Droit de suite 04/02/2009 à 11h57

Censure chez Bolloré : l'article sur le Navigo sera-t-il publié ?


La publication de l’article du Monde sur l’exploitation commerciale du pass Navigo censuré la semaine dernière par la direction de Direct Matin (groupe Bolloré) n’est pas encore programmée. C’est en tous cas ce qu’affirme, en rappelant le précédent cas de censure lui aussi révélé par Rue89, le conseil de gérance de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) dans un courrier envoyé ce mardi à Vincent Bolloré, PDG du groupe du même nom :

« Ce cas de censure d’un article par Direct Matin est le second à survenir, à notre connaissance, depuis la création de ce quotidien. Le premier, qui remonte à juin 2007, concernait un article de Courrier International (filiale du groupe Le Monde) sur la police française. Après que la suppression de l’article fourni par Courrier International eut été rendue publique, et après intervention de Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction de Courrier International, l’article incriminé avait finalement été publié tel quel, accompagné de deux précisions : l’une de Courrier International justifiant sa parution, l’autre de vous-même dénonçant son caractère “outrancier”.

“Rien de tel cette fois-ci. Malgré l’intervention d’Eric Fottorino, président du directoire du groupe le Monde ; malgré les protestations d’Olivier Biffaud, chargé de suivre pour le Monde le contenu produit pour Direct Matin, aucune proposition de publication ultérieure dans Direct matin n’a été faite.”

On apprend ensuite que le président de Bolloré Médias, Jean-Christophe Thiry, a suggéré une publication sur le site Internet de Direct Matin vendredi 30 janvier, lendemain du jour de parution initialement prévu. Olivier Biffaud a refusé, “arguant notamment du fait que la notoriété de Direct Matin passait avant tout par sa version papier”. L’accord liant les deux groupes stipule que Direct Matin ne peut pas modifier les articles fournis par Le Monde, mais peut les refuser. Dans le cas de cet article, la publication était prévue, au point qu’il était maquetté.

Dans ce courrier, la SRM, “actionnaire de référence du groupe Le Monde” (qui possède 30% de Direct Matin) “exprime sa désapprobation vis-à-vis du traitement réservé” à cet article. Elle “demande que l’article censuré, dont la pertinence et l’actualité reste entière, soit publié dans son intégralité dans une prochaine édition de Direct matin”.

En conclusion, la société des rédacteurs du Monde tient à attirer l’attention de Vincent Bolloré “sur les effets négatifs qu’entraîne la censure d’un article sur l’image et la crédibilité de Direct Matin et, partant, sur celle de son éditeur”.

Augustin Scalbert


► Article suivi

Bolloré censure Le Monde : le business passe avant l’info

A lire aussi sur Rue89
Bolloré trappe un article gênant pour la police dans Matin Plus
Comment Bolloré tisse sa toile dans les médias
Tous les articles de Rue89 sur Vincent Bolloré

Ailleurs sur le Web
L’observatoire de la censure façon Nicolas Sarkozy, sur le blog du journaliste Jean-Marc Manach
La page consacrée au pass Navigo, sur le site des Big Brother Awards

  • 7109 visites
  • 10 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • GonzoStyle
    GonzoStyle
    Journaliste
    • Posté à 11h35 le 05/02/2009
    • Journaliste 65362
      Journaliste

    Rien de nouveau sous le soleil...

    Une seule solution pour que ce genre de chose ne se produise plus... Stopper au plus vite la concentration qui sévit dans les médias et qui veut que de grands industriels soient propriétaires des groupes de presse (et quand ces grands patrons sont des amis proches du président de la République, le conflit d’intérêt est multiplié par deux).

    La liberté d’informer et l’éthique journalistique ne survivront que lorsqu’on aura compris que les actionnaires n’ont pas à intervenir dans la ligne éditoriale ou le contenu d’une publication... Après, il faut prendre ses responsabilités : soit les actionnaires donnent de l’argent en acceptant de rester en retrait, soit ils investissent ailleurs ! Hélas, ce qui leur fait peur, c’est que le 4ème pouvoir redevienne un réel contre-pouvoir qu’ils ne peuvent contrôler.

    Plus le temps passe, plus on a l’impression que personne ne souhaite que les médias soient vraiment libres et indépendants (Sarkoléon le premier d’ailleurs... Lui, il rêve de petit soldats bien gentils et d’un retour à l’ORTF, alors...)

    Seul point positif dans ce marasme, l’existence de médias alternatifs (sur le web ou en format papier) mais qui, eux, peinent à survivre faute d’argent... La boucle est bouclée...