participant a la vie de l'universite (etudiants, cadres administratifs, professeurs auxiliaires et professeurs en chaire) ? Ce serait peut etre une vraie garantie contre l'arbitraire possible d'un seul homme ?
De nada
05H34 | 07/02/2009 |
salut !
moi je sais ! mon frangin est directeur de recherche en côte d'or, 3500 euros net ! 12 ans d'étude, un doctorat reçu avec mention très honorable, 3 ans à l'université de kingston au canada en post doc, puis retour en france. Il n'est pas souvent chez lui car soutient des conf » en europe, il manage tout un labo, c'est un travail éreintant ! et il ne compte plus ses heures de rtt en attente !
Il travaille sur les légumineuses, en autre.
Alors respect !
De layote
18H05 | 07/02/2009 |
Axel Kahn ce matin sur Europe1 en tant que président d'université a exprimé son désaccord avec la réforme et son sentiment d'être méprisé mêm s'il pense que l'évaluation est une bonne chose , les modalités sont très discutables .iL désavoue formellement Sarko qui,disait Jeudi soir qu'il soutenait la réforme….
Ca fait plaisir de voir un président d'université ne pas oublier qu'ab=vant d'être président , il était chercheur…..