Il y a quelque chose d'éminemment universel dans le film, pourtant très « brésilien », « Puisque nous sommes nés ». Ce n'est pas tant la misère qui frappe ces enfants qui sont les héros du très beau film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, et qu'on aurait pu croiser sur un garage similaire au Nigéria, aux Philippines ou, sous une autre forme, un autre désespoir, dans une de nos banlieues. Non, ce n'est pas la misère, c'est le fossé qui sépare cet univers là du champs politique.
Il y a une image récurrente dans le film, qui se déroule en grande partie dans le cadre très théâtral d'un garage du Nord-Est du Brésil, entre cars de touristes et énormes camions rutilants : c'est la campagne électorale de Lula qui traverse l'écran sans jamais s'y arrêter. C'est un bruit de fond furtif, un discours lointain comme venu d'une autre planète, un événement lointain et sans rapport avec l'environnement immédiat de ces enfants de la rue.
Il ne s'agit pas de dire que la politique ne peut rien, et, vu de loin en tous cas, Lula peut afficher quelques résultats positifs ; Il s'agit surtout d'une déconnexion entre le discours politique, même celui d'un homme comme Lula qui explique dans un discours télévisé qu'on découvre dans le film, qu'il est lui-même un fils d'ouvrier parvenu au sommet de l'Etat, et que ce simple fait doit donner de l'espoir à tous les pauvres du Brésil.
Ce qui est troublant, c'est qu'à aucun moment, dans ce film d'abord impressionniste, les clameurs télévisuelles qui entourent ce discours politique ne suscitent le moindre intérêt, le moindre espoir, de l'un des « acteurs » de la vie de ce garage loin des grands centres urbains brésiliens. A aucun moment, l'un deux ne s'en empare en prenant espoir de voir s'ouvrir les portes de la société qui les a marginalisés.
Au contraire, dans les très belles images de Jean-Pierre Duret, un ancien ingénieur du son passé à la réalisation, et Andrea Santana, une urbainiste devenue documentariste, on réalise que ces enfants sont seuls au monde, ou en tous cas qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. C'est une lourde charge quand on est haut comme trois pommes, qu'on rêve de gros camions et d'horizons lointains, mais qu'il y a de fortes chances qu'on ne parvienne jamais à quitter les terres brûlées du Nordeste.
Ce n'est pas le film qui est désespérant, c'est ce qu'il montre. C'est d'entendre Cocada, l'un des deux gamins, dire à son ami :
« Si parfois je suis chiant et triste, c'est parce que je pense à ma vie ».
Jean-Pierre Duret et Andrea Santana ont passé six mois dans cete station service, pour tourner ce film, produit par Jamel Debbouze et Muriel Meynard, et qui, en ces temps de crise économique mondiale, ramène à l'essentiel, au plus près de l'humain.
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► Le site officiel de « Puisque nous sommes nés »
► La fiche biographique de Jean-Pierre Duret, sur Unifrance.org
► La fiche biographique d'Andrea Santana, sur Unifrance.org
► Le Nordeste brésilien, sur Abc-latina.com
► Rue89 est partenaire de la sortie de ce film en salles à partir du 4 février





















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De hagalma
10H01 | 04/02/2009 |
Trop déconnecté/trop connecté. Champ/contre-champ, Brésil/France. Venir au monde du Nous, qu'est-ce que le Nous politique ménage à chaque un. En France, le Nous prétend nous prendre en charge dès le berceau par des opérations de dépistages précoces. Nous en portons nous mieux ? J'entends : oui, et bien allez donc dans les favelas, et vous regretterez vite les bonnes dispositions sarkoziennes ! Je soutiens que ce film sera intéressant s'il permet cette navette, car le Nous est toujours une construction. Manifestement au Brésil, l'occidentalisation de la politique est une importation, etc. Quelques notes comme ça en début de matinée. Y ajouter : fraternité.
De bloozmarch
17H41 | 04/02/2009 |
Un grand coup de chapeau, et même plus que ça, pour Jamel que le fric et la notoriété ne semblent pas avoir déconnecté des réalités de cet univers que le libéralisme nous fabrique sans nous demander réellement notre avis.
à bloozmarch
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 17H57 | 04/02/2009 |
Tiens , c'est vrai , qu'est ce qui lui prend a Jamel ? il a décidé d » arreter ses conneries ? il a été touché par la grace ?
Si c'est vrai , tous les espoirs sont permis , alors .
De marie.sauvage
Apatoudi | 14H06 | 05/02/2009 |
Rutilant !
à marie.sauvage
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 14H57 | 05/02/2009 |
Merci !
Pour votre commentaire suivant, la bonne réponse est la première : -)
De marie.sauvage
Apatoudi | 14H23 | 05/02/2009 |
« Ce qui est troublant, c'est qu'à aucun moment, dans ce film d'abord impressionniste, les clameurs télévisuelles qui entourent ce discours politique ne suscitent le moindre intérêt, le moindre espoir, de l'un des “acteurs” de la vie de ce garage loin des grands centres urbains brésiliens. A aucun moment, l'un deux ne s'en empare en prenant espoir de voir s'ouvrir les portes de la société qui les a marginalisés. »
Soit vôtre « c'est troublant » est de pur rhétorique, soit vous confondez la fiction et le réel.
On est pas au cinéma ! On est pas à Hollywood.
C'est ainsi que les hommes vivent dans la réalité, de tout temps et sous toutes les latitudes (dans les « démocraties » en tout cas).
Ils ne « calculent pas » deux secondes l'agitation moléculaire du spectacle politique. Ils savent qu'elle ne les concerne pas. Pas plus que les discours messianiques dit de gauche.
Ceci dit, merci de nous faire connaître ce film. Je vais allez le voir.